Interview avec Fernanda Lira de Crypta

samedi/05/06/2021
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Le 25 avril 2020, Fernanda Lira officialisait sur les réseaux sociaux son départ définitif de Nervosa, après dix années consacrées à tenir la basse et le chant dans ce groupe ; annonce de rupture suivie quelques heures plus tard par celle de Luana Dametto, la jeune et prometteuse batteuse. Crypta était dans la foulée constitué. Aux deux scissionnaires du Sud Brésil étaient adjointes deux guitaristes : leur compatriote Tainá Bergamaschi, et la néerlandaise Sonia « Anubis » Nusselder (en provenance de Burning Witches). Un peu plus d’une année après sa conception, et faisant suite à la sortie de deux simples remarqués au printemps dernier, Crypta sort le 11 juin 2021 « Echoes of the Soul » chez Napalm Records. Fernanda étant une habituée de ces colonnes, c’est avec joie que les retrouvailles tant attendues avec cette virevoltante et adorable brésilienne ont été célébrées, par Skype le 17 mai.

Art’N’Roll : Salut ! Le premier disque de Crypta, « Echoes of the Soul », sort le 11 juin prochain chez Napalm Records, ce sera également ton quatrième album en tant que musicienne, et il est très attendu par nombre d’amateurs…

Fernanda Lira : (NDA : applaudit avec joie)

ANR : …Dans quel état d’esprit es-tu à l’heure actuelle ?

FL : (NDA : grimace de joie) Waooooooouh ! C’est un mélange entre tellement de choses que je ne pourrais l’exprimer en deux-trois phrases uniquement ! En premier lieu, il me tarde que le public puisse écouter cet album, car nous y avons mis tellement de passion et d’apports personnels, et que celui-ci puisse partager en retour son ressenti, de savoir s’il a apprécié ou pas… L’excitation est mon sentiment majeur ! Et je suis également très contente et reconnaissante de vivre ce nouveau départ à titre individuel, je sais que la plupart des gens qui liront cet interview me connaissent déjà à travers mon groupe précédent, Nervosa. L’émotion est pour moi à son comble, c’est le résultat d’un long processus, et nous avons donné tout notre possible afin de réaliser un album que les gens aimeront. Nous avons à ce jour sorti un simple que ceux-ci apprécient vraiment, je suis reconnaissante de pouvoir recommencer un groupe, de me sentir soutenue, et de me savoir attendue !

ANR : Votre premier extrait, « From The Ashes », sorti le 7 avril dernier est une réussite. Il a déjà été vu plus de 350 000 fois en un peu plus d’un mois, ce qui est balaise pour le premier simple d’un nouveau groupe…

FL : C’est énorme ! Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre parce que, certes, les prénoms de Fernanda, Luana ou Sonia sont connus, mais il s’agit ici d’un tout nouveau groupe, susceptible de décevoir… Lorsque j’ai appris que notre premier clip avait été vu 100 000 fois dès le premier jour, j’étais choquée ! C’est fou et je ne m’attendais pas du tout à cela ! Ce résultat inattendu m’a donné énormément d’énergie, de carburant (NDA : tape dans ses mains) afin de continuer à travailler et de faire en sorte de donner le meilleur ! Du carburant positif !

ANR : Cet extrait est mortel ! Un des meilleurs simples que j’ai entendus cette année…

FL : (NDA : soupir de jubilation) Merci !!!

ANR : Qui a composé le riff de cette tuerie ?

FL : Merci ! Nous avons choisi le premier extrait avec soin, car nous savions que le public était en attente de pouvoir nous découvrir : « OK ! Soyons sûres de délivrer la meilleure chanson que nous avons faite et donnons-lui le meilleur clip au possible ». Le morceau a été principalement créé par Sonia et Luana (NDA : guitariste et batteuse), cette mélodie épique a été composée par Sonia, et ma contribution a consisté à trouver le refrain le plus accrocheur au possible (NDA : elle le growle à mi-voix), une fois celui-ci enregistré j’étais très fière de moi ! Pour ce qui est des autres morceaux, chacune d’entre nous a apporté sa pierre à l’édifice, j’ai composé quelques riffs, j’ai aussi procédé à l’agencement des structures. Il y a beaucoup de duos de guitares, donc nous avons toutes participé à la composition, même si la plupart des idées viennent de Sonia et de Luana.

ANR : Luana est le moteur de ce disque.

