HOT on the rocks!

Interview avec Prika Amaral de Nervosa

jeudi/28/09/2023
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Opiniâtreté. Ce serait le mot qui résumerait le mieux la situation actuelle de Nervosa de même que le caractère de sa blonde guitariste Prika Amaral. Après un split survenu au printemps 2020, ou plutôt la démission des deux autres membres composant alors le brésilien trio, Prika avait recruté trois nouvelles comparses musiciennes natives du Vieux Continent afin de transformer Nervosa en quatuor international. Rebelote en 2022 et abandon du bateau par les trois précitées. Cette fois, l’opiniâtre Prika décide de passer au chant tout en assurant la guitare, recrute une seconde guitariste (la grecque Helena Kotina), une bassiste (la grecque Hel Pyre), une batteuse (la bulgare Mihaela Naydenova), et toutes ensemble publient ce 29 septembre 2023 « Jailbreak » le cinquième album de Nervosa. Cela sera l’occasion de notre sixième interview du groupe, le troisième avec cette adorable paulista ! Entretien au cours duquel deux mots n’ont guère manqué de revenir façon leitmotiv : « opportunité » ; « agréable ». En espérant de tout cœur que ces mots définissent le futur proche puis lointain des thrash métalleuses… Moteur vers dix-neuf heures un mardi 19 septembre…

 

Art’N’Roll : Salut Prika, ça va ?!?

Prika Amaral (Guitare, Chant) : Je vais impec’ et toi ?

ANR : Un peu fatigué, c’est la fin de la journée ici… Quel temps fait-il à São Paulo ?

PA : Je vis désormais en Grèce, donc c’est également la fin de la journée, il n’y a qu’une heure de décalage avec la France…

ANR : D’accord. Nous te remercions de cette interview, hormis ton déménagement, il y a beaucoup de nouveautés concernant Nervosa… Vous publiez le 29 septembre votre cinquième album studio, « Jailbreak » : quel est ton état d’esprit à quelques jours de cette sortie ?

PA : Je me sens excitée et satisfaite. Satisfaite parce que les premiers retours concernant cet album sont très bons, ils dépassent pour l’instant mes espérances, m’encouragent et me rendent reconnaissante. Je me sens également excitée en raison de ce nouveau défi à relever, une nouvelle mouture du groupe, une tournée à assurer et tout le reste.

ANR : Justement, te sens-tu fière du fait que tu es parvenue à gérer tant bien que mal ces problèmes de line up avec Nervosa ? Ainsi que de ta détermination à continuer ?

PA : Oui bien sûr ! Si je n’étais pas déterminée, je ne pourrais plus par exemple me produire dans des grands festivals ou des croisières à l’image du 70 000 Tons of Metal comme nous l’avons fait cette année, je ne pourrais plus avoir toutes ces opportunités… J’ai toujours fait face aux nouveaux défis, depuis la création de ce groupe, quoi qu’il advienne. Je me bats en définitive pour mon rêve. Je suis fière d’avoir ces filles à mes côtés, qui me donnent l’opportunité de jouer, d’expérimenter, de me produire dans tous ces endroits différents devant des publics différents. Et d’apprendre !

ANR : À mon sens, « Jailbreak » consacre un retour franc et net au thrash metal, après quelques années d’emprunts ci et là à d’autres variantes du metal…

PA : Nervosa est un groupe de thrash metal. Et nous faisons en sorte de jouer du thrash. Nous sommes nées comme groupe de thrash metal et nous mourrons en tant que groupe de thrash metal. Mais effectivement, nous avions ouvert la porte à d’autres influences, d’autres styles de musique metal ou de rock, afin de rendre les choses plus « musicales ». Par exemple, au heavy, au punk, ou au death metal. Nous avons également oscillé entre le vieux thrash et le thrash moderne, des riffs plus groovy. Quoi qu’il en soit nous restons thrash metal.

ANR : Lors des deux dernières interviews, tu m’avais dit écrire cinquante pour cent des paroles : qu’en est-il cette fois ?

PA : J’ai tout écrit cette fois. J’ai intégré trois contributions d’Helena. J’aime écrire des paroles depuis le début de Nervosa, je partageais l’écriture avec les chanteuses précédentes ce qui est normal, mais désormais la chanteuse c’est moi (Rires) Donc j’écris cent pour cent des textes. C’est naturel.

ANR : Que ressens-tu à l’idée d’être désormais la chanteuse ?

