HOT on the rocks!

Hellfest – Dimanche 18 juin 2023 – « Phil & Rex & Zakk & Charlie »

mardi/18/07/2023
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Fournée (pour ce qui me concerne) la plus ramassée des quatre composant cette édition. Comme le sont bien souvent les journées dominicales. Surtout, l’inamical orage qui balaie le site aux alentours de midi est venu retarder son entame. La menaçante foudre m’empêchant (ainsi que mon joli parapluie fuchsia) de mirer à l’heure les trois suédoises (et ma compatriote mosellane Joan Massing derrière les fûts) de Thundermother affronter des éléments déchainés ; je suis caparaçonné (d’un noir pancho Napalm Records) et encore dans ma tente sous une drache de faquin lorsque j’apprends par WhatsApp que j’ai justement pour mission d’interviewer la guitariste Filippa Nässil ainsi que la chanteuse Linnéa Vikström en début d’aprèm’… Tayaut ! Las, le poncho (acheté en 2017 après le Fall of, au plastique donc plausiblement fatigué sans n’être jamais sorti de son sachet…) se déchire avant même que je n’ai pu décoller de mon emplacement du Green Camp. Sacrebleu ! La texture des jaunâtres ponchos Seasons of Mist semble plus épaisse et par-la-même plus robuste constate-je une quinzaine de minutes plus tard en faisant la queue au bar d’en face de la Temple (la metalleuse devant moi en porte un). Rayon files d’attente (suite) : celles inhumaines qui étaient formées les jours précédents devant le monumental shop Sanctuary ont été décimées par la pluie ; la voie étant libre je pénètre le bâtiment et acquiers un inespéré XL aux couleurs de l’événement, mon ami Gaël (resté chez lui faute d’avoir obtenu quelconque pass ou place cette année) m’en demandant aimablement un depuis mon départ mercredi. In extremis. « J’y pense tout le temps. J’y suis allé en tant que spectateur en 2014, Black Sabbath et Aerosmith étaient les têtes d’affiche du samedi et du dimanche soir, c’était super cool ! » m’avait confié Joe d’Evil Invaders en mars 2022. Le songe du chanteur-guitariste flamand prend forme à quatorze heures moins vingt sous la tente Altar. Tandis qu’un type assis par terre en tailleur est absorbé par la lecture d’un roman en anglais, Joe confesse devant le reste de l’assemblée être très content de jouer au Hellfest (ben tiens) en annonce d’« In Deepest Black » morceau-phare (dont l’intro à la guitare électrique me rappelle étrangement celle de « Que je t’aime ») de leur « Shattering Reflection » publié il y a un quinzaine de mois (chez Napalm Records) ; les mains levées des festivaliers battent le tempo. Concerné, professionnel, presque théâtral, le jeune et passionné patron nous délivre ainsi que les trois autres instrumentistes une épique performance speed metal canal historique. Pétarades pyrotechniques, pendant que Treponem Pal programmé à quatorze heures vingt effectue sa balance sur la Temple voisine. Celle-ci est pleine comme un œuf pour la troisième venue au Hellfest des parisiens, lesquels ont fait une démonstration de force à la Maroquinerie le 4 mai dernier. Les regards convergent vers Marco Neves, le sémaphorique screamer et physique fusion entre Phify (le videur de Sex Machine) et Charlélie Couture. Marco qui comme Angelo Moore jeudi soir est coiffé d’un beau papiot. Les précurseurs et chefs de file de la mouvance indus française alternent pendant trois-quarts d’heure entre extraits du remarquable « Screamers » leur huitième album studio depuis 1989 paru en mars, mythiques perles underground et judicieuses réinterprétations (« Planet Claire », « Funky Town »). En sus de la présence de l’imposant Marco (voix rauque et harangues psychédéliques) la variété des ambiances (metal, rock, mais aussi dub, reggaeton voire hip hop) confère incontestable personnalité à une diversifiée prestation. Qui plus est délivrée au sein de l’ex-lugubre Temple. Les spectateurs sont attentifs, certains gambillant à l’arrière du chapiteau. Ovation. ENJOY !!!

