L’abîme de l’Enfer

jeudi/14/09/2023
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L’ABÎME DE L’ENFER (Rétro-Chronique)

de Bartosz M. Kowalski

Ces temps-ci, on ne peut pas dire que Netflix soit synonymes de grande qualité, surtout que leurs politiques se basent plus sur la quantité et l’algorithme, excepté quand ils embauchent des génies comme Guillermo Del Toro (Pinocchio) ou David Fincher (Mindhunter). Mais il suffit parfois de fouiller un peu, d’un bon bouche-à-oreille, d’une production venant d’un pays qui change des USA (la Pologne en l’occurrence) et d’un pitch qui pique notre curiosité pour tomber sur une série B très sympathique.

Nous suivons Marek, inspecteur de police ayant infiltré un monastère pratiquant des exorcismes, pour enquêter sur une série de disparitions de jeunes femmes. Plus son enquête avance, plus se produisent des événements sordides, sans compter le comportement des moines de plus en plus inquiétants. Certes, un pitch qui n’est pas d’une grande originalité mais qui lui permet de donner un cadre froid et symbolique, ce qui est parfait pour un récit sur l’enfer. D’ailleurs, il est à noter que son véritable titre en polonais est Ostatnia wieczerza (« à vos souhait »), ce qui se traduit par « La Dernière Cène » ; sans spoiler, c’est un titre bien plus juste, mais la magie des titres français, tout ça, tout ça…

Alors le film en lui-même ? Son réalisateur opte pour le contemplatif dans ce récit qui prend son temps, installant une ambiance pesante, une atmosphère froide. On est en Pologne, c’est rude, austère, le soleil semble avoir disparu, il y a des ombres silencieuses un peu partout, on ne sait pas si les moines sont en train de prier ou d’écouter aux portes. Et, surtout, Kowalski sombre très rarement dans la facilité du jumpscare (je ne me souviens que d’un seul). Enfin, pour notre plus grand bonheur, le réalisateur ne se prive pas de mettre le détective dans des situations bien craspect : il est forcé d’avaler des aliments douteux, sa santé se dégrade, il est mis face à des situations morbides, et cetera.

D’ailleurs, on notera plusieurs changements de genre, car ce film se veut d’abord un thriller avec son coté enquête policière, dont on soupçonnera d’abord des dérives sectaires ; cependant, plus on avance dans l’enquête et plus l’horreur et le surnaturel prennent le pas, nous donnant d’ailleurs de fausses pistes. Tout cela est extrêmement difficile à détailler sans dévoiler l’intrigue – du coup, je préfère vous laisser le plaisir du visionnage.

Là où ce film risque de diviser, c’est sur son final. Si on peut saluer la radicalité du script, on sent malheureusement un certain manque de budget, voire même d’idées pour le mettre correctement en scène. Pour faire simple : on peut valider l’idée mais l’exécution (et plus précisément un dénouement précis) est toute relative et risque de déplaire aux plus sévères d’entre nous. De plus, comme je le disais plus haut, le film aime prendre son temps et risque également de déplaire à ceux qui cherchent la dose d’adrénaline ou qui adorent zigzaguer entre le film et leur téléphone portable (mais, de base, si vous faites ça, c’est que vous n’avez jamais aimé le cinéma).

L’abîme de l’Enfer est donc une belle surprise venue de Pologne que l’on peut saluer pour son atmosphère froide, son intrigue, son coté crasseux et son envie de proposer autre chose que des jumpscares. Le tout accompagné d’une ambiance sonore se mélangeant bien au récit. Exclusivement sur Netflix, si vous ne savez pas quoi regarder et que vous voulez un bon film d’horreur, qui change un peu des productions Blumhouse, c’est parfait.

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