HOT on the rocks!

Hellfest jeudi 23 juin 2022 – « Lionel dans la Valley »

mercredi/31/08/2022
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La consultation des reports de la première semaine du Hellfest 2022 tels que dressés par notre ami Pish, principalement celui du dimanche (« Des couettes et de la spaetziflette »), celui dans lequel je suis qualifié de « warrior », m’ôte une conséquente épine du pied. Mon homologue liégeois y généralisant la première personne du singulier, nulle obligation pour moi dès lors d’utiliser la troisième, ou d’avoir à me justifier d’écrire les paragraphes et assertions qui suivent à la première, en me planquant sans vergogne derrière les jupes de feu Hunter S. Thompson. Sans dériver vers le gonzo, la tonalité « carnet de route » est pour sûr idoine au compte-rendu de quatre épaisses journées (et d’autant de lunes) composant la seconde partie d’un événement à nul autre pareil (362 groupes et artistes). Inouï. Qui commença (ou reprit) jeudi 23 juin aux alentours de midi gare SNCF de Cholet, chef-lieu d’arrondissement du Maine-et-Loire, ville de chouannerie, de basket-ball… et de pralines (du moins aux dires de « La Sandrine » pittoresque personnage incarné en 1988 par Alain Chabat dans « La grange et la paille »), villégiature idéale entre la première et la seconde partie de la (longue et éprouvante) sauterie clissonnaise cru 2022. Quinzième édition hors-du-commun, de laquelle se distingueront quant à sa caniculaire première partie, et à titre personnel, trois moments de prédilection, tous vécus aux abords de la Mainstage 1 : la grand-messe saturnale aux accents floydiens late 1970’s de Ghost, Papa Emeritus semblant s’être cette fois métamorphosé en vedette faussement ringarde du petit écran ; de touchantes retrouvailles le dimanche après-midi avec Lacuna Coil (« Black Anima » constitua un de mes compagnons de captivité les plus fidèles circa mars 2020) ; le même jour en début de soirée, lorsque Korn parvint à nous transbahuter mentalement sur une scène de festival californien branchouille… Le trajet TER de quarante-cinq minutes est à l’évocation de ces souvenirs récents, et en raison de ceux qui seront immanquablement vécus dans un futur imminent, intérieurement euphorique.

Il s’agit pour l’heure post-méridienne de rallier le VIP, d’y étreindre famille et amis, membres de l’équipe et homologues, connaissances et têtes connues… et Roger (non capté en chair et en os depuis décembre 2019). Puis d’assister à la conférence de presse donnée à 16 heures 50 par Einar Selvik, qui joue dans la soirée avec Wardruna, le groupe de pagan qu’il a fondé il y a vingt ans. Une question francocentrée lui est posée par mes soins : le norvégien connait-il, et que pense-t-il, du groupe lorrain SKÁLD qui pratique une musique sœur utilisant instruments identiques et langage communs (signifiant « conteur », « Skald » est pareillement l’intitulé du pénultième album de Wardruna, 2018). Einar répond avoir écouté deux ou trois chansons des compatriotes, comprend pourquoi le public apprécie ceux-ci, affirme que c’est une « grande chose » que d’autres musiciens utilisent un « langage oublié » ainsi que des « outils anciens ». Nous prenons congé du labyrinthique chapiteau faisant office d’espace-presse pour gagner une des six scènes, celle située géographiquement le plus à l’occident : The Valley. Cette tente est quelque part à l’image de la défunte UDF : une fédération de sous-chapelles, de groupuscules, de personnalités isolées, de mouvements confidentiels ainsi que de quelques vieilles gloires sur le retour, se retrouvant (plus ou moins) dans l’appellation « Stoner », terme à l’instar de « centriste » quasiment impossible à déterminer… La programmation jovienne met à l’honneur ledit stoner, qui se coltine ce soir la part du Roi des nanimaux… Et c’est en ce marronâtre cirque imageant un grand canyon que ma seconde fournée de réjouissances scéniques commença… Avec les quatre stoners berguénois de Slomosa pour 45 minutes entamées à 18 heures 30. Cohésion instrumentale parfaite sur des rythmes lents parfois lourds, parfois glissants. Des boucles entêtantes. Très bon beat années 1990. De longues plages instrumentales. Des riffs tombant sous le sens. Pied de micro placé à gauche de la scène, celui de la bassiste (vêtue d’un t-shirt de Britney Spears absolument désarmant de second degré) étant lui au centre, le chanteur-guitariste harangue gentiment les gens dans son bermuda noir comme ses courts tifs (« What do you feel we’re Slomosa ?!?). Mais chante un tantinet faux. Comme sur les versions studio soit-dit en passant. Ceci exposé, le taquin « There is Nothing New Under the Sun », et l’épique grungeoïde « Horses », qui clôt le concert à l’heure du JT régional de la Trois, sont de chouettes morceaux. Une voix post-punk parente des premiers Cure. De toutes façons, un groupe de norvégiens pratiquant du « desert rock » ne peut que valoir le détour. Toujours au rayon Stoner, je bisque d’avoir loupé le bref passage des strasbourgeois Los Disidentes del Sucio Motel à 17 heures (conf’ de presse de Wardruna), portion des 17 % de groupes hexagonaux ce Hellfest 2022. Courte halte vers 19 heures Mainstage 1 afin d’apercevoir les vétérans hard rock d’UFO. L’on distingue un chanteur malingre à lunettes noires et chapeau, à la peine, flanqué d’un guitariste qui fait ce qu’il peut, le tout étant daté, une partie de l’assistance ne commençant à gambiller sous l’ondée qu’à partir de l’incontournable « Doctor Doctor » (1974), envoyé pour conclusion à 19 heures 12. La diffusion de « Walking on the Moon » de Police servant immédiatement après d’interlude.