Seize heures moins vingt, après avoir conversé seize agréables minutes avec Filippa et Linnéa, je prends définitivement congé cette fois de l’espace-presse afin de rallier les abords de la Main Stage 2 profiter des dernières minutes du big rock (mot désuet méritant réhabilitation) des américains d’Halestorm ; et croise à mi-chemin la punchy Carole Cerdan (de chez Vecteur) qui me dit revenir du concert de « Lzzy Hale et de ses boys ». Outre sa faconde, cette méridionale camarade possède indéniablement le sens de la percutante formule ; en plus de m’indiquer l’état de son emploi du temps, elle dresse un constat : Halestorm c’est avant tout une chanteuse-guitariste de (sacré) caractère flanquée de ses masculins accompagnateurs, dont son petit frère Arejay à la batterie. Gibson Explorer noire à protège-plectres doré, jupe écossaise fuchsia (décidément) et noire, perfecto en skaï orange, la tornade Lzzy Hale écrabouille de son époustouflante voix l’auditoire : « Hellfest you’re my Peopleeeeeeeeeeeee !!! » hurle-t-elle avant d’asséner un rayonnant « The Steeple », hymne fédérateur gravé sur « Back from the Dead » (2022) et (malheureusement pour mézigue) dernière chanson de leur set. « This is my Kingdom / This is my Cathedral / This is my Castle / And these are my People » ces paroles semblent avoir été écrites pour être déclamées (mazette quelle performance vocale !) au Hellfest. J’ai donc loupé « Love Bites (So Do I) » (2012), une de mes chansons favorites des quatre pennsylvaniens, avec ses parties endiablées de caisse claire… Je me rattraperai à La Cigale qu’Halestorm investira le 5 décembre prochain. Quinze heures cinquante-quatre, longue séance d’envoi de médiators et de peaux à l’adresse des plus veinards. Le site est clairement moins noir de monde qu’hier, effet conjugué de l’orage et de l’approche de l’inévitable et fatidique fin de fest… Les dalles en béton encadrant les bases des pylônes supportant les baffles se sont transformées en pédiluves dans lesquels des malchanceux pataugent par mégarde. L’electronicore des allemands d’Electric Callboy (ex-Eskimo Callboy) vient réchauffer à dix-sept heures leurs pétons. Avec un pantin. Le chanteur harangue le public et fait le bruit de La Denrée dans « La soupe aux choux ». Apportant également confirmation que le rose se marie bien avec le noir. Aux sonorités contemporaines d’Electric Callboy succède (toujours sur la scène principale) le viking metal des suédois d’Amon Amarth avec leur décor de fête foraine scandinave : c’est du grand-guignol mais c’est efficace, à l’image de leur tant lourdingue que jouissif « Guardians of Asgaard ». Incubus a déclaré forfait à la dernière minute pour « raison de santé » annonce au micro Olivier Garnier : ce sont donc les cinq thrasheurs ibériques de Crisix qui les remplacent au pied-levé à dix-huit heures quarante-et-une. Rappelons que l’an dernier leur batteur (diagnostiqué positif au Covid le jeudi) avait été remplacé sur le pouce lors de leur concert du vendredi par Job Tronel de Tagada Jones et Paul Caffrey de Gama Bomb. Amusante coïncidence. À l’arrache ou pas les catalans prennent visiblement beaucoup de plaisir à nous divertir, le guitariste (virtuose et nerveux) Albert Requena sourit de toutes ses dents, tandis que Juli Baz le chanteur en veste à patchs (avec la tête de Superman cousue dessus) se colle contre le quatre-cordiste Pla Vinseiro en survêtement noir et chemise japonisante jaune. Des mecs spontanés et déterminés. Un metalleux passe devant moi, lâchant pince-sans-rire « Ça a vachement changé Incubus… ». Pour quelques instants le guitariste-échalas Marc Busqué Plaza remplace de façon inexpliquée le chanteur (on remplace les remplaçants cela devient Gotlibesque…). Crisix se paie même le luxe de reprendre « Walk » qui sera joué trois heures plus tard par les patrons de la soirée… Enchaîné sur un inattendu (comme l’est ce concert improvisé) « Antisocial » ; le tout avec une coolitude déconcertante. Puis vient le moment du traditionnel Wall of Death : Juli revenu sur scène demande posément que la foule se sépare en deux, laquelle obtempère telle la mer Rouge obtempéra (Exode 14, 21-27) ; avant de slammer à son tour (récupéré par un des gars de la sécu, vous savez, celui qui a des faux-airs de Bobby Blitz d’Overkill…). À quelques centaines de mètres de là, le post-hardcore et metalcore des australiens de The Amity Affliction entre en action une petite heure sur la nuageuse War Zone. Cette cuvée 2023 est décidément rupine en metalcore et autres « ore ». Je ne comptais pas particulièrement goûter l’humour de Jack Black (autre acteur américain à se produire ici cette année) et de son acolyte Kyle Gass de Tenacious D. Il y a toujours des a priori et des a posteriori. Mea culpa et Errare humanum est : les duettistes à bedaines et guitares sèches ont régalé la scène principale d’un fluxus tant fendard qu’avant-gardiste, rappelant les meilleures heures de Zappa et de Beck. Avec dialogues dadaïstes, un emprunt à Chris Isaak, un saxo-jouet rigolo en plastique jaune et violet, l’attaque situationniste d’un robot-géant devant un bassiste simulant l’effroi. Ces deux drilles ventrus sont impayables. C’est plus un happening calculé qu’un concert. Sinon le batteur porte un t-shirt avec un fantôme moche qui fait la gueule. Point d’orgue sur leur cultissime « Tribute » (2001). Joyeuses acclamations. Does humour belong in music ? Affirmatif.

