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Interview avec Burning Witches et Live Report « Double the Metal Tour » – L’Empreinte – 8 mars 2022

mercredi/06/04/2022
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Le « Double the Metal Tour », réunissant les cinq suissesses-néerlandaise de Burning Witches et les quatre brésilienne-italienne-grecque-espagnole de Nervosa (précision !) effectuait le 8 mars 2022 la première de ses quarante-trois haltes européennes à l’Empreinte, salle de taille moyenne de Savigny-Le-Temple dans le Sud de la capitale française. Rendez-vous était pris avec les premières pour une interview à seize heures via nos partenaires de SLH productions. Trois hommes patchés patientent déjà devant cette enceinte inaugurée en 1999, située en face de la sortie du RER, quand bien même picote encore le froid hivernal et qu’ouverture des portes ne sera faite que dans deux heures et demie ; renseignements pris, les afficionados ne sont pas du coin, ils veulent contre toute attente prendre une revanche sur deux années vides de concert. Derrière le grillage de l’Empreinte est stationné l’imposant bus noir à étage, frappé des logos des deux formations. A l’heure indiquée rapide coup de bigo à Stijn, le Tour Manager, qui m’ouvre les portes vitrées de cette moderne bâtisse, au sein de laquelle occupants du jour s’affairent à tombeau ouvert… On entraperçoit entre deux vitres le chapeau de cowboy noir à tête de mort de Mia W. Wallace, l’ombrageuse bassiste de Nervosa, carburant au pas de charge et bottée… Dans la minute, Romana Kalkuhl et Jeanine Grob (Jay), la blonde guitariste et la rousse bassiste de Burning Witches, pénètrent dans le hall, me saluent plaisamment avant que nous n’empruntions ensemble la direction du restaurant, plus précisément la grande table du fond. L’entretien à trois va rapidement se révéler moulin, moulin au sein duquel on rentre et on sort… Entretien rappelant de façon troublante celui que nous avait délivré le groupe badois Destruction en mars 2019… A ce propos, justement…

Art’N’Roll : Salut ! Bienvenue en France !

Romana Kalkuhl (Guitare) et Jeanine Grob (Basse) : Merciiiiiiiiiiiiiiii !

JG : Veux-tu un peu de café ?

ANR : Non merci, c’est sympa !

RK : Oh ! tu portes un sweat Destruction !

ANR : Oui, j’ai soigné le vestimentaire pour vous…

JG : Moi aussi je porte un sweat Destruction, regarde !

ANR : Le groupe Destruction sera l’objet d’une de mes questions, afin d’évoquer votre « famille »… Je vous propose de faire l’interview en anglais, mon allemand étant complétement insuffisant…

RK : D’accord. Je parle un petit peu anglais, Jeanine traduira pour moi au besoin…

JG : Et moi, je parle un petit peu le français, mais certainement pas assez pour donner une interview dans cette langue, j’ai été jeune fille au pair…

ANR : Dans quelle ville ?

JG : C’était dans un canton de Suisse Romande, pas en France…

ANR : Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ? Pour beaucoup de personnes présentes ce soir, ce sera le premier concert depuis deux ans…

JG : Pas pour nous, nous avons joué en 2021 et aussi en 2020, en Suisse ainsi que dans des festivals en Allemagne. En revanche, c’est le premier concert d’une tournée commune qui va durer six semaines à travers toute l’Europe et ça, c’est formidable…

ANR : C’est aussi la première journée de soleil, le printemps arrive ici…

RK : Ah bon, vraiment ?!? Nous sommes chanceuses (NDA : contemple le point d’eau bordant le restaurant à travers ses lunettes de soleil et la baie vitrée)

ANR : Vous allez avoir une super audience et une salle blindée !!! J’ai un copain qui vient de m’écrire qu’il est encore sur son lieu de travail à Amiens, un peu plus au Nord, et qu’il se dépêche pour être là à vingt heures…

RK : Ouaaaaaaah, c’est super !

JG : Nous sommes prêtes de toutes façons… Nous aurons environ trois quarts d’heure de temps de jeu en tête d’affiche…

RK : Ça va être chaud !

ANR : Pourtant l’actualité européenne n’est pas réjouissante. A ce propos avez-vous des fans en Ukraine, en Russie ?

RK : Jeanine ?

JG : Nous avons une fan base en Russie…

Lala Frischknecht (Batterie) : Bonjour !!!

ANR : Bonjour Lala ! (NDA : check au poing) Vous êtes de quel coin en Suisse : de Brugg ? De Zurich ?

