HOT on the rocks!

Hellfest – Jeudi 15 juin 2023 – « Le petit Billy »

mardi/04/07/2023
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L’anabolisé et ludique « Entertain You » de Within Temptation est diffusé dans la sono du Metal Corner afin de chauffer les convives ; peine perdue personne ne réagira, la technoïde ritournelle enregistrée durant la dernière pandémie n’étant pas plus popularisée que ça. Son intitulé résume toutefois parfaitement l’état d’esprit de ce Hellfest 2023 lequel balbutie à treize heures vingt-sept ce jeudi 15 juin. Direction la Hellstage à deux encablures, petite estrade au centre de la HellCity (de facto la septième scène) qui passe à quinze heures douze le folklorique « Alma de guitarra » par Banderas afin de baquer l’auditeur dans l’ambiance canaille et chicana des franciliens de Locomuerte. Nos hommes sont précédés de leur réputation puisque le centre de la ville foraine est engorgé comme rarement. Nombre de festivaliers préfèrent repousser de menues dizaines de minutes leur entrée sur le site (l’ouverture des portes est imminente) afin de goûter à un thrash-crossover à la salsa roja mexicana, soit une collision entre Suicidal Tendencies et Municipal Waste (prévus ce samedi en fin de soirée) avec des bouts de Mano Negra 1989 dedans. À l’instar des Ramones les banditos possèdent tous (ou presque) le même patronyme. Carton plein dès l’entame sur « Tiro pa matar ». Les quatre vont assurer le spectacle durant leurs quarante minutes imparties ; avec en invité Stéph’ Buriez le parrain du metal français, venu donner du coffre et du déhanché sur un des dix missiles de cette révélation cru 2023. Tous chantés dans la langue d’El Chato. Certains spectateurs (« La Familia ») en connaissent les paroles sur le bout des didis. Le jeune frontman El Termito saute (ça saute un termite ?) et harangue sans discontinuer. Une poignée d’authentiques mexicains agite en réponse son drapeau national au premier rang. Sa basse décorée de l’autocollant Powell Peralta, Nico Loco poursuit le guitariste Mitcho Loco de façon limite maniaque (ou comique), l’empêchant de poser tranquillement son pied sur le retour ; ce dernier vire rapido rouge sanguin ahanant en enchaînant les barrés sur sa Flying V noire à protège-plectres blanc ; à chaque (mini) pause il se tape de satisfaction le poitrail du poing gauche (celui avec le poignet de force en mousse Slayer). Ça slame aux abords de la petite Hellstage. Ça scande. Il y aura même un Wall of Death suivi d’un Circle Pit ! Au final découverte (ou presque puisque je les avais vus au Mennecy Metal Fest en septembre dernier) d’un combo au folklore et à la personnalité attachants. « Bandolero » est opportunément dédicacé à ceux qui n’ont jamais vu Locomuerte en live (« Bienvenue dans la Familia !!! »). « Muchas gracias !!! » à quinze heures quarante-neuf tandis qu’un drapeau de la Finlande flotte désormais au milieu des badauds et qu’un drone immortalise la placette. Que du bonheur. Captation cette édition naissante de la première photo d’un groupe avec le public en arrière-plan à quinze heures cinquante-cinq. Premier concert et premier très bon concert. La sono enchaîne directo sur « Love Gun » de KISS qui joue ce soir.