PA : Il y a eu deux sentiments. Un avant et un après. Le premier fût celui que j’ai éprouvé lorsque j’ai pris la décision d’être la chanteuse : je me suis sentie extrêmement anxieuse, pas du tout sûre de moi, tu vois la situation m’est apparue bizarre, les précédentes chanteuses avaient des années d’expérience alors que moi, je n’avais que deux mois afin de me préparer à ce poste ! Deux mois afin d’être (NDA : se frappe la poitrine de la main droite) PROCHE de leur niveau, et pour être honnête cela m’a grave foutu la trouille (Rires) J’ai fait de mon mieux. Ce qui m’a amusée lors de l’enregistrement des parties vocales, c’est que d’une bobine à l’autre, je n’avais jamais la même voix que celle de la veille, parce que sans le faire exprès je n’utilisais pas les mêmes techniques de chant ! Je ressentais la chanson et la chantais, c’est tout. À l’issue des sessions d’enregistrement, j’étais néanmoins satisfaite du résultat, mais désormais anxieuse d’avoir à reproduire cela sur scène. Je me suis rassurée lors du premier concert suivant, qui a été donné en Scandinavie : tout s’est super bien goupillé, et chanter comme sur le disque s’est révélé plus facile et commode que ce que je n’imaginais tu vois ! Je pense que c’est lié au fait que j’ai toujours assuré les backing vocals. Et donc, le second sentiment fût la satisfaction d’être devenue chanteuse presque malgré moi. Parfois je me dis même que cela ne pouvait être autrement, que je devais être la chanteuse.

ANR : Ce n’est pas uniquement ta pratique des backing vocals : tu es l’âme de ce groupe, tu en connais les compos puisque tu es la principale compositrice et sais depuis le début comment elles doivent sonner. Donc cette spontanéité dans le chant n’est pas une surprise. C’est une question de ressenti de ta part.

PA : Right. Je connais les chansons. Hormis gérer mon corps ainsi que mon souffle, le plus difficile pour moi fût en fait de me souvenir des paroles (Rires) Car ma mémoire craint mec (NDA : elle le dit à chaque interview)

ANR : Oui je sais (Rires)

PA : Cet inconvénient ne concerne avant tout que les nouvelles compos, pour les anciennes j’y arrive à peu près… Cela prendra le temps que cela prendra…

ANR : Pour revenir à la technique vocale, il me semble que de nos jours les chanteuses, quelque soit le genre musical par exemple le R’n’B ou la Soul, accordent trop d’importance à celle-ci au risque de tuer le ressenti. La chanson n’est pas uniquement une question de technique, mais également d’art et de spontanéité… Dans ton cas, tu n’as pas forcément la technique pour devenir une grande chanteuse mais tu as l’idée…

PA : (NDA : opine de la tête) Nous nous devons avant tout de présenter une bonne performance, simplement parce que Nervosa a un passé et un répertoire à mettre en valeur… Ce n’est pas simplement une question de nous pointer et de chanter, nous devons être loyales vis-à-vis de l’histoire de ce groupe tu vois…

ANR : Je vois. Tu évoques l’histoire de ce groupe : pour la deuxième fois dans celle-ci il y a un véritable duo guitare solo / guitare rythmique…

PA : (Sourire) Oui ! Nervosa a été créé pour avoir deux guitares. Il y a une dizaine d’années lorsque Karen (NDA : Ramos, la seconde guitariste des débuts) a décidé de quitter le groupe parce qu’elle vivait dans un autre État du Brésil que le nôtre, nous avions pris la décision de ne pas embaucher de remplaçante et d’enregistrer notre premier disque en tant que trio. C’était plus commode pour les trucs logistiques, et également pour le partage de l’argent : nous étions des débutantes, venions de laisser tomber nos boulots, et nous savions que les retombées financières seraient minces… Assurer seule les parties de guitares a représenté à l’époque un défi pour moi, ainsi que l’opportunité de grandir en tant que guitariste, j’ai alors été contrainte d’adapter les compos afin que tout puisse être joué avec une seule guitare. Quand est survenu la scission de 2020 c’était dans mes plans d’embaucher une deuxième guitariste, mais nous étions alors passées de trois à quatre membres et il m’a semblé prématuré de passer d’un seul coup à cinq, passer de trois à cinq membres en plein milieu de la pandémie était trop téméraire, trop dangereux. J’ai donc reporté à plus tard cette option. Et comme tu le sais, la précédente formation a elle-aussi éclaté. Donc j’ai décidé d’assurer moi-même le chant et d’ajouter cette seconde guitariste…

