Envy

Interview avec Yoshi et Tetsuya de Envy

mardi/24/12/2019
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Le groupe Envy était de passage à Paris pour un concert complet à La Maroquinerie. L’occasion pour Art N Roll de s’entretenir avec Tetsuya et Yoshi, chanteur et guitariste, pour discuter du nouvel album « The Fallen Crimson » qui sortira en février 2020.

 

Vous avez marqué les esprits avec une prestation époustouflante au Hellfest. Vous êtes d’ailleurs de nouveau à l’affiche cette année, mais cette fois en tête d’affiche !  Comment avez-vous ressenti cette expérience ?

Tetsuya Fukagawa (chant) : Le Hellfest est le premier gros festival sur lequel Envy a joué. Il y a un sentiment d’attachement très particulier avec cet évènement. On est très heureux et reconnaissants de pouvoir jouer l’année prochaine également. Cette année a été une expérience inoubliable.

Yoshi (guitare) : Pour moi aussi l’expérience a été incroyable. Le public partait dans tous les sens et nous envoyait des ondes positives. Le festival en lui-même est juste incroyable. J’espère que plus de personnes d’Asie et du Japon pourront venir voir ça. C’est une culture très différente de ce à quoi nous sommes habitués au Japon.

 

Dans quel sens trouves-tu ça différent ?

Yoshi : Le Hellfest propose des animations et une expérience visiteur. Quand tu te promènes sur le site, tu vois des magasins, des stands de nourriture, du feu, plein de choses ! C’est comme un cirque mais dans le bon sens du terme. C’est jouissif. Je me sens comme un enfant là-bas. D’ailleurs je suis resté 3 jours entiers. Le premier jour, tout le monde est parti après notre prestation mais je suis resté pour voir les autres groupes.

 

Votre concert a été cité par de nombreuses personnes comme étant un des moments forts du festival. C’est aussi une des raisons pour lesquelles le concert de ce soir affiche complet. Le public français a envie de vous revoir. Vous serez donc à l’affiche de l’édition 2020, une édition qui fait la part belle aux groupes asiatiques. Il y aura même un warm up au Japon avec vous comme tête d’affiche. Comment ça s’est passé ?

Yoshi : Le Hellfest nous a demandé si on voulait le faire et on a dit oui. Nous ne connaissons pas les autres groupes, ce sera la première fois que nous jouerons avec eux. Nous n’avons pas non plus des relations très proches avec les responsables du Hellfest, mais ils nous ont dit qu’ils aimaient beaucoup Envy et on se sent honorés de cet accueil et de leurs propositions.

 

Vous avez l’impression que la scène rock et metal évolue au Japon ? On voit de plus en plus de groupes japonais présents sur les festivals internationaux, mais comment ressentez-vous cette évolution ?

Tetsuya : La scène est difficile à analyser. Il y a plus de 20 ans, quand on a créé le groupe, il y avait une scène screamo et post-hardcore avec beaucoup de groupes. Maintenant j’ai l’impression que tout le monde a suivi un chemin bien spécifique. C’est comme si chacun avait créé sa propre branche musicale.

Yoshi : J’ai l’impression que tout est devenu plus indépendant dans le sens où chaque groupe fait ce qu’il a à faire mais il n’y a aucune connexion entre nous.

 

Et le public ? Le public européen doit être assez différent du public japonais ? Notamment dans sa manière d’extérioriser ce qu’il ressent.

Tetsuya : De manière générale, le public japonais est très silencieux ou poli. Disons poli. Parfois c’est déstabilisant, on ne sait pas du tout ce qu’il ressent ou comment il accueille notre musique.

Yoshi : Après avoir pas mal tourné avec Envy je trouve que les personnes partout dans le monde sont très respectueuses de ce que l’on fait. Spécialement à Londres, on jouait et le public était statique. On se demandait ce qui se passait, mais à la fin du morceau tout le monde s’est mis à applaudir et à nous acclamer. On s’est dit qu’ils devaient apprécier ce que l’on faisait. C’est sûr que les européens ou les américains sont plus extravertis dans leur manière d’exprimer leurs sentiments. Mais avec Envy, on est toujours confronté à du respect.

 

Vous allez sortir un nouvel album, le premier avec le nouveau line-up. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces récents changements et ce que ça a apporté dans votre processus de création ?

Tetsuya : Pour ce nouvel album, nous avons décidé d’un commun accord de ne pas faire un concept album. Nous avons demandé à chacun de partager ses idées, de tout mettre sur la table, puis de composer à partir de ça. A partir du moment où on décide de faire un concept on se pose des barrières. Là nous voulions être inclusifs vis-à-vis des nouveaux membres et leur laisser toute la liberté de proposer des idées.

 

C’est donc un album très collectif ?