JG : De Brugg !!! C’est notre village natal.

ANR : Vous souvenez-vous de votre premier concert, donné le 28 octobre 2016 au Met Bar de Lenzburg ?

JG : Complétement ! Met Bar ! Lenzburg ! Nous étions encore débutantes, je parle en tous cas pour ma part, Romana avait déjà de l’expérience avec son précédent groupe. Nous avions fait venir tous nos amis ainsi que notre famille, ce fut un des plus beaux jours de ma vie !

ANR : En parlant de famille, Burning Witches représente plus qu’un groupe puisque certains de vos proches en sont parties prenantes… Qui constitue la famille de Burning Witches ?

RK : Damir (NDA : Eskic, le guitariste de Destruction) mon époux…

ANR : Je crois savoir que Marcel Schmier (NDA : le bassiste-chanteur de Destruction) également, non ?

RK : Schmier est notre producteur…

ANR : Superbe production, soit dit au passage !

RK : Merci. Schmier nous a aidé à monter et à développer le groupe Burning Witches, c’est comme son bébé, et il s’en soucie d’ailleurs à propos de tout et tout le temps. Il nous appelle quotidiennement, y compris quand tout va bien… C’est notre « Papa » (rires)

ANR : Lorsque j’ai fait la chronique de votre dernier disque « The Witch of the North », je me suis permis d’écrire que Schmier était Charlie et vous les « Drôles de dames »…

RK, JG, LF : Hein ?!?

ANR : Oui, comme dans la série US des années soixante-dix, « Drôles de dames »…

RK, JG, LF : (rires)

RK : Oui, c’est exactement cela !!! Bien dit !!! Schmier est notre Charlie (rires)

ANR : Je viens de voir passer Martin Furia (NDA : l’autre guitariste de Destruction et le producteur de Nervosa) dans le couloir : lui-aussi fait partie de la famille, non ?

JG : Tout à fait, Martin s’occupe du son sur cette tournée. Il travaille beaucoup et est très drôle, il blague tout le temps !

RK : Nice guy.

JG : Funny guy.

ANR : Sinon, qui d’autre fait partie de votre famille ?

LF : Marco.

ANR : Qui est Marco ?

LF : Mon mari.

Sur ce, Prika Amaral déboule à hauteur de la table en survêtement noir. La guitariste et patronne de Nervosa semble plus qu’affairée, manifestement stressée, et pose à la cantonade des questions organisationnelles aux trois Burning Witches : cela trahit la première date de la tournée à ne pas rater et qu’il faut réussir en synergie avec l’autre vedette… Burning Witches jouera donc ce soir en quatrième position, Nervosa se produisant en troisième, lesdites places s’intervertissant tout du long des dates suivantes… Je profite de cette incursion inattendue dans l’entretien afin d’offrir à la grande Prika une clef USB contenant l’ensemble des articles qu’ANR a réalisé avec / sur son groupe depuis octobre 2016… Toujours aussi choute, la blonde brésilienne me demande s’il faut qu’elle me rende ladite clef de suite après, je lui réponds que non que c’est cadeau (et pas envie de surcroît de lui alourdir un emploi du temps visiblement chargé avec des manips informatiques, Prika semble en effervescence comme jamais vu…), elle empoche la clef et repart en fonçant à travers le restaurant.

ANR : Comment avez-vous rencontré Prika ?

JG : Lorsque Nervosa, dans sa formation antérieure, était venue jouer à Zurich il y a quelques années, nous étions allées les rencontrer après le concert, et cela avait immédiatement accroché entre nous, nous sommes très contentes de les avoir désormais comme co-organisatrices de cette tournée.

LF : Tiens, voilà Laura qui est sortie de son lit !

La jeune chanteuse néerlandaise s’avance de manière chaloupée vers le fond du restau, ôte l’imposant casque audio enserrant ses cheveux blond paille, s’assoie non pas à côté de ses trois coéquipières, mais en face d’elles à côté du chroniqueur, salue celui-ci d’un check de poing – geste barrière mollasson, puis replie ses jambes sur elle, ses larges lunettes de soleil rondes sur son nez, dégageant un air mi-vedette américaine – mi-ado que l’on dérange parce que c’est l’heure de passer à table… Elle entame d’ailleurs la dégustation d’un berlingot de lait concentré…

Laura Guldemond (Chant) : Salut !

