Interview avec Junior Rodriguez au Motocultor

jeudi/29/08/2019
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Art N Roll a pu poser quelques questions à Junior Rodriguez lors de son passage au Motocultor, pour tenter de mieux cerner ce multi instrumentiste.  Sa web série « Starting from Nowhere » est disponible en ligne et son premier album solo « Stellar Dream » sort le 4 octobre prochain. Une release party est organisée à la Boule noire le 26 novembre.

 

ANR : En avril dernier tu nous présentais la web série « Starting from Nowhere » au Grand Rex et j’aimerais bien revenir sur cette expérience.

Junior: Tu as aimé ?

 

ANR: J’ai trouvé que c’était un très beau travail de réalisateur avec des plans magnifiques, mais que la promesse du titre n’était pas tenue. La série nous vend que l’on va suivre un artiste à travers les étapes de son processus de création, mais on reste dans une approche superficielle dans le sens où on ne rentre jamais vraiment dans ta tête. On ne sait pas plus comment tu composes après avoir vu les épisodes. Par contre les paysages sont sublimes, la photographie est très travaillée et c’est un concept novateur.

Junior: Je comprends ce que tu veux dire et tu as raison. C’était vraiment l’idée et le travail d’Albéric. Il s’est fait plaisir sur les images et le format ne permet pas vraiment de rentrer dans ma tête.

 

ANR: J’aimerais bien en savoir plus sur comment ça s’est passé pour toi sur place. Tu savais un peu à quoi t’attendre ?

Junior : Ça a été beaucoup de préparation, l’idée c’était que je sois au courant du minimum. Les mecs sont venus nous livrer le van à l’aéroport et on est partis direct sur la route. C’est Albéric qui drivait le truc, il me disait « là on va rouler 4h » et moi je découvrais le truc comme ça. Je ne savais pas du tout où on allait aller après chaque arrêt, ni ce qu’il avait en tête.

 

ANR : Donc le van s’arrête et tu sors avec ta petite mallette?

Junior : Oui c’est ça (rires)! Je me demandais par quoi je pouvais commencer. J’avais des riffs en tête, je commençais à chercher des idées. Je commençais à réfléchir à l’accordage. On n’avait que 10 jours sur place donc il fallait que je sois efficace. En plus j’étais sur une batterie d’ordinateur la plupart du temps. A chaque nouveau spot j’avais le temps de la batterie de l’ordinateur pour trouver et enregistrer mon idée. Parfois il fallait marcher longtemps pour atteindre un site, jusqu’à 40minutes. Derrière ça réduit considérablement le temps dont je dispose sur place pour enregistrer.
C’est aussi pour ça que ce que tu dis est vrai par rapport au fait que l’on ne voit pas vraiment mon processus créatif. Je n’avais pas le temps d’expliquer ce que je faisais. Albéric me disait parfois de raconter ce que je faisais. Tout était sur l’instant, pas de possibilité de refaire les scènes derrière et il fallait que les plans soient intéressants.

 

ANR : Quand tu parles de communication avec Albéric, ça se passait comment exactement ? Tu n’étais pas vraiment tout seul dans le van ?

Junior : On était à 3, Albéric, son assistant et moi. Son assistant s’occupait principalement des drones. On ne le voit pas à l’image mais on avait 2 lits couchettes, une petite salle de bain et un lit superposé. Albéric gérait quasiment tout, tout seul. Parfois il me disait « arrête-toi » et il allait changer son objectif et se couchait dans l’herbe (rires). Tout ça pour avoir des plans…
La phase où je suis en haut de la colline sous la pluie, j’étais tout seul. On avait des talkies walkies pour communiquer mais je ne savais pas où ils étaient ou s’il fallait que je continue de jouer. Je ne savais vraiment pas quoi faire. Eux se cachaient pour ne pas être à l’image.

 

ANR : Il y a un endroit qui t’a particulièrement marqué ?

Junior : Plusieurs, mais la grotte de Vik c’était fou. On ne s’en rend pas compte mais il était 5h du matin. On a roulé une grande partie de la nuit, on est arrivés et c’était la tempête. J’étais dans le van en train d’attendre, j’avais essayé d’ouvrir la porte du van et elle a failli partir. Puis il s’est arrêté de pleuvoir, on y est allés et c’était fou.
A la fin aussi quand on se retrouve près d’un glacier avec les aurores boréales. Ce qu’on ne voit pas à l’image c’est qu’on était en haut du glacier et les aurores boréales se reflétaient dans la glace. C’était incroyable. La partie dans la grange abandonnée avec les chevaux sauvages c’était fou aussi.

