Interview avec Mats « Mappe » Björkman de Candlemass

dimanche/27/11/2022
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La mi-novembre, période idoine pour écouter du metal pesant et mélancolique. Cela tombe bien, les vétérans suédois de Candlemass ont publié « Sweet Evil Sun » le 18 novembre 2022 chez Napalm Records, leur treizième album studio depuis le classique « Epicus Doomicus Metallicus » de 1986, soit une convaincante somme aux accents sabbathiens (« Dio Era ») et parfois Raimbowesques. C’est le lundi 21 du même mois calendaire qu’ANR s’est entretenu avec Mats « Mappe » Björkman, l’affable et historique (depuis 1984) guitariste de ladite chandelle, à 17 heures au coucher du soleil… Pour une trentaine de minutes toute en nuances…

 

Art’n’Roll : Monsieur Björkman ?

Mats « Mappe » Björkman : Oui !

ANR : Où es-tu présentement ? A Stockholm ?

MMB : Oui, je suis à Stockholm, à la maison !

ANR : Peux-tu préciser ?

MMB : Ouiiii, je réside un tout petit peu aux alentours de Stockholm, dans la banlieue, ce n’est pas très loin à pied du centre-ville en fait… C’est mon Chez moi… Et toi, tu es de Paris ?

ANR : Oui, du Nord de Paris, le soleil se couche…

MMB : Ah, et nous, nous connaissons nos premiers jours de neige ici ! Il fait très froid, très neigeux, c’est même le chaos aujourd’hui ! Mais nous sommes habitués ! Quel temps fait-il à Paris ?

ANR : Il fait onze degrés…

MMB : C’est cool !

ANR : Donc… Vous venez de sortir « Sweet Evil Sun », un très bon disque…

MMB : Merci !

ANR : Selon toi, quelles seraient les différences entre celui-ci et le précédent, « The Door to Doom » paru en 2019 ?

MMB : Il n’y a pas de grosses différences selon moi, nous avons entamé la composition de « Sweet Evil Sun » dans la foulée de « The Door to Doom », la principale différence pourrait être le contexte et la durée passée en studio à peaufiner les voix ainsi que les arrangements, sur dix-huit mois de travail au total, cela je pense tu peux l’entendre si tu les compares… Nous avons pris le temps ainsi que du plaisir afin de le concevoir !

ANR : Dix-huit mois en tout sur celui-ci ! Te souviens-tu du nombre de mois passés à réaliser son prédécesseur ?

MMB : Probablement autant… Tout en sachant que nous n’avons pas consacré trois semaines uniquement afin d’enregistrer les voix… Nous avons mis autant de temps à écrire les morceaux des deux en tous cas…  

ANR : Le genre « doom » auquel vous êtes associés consiste à jouer une musique proche de Black Sabbath… Selon moi, ce « Sweet Evil Sun » serait néanmoins plus proche de la période Dio que de celle d’Ozzy, la deuxième période donc, avec certains accents de Raimbow (NDA : le groupe de Ritchie Blackmore, avec notamment… Dio au chant) : es-tu d’accord ?  

MMB : Ouais, ouais, ouais, bien vu. Le doom provient de Black Sabbath, essentiellement de la période avec Ozzy au chant, un metal lent des années soixante-dix… Lorsque nous sommes arrivés au début des années quatre-vingt, nous avons délibérément joué lentement… Pour répondre à ta question, je pense que nous sommes davantage un groupe « metal » que « doom ». Lorsque nous avons créé Candlemass, Ozzy était déjà parti, et Black Sabbath ne jouait plus ce genre caractérisé par la lenteur que l’on a appelé « doom », mais simplement du « metal », avec Ronnie James Dio… Tu peux bien entendu nous comparer à Black Sabbath, mais pas forcément à celui de la première époque. Nous nous inscrivons davantage dans les sonorités de la deuxième, et c’est encore plus évident avec le temps… Nous ne sommes pas des doom metalleux ! Quoi qu’il en soit, ta comparaison ne me pose pas de problème : Black Sabbath, Raimbow, c’est du bon metal !

ANR : Oui…

MMB : Nous avons écouté beaucoup de groupes quand nous étions gamins. Je pense… que nous sommes… un groupe de metal ! Cette étiquette « doom » qu’on nous colle depuis des décennies provient du fait que nous avons voulu jouer lentement à une époque où les autres formations accéléraient le tempo, celle des années quatre-vingt, et que nous avons effectivement voulu jouer à la vitesse de Black Sabbath dans les années soixante-dix, lente, c’était lent, la plupart des groupes dont nous nous sommes inspirés jouait lentement, Deep Purple par exemple… Mais nous avons évolué depuis. J’ajoute qu’aujourd’hui, ceux que l’on nomme « les metalleux doom » font une musique très différente de la nôtre.