ANR : Salut Laura ! Donc, « The Witch of the North » est sorti le 28 mai 2021, il y a dix mois, et dix mois cela représente beaucoup dans l’histoire de Burning Witches au train où vous allez… Selon moi, il s’agit du meilleur de vos quatre LP, tout en sachant que le meilleur album est encore à venir…

RK : Merci.

LF : Même si nous n’avons rien de concret à t’annoncer concernant la conception de notre prochain album studio, je peux néanmoins te garantir que Romana pense à la musique toute la journée, elle ne cesse de réfléchir et de composer, elle est à l’affut de toute idée, elle surveille absolument tout et veille à ce que le travail de chacune soit parfait : « Lala, tes chœurs sont trop plats !!! » (rires) Elle mémorise les plans qu’elle considère les plus « metal », afin de composer ensuite les morceaux les plus accrocheurs…

ANR : Votre musique est effectivement un « Lego »…

RK, JG, LF : (opinent du chef)

ANR : A mon sens, votre « We Stand as One » serait le meilleur hymne « metal » depuis au moins « The Hell Patrol » de Judas Priest en 1990…

RK, JG, LF, LG : Merciiiiiii (NDA : chantent « We Stand as One »)

ANR : Quel serait selon vous le meilleur hymne de tous les temps ?

LF : « Battle Hymn » de Manowar ! C’est l’hymne guerrier par excellence, tu ne peux pas t’empêcher de le scander, il est tellement METAL (NDA : elle tape du poing sur la table et l’entonne)

ANR : Vous l’avez d’ailleurs repris… De même que vous avez repris d’autres hymnes comme « Jawbreaker » de Judas Priest, « Holy Diver » de Dio et « Hall of the Mountain King » de Savatage… Quel sera le prochain ?

JG : Surprise…

ANR : Allez-vous jouer une de ces reprises ce soir ?

RK : Non, nous avons désormais assez de compositions à défendre sur scène, à populariser.

ANR : Parlons produits dérivés à présent : qu’est-ce que le « Walküre » ?

RK : C’est la boisson officielle de Burning Witches, c’est fabriqué en Allemagne…

JG : C’est comme du Baileys…

ANR : Et vous commercialisez également un diorama avec vos effigies en train de combattre…

LF : Oui, c’est notre truc, tu sais, avec les épées…

RK : Nous sommes des « personnages »…

ANR : En parlant de trucs de fans, puisque nous sommes tous des fans, Laura, j’ai observé que sur une vidéo de concert, tu portais autour du cou un caducée en metal de « Dr. Feelgood » de Mötley Crüe…

LG : Un caducée ? Je ne m’en souviens pas… Je suis effectivement mordue de Mötley Crüe : « Dr. Feelgood », « Kickstart my Heart », ces morceaux-là… (NDA : elle chantonne le refrain de « Kickstart my Heart ») J’aime beaucoup le hard rock US : WASP, Van Halen… Je suis une très grande admiratrice de Blackie Lawless…

RK : C’est la journée des droits de la femme, et on aura réussi à causer de Mötley Crüe…

ANR : Vous sentez-vous européennes ?

LF : Etrange question… (NDA : Lala est d’origine philippine) Nous sommes avant tout METAL !

LG : Comme je viens de te dire, notre musique est également inspirée de celle des Etats-Unis…

RK : En dépit du fait que nos deux principales influences sont anglaises : Judas Priest et Iron Maiden.

ANR : Quels sont vos albums préférés ?

RK : Iron Maiden, « The Number of the Beast ».

JG : Iron Maiden, « The Number of the Beast ».

LF : Iron Maiden, « Fear of the Dark ».

LG : Un album de WASP, mais pas forcément le plus emblématique : « The Headless Children », il possède une atmosphère plus obscure et moins festive que celles des autres disques…

ANR : Laura est néerlandaise, les quatre autres sont suissesses : vous communiquez en anglais avec elle ?

JG : Tout à fait.

ANR : Et pas en espagnol des fois ?