Mon petit frère a eu, lui, l’incommensurable veine de voir Pantera le 30 mai 1998 au Zénith (de leur art) lors de leur antépénultième halte dans la capitale française (il y en aura une ultime en mai 2000, précédée de Villeurbanne et Strasbourg) ; cinq ans avant cette traumatique séparation de 2003, six avant que Dimebag ne soit assassiné sur scène, et vingt avant le décès par arrêt cardiaque de son frère Vinnie (hommage fut rendu au défunt le lendemain lors de la treizième édition du Hellfest). Il est vingt-et-une heures, les grands écrans projettent au son de « Regular People (Conceit) » (1992) une conséquente vidéo (les Stones n’en ont pas fait autant pour Charlie Watts en prélude à leurs spectacles l’an passé) compilant bout à bout de cheap captations façon vidéo-gag des espiègles et facétieux frères Abbott : l’on y revoit Dime et Vinnie sur scène mais aussi en dehors (pour le meilleur et surtout le pire) en compagnie de leurs idoles (le Gene Simmons barbu de la première moitié des nineties ; le quadra Rob Halford circa Fight), de leurs amis (Trent Reznor) ainsi que des deux survivants Rex et Phil. Le court-métrage s’achève sur deux spectres lumineux sur fond noir, ceux du guitariste et du batteur indisponibles pour l’éternité, tandis qu’est diffusé un cristallin passage de « False VII – « Belle Indiference » » de l’obscure formation de black / folk atmo lusitanienne Omitir (un choix de Phil à n’en point douter…). Vingt-et-une heure cinq et Clisson retient son souffle : l’immense bâche rectangulaire frappée du logo rouge de Pantera s’effondre, laissant apparaitre l’enfumée estrade sur laquelle Phil & Rex & Zakk & Charlie amorcent un « A New Level » (1992) plus surpressurisé que jamais. Bermuda noir, débardeur Pantera rouge et yeux de la même couleur (c’est l’émotion ça…) notre costaud des Épinettes de Phil arpente la Main Stage 2 pieds nus. Il rejoint ce faisant un select cénacle composé de Jennifer Finch, Henry Rollins, Krist Novoselic, Ronnie Van Zant, Cesária Évora, Sandie Shaw, Eugène Mona (légende martiniquaise) et Yannick Noah. À l’imitation du chanteur les premiers rangs lèvent instantanément le poing, tandis que le vivace Rex s’accroche à sa Gibson Thunderbird Signature Rex Brown marron claire comme si son existence en dépendait. Les « remplaçants » Zakk Wylde (présent sur cette scène le dimanche soir de l’an dernier avec Black Label Society, pianotant et chantonnant « In this River » ode dédiée à Dime justement…) et Charlie Benante (supra-concentré dans un tish noir avec Dime et Vinnie dessinés façon Matt Groening) font turbiner la machine sans pour autant jouer les premiers rôles : nos deux soutiers observeront un déférant retrait ces treize morceaux durant (Dieu sait pourtant à quel point le colosse Wylde est une charismatique bête scénique : il s’en tiendra ce soir comme les autres à sa célèbre posture jambes écartées sur un mètre trente et headbanging latéral le buste en avant). Venons-en à la provenance des treize offrandes de ce show : une de « Cowboys from Hell » (1990) ; cinq de « Vulgar Display of Power » (1992) ; quatre de « Far Beyond Driven » (1994) ; une de « The Great Southern Trendkill » (1996) ; une de « Reinventing the Steel » (2000). Un adéquat résumé. L’intonation de Phil sur « Strength Beyond Strength » (mon préféré de leur répertoire) balancé en troisième position après « Mouth for War » est limite black metal. Ayant délaissé son