HOT on the rocks!

Hellfest vendredi 24 juin 2022 – « Requiem pour la soirée »

mercredi/31/08/2022
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Saut de cabri (ou de bouquetin) vers la Temple (l’antre Black / Pagan) assister à Portrayal of Guilt pour 11 heures 50, un trio texan pratiquant un genre (judicieusement) dénommé « screamo » (ça gueule beaucoup !). Puis véritable démarrage de ma deuxième journée de la deuxième semaine par le deuxième passage au Hellfest des cinq espagnols de Crisix, leur premier sur la Mainstage 2. Jubilatoire tant dans la forme que sur le fond. T-shirts impeccables de raffinement pour les quatre frontmen : un « Ram it Down » de Judas Priest pour Juli Baz « Bazooka » Sánchez (chant) ; un débardeur Bad Brains jaune pour Marc Busqué Plaza (guitare) ; un raglan blanc et noir « The Shortest Straw » de Metallica pour Pla Vinseiro (basse) ; quant à Albert Requena Mateu (guitare), il a revêtu un manches-longues noir des bostoniens de Revocation. Le tour de force fût précédé d’une annonce faite par Juli à leur public (nullement dissuadé par la pluie du jour) entrainant une poignée de « Oh noooooooon !!! » par celles et ceux déchiffrant l’anglais : le batteur Javi « Carry » Carrión López a été diagnostiqué positif la veille au Covid et l’infortuné sera remplacé à son poste par deux amis. D’abord par le français Job Tronel (de Tagada Jones, qui venait de se produire une heure plus tôt Mainstage 2 avec FauxX, son duo parallèle de darksynth). Puis par le nord-Irlandais Paul Caffrey de Gama Bomb (qui eux turbineront à 18 heures 50 à l’Altar). Ces remplacements passeront crème (comme on dit en région PACA), les accords saccadés de « Leech Breeder » (joué pour la première fois en live… au Hellfest le 24 juin… 2018) seront accueillis par un circle pit de bon aloi. Les catalans ayant animé ce printemps avec Tagada Jones sur nos routes de France le « Tour de chauffe » (« Warm up Tour ») du Hellfest, force est de constater que pareille expérience soude des musiciens. Les palpitants missiles thrash metal / crossover des ibériques (épaulés par leurs adjuvants du jour) marqueront une victoire vénusienne, rappelant furieusement celle remportée par leurs cousins virginiens de Municipal Waste même endroit même heure il y a trois ans… Gros son, car absence de concurrence à cette heure sur les scènes proches. Rythmes mosh. Beaucoup de slams. Petite baignade de foule pour Marc. Une mascotte masquée fait la Guignole en perf’ sur scène. Sur le grand écran apparaît à rythme régulier l’image d’une brunette littéralement déchaînée aux premiers rangs dans sa veste patchée, qui vit à fond l’événement sur les épaules de son copain. Carina, de Karlsruhe, est probablement la fan n° 1 de Crisix ! Rencontrée à l’issue du gig-prouesse, notre nouvelle amie griffonnera une question à l’attention du groupe sur un morceau de papier tiré de sa poche, le petit mot sera ultérieurement remis à Marc et Pla par le pigeon voyageur d’ANR lors de l’entretien accordé par Crisix pour 15 heures 10… prévu juste après celui de FauxX de 14 heures 30 (voir interviews en question).