Pauline (l’une des deux réalisatrices des clichés illustratifs) m’a confié, mi-amusée mi-contente d’elle, ne jamais poser ses pétons à la Valley… en définitive un peu comme mézigue avec la Warzone, l’enceinte aérée à décoration martiale et carcérale dédiée au punk et au hardcore, une sauvage cour de récréation où la poussière est libre comme l’air (toussote). Il me faut rompre pour une fois le signe indien, et m’y rendre (pour le quatrième seulement ou cinquième concert depuis l’instauration des scènes thématiques en 2012), traversant le site au pas de charge, ne prêtant nulle attention au cours de guitare que Steve Vai dispense alors sur la Mainstage 2. C’est sur cette Warzone que les cinq duisbourgeois de Slope (« Pente ») attaquent à 19 heures 20 leur premier concert d’envergure en France. « Juicy » de The Notorious B.I.G. est diffusé en prélude (Fabio, l’un des deux chanteurs / rappeurs m’ayant expliqué en interview que « Ready to Die » de Notorious B.I.G. est un de ses albums favoris). La datation Carbone 14 confirme que ces même-pas-trentenaires puisent leurs influences en 1994, Slope distille un rap-rock-metal-fusion parent d’anciennes formations européennes telles que (leurs compatriotes) H-Blockx, les suédois Clawfinger, les bataves d’Urban Dance Squad… mais aussi des sonorités des regrettés Beastie Boys période « Ill Communication » (sortie mondiale le 23 mai 1994). Tout ceci au risque de sonner chouia prévisible voire réchauffé. Le flow enthousiaste de Fabio et de Simon tient pourtant bon. Les fans s’en délectent. Le guitariste use d’un gobelet Hellfest en guise de bottleneck afin d’exécuter un de ses soli à la Zappa. Acclamation d’un moshpit composite. Comme sur une fameuse couv’ de D.R.I., l’on voit des métalleux, l’on voit des coreux, l’on voit des punks, gigoter tous les uns contre les autres, et c’est franchement super !