Yoshi : Oui c’est vraiment ça et c’était l’élément le plus important pour nous. Nobu, le guitariste fondateur est le principal compositeur du groupe. Taki, le deuxième nouveau guitariste fait beaucoup de production et a un groupe à côté pour lequel il compose. Il a composé plusieurs morceaux pour le nouvel album. C’est une bonne combinaison.
Nous sommes maintenant 3 guitaristes dans le groupe, nous voulions créer un mur de guitare, un mur de son. L’objectif est de projeter de la puissance. Je fais le backing. Il y a donc le bassiste, moi, Nobu puis Taki si l’on visualise par couche. Je comble un vide, et renforce ce mur.
L’autre chose c’est que je fais la partie grave de la guitare et Taki et Nobu sont sur les parties aigues. Nous pouvons donc équilibrer et nuancer les sons, les mélodies. Nous pouvons aussi recréer ce que nous faisons sur l’album. L’album d’Envy n’est pas un album avec deux guitaristes. On voulait tout reproduire en live.

 

Il y a un gap de génération entre les nouveaux arrivés dans le groupe et les membres originels. Etait-ce intentionnel ?

Tetsuya :  Bonne question !

Yoshi : Quand ils ont commencé Envy j’avais 11 ans et le batteur en avait 7.

Tetsuya :  Donc oui on peut dire qu’il y a un gap de génération et il y a plein de choses qu’il ne connait pas encore sur la vie (rires).  Nous sommes très amis et nous avons vraiment une belle relation.

Yoshi : La première fois que j’ai vu Envy en live j’avais 14 ans. J’étais en Chine, je les ai vus là-bas. C’est étrange pour moi de me retrouver ici avec eux maintenant. En termes de gap générationnel, on sait qu’il existe, mais on ne le ressent pas du tout. Nous sommes très proches les uns des autres.

 

Mais était-ce intentionnel de faire entrer des nouveaux membres plus jeunes ? Une manière d’explorer de nouvelles idées, de nouveaux horizons ?

Tetsuya : Pour nous ce n’était pas une question d’âge, mais vraiment une question de place dans le groupe. Hiroki suivait et soutenait le groupe depuis longtemps. Parfois il remplaçait le batteur, parfois il était juste en backstage, c’était naturel de l’intégrer. Taki est capable de composer, il joue du violon, il sait tout faire. Nous voulions avoir un multi instrumentiste qui soit également capable de faire de la production.

Yoshi : Pour ma part, Nobu le guitariste m’a appelé. Il m’a dit qu’il voulait que je joue de la guitare et je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu que je projetais plus d’émotions que lui à travers mon jeu. Je lui ai dit que ce n’était pas vrai, mais il maintient que si ! (rires)

 

C’est la meilleure raison pour rejoindre un groupe ! Il y a plein de guitaristes qui sont de bons techniciens, mais arriver à avoir de l’attitude, à faire passer des émotions à travers son jeu, c’est le but ultime. Tu as dû être très ému en entendant ces compliments !

Yoshi : Oui, je ne m’en remets pas. Je partage ton avis, arriver à projeter de l’émotion c’est vraiment ce que je recherche. C’est ma raison d’être en tant que guitariste.

 

A l’écoute du nouvel album, on sent qu’il y a une ambiance générale assez sombre, mélancolique, voire cafardeuse. Mais il y a aussi beaucoup de passages très lumineux, et souvent ces émotions se retrouvent en même temps. C’est aussi un album qui fait voyager.

Tetsuya : Merci beaucoup. C’est vraiment de cette manière dont nous voulions que les gens reçoivent notre musique. Il n’y a pas de concept, mais chaque morceau raconte une histoire. Chaque histoire projette beaucoup d’émotions, et ces émotions viennent de nous 6. Chacun y a mis du sien. C’est pour ça que c’est très varié. Mais ça reste Envy. On a gardé les structures fondamentales. Il y a un bon équilibre et je pense que ce sera une bonne surprise pour tous les fans d’Envy.

 

Comment sont accueillis les nouveaux morceaux sur scène ?

Yoshi : Les morceaux que nous avons composés à 6 ont été vraiment bien appréciés. Comme « A faint New World », c’est un bon mix entre l’ancien et le nouveau Envy. Et c’est génial car le public a l’air de vraiment apprécier.

 

Et pour vous ? Comment c’est de pouvoir jouer les morceaux sur lesquels vous avez tous été impliqués dans le processus de composition ?

Yoshi : C’est bien plus puissant. Bien sûr j’ai arrangé les autres morceaux. Je prends toujours du plaisir et me donne à 100% quel que soit le morceau. Mais avec les nouveaux titres, je me rappelle du processus de création et ça me plonge dans un tout autre état émotionnel. C’est beaucoup plus fort pour moi et c’est la même chose pour Tetsuya. Il est parti du groupe, puis est revenu. Le premier morceau composé à 6 est le plus puissant pour lui.

 

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