HOT on the rocks!

Interview avec Samron Jude de SystemHouse 33

samedi/30/04/2022
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Un quator de thrash metal contemporain a essuyé les plâtres à l’Empreinte de Savigny-Le-Temple le 8 mars 2022, en ouverture de la tournée européenne de Nervosa et Burning Witches. Cohésion et interaction avec le public n’avaient pas manqué d’attirer l’attention. Renseignement pris et prise de contact renseignée, il s’agit de System-House 33, un groupe originaire de Mumbai. Le 21 avril suivant en soirée, liaison était effectuée par Skype avec Samron, le généreux chanteur et concepteur du combo.

 

Samron Jude (chant) : Hey man, comment ça va ?

Art’N’Roll : Parfaitement bien, c’est la fin de la journée, il fait beau et il y a de la musique dans la rue…

SJ : (NDA : extrêmement placide et bienveillant) C’est bien. Je suis très content de le savoir.  

ANR : Alors tu es rentré à Mumbai ?

SJ : Non, je suis au Portugal, non loin de Lisbonne, pour des raisons professionnelles, je vais donc devoir rentrer de nouveau chez moi (Sourire)

ANR : Quel bilan tires-tu de ces six semaines passées en mars et avril sur les routes européennes, en compagnie des Burning Witches, de Nervosa et des suédois de Warfect ?

SJ : C’était formidable pour nous. Ce fût la première fois que nous tournions avec tant de groupes, il y avait donc toujours du monde autour de nous. Tout le monde a été si gentil, agréable et beau (Rires) C’était une longue tournée, et chacun s’est donné à fond, après cette longue coupure produite par la pandémie. J’ajouterai que tenir cette longue durée sur les routes s’est finalement avéré quelque chose de plus difficile que je ne l’imaginais.

ANR : Ce fût votre première tournée européenne ?

SJ : Non, nous avions auparavant tourné en Europe avec Six Feet Under et Orphaned Land.

ANR : Aurais-tu un ou plusieurs souvenirs de cette tournée à narrer à nos lecteurs ?

SJ : Il s’est passé beaucoup de choses amusantes durant cette tournée. Je pense surtout à cette fois où nous nous étions arrêtés afin de déjeuner dans un restoroute quelque part entre le Portugal et l’Espagne puis avions décidé de visiter un château juste à côté. A l’intérieur de celui-ci nous avons trouvé un chien qui était tout seul, ce qui est rare en Europe contrairement à l’Inde, nous avons alors commencé à rechercher l’éventuel propriétaire de ce tout petit chien. N’ayant trouvé personne, nous avons attrapé cet animal avant qu’il ne s’enfuit sur la voie rapide. Nous nous sommes dit qu’il nous fallait protéger celui-ci, que nous ne pouvions l’abandonner. En Inde, nous avons l’habitude de recueillir des chiens ou des chats errants, sauf que là nous étions en pleine tournée européenne… C’est à cet instant que le propriétaire est arrivé, il était tellement content de retrouver son chien, il nous a remerciés puis nous a emmenés dans son village, où tout le monde parlait probablement espagnol, les gens étaient très reconnaissants envers nous, c’était drôle (Rires)

ANR : L’actualité de SystemHouse 33 est chargée en cette première partie de 2022, puisque vous avez sorti hier 20 avril « Salvation », votre deuxième album studio, peux-tu s’il te plaît nous parler de celui-ci ?

SJ : Comme tu le sais, « Salvation » a été joué durant cette tournée, des disques étaient disponibles à la vente sur notre étal. Nous avions commencé à en écrire les morceaux au cours de notre tournée US de janvier 2020 avec Soulfly, seize ou dix-sept projets. La pandémie, première vague, seconde vague, et l’aggravation de la situation mondiale, ont rendu la tonalité de ceux-ci plus profonde, plus grave. J’ai perdu ma maman l’année dernière, les émotions sont devenues de plus en plus sombres…

ANR : « Salvation » est dédicacé à la mémoire de Mrs Theresa Mukherjee : c’était ta Mère ?

