Pour nos lecteurs qui ne connaissent pas forcément l’univers de Tolkien, le nom Eye of Melian vient directement de ses écrits. Qui est Melian et pourquoi ce personnage vous a-t-il inspirés pour ce projet ?
Johanna : C’était l’idée de Robin, notre parolière, et je pense qu’elle a fait un excellent travail en trouvant ce nom. Melian était une Maia dans l’univers de Tolkien. J’aurais aimé avoir Robin ou Miko avec nous pour vous donner toute l’histoire derrière ce personnage. Mais ce que je peux dire, c’est que Melian possédait le don de prémonition et le don du chant. En tant que personnage, elle incarne vraiment l’énergie que notre musique dégage. Ça semblait être un match parfait.
Martijn : Exactement ce que dit Johanna. Nous avons deux véritables experts dans le groupe : Miko et Robin sont des encyclopédies ambulantes sur l’univers de Tolkien. D’ailleurs, je crois me souvenir qu’il y avait aussi une histoire très tragique autour de Melian, avec son amant ou peut-être sa fille ? C’est une grande histoire dans le Silmarillion.
Johanna : J’encourage vraiment tout le monde à lire ce livre. C’est magnifique. Il y a tant d’histoires et de personnages, et la description de la création du monde de Tolkien est vraiment inspirante. La façon dont il écrit est très poétique, et nous aimons marcher dans ses pas. Nos paroles essaient de contenir cette même essence, ces belles figures de style et cette grâce elfique, du moins nous l’espérons.
L’album s’intitule « Forest of Forgetting » (La Forêt de l’Oubli), mais à la lecture des paroles, ce n’est pas présenté comme un endroit triste. C’est plutôt un sanctuaire où l’on peut déposer ses fardeaux. D’où vient cette idée ?
Martijn : C’est effectivement dans les paroles que Robin a écrites. Dans la vie, nous avons tous nos moments difficiles, nos lundis matins, nos soucis. À un certain moment, on aimerait pouvoir oublier tout ça et entrer dans cette Forêt de l’Oubli. Je pense que notre musique peut vraiment être cet exutoire : vous pouvez vous détendre, lâcher prise, vous laisser porter et simplement profiter de cette musique. Vous êtes plongés dans ce monde fantastique magique avec tant de choses excitantes à voir et à expérimenter. C’est ce que nous voulions transmettre.
Martijn, tu viens d’un univers de metal symphonique assez puissant avec Delain. Comment as tu créé cette atmosphère apaisante sur cet album ?
Martijn : C’est merveilleux parce que c’est un « animal » complètement différent, et donc aussi un exutoire créatif pour moi. Avec Delain, j’ai vraiment besoin de pousser la musique de façon très dynamique, c’est très amusant. Mais avec Eye of Melian, c’est une perspective totalement différente. Vous vous asseyez, vous jouez, vous vous laissez porter et la musique vous guide. Avec Delain, je suis très conscient de ce que je veux jouer. Ça vient aussi du cœur, mais d’une manière complètement différente. Avec Eye of Melian, c’est une façon très paisible d’écrire et j’adore ça. C’est tellement différent que c’est un mariage très heureux pour moi.
C’est comme si ça vous amenait à explorer différents endroits dans votre cerveau. Cerveau gauche, cerveau droit…
Martijn : Exactement ! Si vous conduisez, parfois vous prenez la sortie de gauche, parfois celle de droite. Les deux ont des phases intéressantes. Vous pouvez explorer différentes choses.
Johanna, votre voix a quelque chose de très pure. Comment abordez-vous l’écriture et la manière de communiquer vos sentiments pour parler de mémoire, d’oubli et de libération ?
Johanna : Pour moi, chaque fois que j’entre dans mon home studio et que je commence à enregistrer les voix ou à écrire des paroles, c’est toujours quelque chose de très intuitif qui vient du cœur. Je ne sur-analyse pas, je ne réfléchis pas vraiment à ce que je fais. Je fais simplement ce qui me semble juste. C’est la meilleure façon de le décrire. Je fais confiance à la musique pour me guider. Quand ça me donne la chair de poule ou que ça me fait pleurer pendant que je chante, je sais que je suis sur la bonne voie et je continue dans cette direction. Si j’essaie des choses qui ne semblent pas justes, je sais que je dois continuer à chercher jusqu’à trouver ce moment de révélation. C’est comme ça que ça fonctionne pour moi.
Donc vous travaillez vraiment depuis l’âme, depuis le cœur. Si vous ne le sentez pas, c’est que ça ne fonctionne pas.
Johanna : Oui, c’est comme ça que je suis.
C’est très important d’écouter ce qu’on ressent à l’intérieur quand on travaille, surtout dans les métiers artistiques.
Johanna : Oui, absolument. Cette liberté, c’est ça la magie.
Il y a une chanson, « The Buried Well » (Le Puits Enterré), qui parle d’un puits créatif enseveli, d’une inspiration perdue sous la poussière. Est-ce que cela vient d’une expérience personnelle ou est-ce juste une partie de la narration de l’album ?
Johanna : C’est encore une fois une chanson dont Robin a écrit les paroles, donc je suis sûre qu’elle vous donnerait la réponse la plus profonde. Mais je pense que c’est quelque chose auquel chaque artiste peut s’identifier : ce sentiment d’être bloqué. Pour moi, tel que je l’interprète, ça vient d’un endroit très profond et personnel.