kilt pour un futal noir, Zakk aligne (sur sa Wylde Audio War Hammer Zakk Wylde Signature, mix entre la partie haute du corps d’une SG et la basse d’une Flying V, bleue et noire ornée d’éclairs comme la mythique Dean de Dime) les riffs, arpèges et soli composés par son ami et compagnon de route : « Becoming » , « I’m Broken », « 5 Minutes Alone », « This Love », « Fucking Hostile »… Tant instrumentalement qu’humainement le meilleur guitariste metal actuel (mon opinion) était l’homme de la situation. Sur sa veste à patchs figurent les visages des deux disparus ; lesquels décorent également les peaux de la double grosse caisse de Benante. Je me paie le luxe d’une tartelette aux framboises. À vingt-deux heures deux tonne le martial « Walk » avec Brown et Wylde aux chœurs, le soleil se fait la valise et les slammers se grimpent les uns sur les autres dans la fosse. Anselmo regarde le ciel pastel en mâchant son chewing-gum. Final sur le métallique « Cowboys from Hell », brulot qui alluma l’endiablée mèche texane quelques mois après la première guerre du Golfe ; légendaire groupe devenu association de fortes personnalités. Envoi de médiators à vingt-deux heures dix-sept. C’était trop court !!! Tout comme insuffisante peut sembler une unique représentation en France. S’il vous plaît revenez pour vos fans metalleux la plupart n’étant pas présents ce soir !!! J’alpague au VIP Marc la chevelue tour de contrôle de Crisix, et le congratule encore enthousiasmé par leur intervention héroïque de tantôt. La sono du cirque malsain de Slipknot qui se produit la nuit tombée sous des lumières bleutées me donne l’impression d’être plus puissante encore et plus clinique que celle de Pantera. C’est en définitive cela Slipknot. À part ça les nouveaux masques des aliénés entraînés par le maboule Corey Taylor me paraissent plus effrayants qu’auparavant. Sidérants. Au même moment dans l’Altar et sur la War Zone le thrash des vétérans de Testament et le hardcore mélodique de The Ghost Inside tirent simultanément les rideaux sur ce millésime 2023. Définitivement clos par le désormais coutumier feu d’artifice, tiré notamment aux sons de « Thunderstruck » et de « Jump ». Un impressionnant bouquet final forme à vingt-trois heures cinquante-neuf voûte étoilée au-dessus de ce gargantuesque camping que je viens de regagner pour la cinquième nuitée consécutive. J’observe un temps d’arrêt une dizaine de minutes prenant le temps de contempler. Et de respirer. Nous sommes à présent le lundi 19 juin et le seizième Hellfest vient officiellement d’avaler son bulletin de naissance ; ou (plus respectueusement formulé) de rejoindre ses illustres prédécesseurs au Panthéon de l’histoire du rock français. À titre personnel, c’était ma neuvième et la plus aboutie de toutes les éditions auxquelles j’ai participé depuis 2009. Si le chapeau de paille italien semble avoir remplacé la cartouchière, de par sa programmation ainsi que de par son organisation le Hellfest demeure une fois encore plus près du Capitole que de la Roche Tarpéienne.

 

Mes trois concerts persos Dimanche 18 juin 2023 :

1. Pantera

2. Tenacious D

3. Halestorm

 

Mes cinq concerts persos Hellfest 2023 :

1. Pantera

2. Def Leppard

3. Fishbone

4. Arch Enemy

5. Monster Magnet

 

Place maintenant aux quatre jours de CLine les amis !

Hellfest – Jeudi 15 Juin 2023 – « Des larmes et des maux »

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