LF : Je ne parle que très peu espagnol, tu sais, seule une partie de la population philippine parle espagnol… Je sais dire par exemple « LA CHAISE », « LA TABLE » (NDA : elle secoue la chaise et tape sur la table)

Lala quitte la tablée après avoir repris son sac à main. Puis s’ensuit une discussion gonzo, dénuée de fil conducteur, mais optimalement vivante et chaleureuse, où est entre autres évoqué l’entretien de 2019 avec le groupe Destruction, réalisé au premier étage de leur bus aux alentours de minuit (NDA : mon petit doigt me dit que c’est le MÊME bus que celui actuellement stationné dans la cour de l’Empreinte) L’article d’ANR y correspondant est déroulé sur portable. Des rires attendris de Romana et de Jeanine fusent à la vue d’un cliché de Mike Sifringer, le précédent guitariste et pilier de Destruction (de 1982 à 2019), un verre de schnaps à la main (cliché immortalisé par Liza d’ANR). On réalise auditivement que Nervosa vient d’entamer sa balance dans la salle du concert située de l’autre côté du bâtiment. D’autres thématiques sont ensuite évoquées avec les musiciennes, entre autres la question des droits d’auteur, celles-ci tuant gentiment et généreusement la fin d’après-midi dans ce lumineux endroit. Puis Lala revient, repose son sac à main, et me sert un gobelet de bière.

ANR : La photographe de notre webzine sera présente pour votre concert…

RK : Fotograf ! Super !

ANR : Pour l’instant, on fait une photo de nous avec mon portable, et vous taguerai dessus sur Facebook, OK ?

RK : Ja ja ! Tu fumes ou pas ? On va sortir la faire dans le petit parc devant le plan d’eau…

Romana se lève, en faisant semblant de chantonner un truc de variété bébête, Lala fait de même et renverse malencontreusement sa bière en criant de façon stridente, file chercher du sopalin au bar et nettoie vigoureusement la table en parlant chinois pour faire rire les copines. Sur le chemin du patio, nous croisons Diva, la brune chanteuse de Nervosa, qui prend elle le chemin inverse en conversant espagnol avec un interviewer pour le moins chargé d’un lourd matériel audiovisuel. Décidément, cette authentique tour de Babel ne semble pas proche de s’effondrer. L’on croise également et salue la douce Larissa Ernst, la seconde guitariste de Burning Witches, la seule à ne pas avoir participé à ce bavardage ensoleillé. Crissent les gravillons dudit patio puis s’allument les cigarettes. Laura remet ses gros écouteurs sur ses oreilles, descend en contrebas du petit parc regarder l’eau en solitaire, puis remonte à son rythme… Jeanine fait quant à elle la crétine avec un masque anti-covid…

RK : Zigarette ?

ANR : Bitte… Danke… Feuer bitte…

RK : C’est agréable ici… Nous sommes à combien de route de Paris ?

ANR : Je dirais vingt-cinq minutes environ.

RK : Et en train ?

ANR : Moins d’une heure en omnibus.

RK : Tu as une interview avec Nervosa après ?

ANR : Non, pas cette fois. Je vais commenter le concert.

LF : Nous on termine nos cigarettes, et nous allons prendre une douche avant le concert de Nervosa… Il faut également qu’on mette nos tenues de scène…

ANR : Pas trop dure la vie quotidienne dans un bus ?

RK : Non, au contraire, nous avons bien dormi cette nuit.

ANR : Votre bus est magnifique.

RK : Nice Design. C’est comme être à la maison ! (rires) RRRRRRRRRRRRRRRRR le bruit du bus la nuit…

ANR : OK. A tout à l’heure, dans la foule !

LG : Merci beaucoup ! See you Later !

                                                                                                                                                 

 

Les tables et étals de produits dérivés sont désormais disposés. Les portes s’ouvrent au public, on dit bonsoir au débonnaire Martin Furia qui lui aussi semble fort affairé, trottinant entre le hall d’entrée et sa console au fond de la fosse. Puis arrive à destination la photographe afin que les images soutiennent les écrits. Il n’a pas encore été fait mention des deux chauffe-salle issus de l’écurie Napalm Events : Warfect et SystemHouse 33. Ces derniers seront les premiers à investir l’estrade de l’Empreinte, assenant à dix-neuf heures quinze leurs gros riffs de thrash metal contemporain devant un parterre clairsemé. « It’s a Long Way to the Top » chantait Feu le Père Bon : ces quatre-là possèdent à première vue de quoi le rallier un jour, le Top ; nullement perturbé par la carence de convives, un chanteur aux épais cheveux noirs frisotés et au short treillis tonne de toute sa puissance vocale, formant bloc avec les trois instrumentistes, dont une frêle bassiste brune. Le bougre communique avec le public (trente personnes environ) entre chaque chanson : un coup afin de remercier les deux groupes têtes d’affiche, un autre sur la joie de pouvoir enfin voir les sourires sur les visages, un autre à l’occasion duquel il demande l’allumage des lumières du fond, un autre enfin afin d’évoquer la situation politique de leur pays… Car une chose relève de l’évidence depuis le début de leur performance : SystemHouse 33 n’est ni Européen de l’Ouest, ni Nord-Américain… Mais d’où alors ?