 

ANR : La grange abandonnée c’est un des rares moments où l’on a l’impression de rentrer un peu plus dans ta tête. On te voit évoluer dans la pièce, tester les différentes sources de son.

Junior : Il n’y avait pas de lumière, c’était la tombée de la nuit et il fallait qu’on soit repartis à 22h. On a dû négocier avec la gardienne du passage pour avoir une demi-heure pour monter, sortir les bougies, tout mettre en place et enregistrer. Mais le résultat est vraiment cool.

 

ANR : Quand on regarde ton parcours on voit que tu as eu plein de rencontres déterminantes. J’aimerais comprendre comment tu as réussi à les provoquer et à saisir les opportunités.

Junior : Je ne le sais pas trop moi-même. Quand des opportunités se présentent c’est rare que je dise non. De fil en aiguille je rencontre du monde, les gens parlent de moi et ça créé une sorte de cercle vertueux. Il y a aussi énormément de hasard. Pour Dick Rivers, par exemple, je me retrouve assistant dans le studio où il venait enregistrer. Les mecs arrivent, ils ont une panne de batteur, ils me demandent si je peux jouer et je me retrouve comme ça dans le truc.

 

ANR : Tu as raconté que ton père était chauffeur d’autocar, que tu as beaucoup voyagé.

Junior : Oui dés tout petit.

 

ANR : Parce que tu suivais ton père ?

Junior : Les week-ends il conduisait des touristes à Venise, en Pologne, des endroits comme ça. Je partais avec lui. J’avais la couchette, je faisais ma vie dans le bus et j’adorais ça. J’ai toujours beaucoup aimé voyager. C’est ce qui ouvre le plus l’esprit. Ça forge la personnalité.

 

ANR : Tu es d’origine portugaise, c’est bien ça ?

Junior : Oui, mes parents sont des immigrés portugais. Depuis mon plus jeune âge on faisait beaucoup d’allers-retours au Portugal. J’avais une sorte de double-vie entre là-bas et ici. Il y a même eu une période où nous avons vécu au Portugal. J’ai toujours eu une sorte de double horizon, j’étais à la fois en cité dans le 93 et au bord de la mer au Portugal à Faro. Mes grands parents sont des paysans portugais, j’ai aussi un vrai lien à la terre et à la nature à travers eux.

 

ANR : Tu aimes dire que tu as appris à jouer de plein d’instruments pour compenser le fait de ne pas pouvoir jouer de celui dont tu rêvais. Il s’agit du piano ?

Junior : Oui j’ai toujours rêvé de savoir jouer du piano. Je m’y suis mis un peu, mais c’est mon défi actuel.

 

ANR : Tu as fait des études ?

Junior : J’ai fait des études d’art. J’ai fait un bac ST Arts appliqués. J’ai toujours été lié à l’art et à la musique. J’ai commencé à tourner avec mon groupe de l’époque au même moment, j’ai fini mes études et je n’y suis pas revenu. Par contre, pour mes projets persos je fais tous mes visuels moi-même.  Ça me permet de communiquer sur mon univers visuel, de travailler avec des graphistes avec une vision artistique bien définie.

 

ANR : Je trouve qu’il y a trois facettes que tu projettes. La première c’est une curiosité extrême qui te pousse à aller vers plein d’instruments, de sonorités et d’autres choses que tu incorpores dans ta musique. La deuxième c’est cette conscience permanente du visuel, ça se reflète dans ce que tu portes, ta manière de communiquer et de soigner les supports. Enfin, la troisième c’est un côté tribu avec ton entourage. Quand tu parles de the Evil Thing tu vas plus loin que présenter les musiciens, tu mets en avant toutes les personnes qui travaillent avec toi et on sent que les liens sont forts.

Junior : Oui c’est exactement ça. Je me retrouve dans tout ce que tu dis. Sur le dernier point c’est sûr que je ne fais pas de la musique pour être tout seul dans mon coin. Ce qui m’intéresse c’est d’évoluer avec mon entourage et de leur apporter quelque chose. Dans mon groupe, les musiciens sont des potes avant d’être « mon groupe ». Si je peux leur faire faire le tour du monde grâce à ma passion, tant mieux. J’essaie d’en faire profiter un maximum à mon entourage. C’est important de prendre soin de ses amis.