Crochet au Hellcamp afin de récupérer ma veste à patchs pour la fraiche et d’accoler les amis du 77 sud (certains absents le premier week-end), à l’attention desquels le guitariste Brun’o Klose de Shâarghot est itou passé faire coucou. Ensuite rebelote à la Valley, épaulé par le valeureux MaYa MamoTo (straight outta Maisse) de 22 heures 35 à 23 heures 35 ; un nécessaire et drastique arbitrage digne des années Jospin (1997-2002) ayant auparavant été effectué au détriment des athéniens de Septicflesh jouant la même heure à l’Altar (la tente abritant la scène thrash / death) que les franciliens d’Hangman’s Chair. Préférés pour l’occase et programmés à deux reprises cette semaine (ce soir et dimanche à 14 heures 10 en compagnie des blackeux de Regarde les hommes tomber), leur pesant stoner méditatif captive aux premières frappes de tom basse d’« An Ode to Breakdown » (en provenance de leur dernier album, et dont le clip a été tourné… au VIP du Hellfest). Des sifflets d’encouragement jaillissent de çà et là. L’heure impartie s’articule autour de six extraits du nouveau disque (« A Loner », 2022) ainsi que de trois de son prédécesseur (« Banlieue triste », 2018). Avec « Naïve » en son milieu, mon préféré, une lancinante succession de montées et de descentes ; lumières et fumigènes mettant adéquatement le quatuor en valeur. Un sentiment de certitude se dégage de ce troisième passage au Hellfest, Hangman’s Chair est un groupe arrogant dans le bon sens du terme, sûr de sa force. L’audience s’amenuit en revanche au mitan du set, car sur la Mainstage 1 va commencer LA réjouissance du jeudi : le 238e concert français (depuis leur venue le 5 janvier 1975 à Strasbourg) des ultra-rhénans multiplatinés et fruités Scorpions, à l’occasion de leur « World Believer World Tour 2022 » (sensé être le dernier). Quittant la Valley au crépuscule de la contemplative sérénade d’Hangman’s Chair, il me faut physiquement braver la dense foultitude, pile sur le fabuleux instrumental « Coast to Coast ». Avec le brave et désormais légendaire Mikkey Dee dorénavant aux futs (« Ce qu’il a prouvé avec Motörhead, il le prouve avec Scorpions » me crie dans un accent palois un afficionado), auquel vint exceptionnellement s’adjoindre ce soir à la troisième six-cordes sur « Rock You Like a Hurricane » Phil Campbell, autre orphelin de la Tête de moteur ayant joué plus tôt avec Phil Campbell & The Bastard Sons. Du travail de pro. Une pico-doléance : l’absence de « Dynamite », Scorpions n’ayant plus assené publiquement ce brulot made in 1982 depuis 2016.

Un autre et implacable arbitrage est effectué à 00 heures 45 par mon Lionel intérieur, cette fois entre le concert de Wardruna chamanisant son folk Mainstage 2, et le rock US aride du mythique Jerry Cantrell même heure à la Valley… Ma révérence nineties pour le guitariste d’Alice in Chains l’emporta sur l‘ancestrale musique septentrionale. Une partie du public de Scorpions migre comme moi vers l’ouest car, du haut de ses 1 mètre 87 plus de trente ans de grunge metal vont contempler l’auditoire, vaillant nonobstant heure avancée. Et cosmopolite : mon moustachu et débonnaire voisin aux faux-airs de Danny Trejo, revêtu d’un t-shirt de DOWN (autre superbe moment de la semaine passée), se prénommant Xavier, m’affirme être fan d’Alice in Chains depuis 1994 et venir de Los Angeles afin de respirer l’atmosphère de notre vallée ! Valley qui érige un véritable triomphe à son héros dès son entrée sur lumières vertes et blanches, Jerry Cantrell déroulant en retour le répertoire-type de sa tournée « Brighteen » (du nom de sa troisième infidélité faite à Alice, octobre 2021) : deux-tiers d’Alice in Chains (mais aucune curieusement de l’album éponyme de 1995 : « Heaven Beside you » aurait fait la rue Michel) ; le restant des trois albums solos du grand blond aux cheveux filasses (« Cut You In » et « My Song » sur « Boggy Depot », 1998). Appréciable plongée dans l’antédiluvienne « Sea of Sorrow », puis délectation du binaire mais torturé « Man in the Box », tous deux historiquement antérieurs à la déferlante grunge (1990). Authenticité en toutes parties de guitare, authenticité en la voix, authenticité source de chacune de ses mélodies. Tom Petty passé au trépas, Jerry Cantrell est un de ses plus évidents héritiers, la récente chanson « Had to Know » délivrée sous cette voute, exhale d’ailleurs le défunt Traveling Wilburys. Final magistral sur l’intemporel « Rooster », du surnom du Père de l’artiste, vétéran au Vietnam, une des balades les plus puissantes à propos d’un sujet tabou, et voué à le demeurer des deux côtés de l’Atlantique. Terminus au VIP. Avec le plaisir d’y croiser et d’y féliciter le placide Cubi d’Hangman’s Chair. Puis alunissage plus tard encore au Green Camp, mon bercail l’espace de quatre nuits supplémentaires.

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