Première pause, puis accueil de mes potes Serge (qui rentre d’Amiens) et MaYa dans le patio, le second des deux aminches ayant été vu pour la dernière fois le vendredi du Hellfest 2019, soit l’équivalent d’une éternité pandémique (Séquence « Emotion »). On devise, on blague, avec le sentiment diffus de quelque chose d’enfin (?) terminé. Dans le hall, le stand de produits dérivés de SystemHouse 33 est tenu par le chanteur et le guitariste, faute de roadie ou de tout autre préposé. Après avoir vérifié que l’opération peut se faire en toute sécurité, on pose son gobelet de bière sur l’étal, on engage la conversation avec Samron Jude (ledit chanteur), et on réalise que ces nouveaux venus sont en provenance de Mumbai (Bombay si vous préférez), ce qui ajoute intérêt pour cette jeune entreprise. Coordonnées et Facebook sont échangés à l’issue de cette amicale prise de contact, acquisition est faite de leur album « Salvation », sorti autoproduit le 28 février 2022 : plus d’informations concernant SystemHouse 33 seront glanées par ANR, une fois cette tournée septentrionale menée à bon port.

Vint à vingt heures pile le tour de Warfect, attaqué caisse claire au plancher par le batteur Manne Flood… Signés, tout comme Burning Witches et Nervosa, chez Napalm Records, les trois suédois pratiquent un thrash metal barbu de solide facture, mi-germanique-mi-US, quelque part entre Kreator et Testament… Une autre première partie idéale, pendant que la jauge (quel vilain terme) de l’événement atteint petit à petit son maximum : contrairement à ce qui était envisagé le plein n’est pas réalisé. Les convives sont majoritairement d’une quarantaine d’année, de sexe masculin.

Vingt heures cinquante-huit, les lumières de l’enceinte faiblissent puis s’éteignent, un fond sonore sinistre emplit les lieux. Sorti le 22 janvier 2021, « Perpetual Chaos » le quatrième album de Nervosa, et le premier depuis la sécession de la bassiste-chanteuse et de la batteuse en avril 2020, a-t-il été réalisé trop promptement ? A l’image de la guerre post-Van Halen de 1986, Prika Amaral a très probablement voulu dégainer la première afin de bénéficier d’un temps d’avance sur ses deux ex-associées. Non pas qu’il s’agissasse d’un disque bâclé, mais au minimum à impérativement défendre sur scène, de même que doit être défendue cette mouture à quatre, dont trois des quatre membres sont néophytes. Dès 21 heures 01, la réponse tant attendue est assenée : Eleni Nota, la batteuse grecque, prend possession de ses futs et attaque « Kings of Domination » sur quatre coups au charley, Mia W. Wallace investit le flanc gauche de la scène, Prika Amaral le droit, moins de dix secondes d’accords pesants sur trame de double grosse caisse mid-tempo façon Slayer 1994, et Nervosa est d’ores et déjà DE RETOUR !!! Diva, la nouvelle chanteuse, sort la dernière des coulisses et crache les premières strophes du morceau, nouveau à l’instar de neuf autres des quatorze qui vont être restitués… Le message est officiel : Nervosa est tourné vers le présent et l’avenir. Et cet opus prend son entière amplitude live.

Certes, la fine espagnole ne possède ni le coffre ni la palette vocale de sa devancière, mais libre de tout instrument, Diva compense par un jeu de scène mouvant et entrainant. L’ibère ondule tel un sombre serpent, passant de l’une à l’autre de ses deux coéquipières qui moulinent en rythme têtes baissées, et demande l’adhésion du public : dès le premier pont ELLE L’OBTIENT ! Sa White Beast (une basse SG blanche sur la tête de laquelle est inscrit son nom de scène) en mains, la teigne italienne Mia Winter Wallace est plus black’n’roll que jamais ; Prika a revêtu son t-shirt Destuction (encore eux !), alternant rythmiques et soli, dissimulant sous sa longue et épaisse chevelure blonde tant son visage qu’une certaine humilité. S’ensuivent : « Genocidal Command », dont la version studio était featuring Marcel Schmier (encore Pivert !?!) ; « Death » le classique de 2014 (« Mon vélo ! » crie alors mon pote Serge, imitant une imitation de Bourvil par Patrick Sébastien : ça aussi ça a manqué deux années durant…) est scandé poing levé par l’assistance (« Death », pas « Mon vélo ! ») ; « Time to Fight » (« Merci beaucoup mes amis ! ») ; « Venomous » ; « Kill the Silence » (pogo) ; « Perpetual Chaos » (le rendu sonique est impeccable, grâce à Monsieur Martin Furia, producteur du disque présentement aux manettes) ; « Blood Eagle » (sur lequel ça headbangue à qui mieux mieux, ça remue l’occiput avec émulation) ; pendant l’antédiluvien (2012) et jouissif « Masked Betrayer », MaYa fait remarquer que la musique est soutenue sur la gauche par la bassiste et sur la droite par la guitariste : Nervosa possède désormais une assise d’une épaisseur ainsi que d’une solidité qu’elle n’avait jamais connues. « Nervosa a changé de line up et il est de temps de vous les présenter… » nous annonce avec gourmandise Prika lorsque vient son tour de parole… Elle terminera le set dos au public, avec certainement le sentiment d’un pari (risqué mais) gagné. Ovation.