Job Tronel m’avait justement expliqué lors du second que Trent Reznor et Nine Inch Nails décidaient en tant que tête d’affiche de la programmation de ce vendredi. Celle-ci revêt par suite une coloration industrielle inédite. C’est donc un duo d’« electronic body music » (EBM), Youth Code (« From Los Angeles Californiaaaaaaaaaaaaaaaaa !!! ») qui poursuit les hostilités sur la Mainstage 1.  Hostilités, le mot est limite faible. Sara Taylor (micro, tatouages) et Ryan George (machines, coupe-vent Ellesse) vont assombrir davantage le ciel de Clisson. Le public est à l’entame clairsemé, car il s’agit incontestablement de duettistes moins célèbres qu’Eurythmics, Simon & Garfunkel ou les Rita. Mais les badauds, visiblement abasourdis par tant de fureur vocale, vont s’arrêter au fur et à mesure devant le podium dès les premiers hurlements proférés. Presque inhumains. Mais assez caractéristiques de cette génération émergente de screameuses (Larissa Stupar de Venom Prison, Courtney LaPlante de Spiritbox). Quelle conviction, quel engagement physique ! Rarement entendu autant d’éructations vociférées en si peu de temps, y compris dans l’hémicycle du Palais Bourbon ! Je ne sais pas de qui ou de quoi cause Sara, mais je ne veux pas en être le sujet… Cela barde pour son matricule au gusse, à l’animal ou à la chose, mais ce n’est pas mon problème… Ryan beugle aussi ! C’est pas mal du tout finalement… Signé Furax. Retour à la (plus) paisible Valley… Il y a quelque chose de quasi-mystique entre le dégingandé Nick Oliveri et moi : à chacune de ses venues hexagonales, je suis systématiquement et involontairement au plus près de lui. Et le groupuscule stoner malicieusement intitulé Stöner que la grande carcasse chauve barbichue a formé fin 2020 avec son copain de chambrée de Kyuss, le Cheech & Chong Brant Bjork, n’échappe aucunement à cette règle. Je me retrouve sans effort accoudé aux barrières, aux côtés d’une jeune femme aux longs cheveux noirs frisotés et en longue robe sombre, mi-hippie, mi-gothique, laquelle attend elle-aussi 13 heures 45 que le minimaliste récital commence. Je peux de ma place mirer tant la combative V. Mamy s’affairer dans la fosse photographes (courage !) qu’Oliveri (en t-shirt Circle Jerks… jaune) accorder sa Fender Precision (au colori fatigué mais initialement…  jaune) au pied de ses amplis Ampeg sur le flanc droit, pendant que le guitariste Brant Bjork teste ses Marshall sur le gauche. A la bonne franquette, les deux aminches stoner bidouillent sans se soucier de l’impatience ascendante, Oliveri mâchonnant nonchalamment son chewing-gum. Les compères ont deux albums studio à présenter (« Stoners Rule » et « Totally », 2021 et 2022), et je parie intérieurement qu’ils commenceront par « Nothin’ », lourd stoner rock rappelant les Stooges de 1969… Caramba encore raté ! Passée une allocution du célèbre freak Sean Wheeler (qui porte un beau papiot rigolo) c’est en fait le bourdonnant et vrombissant « Rad Stays Rad » qui entame le pestacle… Puis c’est le brulant « Yer Blues », à propos duquel on précisera qu’il ne s’agit pas d’une reprise du « blues blanc » des Beatles, tel que boeuffé par The Dirty Mac (Lennon, Clapton, Keith Richards et Mich Mitchell au Rock and Roll Circus de décembre 1968), les deux ex-Kyuss se contentant d’en chiper le titre (quel culot quand-même !). Un des concerts de ce second week-end (de quatre jours). Retour à l’espace-presse, qui quatre jours durant m’aura donné l’opportunité de deviser avec d’authentiques passionnés, notamment avec des sudistes montés pour l’occase dans le 44 : hier l’affable (adorable) Julien (United Rock Nations / Metallian) d’Aix ; cet après-midi, la dynamique (Punchy) Carole Cerdan (de Vecteur Magazine, laquelle me fit d’ailleurs découvrir le deuxième numéro en papier glacé de ce gratuit) from Toulouse.

Danko Jones c’est une voix chaude, la recherche de la perfection dans l’élocution (il aurait adéquatement pu donner des cours de diction à feu Alain de Greef ou à Michel Rocard), un filiforme bassiste à la distinction ritale (John Calabrese alias JC) ainsi qu’un batteur carré, en exécution de solides compositions. Lesquelles se classent en deux registres : de la high energy style Stooges 1973 (accords gras plaqués pied au plancher) ; des mid-tempi façon AC/DC période Brian Johnson (aux refrains donnant envie de faire la chenille, tel l’hymne festif « Little RnR »). Les trois canadiens investissent la Mainstage 2 à 15 heures 20 sur un surpuissant « Saturday » (issu de leur LP d’août 2021 à l’éloquent intitulé « Power Trio »). Mystère de la nature, cette première ruade ne sera que la seule du dernier disque à être jouée cet après-midi. Le tonitruant Danko Jones et ses deux sbires panachant leur setlist du long de leur parcours trentenaire. Lors de l’interview qu’il nous avait accordé en septembre dernier, JC souhaitait alors convier Phil Campbell pour partager la scène sur leur tout neuf « Let’s Start the Show ». Mais Danko Jones ayant depuis été décalé du jeudi au vendredi, ce projet n’est plus d’actualité. « Extrêmement rock’n’roll », « joie de jouer », « communicative », furent les trois mots qui me montèrent à l’occiput à 16 heures 01 lorsque le truculant Danko Jones s’écria finalement « Merci beaucoup Hellfeeeeeeeest !!! ». L’électro-indus repris ensuite sa prééminence avec Nitzer EBB à 16 heures 10 Mainstage 1. Un pari un tantinet culotté (en cuir ou en latex) tant l’EBM (encore Pivert !) de ces british pionniers des années 1980 détonne a priori dans un festival (à dominante) metal. Il y a limite un côté Techno Parade à l’affaire, ou Mika dans une rave party, voire Right Said Fred (pour l’apparence et la dégaine)… Et pourquoi pas après tout ! Tant que la musique est bonne, comme le proclamait cet autre artiste des années 1980. Bel (et louable) œcuménisme de la part du Hellfest (…sous la houlette de Trent R.). 17 heures 55, et Killing Joke enivre pour la seconde fois cette édition la Mainstage 1 (la semaine passée, les inclassables britanniques étaient relégués à la Valley en fin de soirée, pendant que Gojira surplombait une fois de plus le Monde libre). Je m’approche au plus près possible des barrières, jusqu’à ce que je reconnaisse un des deux t-shirts jaunes de la journée… Celui de Nick Oliveri de Stöner, gambillant d’un pied sur l’autre au milieu des premières rangées, son complice Sean Wheeler à ses côtés, incognito… L’ex-bassiste de Queens of the Stone Age semble être un redoutable amateur de Killing Joke puisqu’il connaît par cœur les paroles du saccadé « I Am the Virus » de 2015, ritournelle lugubre (très partagée sur les réseaux sociaux au printemps 2020). A laquelle suivra le lambinet et martial « Requiem », un classique post punk de Killing Joke, le second extrait de leur premier album de 1980. Il est à ce propos indéniable que la moyenne d’âge s’avère ici un peu plus élevée que d’habitude… Selfie (ben oui Madame Michu, j’allais me gêner !) avec le grand Nick à l’issue de sa furtive récréation, puis échange réciproque de sincères politesses, avant que le disponible bassiste ne s’en retourne définitivement avec son aminche de l’autre côté des barrières. Quelques mètres au-dessus, le possédé Jaz Coleman fait montre de sa théâtralité, la liste de leurs morceaux cette deuxième semaine différant fortement de la première. Conclusion sur le (quasiment) indus « Pandemonium » de 1994 (ma période préférée avec « Democracy »). Chamanique.