ANR : Votre compatriote Jennie-Ann Smith, la chanteuse d’Avatarium, fait une apparition sur votre album, sur la chanson « When Death Sighs »…  

MMB : Oui, c’est fantastique. Le producteur de « The Door to Doom » est Marcus Jidell, qui est également le guitariste et la tête pensante d’Avatarium, ce qui créé une proximité, et Jennie est une véritable amie. Nous avions besoin d’une chanteuse, et Jennie est une chanteuse brillante, Avatarium est un groupe brillant, cela ne pouvait être qu’elle ! Le résultat sur cette chanson est fantastique, cela sonne parfaitement !

ANR : La coïncidence étant qu’elle vient de sortir avec Avatarium l’album « Death, Where is your Sting », pile-poil en même temps que le vôtre… L’as-tu écouté ?

MMB : Oui. Ils l’ont enregistré dans le même studio que nous (NDA : le NOX studio de Stockholm) et je pense que Marcus a une fois encore fait du bon boulot ! Ceci sans comparer nos albums respectifs…

ANR : Ce n’est pas le même truc…

MMB : Ce n’est pas le même truc, oui. Le seul point commun étant que nous les avons enregistrés au même endroit au même moment. Avatarium est un groupe fantastique, nous sommes deux groupes suédois et nous formons une même famille. J’ai beaucoup de respect pour eux. Le dernier disque d’Avatarium est fantastique, à l’image de l’ensemble des disques qu’ils ont réalisé !

ANR : La pochette de « Sweet Evil Sun » est signée Erik Rovanperä…

MMB : Je pense qu’elle est fantastique elle aussi. Il savait exactement ce qu’il fallait faire, exactement l’image qui correspond à notre musique. Il a réalisé quelque chose qui reflète exactement le Candlemass de 2022.

ANR : Est-ce difficile pour vous de trouver de nouveaux thèmes ? Esthétiquement mais aussi musicalement ?

MMB : Ça ne fait pas loin de quarante ans que nous existons. C’est effectivement difficile à première vue. Pourtant j’arrive à trouver de nouvelles choses, à les capter, et à me dire après modification qu’elles me conviennent : « OK, c’est parfait ! ». En fait, je n’ai pas de problème majeur quant à trouver de nouveaux riffs correspondant à Candlemass. Je pense même qu’il n’y a jamais eu de problème avec ça. Jamais.

ANR : Est-ce que l’humour trouve sa place dans la musique de Candlemass ?

MMB : Pardon ? Peux-tu répéter ?

ANR : Oui : est-ce que l’humour trouve sa place dans la musique de Candlemass ? Les trucs drôles… Il s’agit d’une référence à la phrase de Franck Zappa…

MMB : Aaaaaaaaah !!! Les trucs drôles !!! J’adore Franck Zappa en plus !!! Nous sommes en effet très sérieux voire tristes tout le temps, tout le putain de temps ! C’est le style de Candlemass. Mais, l’humour n’est en revanche pas étranger à Candlemass, dans une certaine proportion, bien sûr nous sommes sérieux, mais nous avons néanmoins le sens de l’humour, pas quand nous sommes sur scène en tous cas, mais nous l’avons ! Bien sûr !

ANR : Vous allez partir en tournée défendre « Sweet Evil Sun » : la liste des morceaux est-elle prête ?

MMB : Oui je pense. Pourtant nous avons beaucoup de disques au compteur et arrêter une liste de morceaux à jouer en concert constitue un exercice difficile pour nous. Il y a tellement de chansons depuis nos débuts… Nous allons mêler les classiques aux compositions plus récentes (NDA : bruit de fond d’une voiture qui accélère dans la rue) Nous n’allons pas jouer la totalité des morceaux qui figurent sur « Sweet Evil Sun », non, car nous avons également arrêté une liste intitulée « Liste des chansons classiques de Candlemass », c’est-à-dire celles que nous comptons jouer sur scène. Nous devons les jouer, nous devons jouer ces classiques ! Nous nous sommes produits à Mexico il y a peu (NDA : Velaria de la Feria León, 3 septembre 2022) et nous avons apprécié que de jeunes spectateurs d’une vingtaine d’années environ connaissent nos anciens morceaux par cœur, quand bien même ils n’étaient pas nés en 1986 ! Il y a une nouvelle génération qui est férue des vieilles choses, tu te dois donc de prendre soin d’elle ! Bien sûr, nous devons en même temps assurer la promotion de notre nouvel album. Arrêter une setlist qui répond à ces deux préoccupations n’est pas facile !

ANR : Sais-tu dans quels festivals européens Candlemass jouera en 2023 ?

MMB : Nous savons dans quels festivals américains nous nous produirons l’an prochain, nous allons jouer sur la côte Ouest des USA. Nous allons aussi promouvoir ce nouvel album dans des festivals européens, bien entendu, mais nous ne savons pas encore lesquels…

ANR : Fais-moi confiance : si Candlemass joue au Hellfest 2023, je serais dans le public !