Entrée sur le site stricto sensu et crochet initial à la Temple, la tente dédiée au black metal et au pagan, afin d’en savoir davantage sur Blackbraid, un groupe de BM étasunien imprégné de musique amérindienne. En raison de pistes très étendues (sur parfois plus de dix minutes) le groupe ne jouera que cinq morceaux tout au plus en quarante minutes. Des rythmes lents, chamaniques. Le chanteur tend son pied de micro vers le haut dans une pose très rock’n’roll. Une Temple attentive et polie, quelques doigts se dressant sur fond de larsen. Musique de qualité. Dix-sept heures huit la Temple se vide petit à petit et on enchaine vers l’Altar, la tente qui jouxte et qui est (principalement) consacrée au death metal, dans l’optique de découvrir en action mes compatriotes d’Aephanemer, un quator méridional (occitan) concoctant un mélange de bon aloi entre melodeath, intonations black metal et mélopées pagan en anglais. Deux filles (guitare-chant et basse) et deux garçons (les deux instruments restants). La chanteuse-guitariste Marion Bascoul sait tenir une scène, ce rougeoyant Altar en étant une grande. Leur (déjà) classique et baroque « Antigone » issu d’« A Dream of Wilderness » (2021) est délivré en version étirée, alors que la vue sur les scènes principales 1 et 2 est (déjà) obstruée par la masse (les progueux US de Coheed and Cambria s’y produisent présentement). L’Altar apprécie le death mélodique des toulousains. Créatifs sur le disque et convaincants sur scène. Tiens ! Un mec avec une veste à patchs ! Bifurcation à la War Zone, une des deux scènes thématiques en plein air cernée de miradors et assujettie au punk – hardcore – metalcore. Avec pour bonne surprise les lyonnais de Kamizol-K : les vainqueurs du tremplin 2023 (« The Voice of Hell ») ouvrent la Zone de conflit avec un hardcore de bonne facture ; Marie la chanteuse en shorts et débardeur noirs m’évoque l’espace de quelques instants Carla Harvey des Butcher Babies, donnant toute son énergie. Les six lauréats prennent plaisir à jouer devant plusieurs centaines de spectateurs agglutinés sur les gradins. L’un d’entre eux vêtu d’une veste en cuir à dossard Stray Cats opine frénétiquement du chef tandis qu’un autre cerclé d’une bouée toucan se fraie un chemin. Le soleil cogne. Tout ceci produit une impression d’arène antique. « Nous sommes là grâce à vous ! ». Et d’abord grâce à vous : félicitations les gones ! L’audience transhume à dix-sept heures cinquante-six vers la Valley nouvellement installée aux quatre vents et au nord-est du site, glissant tour à tour sur la pelouse synthétique, du gravier puis du gazon finement tondu, afin d’assister au concerto distordu et noisy de Today is the Day. Premier constat : la vue sur les artistes se serait améliorée, le public n’est plus amassé en rectangle à la verticale mais en trapèze ; et la qualité de l’écoute n’aurait pas diminué. En l’occurrence la musique est rêche et le chanteur-guitariste crie comme un perdu maléfique. Fin chaotique du premier morceau (« The Descent ») à dix-huit heures six ; le deuxième (« In the Eyes of God ») est entamé illico sur un beat martial ; c’est gueulard et désespéré. Ça larsenne comme dirait Zazie. Sample au synthé suivi d’un très long blanc. Un très long blanc… Un très très long blanc… Le public s’impatiente au bout de trois ou quatre minutes. Un indélicat gueule « Allez !!! » à l’attention du trio nashvillien, ne pigeant pas que celui-ci est en proie au premier aléa technique de cet Hellfest. Le public s’étiole. Il s’étiole beaucoup même, les gens tournent les talons… D’autant que Generation Sex ne devrait plus tarder à investir la Main Stage 1. L’érudite et passionnée Valley de naguère se déserte tel un dysfonctionnel stand à la Foire de Paris. Gâchis. Le videur d’à côté du pit photos me confirme que c’est bien un incident technique. L’enceinte est quasiment désertique (un comble pour une Valley) à dix-neuf, un vent la balaie. On n’entend plus que les cris isolés d’afficionados. Des accords de guitare saturée reprennent à vingt-huit. Acclamation des restants. Explications du groupe. En bref les conditions du direct. Cap sur la scène principale où Billy Idol crache « Black Leather » des Sex Pistols : l’ex petit gars du Bromley Contingent (l’encombrant fanclub des Pistols) chante à l’âge de soixante-sept ans les classiques de ses héros en leur compagnie ; à savoir Steve Jones (guitare et même âge) et Paul Cook (batterie et soixante-six ans) ; sans oublier le bassiste Tony James (soixante-dix ans) le vieux complice du petit Billy (Miam !) au sein de Generation X. Generation Sex enchaîne cinquante minutes durant reprises de Generation X (six) et des Sex Pistols (six… à condition de considérer « My Way » de Claude François comme une chanson des Sex Pistols). Jones et Cook font le job ; nettement moins Idol dont la voix ainsi que l’engagement ne sont pas trop à la hauteur. Concert ne valant que de par la qualité des (historiques) compositions punks (entre autres « God Save the Queen » et « Dancing with Myself » l’hymne des mutualistes). Je verse une première larmiche d’émotion sur la reprise de « Silly Things » (1978) ânonnée par le petit Billy (mais sauvée par le solo de guitare de Jones). Les quatre légendes se barrent à dix-neuf heures trente-sept. Sans même dire merci.