SJ : Oui. Cet album est rempli d’émotions. Ce n’est pas l’album de metal qui se contente d’alterner des parties lentes et des parties rapides, nous avons fait en sorte de diversifier les ambiances, nous avons intégré des parties au violon, tu as même mon chat qui râle en introduction d’une piste… C’est tout un ensemble d’éléments. Je ne te cache pas que l’écriture des paroles s’est avérée difficile…

ANR : Tu es le principal compositeur ?

SJ : Oui, ma femme et moi. Je suis très satisfait du résultat, nous sommes parvenus à exprimer nos émotions avec justesse.

ANR : D’où le titre de l’album… « Salut »…

SJ : Tout à fait, alors que le titre de travail était « Fin du Monde »… Il était basé sur le Livre de la Révélation (NDA : « L’Apocalypse de Saint-Jean ») cette prophétie selon laquelle le Monde court à sa fin… Nous jouions alors à New-York pour deux soirées à guichets fermés en première partie de Soulfly et nous étions loin de nous imaginer que seulement deux semaines plus tard des centaines de personnes allaient décéder du Covid, des millions à travers le Monde ! Nous aurions pu nous-aussi en mourir, certaines personnes qui en sont mortes étaient encore plus jeunes que nous !

ANR : C’est pour cela que dans les notes de pochette de « Salvation » est inscrit le verset 24.36 de l’Evangile selon Saint-Matthieu ?

SJ : Oui.

ANR : Quel est cet affreux monstre sur la pochette de « Salvation » ?

SJ : (Rire) Un hybride entre un dauphin et une pieuvre, qui aurait existé il y a quelques millions d’années au moment de l’extinction des dinosaures (Sourire)

ANR : Il y a des dauphins en Inde ?

SJ : Il y a des dauphins à Bombay, tout comme il y a des dauphins à Goa, toutes sortes de dauphins, entre dix et vingt espèces différentes. Contrairement à l’Europe, la vie animale est très riche en Inde.

ANR : Et il y a des dinosaures également ?

SJ : (Rires)

ANR : Des fossiles entendons-nous bien !

SJ : Oui, oui, l’Inde est un pays plein de ressources, dont la plupart n’ont pas encore été découvertes.

ANR : Hormis cette citation de Saint-Matthieu, quelle serait ta citation favorite ?

SJ : « Essaie et échoue, mais n’échoues pas de ne pas avoir essayé ». Si tu échoues c’est correct, mais n’échoues jamais parce que tu as pensé que tu allais échouer et que tu as renoncé.

ANR : C’est très intéressant…

SJ : (Rires)

ANR : Si, et justement pour un groupe metal en Inde ! Reprenons donc cinq minutes par le commencement !

SJ : C’est une histoire très intéressante, mais très longue, je vais donc tenter de la faire courte. Je suis originaire d’une petite ville, que personne ne connaît, non loin de Bombay. J’ai commencé à jouer dans des groupes locaux quand j’ai eu quatorze ans, cinq ou six groupes, j’ai commencé à me produire là on je pouvais. Un jour, alors que je jouais dans un collège, un homme m’a dit que la musique était avant tout un mode d’expression personnelle, très sympa, il m’a donné un CD gravé que j’ai de suite écouté en rentrant chez moi : c’était du Pantera. Je me suis dit que c’était de cette façon-là que je devais exprimer ce que je ressens. A l’âge de quinze – seize ans, j’ai voulu sonner de la manière la plus violente et bruyante possible, tu sais lorsque tu vis dans un immense pays comme l’Inde, personne ne se soucie de toi car tu n’es qu’une petite fourmi ! J’ai petit à petit rencontré des gens qui savaient jouer mais qui n’osaient pas aller plus loin, car ils se souciaient du regard de leurs parents, j’ai également affiné ma culture metal, puis suis passé de la guitare au chant, étant donné que je ne trouvais aucun chanteur. Avant d’avoir obtenu un quelconque diplôme et d’avoir un travail rémunéré, avant d’être marié, j’étais déjà dans un groupe de metal ! Peux-tu cesser d’écouter du metal ?

ANR : Moi ? De la musique car c’est la même chose, non c’est certain… Cela fait trente-deux ans, c’est un mode de vie…

SJ : (NDA : Opine du chef et Rires) Exactement ! Avant les téléphones portables, avant Internet, nous postions des morceaux de papier dans les boîtes aux lettres de nos amis avec écrit dessus « Ce soir il y a un concert, viens s’il te plait ».

