Chronique de Lamb of God – Lamb of God

samedi/20/06/2020
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Auteur : Lamb of God

Titre : Lamb of God

Label : Nuclear Blast

Sortie le : 19 juin 2020

Note : 17,5/20

 

Que reste-t-il des années 2000 en ce début des 2020 ? Pléthore de bonnes choses en définitive… L’an passé, Tool et Slipknot furent les contributions discographiques les plus attendues, et à juste titre. En cette morne année, c’est au tour de Lamb of God d’être espéré tel Grouchy à Waterloo. Les cinq virginiens arrivent à temps ainsi qu’à pic, ce troisième vendredi de juin afin de nous délivrer leur huitième album studio. Les incartades solitaires étant bien souvent signes de revirement, a minima d’enrichissement, des collectifs, le remarquable et pluridisciplinaire « Anesthetic » du guitariste Mark Morton paru il y a quelques mois, aurait pu laisser augurer d’éventuels changements de direction artistique ; à l’instar de l’EP caritatif « The Duke » de 2016, au sein duquel le groupe (notamment son guttural chanteur) avait éclairci le ton ainsi que le son. Que nenni, nulle révolution de palais : « Lamb of God » nous régale avec la quintessence de Lamb of God. D’où probablement l’éponymique intitulé. Une pochette austère et blafarde dans la continuité de ses devancières (des montres à gousset cassées, faisant penser à celles de l’onirique lièvre de mars et de Phileas Fogg) confirme la tendance. No clean vocals.

Initialement et principalement inspiré par Pantera, Lamb of God pratique depuis vingt-cinq ans du « groove metal ». Ledit terme étant probablement un des plus mal choisis de l’histoire de la musique, nous ne nous attendrons pas à apercevoir Bootsy Collins ou Maceo Parker dans le paysage (même de loin cachés derrière un arbre) et sûrement pas ici et maintenant. D’ailleurs, et par un singulier jeu de chaises musicales sémantique, l’on qualifiait dans les années 1990 ce genre de « power metal »… « Puissant », « baston », « balèze », voire même « bourrin », seraient effectivement plus appropriés que « groovy »… A ce propos, le jeu d’Art Cruz, le nouveau batteur, est ici époustouflant : de la centième seconde de « Memento Mori », l’abyssal premier titre, à la deux cent troisième de « On the Hook » (morceau qui s’achève brusquement, en même-temps que le disque, comme si le préposé aux consoles avait involontairement marché sur un câble…), le néophyte remplaçant de Chris Adler (parti se mustainer) ne va jamais relâcher une pression virulente, syncopée, haletante, tentaculaire…

La production en constitue le deuxième point fort. Encore plus épaisse que celles des classiques « Ashes of the Wake » et « Sacrament » de 2004 et 2006. Manufacturée par leur partenaire historique Josh Wilbur, elle marie à la perfection graves et aigus, rondeur et précision, nappes sur nappes, ainsi que ce luxe d’entendre distinctement entre deux cessez-le-feu un claquement de baguettes, de fluides plans de basse, ou les cordes de la Jackson Mark Morton Pro Dominion. Son troisième atout se niche au sein de la complexité des structures, des alternances et des contrastes, de l’inspiration. Le planant refrain de « Resurrection Man » évoque de manière subliminale celui de « Dirt » d’Alice in Chains, autre modèle des quadras. La contribution de Chuck Billy sur le saccadé « Routes » rappelle que le thrash US est un de leurs territoires d’origine. Sinon, nul morceau de bravoure ou simple évident : tous sont parfaits, et rien ne dépare ou ne débande. Des critiques ont fortuitement (?) employé le même terme de « Panthéon », afin de désigner l’effet de « Lamb of God » sur la carrière de Lamb of God… Certainement. C’est en tout état de cause préférable à celui de « Musée Grévin », que nos cinq taciturnes éviteront de rejoindre grâce à cette monumentale cure de jouvence.

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