MMB : J’aimerais réellement y jouer, j’aimerais réellement…

ANR : Oui…

MMB : Nous avons engagé des démarches en ce sens, mais il y a tellement de groupes qui veulent y jouer que les places sont devenues très chères ! Nous avons joué au Hellfest 2019, l’année précédant la pandémie, et les deux annulations de 2020 et de 2021 ont fait qu’un grand nombre de groupes qui étaient déjà en contrat avec le Hellfest étaient prioritaires. Bien sûr, j’aimerais m’y produire et les autres membres de Candlemass aussi, il s’agit désormais du plus grand festival d’Europe, et même du Monde entier…

ANR : L’édition 2022 était folle. 365 groupes ou artistes, la plupart jouant en même temps sur des scènes différentes…

MMB : Ah ouaisssss…

ANR : Par exemple, Pentagram en même temps que Napalm Death en même temps que Black Label Society, tu dois recourir à des arbitrages cornéliens…

MMB : J’apprécie le Graspop, le Copenhell, mais le Hellfest est le plus grand de tous, il y a tellement de groupes, c’est devenu fou !

ANR : C’est fou !

MMB : C’est fou, oui. Le Hellfest le mérite, ils ont tellement bossé. C’est le plus grand festival d’Europe désormais. Oui.

ANR : Oui. Merci pour le Hellfest (Rires)

MMB : Oui (Rires)

ANR : On a parlé de Franck Zappa, quels sont tes guitaristes préférés ?

MMB : Il y en a tellement…

ANR : Oui.

MMB : Ted Nugent quand j’étais gamin dans les années soixante-dix, je me moque de ses trucs politiques d’aujourd’hui, je croyais d’ailleurs qu’il était mort ! C’était mon idole, il était si cool, c’était une véritable rock star ! La plus cool ! Ensuite Steve Jones des Pistols…

ANR : Très intéressant !

MMB : J’ai réécouté « Never Mind the Bollocks », le son de sa guitare est tellement parfait ! Tout est parfait d’ailleurs ! Je ne suis jamais impressionné par la technique, je le suis par les personnes, et Steve Jones est également une rock star très cool ! Peu de guitaristes possèdent à mon sens autant d’âme que Steve Jones sur « Never Mind the Bollocks » !

ANR : As-tu vu les Pistols sur scène ?

MMB : Non, car en 1977 ma famille et moi n’habitions pas à côté de Stockholm, nous n’étions pas au bon endroit… En revanche, j’ai vu les Pistols après, lors de leur reformation de…

ANR : 1996, moi aussi…

MMB : Plus jeune, j’étais davantage dans le punk rock que dans le metal.

ANR : Ha bon ? Penses-tu comme le groupe Saint Vitus, que tu es « né trop tard » (NDA : « Born Too Late », album de 1987) ?

MMB : Noooooon, j’ai profité des bons groupes au bon moment : The Exploited, les Dead Kennedys… J’ai aussi vu Raimbow plusieurs fois… Je regrette avoir loupé le concert de Led Zeppelin à Stockholm en 1975… Mais j’ai vu sur scène la plupart des formations qui m’ont influencé. Mes goûts musicaux sont un mélange entre plusieurs genres, mes influences sont très diverses. D’accord, je joue des riffs au sein de Candlemass, donc les gens en déduisent que je suis un monomaniaque de Black Sabbath, ce qui ne correspond pas vraiment à la réalité, et ce, en dépit du fait que je suis effectivement croc de ce groupe !!!

ANR : Quel serait le disque le plus surprenant, aux yeux de tes fans, que tu possèderais ?

MMB : Dans ma collection ? J’ai et j’aime Madness ! Je LES AIME, je LES AIME !!! J’aime bien sûr les Sex Pistols, mais je crois que ma passion pour Madness est peut-être encore plus surprenante… J’ajouterai le premier album de The Police, le premier, car je pense que c’est le meilleur disque jamais enregistré !

ANR : Quelle est ta chanson préférée de Madness ?

MMB : (Rires) Les hits sont très très bons évidemment, mais je dirais « House of Fun », et puis « Our House » bien sûr ! Je les ai tellement écoutés, je ne suis pas du tout fatigué de les écouter ! Toutes les chansons sur « Complete Madness » sont excellentes ! C’est fantastique !

ANR : En tant que guitariste, apprécies-tu Paul Weller de The Jam ?

MMB : Oui oui oui ! Excellent compositeur, de très bonnes chansons !

ANR : Un mot pour finir, à l’attention des français : quel serait selon toi, le meilleur mot suédois ?

MMB : Ce serait plusieurs mots : « Tack så mycket » !

ANR : Ça veut dire quoi ?

MMB : « Merci beaucoup » !

ANR : C’est nous : merci beaucoup ! Le moment est venu d’y aller, je te souhaite une bonne soirée…

MMB : Take Care my Friend, Take Care ! 

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