ANR : Quel fut ton premier concert ?

SJ : En tant que musicien, ce fut en 2003 lors d’une soirée locale de charité.

ANR : Et en tant que spectateur ?

SJ : A Bombay, un guitariste de metal nommé Gilroy.

ANR : Il est indien ?

SJ : Il est dans mon groupe ! C’est le guitariste de SystemHouse 33 ! (Rires)

ANR : Ah d’accord ! Quels sont tes groupes préférés ?

SJ : Pantera, Machine Head, Slayer, Dream Theater, Meshuggah.

ANR : Peux-tu nous dresser un état des lieux de la scène metal en Inde ?

SJ : Le problème est que l’Inde est un pays pauvre, il est donc difficile d’acheter l’équipement nécessaire, une guitare est chère, la batterie, les amplis… De plus, il n’y a pas de magasin de musique dans chaque ville, je sais qu’à Bombay il y en a quatre. En outre, la population est fanatique de Bolywood, le metal demeure résiduel. Et il est très difficile d’obtenir des visas pour jouer dans d’autres pays…

ANR : Aurais-tu un groupe ou un artiste indien dont la démarche servirait de modèle à SystemHouse 33 ?

SJ : Oui. Remo Fernandes qui est de Goa. C’est une légende en Inde. Il a beaucoup de classiques à son répertoire, et il a même joué avec Queen et Led Zeppelin. Il nous a fait l’honneur de venir nous voir lorsque nous avons joué au Portugal en compagnie d’Orphaned Land (NDA : Remo Fernandes a la nationalité portugaise) c’est un type exquis et probablement la plus grande rock star originaire d’Inde, voire même l’unique ! Il est très célèbre, tant et si bien qu’il ne peut même pas marcher dans la rue ! Il a d’ailleurs sorti sa biographie. Tu peux le croire ?!?

ANR : Evidemment ! Je peux facilement comprendre que c’est un modèle pour toi !

SJ : Il est tellement cool ! Je suis vraiment heureux qu’il s’intéresse à ce que nous faisons !

ANR : Et sinon, aurais-tu un artiste ou groupe non-metal indien à recommander à nos lecteurs ?

SJ : Autre que le metal ?!? Je pense de suite à Bolywood… C’est très commercial et fait pour que tout le monde puisse écouter… Tu veux dire « pop », « rock » ?

ANR : Comme tu veux !

SJ : Oui, ben du coup Remo Fernandes, le type dont je viens de te parler…

ANR : Je me souviens que tu as évoqué la situation politique en Inde entre deux chansons lors de votre concert de mars à Savigny-Le-Temple, peux-tu développer celle-ci ?

SJ : La religion et le politique sont trop imbriqués, les gens vivent encore en harmonie en dépit de leurs différences, malgré le fait qu’ils vénèrent des dieux différents, ce n’est pas toujours facile. Nous sommes la plus grande démocratie du Monde mais l’équilibre entre les citoyens indiens est très précaire. J’ajouterai que la corruption est très présente ici…

ANR : Quel est l’endroit que tu préfères en Inde ?

SJ : J’aime Bombay. C’est définitivement la cité des rêves, j’ai déménagé à Bombay il y a vingt ans et mes rêves sont devenus réalité. C’est une jolie ville, le climat est magnifique et les gens y sont gentils.

ANR : Quels sont tes projets à court ou moyen terme avec SystemHouse 33 ?

SJ : Nous allons réaliser un clip. Nous allons également écrire un nouvel album.

ANR : As-tu un mot à destination des lecteurs français ?

SJ : Nous aimons la France, nous aimons Paris. Les gens sont agréables et ils connaissent bien la musique metal. Cela a été un plaisir de pouvoir les rencontrer lors de nos dernières tournées. Vous êtes supers et nous avons apprécié votre accueil : merci beaucoup pour cela ! La France figure avec l’Allemagne parmi nos meilleurs souvenirs de concerts, vous avez été très généreux !

ANR : Merci également Samron.

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