ANR : Une chose qui perdure c’est que « Jailbreak » est votre troisième album d’affilé enregistré par le producteur Martin Furia…

PA : Quand une équipe marche on ne la change pas. Martin Furia est un type qui sait exactement comment gérer les énergies et comment cela doit sonner en studio…

ANR : Y compris sur scène puisque je me souviens m’être installé près de sa console lors de votre passage à Savigny-Le-Temple l’an dernier et l’avoir observé : il gère celle-ci comme un véritable instrument, il réagit comme s’il était lui-même sur scène (NDA : Martin est également le second guitariste de Destruction, ainsi que celui de Bark)

PA : Ouiiiiiii, et c’est notre mec du son en tournée, donc il sait parfaitement comment on doit sonner sur scène, de plus il respecte l’identité du groupe tu vois, sans créer quelque chose qui ne lui appartient pas…

ANR : À ce propos, du 5 au 15 octobre prochain Nervosa assurera neuf dates à l’occasion d’une tournée exclusivement mexicaine, tu dois être excitée ?

PA : Oui car ce sera la première tournée postérieure à la parution de notre nouvel album, « Jailbreak », nous avons conçu une nouvelle setlist (Rires) sur laquelle on bosse d’arrache-pied (NDA : fait de l’air guitar) ainsi qu’un nouveau décor scénique, du nouveau merchandising, bref du nouveau tout !!! Ce sera je pense une belle et nouvelle expérience au Mexique. Le Mexique est un endroit spécial et nous sommes super contentes d’y revenir tu vois. Super contentes.

ANR : Tablez-vous sur une tournée européenne ?

PA : Oui ! Nous avons des plans là-dessus. On se rendra d’abord aux USA puis en Amérique du Sud. Nous serons en Europe l’été prochain, car pour moi l’été commence toujours en mai (Rires) De mai à août.

ANR : De mai à août… Peut-être… Serez-vous à l’affiche du Hellfest 2024 ?

PA : Oui ! Oui ! Je ne peux pas te confirmer. Mais c’est envisagé. Stay Tuned.

ANR : Seconde partie de cette interview : je te donne des noms de personnes qui ont fait ou qui font partie de l’histoire de Nervosa, et tu me dis s’il te plaît quelques mots à leur propos… D’accord ?

PA :

ANR : Fernanda Terra ?

PA : Notre première batteuse. Nervosa est une création d’elle et de moi. Nous avons travaillé ensemble durant un an et demi, nous étions alors cinq membres, une chanteuse et une bassiste qui ne sont pas restées longtemps et dont personne n’aura jamais entendu parler. Oui, c’est la responsable de la création de Nervosa.

ANR : Marcello Pompeu ?

PA : Notre premier producteur. Il a produit nos premières démos ainsi que notre premier album. Donc, oui, c’est une pièce-maîtresse de l’histoire de Nervosa.

ANR : Marcel Schmier ?

PA : Un ami ! Il nous a apporté un immense soutien depuis les débuts de Nervosa. Nous avons fait CINQ tournées en sa compagnie mec ! (Rires) Un de nos plus grands supporters !

ANR : Samantha Landa ?

PA : Une personne très agréable, notre remplaçante à la batterie durant deux tournées, ce fût vraiment agréable d’être avec elle. Malheureusement je n’ai été en mesure d’en faire un membre permanent car elle vit si loin de nous (NDA : Canada) C’est indiscutablement une amie.

ANR : Luis Thrashte ?

PA : Notre fan espagnol right ?!? Ouiiiiii c’est un type très agréable, un type très agréable ! Il s’est fait tatouer sur les bras trois visages des membres de Nervosa dont le mien, ainsi que le logo. Je me souviens de la première fois que j’ai vu ce tatouage, je me suis exclamée « Wooooooooooow c’est complément dingue ce que tu as fait !!! Dingue Dingue !!! ». C’est un honneur. C’est vraiment un type agréable, je l’ai revu l’été dernier.

ANR : Je sais. Je l’ai rencontré moi-aussi. Nous sommes en contact.

PA : Nice ! Nice !

ANR : João « Gordo » Francisco Benedan ?