 

ANR : Il y a quelques années tu communiquais principalement sur The Evil thing, après on a vu apparaitre Junior Rodriguez & the Evil Thing et maintenant ton album sort avec ton nom seul. Tu peux expliquer un peu cette évolution ?

Junior : Au début j’assumais mal le côté artiste solo, même si je faisais tout. Je considérais que Junior Rodriguez sans the Evil Thing ce n’était pas la même chose. Chaque musicien apporte beaucoup. C’était donc important qu’ils soient sur l’affiche. Là avec le film et l’album solo, Albéric et Elodie, mon attachée de presse, m’ont dit que c’était mon projet, que tout était centré sur moi et que c’était plus simple de communiquer sur Junior Rodriguez. Maintenant il y a ceux qui me disent que je me la raconte, ceux qui trouvent ça très cool et plein de sons cloche différents.

 

ANR : Ce nom de Junior Rodriguez, c’est seulement un nom de scène ? Pourquoi ce choix ?

Junior : C’est mon vrai nom en fait. Mon nom entier, et c’est un scoop parce que j’en parle très peu, est Bruno José Rodriguez Gonçalves Da Palma Estrelo Junior. Au Portugal tu prends le nom de ta mère, ma mère s’appelle Rodriguez et mon père Gonçalves . Là-bas je m’appelais Bruno José Rodriguez Gonçalves . Et ici c’est l’inverse, c’est le nom du père qui compte. Quand je me suis fait faire mes papiers français, on m’a dit que je ne pouvais pas garder tous les noms et que mon identité serait Bruno José Gonçalves. Quand j’ai commencé à tourner je me suis dit que j’allais prendre les noms qu’ils m’avaient retirés. Junior Rodriguez ça sonne bien et c’est rare.

 

ANR : Ton album solo, va bientôt sortir, il s’appelle « Stellar dream”. Je crois avoir lu qu’un de tes amis disait que ta musique était stellaire, c’est de là d’où vient le nom ?

Junior : Exactement. J’aime beaucoup tout ce qui est un peu cosmique. On me demande souvent le style de musique que je fais. Je réponds que c‘est du rock, mais pas que du rock, pas non plus de la pop ou du metal donc stellar rock c’est pas mal.

ANR : Et puis on s’en fout de coller une étiquette à la musique que tu fais non ? Ton album est à ton image. Il est éclectique, il y a des passages psyché, des passages rock, il y a beaucoup de choses.

Junior : Oui Exactement. C’est vraiment le projet sur lequel j’ai mis le plus de moi. Il y a un cheminement tout au long de l’album, ça raconte vraiment une histoire et tout est très lié au film. Je n’avais pas prévu de faire cet album, c’est l’Islande qui a déclenché tout ça.

 

ANR : C’est une opportunité de plus que tu as saisie, c’est un peu un leitmotiv chez toi. Chercher à suivre ce qui vient naturellement.

Junior : Oui c’est vraiment ça. Il y a une forme de chance qui se crée par elle-même. Je m’ouvre des portes tout seul, et d’autres personnes m’ouvrent des portes.

 

ANR : Cet éclectisme dans ta musique, qui se retrouve également dans tes activités ne doit pas être toujours simple à faire accepter en France.

Junior : Oui c’est vraiment compliqué. Quand j’étais aux Etats-Unis et qu’on me demandait ce que je faisais je répondais que j’étais musiciens, technicien du spectacle, que je faisais d’autres choses dans l’art et ça ne choquait personne. Ici on me demande toujours « mais c’est quoi le truc principal ? » Pour moi c’est aussi important d’être musicien que technicien pour Trust. C’est un tout.

 

ANR : Aux Etats-Unis il y a cette culture du « slasher » que tu ne trouves pas vraiment en France. La multitude des talents est vue comme une richesse.

Junior : Oui c’est exactement ça.

 

ANR : L’important c’est que tu sois satisfait de cet album et que tu nous prépares un show lumineux pour la release party à la Boule Noire le 26 novembre.

Junior : Je le suis. J’ai hâte de le défendre sur scène. Il y aura la Boule Noire, puis une tournée en France en 2020.

 

 

 

 

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