Vingt-deux heures trente et le très Blackmore « Winter’s Wrath », piste inaugurale du LP « The Witch of the North », est diffusé en guise d’intro : chants grégoriens sur cordes médiévales et légère ponctuation au tambourin… La procession (nocturne) peut alors commencer. La bannière des filles du Föhn a été tendue derrière la batterie de Lala Frischknecht, ce sont elles les patronnes pour cette première escale de six semaines de pérégrinations continentales. La marche francilienne semble néanmoins très haute pour Burning Witches, non pas en raison d’une concurrence supposée avec leurs copines de Nervosa, non, plutôt parce qu’il est déjà tard pour un soir en semaine quelque part au sud de la ligne D du RER. Le public s’est dégonflé à la coupure de vingt-deux heures, nombre de participants ont logiquement école demain. Présenter un plateau de quatre groupes n’était pas sans risque. Ce constat déjoue le pronostic optimiste confié à nos interlocutrices plus tôt dans la journée… Le professionnalisme des suissesses sera cependant à toute épreuve. Celles-ci déroulent sans coup férir leur show, entamé avec cohésion et glamour par le bien-nommé « Executed ». Romana Kalkuhl attaque les planches, faisant virevolter sa guitare jaune canari de guitaresse héroïne. Laura Guldemond s’est métamorphosée et se révèle redoutable frontwomen. Les trois instrumentistes mobiles (Romana, Jeanine et Larissa) se partagent en alternance et avec complicité (préméditée) chaque partie de l’estrade (« Ecole Destruc… »). Confirmation que Lala, la frappeuse de table, est également une batteuse plus qu’efficace, férue de double grosse caisse.

Les morceaux de bravoure (« Flight of the Valkyries », « The Witch of the North », « Hexenhammer ») s’enchainent avec assurance et autorité ; l’hymne fétiche « We Stand as One » repris en chœur par l’assistance poings levés (décidément), constituant le point d’orgue du spectacle. Chaque phrase de ses couplets est ponctuée par une note grave et geste de manche syncho à la jazz bass rouge de Jeanine Grob, stoïque. Le Jagger de 1974 a trouvé plus explicite, simple et synthétique que lui : « Tonight my friends we stand as one (one) / Loud and fast is what we want / We stand as one / Heavy metal is our way (yeah) / Loud and fast is what we want / We stand as one ». A ce stade de leur carrière, une captation vidéo live sur support DVD / Blue Ray serait opportune. Demain ce sera Nantes avec cette fois Nervosa en headliner. Savigny fut la première, et Manchester sera la dernière date (le 18 avril 2022) de ce tour collectif ; Burning Witches et Nervosa rallieront ensuite séparément les Etats-Unis pour une traversée avec The Iron Maidens pour les premières, et pour les secondes Destruc… Dans l’immédiat, les belles et passionnées helvètes clôturent à vingt-trois heures passées sur « Burning Witches », le chroniqueur ainsi que la photographe ayant (à regret) déserté la bourgade une picoseconde avant, histoire de ne pas louper le RER en direction de Paris. L’on n’oublie pas chemin faisant de claquer la bise au copain Serge, puis de passer vite fait au stand de merch acquérir deux souvenirs de cette mémorable escapade (une bouteille de Walküre sous pochon plastique transparent ainsi qu’un t-shirt de la tournée) ; deux années quasiment jour pour jour d’un pénible hiatus closes, celle-ci fut bien salutaire.

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