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Arkan – Kelem

mercredi/16/11/2016
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Groupe: Arkan
Album: Kelem
Label: OverPowered Records
Date de sortie: 10 Novembre 2016

Arkan a été fondé en 2005 par Foued Moukid (ancien membre de The Old Dead Tree) pour apporter au Metal la richesse de la musique orientale. Leur premier album, « Burning Flesh », est un enfant métis du Death et du Chaabi, dérivé moderne de musique arabo-andalouse. Le thème : un voyage dans la tête d’un terroriste kamikaze. Puis en 2008, Arkan sort « Hilal » qui s’inspire de légendes sumériennes. « Salam », sorti en 2011, parle comme son nom l’indique de paix, celle entre deux peuples voisins se faisant la guerre pour des motifs irrationnels. « Sofia » est un album plus intime, plus sombre puisqu’il fait suite au deuil d’un des membres du groupe. Comme on le note, Arkan est doué pour voyager dans un territoire neuf à chaque album. Alors quel domaine est concerné par Kelem qui sort en 2016 ? Et bien après les attentats qui ont frappé la France, et un an presque jour pour jour après le massacre du Bataclan, il est peu étonnant qu’Arkan se penche à nouveau sur le thème du terrorisme. Le groupe a également remplacé la chanteuse Sarah Layssac par Manuel Munoz, ancien chanteur de The Old Dead Tree. C’est un changement d’ampleur, tant la voix d’un groupe le rend reconnaissable. Substituer une voix masculine à une voix féminine est donc un pari audacieux. Il faut avouer que ça fonctionne. L’émotion est toujours là car Manuel Munoz sait tout à fait exprimer le déchirement ou explorer toute une gamme d’émotions.

Kelem comporte 12 titres. Son artwork signée Seth Siro Anton est un avant-goût du domaine où nous allons pénétrer : une femme de profil, visible uniquement jusqu’à la taille, se tient dans les bras, le regard vague et la bouche entrouverte, ses commissures recousues à gros points. Sa peau se plisse ou apparaît déchirée à certains endroits. Des épines d’acier ornent son dos, et des éléments bio-mécaniques se distinguent dans sa nuque. Dans le fond, des détails architecturaux classiques semblent à moitié effacés. Les couleurs sont pratiquement absentes, laissant place aux teintes de gris, du plus clair au plus sombre. Seule autre couleur : le rouge de grosses gouttes de sang derrière la tête du personnage. Le livret et le CD sont eux aussi très soignés avec des personnages de mort et des ambiances très obscures. L’entrée dans « Kelem » promet la visite d’un territoire morbide, celui du terrorisme, comme dans leur premier opus.
Musicalement, on passe d’ambiances atmosphériques, lancinantes sans être lassantes, à des moments plus brutaux, ou d’autres saisissants émotionnellement. Les arrangements font la part belle aux accents orientaux, sans que ça sonne exotique dans le mauvais sens du terme. Mais ce sont les paroles sur lesquelles il faut vraiment se pencher. Le Death est un style habitué à la description d’horreurs, mais la plupart du temps, elles sont imaginaires, fantasmes d’Occidentaux vivant dans des pays pacifiés depuis plus de 50 ans. Ici, il est question d’une guerre réelle, avec de vraies victimes et de vrais bourreaux.
L’album s’ouvre sur deux titres qui pourraient être l’écho l’un de l’autre : « Kafir », le récit des dernières pensées d’un kamikaze, et « Nour » (lumière en arabe), la vision d’une victime de la chute d’une bombe. Puis deux récits de jeunes gens partis faire la guerre du mauvais côté de la barrière : « The Call » et « Cub of the Califate », ce dernier étant la vision de ce destin incompréhensible par les yeux des parents.
« Erhal » est une mise en garde contre les mensonges de l’Etat Islamique, puisqu’il s’agit de cela. « Eib », morceau purement instrumental comme un moment de répit, est suivi de « Just a lie », mensonges et leurres qui aveuglent les migrants qui fuient la guerre à tout prix, quitte à mourir en mer. Ce titre est lancinant, avec la voix claire de Manuel Munoz qui exprime parfaitement ce désenchantement. « Beyond the Wall » est un récit de la longue marche pour trouver un pays d’accueil, en attendant de rentrer chez eux. « Kelem » et « As a Slave » sont le contrepoint de « Beyond the Wall », l’histoire de ceux qui restent. Entre ces deux titres, s’insère « Capital City Burns », constat désolant d’un pays dont même la capitale est en train de sombrer. Et pour finir, « Jasmine Harvest » est une sortie en douceur du domaine de terreur où nous a accompagné Arkan avec un grand talent. A noter un titre caché en toute fin de l’album, « Ray of Hope II » qui rappelle le titre « Ray of Hope », dernier morceau de leur premier EP, « Burning Flesh ».
On sort de cette écoute touché au cœur.

The Kat

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