Les Sex Pistols et leurs pairs ont voulu guillotiner les chevelus en 1977 ; force est de constater que les arrière-petits-fils des condamnés se portent bien. La preuve avec les autrichiens d’Harakiri for the Sky à dix-neuf heures quarante. Quatre chevelus post metal se produisant sous les lumières bleutées de la Temple (avec tricot de peau à l’effigie de Nick Cave) au moment où décline l’astre solaire, tandis que l’énergie d’In Flames (des chevelus death suédois) irradie la Main Stage 2. C’est à partir de maintenant que nombre de festivaliers s’en vont rejoindre leur zone de confort. Tout d’abord avec Hollywood Vampires, l’autre « supergroupe » du jour, formé d’Alice Cooper, Joe Perry et Johnny Depp. Je me délecte furtivement d’« I’m Eighteen » l’immortel hymne adolescent publié par le Coop’ en 1971 (son premier tube). Furtivement, puisque j’avais promis en novembre dernier à Mats « Mappe » Björkman, l’un des deux guitaristes de Candlemass d’assister à leur procession doom metal suédois. Dont acte. Toujours tenir sa parole. Redirection l’Altar pour une heure de metal « canal historique » (vous recommandant leur dernier album « Sweet Evil Sun », lequel résume près de quarante années de riffs lourds et de complaintes septentrionales). Un fan vêtu d’un tish Electric Wizard est à fond, les guitaristes (Les Paul pour l’un et Telecaster pour l’autre) ainsi que le bassiste (Precision écaillée) également ; comme une païenne communion entre les cinq druides et l’assemblée. Ils jouent courbés en avant comme s’ils cherchaient un truc par terre, ou comme si leurs corps supportaient la lourdeur de leurs accords et notes. C’est démonstratif. Des mains se lèvent en signe d’approbation. « We are Candlemass from Stockholm Sweden and it’s good to be back » confesse le taiseux Leif Edling (bassiste et druide supérieur) en trinquant, déposant sa bière, puis s’inclinant en hommage. À l’extérieur la monumentale sphère en fer forgé commence à cracher ses premiers feux et la grande roue s’allume. Aux derniers rangs de l’Altar l’on ressent comme un sentiment de découverte, c’est aussi cela le Hellfest. Vingt-et-une heure cinquante vient le tour des britons d’Architects sur la Main Stage 2. Les nouveaux protégés de Lars Ulrich (ils ont assuré la première partie de Metallica sur une des deux dates parisiennes de mai dernier) nous livrent une des prestations les plus professionnelles de la fournée. Les trente premières secondes de « Nihilist » sont entamées comme on entame une chanson de l’Eurovision, le chanteur Sam Carter (veste en jean bleu à manches courtes sans patchs et t-shirt Ozzy Osbourne blanc) déboule, salue la foule, et ça pète de suite !!! De mirifiques lights tournent au même rythme que la batterie électronique Roland de Dan Searle. La foule accroche en remuant de l’occiput. Il s’agit d’une musique clinique, surproduite, mais entraînante. Le chanteur sollicite un circle pit et l’obtient : un des plus impressionnants de mémoire de Hellfest. Impeccable. Sur une écrasante version d’« Animals », treizième et dernier segment de cette rodée démonstration, on se dit que les originaires de Brighton sont capables à eux seuls de relancer la mode du jean neige… Le public n’en finit plus de scander. Arena metal. Cœur avec les doigts à vingt-deux heures cinquante-et-une. La nuit solsticiale enrobe à présent Clisson lorsqu’à vingt-deux heures cinquante-cinq les vénérables et multiplatinés KISS foulent une scène française pour la vingt-troisième (et probablement une des dernières) fois de leur carrière depuis cet Olympia du 22 mai 1976. Ce sera ma cinquième soirée en compagnie des new-yorkais grimés (1996, 2008, 2015, 2019 et…). En constatant que Paul Stanley assure dorénavant davantage le show que son comparse Gene Simmons, duquel émane une perceptible souffrance d’avoir à supporter une armure de diable-vampire à son âge (il aura soixante-quatorze ans le 25 août)… Strictement rien n’étant retiré de la bouche des spectateurs, la Main Stage 1 aura quoi qu’il en soit droit à l’intégrale du spectacle. Dont un attendrissant « Beth » chanté et pianoté par le batteur Eric Singer (cette délicate supplique de 1976 narrant les problèmes de couple de l’originel batteur Peter Criss d’avec son épouse… Beth). Ainsi que Paul Stanley pétaradant de vigueur à soixante-et-onze berges, et plus que jamais Starchild, annonçant « Love Gun » pour la mille-neuf-cent-quatre-vingt-treizième fois depuis la première en juillet 1977… Deux heures pleines de rêve intemporel. Pro de chez pro. Un attroupement se forme parallèlement devant la Temple afin d’entrevoir la messe noire d’un de leurs innombrables petits-rejetons maquillés : celle du polonais Adam Darski alias Nergal de Behemoth. Une flammekueche acquise au stand d’« Alsace Street Food » de Bretzel Story et il convient de gagner les gradins de la War Zone pour Fishbone à une heure cinq. Les américains sont en retard de sept minutes sur l’horaire. Rare au Hellfest. Toute aussi rare voire mémorable sera cette leçon de folie et de groove assenée par les maîtres de la fusion ! On me dira le lendemain matin que Parkway Drive a mis au même moment le feu à la Main Stage 2. Pour l’heure Fishbone nous balance un mélange foutraque mais concerté (orchestré) de James Brown, Fela, Manu Dibongo, Parliament, Funkadelic, les Specials, etc… ; tout y passera : soul, funk, jazz, afrobeat, rock, reggae et ska !!! En bon émule de George Clinton (vestimentaire inclus) le bassiste John Norwood Fisher slappe à tout-va ; et le polyvalent chanteur Angelo Moore finit la revue torse-poil sous des nappes de cuivres, un coup soufflant dans son saxophone les yeux exorbités, un coup taquinant l’oscillateur de son thérémine, un coup virevoltant sans perdre son papiot rigolo. Soixante ans de musique noire en une seule heure à une heure avancée sur la scène punk du Hellfest. Il fallait le faire.

 

Mes trois concerts persos Jeudi 15 juin 2023 :

1. Fishbone

2. KISS

3. Locomuerte

 

Place maintenant au vendredi les amis ! 

Hellfest – Vendredi 16 juin 2023 – « Ecris-moi un castor »

 

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