Chronique de Gift of sacrifice – King Buzzo (with Trevor Dunn)

mercredi/05/08/2020
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Auteur : King Buzzo (with Trevor Dunn)

Titre : Gift of Sacrifice

Label : Ipecac Recordings

Sortie le : 14 août 2020

Note : 15,5/20

 

Amorcer la chronique d’un disque de King Buzzo, c’est comme ouvrir le dossier d’un mec ou d’une boîte qui semble à première vue chargé. Pour les seconds, on se rue grappiller des informations croustillantes sur le B2 ou sur Infogreffe, pour le premier l’on consulte simplement l’état de sa discographie. Il y a toujours des trucs utiles à prendre dans les deux cas. Avec ses Melvins et en solo, mais sans faire mention à son casier de Fantomas (dont provient le guitariste Trevor Dunn, ici présent) ni de Venomous Project, et en excluant les captations live ainsi que les EP en vrac, le pléthorique Roger « Buzz » Osborne n’en serait qu’à son soixante-septième album depuis 1986. Une paille ! Ceci écrit, et quoi qu’il en soit, à l’instant précis où l’on télécharge les neuf mp3 de cet énième enregistrement, l’on sait qu’on va immanquablement apprendre quelque chose. On ne sait pas quoi mais l’on sait. La pochette, poétique et tristounette, typique de l’art graphique yankee choyé par la tête-pensante des Melvins, trahit d’emblée et pour partie les intentions de celle-ci.

Qualifier « Gift of Sacrifice » d’« Ovni » relèverait bien entendu de la flemmardise écrite. « Pot-pourri » conviendrait mieux. En plus, cela colle avec ladite couverture. Le travail audio est pour l’essentiel acoustique : à dominante cordes, contrebasse et distorsion sur le microphone. Le disque s’ouvre sur un pizzicato d’une vingtaine de secondes, façon mouche qui s’astique, intitulé « Mental Vomit », et l’on redoute illico que nos deux barrés vont faire mumuse façon hall du Centre Pompidou durant une demi-heure… Que nenni bouffi : « Housing, Luxury, Energy », la plaintive deuxième piste, marque d’ores et déjà le sommet de l’album ! D’accoutumée, les artistes placent ce genre de joyau d’inspiration aux alentours de fin de face ou de disque, King Buzzo (et Trevor Dunn) non. Rencontre blafarde et inopinée entre un mélancolique Apocalyptica, une voix distordue à la Jon Blues Spencer Explosion (ou à la 45 tours passé en 33) et « Diane » de Therapy? (en réellement « alternatif » sur ce coup…).

Éclectique et disparate est la somme. En moins formatée et convenue que l’intégrale de Beck. Authentiquement minimaliste. D’essence Nord-américaine (« Delayed Clarity »), emballée d’un souffle trouble et poussiéreux. Et puis, comme souvent chez Buzzo, il y a une resucée. Ce monomaniaque de KISS dilue en loucedé quelques accords et notes de « Cold Gin » dans le mollasson « Mock She » (référence à « She » de KISS ?). A vue de tarin, notre maestro bruitiste doit en être à près d’une douzaine de reprises du groupe de Peter Criss (« Going Blind », sur « Houdini » étant la plus notoire). « I’m Glad I Could Help You » est une déclamation à la tonalité malsaine, laquelle aurait parfaitement pu être signée Mike Patton (son autre pote à la compote dans Fantomas)… A proprement parler, et en faisant abstraction des instrus atmosphériques, « Gift of Sacrifice » n’est pas tout à fait un « Long Player ». Plutôt un EP composé par trois ou quatre complaintes sourdes, les pistes intercalaires et lesdites ballades formant un ensemble cohérent. Sombre, dans l’acception véritable du terme, étouffé et menaçant.

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