PA : HA ! C’est un dingue, un mec gentil, un ami à moi ! Je me suis pas mal inspirée de ses textes de chansons pour nos propres textes. Certains sont assez politiques, assez acides, c’est à lui que je le dois !

ANR : Helena Kotina ?

PA : AAAAAAH !!! (NDA : cœur avec les doigts) C’est ma meilleure amie, ma partenaire, ma plus grande partenaire en matière de compositions de tous les temps ! Nous avons pris beaucoup de plaisir à écrire ensemble ce nouveau disque et… Pour une fois, tout s’est passé de façon agréable et charmante !

ANR : Hel Pyre ?

PA : C’est ma sœur. Elle est très contente de nous avoir rejoint. Je l’ai vue pour la première fois en 2017, elle était alors choriste pour King Diamond, et la tournée était passée par São Paulo. Je me souviens m’être dit : « Wooooah sa voix est magnifique ! » et j’ai commencé à suivre ses activités sur Facebook. Lorsque Mia (NDA : Wallace, la bassiste de 2020 à 2022) a décidé de ne pas continuer les tournées avec nous, Hel m’a envoyé un message me disant « S’il te plaît tu peux compter sur moi pour le remplacement » et j’en étais heureuse car elle figurait sur ma liste de remplaçantes potentielles… Une personnalité brillante, une musicienne brillante !

ANR : Mihaela Naydenova ?

PA : C’est ma sœur plus jeune (Rires) Une batteuse de talent. Elle a apporté sa façon de faire sur cet album, car elle a une vision de la musique metal complément différente de la mienne. Ceci rend les choses plus riches, nous avons mélangé mon approche plus ancienne avec la sienne.

ANR : Pour concevoir une bonne et originale musique mieux vaut être différents au sein d’un groupe…

PA : Mmmmmm, je pense qu’il faut avant tout faire la musique que l’on aime. Mais si tu veux être célèbre, si tu veux vivre de ta musique, il te faut t’ouvrir un tant soit peu et te confronter à ceux que tu rencontres. C’est pour cela que nous gardons l’orientation thrash metal, mais il est bon d’avoir l’opportunité de mélanger un peu. De prendre du plaisir.

ANR : Emmelie Herwegh ?

PA : (Rire gracieux) Une fille très agréable. C’est la seconde fois historiquement que son groupe (NDA : Sisters of Suffocation) vient en aide à Nervosa : elle a tenu la basse pour nous en concert il y a quelques semaines. Simone Van Straten leur guitariste m’avait en effet remplacée à la dernière minute pour quelques dates en 2017 lorsque j’avais été contrainte de rester à l’hôpital auprès de mon Père. Cette fois, c’est leur guitariste qui a tenu la basse pour nous, elle a appris toutes les chansons en quelques dizaines d’heures seulement donc, MERCI SISTERS OF SUFFOCATION !!!

ANR : Et vous avez le même producteur qu’elles (NDA : puisque c’est encore Pivert Martin Furia)

PA : Ouais, ouais, exactement !!!

ANR : Pour finir, nous sommes le 19 septembre et c’est aujourd’hui l’anniversaire de Lita Ford… Un mot sur Lita Ford ?

PA : Ha super ! C’est une personne de premier plan pour les femmes dans le metal ! Je l’admire. Elle est parvenue à rester elle-même à travers les décennies. Je voudrais vraiment avoir l’opportunité de la rencontrer. Happy Birthday Lita (NDA : fait les doigts du metal)

ANR : T’a-t-on déjà dit que tu avais un petit quelque chose de Lita Ford ?

PA : HA ! (Rires) Merci (Rires) C’est un agréable compliment !

ANR : À toi le mot de la fin pour nos lecteurs francophones !

PA : On revient bientôt ! Merci pour le soutien et l’affection que vous nous avez témoignés ! Je garde à l’esprit que nos dates de l’an dernier ont été formidables, un accueil et des concerts de folie ! Un public super chaleureux mec, j’ai adoré, et j’ai hâte de revenir même si cela prendra un tout petit peu de temps, nous planifions actuellement notre tournée et préparons nos concerts, nous souhaitons cette fois concocter quelque chose d’un peu différent des précédentes, cela prendra donc un peu plus de temps mais nous reviendrons plus fortes que jamais !!!

ANR : Merci Prika ! Passe une agréable soirée en Grèce !

PA : (NDA : fait au revoir à l’écran) Merci beaucoup ! On se voit bientôt ! Bye Bye !

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