Martijn : Je peux ajouter quelque chose. Robin est ma femme, et je sais qu’elle a effectivement vécu ce moment où elle ne pouvait pas mobiliser sa créativité parce qu’elle était très occupée avec le travail et d’autres choses. Ses parties créatives ramassaient effectivement la poussière, d’une certaine manière. Je pense que ça a joué un rôle. Et à un certain moment, elle a pu se reconnecter à ça, et cette chanson en est le résultat.
Dans l’album, on remarque que l’eau est très présente. Que représente l’eau pour vous dans cet univers ?
Johanna : Pour moi, ça évoque immédiatement les émotions. L’eau, c’est l’émotion. Elle coule à travers nous et en nous, elle est propice à l’énergie de la vie et au flux de la vie.
Martijn : Comment dire mieux ? Le flux de la vie, c’est magnifiquement dit. Je suis complètement d’accord. L’eau est aussi l’un des éléments les plus communs dans l’univers. Pour nous, elle est essentielle à la vie. Pour moi, elle représente la pureté et la vie elle-même. Les choses qui coulent, voilà ce qu’elle est pour moi.
À la fin de l’album, vous avez inclus une reprise de « Tears of the Dragon » de Bruce Dickinson. Pourquoi cette chanson en particulier ?
Johanna : Il y a une histoire intéressante derrière ça. Nous avons eu beaucoup de chance l’année dernière de signer avec Napalm Records. Nous étions tellement heureux que nous voulions célébrer cette collaboration d’une manière ou d’une autre. Nous sommes tous des metalheads dans ce groupe, nous aimons tous le metal. Le fait de signer avec un label metal appelait presque naturellement à reprendre une chanson metal. Nous avons cherché et c’est Miko qui nous a présenté cette chanson. Ça a été un coup de cœur instantané. On pourrait croire que c’est une chanson originale d’Eye of Melian tellement elle contient la même essence que notre musique.
Martijn : Oui, complètement d’accord. Je n’ai rien à ajouter.
Au-delà de la pure expérience d’écoute, qu’aimeriez-vous que les gens retirent de « Forest of Forgetting » ?
Martijn : Si je dois choisir des mots : la paix intérieure, la sérénité. L’idée que le ciel est la limite dans ce que vous pouvez faire dans la vie, avec votre imagination. L’excitation aussi. Nous essayons toujours de mettre beaucoup d’énergie dans la musique parce que c’est ce que nous ressentons dans nos cœurs. Même si nous n’avons pas de guitares metal, on peut quand même donner beaucoup d’énergie avec l’orchestre et le chant. Je pense qu’il y a vraiment beaucoup d’énergie dans Eye of Melian.
Johanna : Même si vous ne pouvez pas toujours contrôler vos circonstances ou ce qui vous arrive, vous pouvez toujours contrôler votre façon d’y réagir. C’est quelque chose sur lequel vous avez un pouvoir. J’espère que cette musique peut allumer un feu en vous pour que vous puisiez dans cette énergie pleine d’espoir, cette lumière solaire dans votre cœur qui est une source infinie de positivité. Un outil pour renverser le récit négatif et la mentalité de manque, et commencer à raconter une histoire plus édifiante.
Quels sont vos plans pour 2026 ?
Martijn : Pour la première fois, nous emmenons Eye of Melian sur la route ! Nous avons notre tout premier concert officiel en tête d’affiche pour célébrer la sortie de l’album aux Pays-Bas, dans ma ville natale de Zwolle. Nous allons aussi faire une tournée en Finlande en mars. Tout ça se passe dans des théâtres. Je viens d’un monde où je joue dans des salles où les gens sont debout avec les cornes du metal. Cette musique demande que les gens s’assoient et se laissent immerger. Je suis vraiment excité parce que je n’ai jamais vraiment expérimenté ce genre d’expérience live sur scène. Nous avons aussi signé avec un agent de booking international, donc j’espère vraiment que nous pourrons tourner dans le monde entier. Nous espérons faire beaucoup de concerts en 2026 et 2027. Peut-être aussi en France ! Je sais qu’il y a un festival fantastique à Toulouse. Peut-être que nous pourrons y jouer l’année prochaine, qui sait ? Si quelqu’un peut nous mettre en contact, ce serait génial ! On veut juste jouer beaucoup.
L’interview touche à sa fin. Avez-vous un dernier mot à partager avec les lecteurs français ?
Johanna :Nous adorons partager ce voyage avec vous. La musique d’Eye of Melian nous a donné tellement d’espoir et de force dans ces temps difficiles. C’est cette énergie que nous voulons aussi partager avec le monde. Nous espérons que c’est comme une station de radio sur laquelle nous pouvons tous nous syntoniser ensemble, pour être renforcés et élevés par sa beauté et cette connexion.
Martijn : Très bien dit. Je peux juste ajouter une chose que je n’oublierai jamais : la première fois qu’Eye of Melian a joué dans un théâtre, c’était en première partie d’Auri à Paris en septembre dernier. C’était une expérience incroyable, notre tout premier concert dans un théâtre. J’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres.
Johanna : Moi aussi, absolument. Nous espérons vous voir tous sur la route et partager encore plus de moments magiques avec vous.