Passage au bar acquérir un broc d’un litre d’Orangina (vous avez bien lu), et effectuation d’un nouvel arbitrage (voir « Lionel dans la Valley ») entre les allemands (nouvellement renforcés par le français Frédéric Leclercq à la basse) de Kreator et les portugais de Moonspell. Verdict : le thrash metal du Ruhrpott est défait par le metal gothique fado. Choix cornélien, et solution ayant le mérite de me faire réinvestir la sombre Temple. 19 heures 45, cheveux courts et cuir sans manches, Fernando Ribeiro salue victorieusement, et reçoit en retour une ovation sous les premières notes de « The Greater Good » (unique extrait ce soir de leur monastique « Hermitage » de 2021). Dix mélopées sombres, à tonalité parfois suave, en provenance de diverses ères de Moonspell vont être offertes à une audience déjà convaincue… Tandis qu’au loin l’on distingue auditivement l’irascible Mille Petrozza de Kreator débiter vener sur la Mainstage 2 façon de Funès en pleine crise de nerfs… Certain de la loyauté de la Temple à son égard, Fernando Ribeiro harangue celle-ci, une botte posée sur le retour, quelque chose de pirate romantique se dégageant d’une gestuelle scandée. Quelque chose de new wave, quelque chose d’héroïque. « We are Moonspell from Portugal » rappelle-t-il lors du premier aparté. Une herse d’une centaine de doigts cornus s’érige, quoi de plus normal en ce repaire maléfique ? Le ténébreux et charmeur vocaliste annonce « Alma Mater » en pénultième, leur classique de 1995. Puis somme trois fois d’affilée la foule de répéter cet intitulé. Elle le répète trois fois. Titre qui est également celui d’une antique (1972) chansonnette d’Alice Cooper, l’autre tête d’affiche du vendredi avec Nine Inch Nails. Soupir que les lusitaniens n’aient pas joué mes deux complaintes favorites : « Lanterna Dos Afogados » et « Desastre », issues de « 1755 », leur fabuleux album de 2017, narrant le cataclysme qui martyrisa Lisbonne ainsi que l’ascension politique du marquis de Pombal. « Muito obrigado Hellfest ! ». C’est nous.

La Valley est bondée comme jamais vue, transfigurée, une foultitude de k-ways Décathlon y dégustant plats chauds à l’abri de la redoublante drache, certains assis par terre jactant en cercle… C’est assez pénible, tant pour des raisons visuelles qu’également pratiques, on ne peut pas circuler les gens ! Sensation de pénibilité décuplée aux premiers arpèges d’Earth à 20 heures 45 (que j’avais préféré au death technique des allemands d’Obscura, même heure sur l’Altar). Trois-quatre notes de drone répétées ad nauseam plusieurs dizaines de minutes… Le contraste entre des festivaliers qui bectent assis en tailleur, le dos parfois tourné à la scène et un fond-sonore shoegaze blafard aux prétentions arty étant trop brutal pour moi, et la fatigue (physique) se faisant dorénavant ressentir, je rebrousse chemin, m’éloignant de cette malheureuse Valley sous une pluie désormais battante. Courte escale dans un VIP aux faux-airs de Fall of Summer 2017, les happy fews trempés comme des soupes y étant agglutinés telles des sardines afin de se garder des éléments… A 21 heures 30, l’horizon est obstrué, l’hypothèse d’une tempête de flotte prend petit à petit corps. V. Mamy me confirme que sa soirée photographique tombe à l’eau. C’est donc « la mort dans l’âme » (comme le disait Jean-Claude Camus) que j’achève ce grisâtre vendredi dans ma tente au sec, après avoir une ultime reprise bravé la saucée. Inattendue consolation lorsqu’Éole me souffla plus tard la musique de Nine Inch Nails directement dans mon duvet, « Mr. Self Destruct » et « March of the Pigs » impeccablement apportés. Merci Dieu des vents.

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