FL : (NDA : rire et joie intense) Elle est définitivement dans son élément lorsqu’il s’agit de jouer du death metal, elle avait d’ailleurs joué dans des formations de metal extrême avant d’intégrer Nervosa, le thrash metal était alors quelque chose de nouveau pour elle. Crypta étant un groupe de death metal elle se sent désormais « à la maison » ! Sur ce disque, elle a enfin eu l’opportunité de faire montre de tout son potentiel et de sa technique, c’est une batteuse sensationnelle et elle étudie constamment afin de s’améliorer encore et encore ! Elle est très créative et à énormément travaillé ce disque : j’étais époustouflée lorsqu’elle a commencé à m’envoyer ses premières demos et idées, elle a d’ores et déjà commencé à réfléchir à de nouvelles compositions, et ses futures parties de batteries sont encore plus allumées !

ANR : Selon moi, tu as trois composantes, trois points forts dans ce groupe…

FL : (NDA : se dandine sur sa chaise, impatiente)

ANR : …Luana Dametto à la batterie, ta voix bien sûr, et les duos, ou duels de guitares, je ne sais pas quel mot garder… Des guitares plus légères et plus pures… Et le mélange entre les trois produit un résultat impressionnant…

FL : Merci, merci, quand tu écoutes le résultat, tu constates que nous sommes parvenues à créer des ambiances diversifiées, je ne sais pas si tu partages mon avis mais il y a des morceaux crus et agressifs, d’autres plus mélodiques, et cette diversité est l’addition de nos goûts musicaux. Nous jouons du death metal, et nous aimons toutes le death metal, mais ce genre est de toutes façons plus diversifié qu’il en a l’air…

ANR : …Ce n’est pas réellement un disque de death metal selon moi… Ta voix passe du clair au growl, du growl au clair, ce n’est clairement pas un album de Cannibal Corpse par exemple : c’est bien plus diversifié et complexe…

FL : (NDA : hoche la tête, contente)

ANR : …La façon de composer et de jouer de Sonia Nusselder s’apparente davantage au heavy metal, pas au death… Presque au power metal… Le dernier disque que tu as enregistré avec ton précédent groupe, Nervosa (NDA : « Downfall of Mandkind », 2018), était probablement plus death que celui-ci… Les parties de batterie sont, bien sûr, du death metal, le reste moins…

FL : (Sourire) J’aime ce que tu dis, car tu ne peux pas nous labelliser : ce n’est pas ci, mais ce n’est pas non plus ça… Cela prouve qu’il y aurait un petit peu d’originalité dans notre musique, ne pas être en mesure de labelliser est signe de différence (NDA : claque dans ses mains) et nous aimons cela ! Des gens vont dire « C’est du Cradle of Filth ! », certains diront « C’est du Morbid Angel ! », d’autres leur répondront « Non, car c’est trop mélodique ! », et J’AIME CELA (Rires)

ANR : Luana et toi avez donc deux nouvelles coéquipières, Sonia et Tainá… Quand as-tu rencontré votre guitariste Sonia « Anubis » Nusselder la première fois ?

FL : Luana et moi sommes amies avec Sonia depuis longtemps, je suis son travail depuis des années, lorsqu’elle était encore bassiste de son propre groupe de death. Et je l’ai toujours adorée, j’aime sa façon de jouer, sa technicité, sa présence sur scène, j’adore la présence scénique de toutes façons ! Au moment de constituer Crypta, Luana et moi avons opté pour une formule à deux guitaristes, afin de faire des duos de guitares, et nous avons simultanément pensé à Sonia ! Elle représente tout ce que nous voulions, elle possède tout, et nous avions même peur qu’elle refuse notre proposition d’intégrer ce groupe, étant entendu qu’elle était dans Burning Witches à ce moment-là et qu’elle n’aurait peut-être pas le temps de se consacrer à un projet parallèle… Nous avions réellement peur qu’elle décline, c’est vraiment une badass girl !

ANR : Et comment as-tu rencontré Tainá Bergamaschi, votre seconde guitariste ? Elle est brésilienne, et n’était pas dans Burning Witches ou dans tout autre formation reconnue…

FL : Exact ! Avec elle, l’histoire a été complétement différente : nous n’avions jamais entendu parler d’elle, alors qu’elle vient pourtant du même pays et de la même scène metal que nous deux, mis à part le fait que le Brésil est immense, nous n’avions pas non plus d’amis communs, et je n’avais jamais vu de vidéo dans laquelle elle aurait pu apparaître… Si elle ne m’avait pas écrit, je ne l’aurais probablement jamais rencontrée… En effet, elle a anticipé le fait que Luana et moi allions nous mettre en congé de Nervosa, et m’a alors écrit en me proposant ses services en tant que guitariste, me disant qu’elle avait du matériel a me faire écouter (NDA : recule sur sa chaise, mimant la stupéfaction). La première vidéo qu’elle m’a adressée était sa reprise de « Crystal Mountain » de Death, et j’ai immédiatement compris que c’était la fille dont on avait besoin ! Nous avons ensuite dialogué avec elle via Internet afin de nous assurer que nous étions raccord quant aux personnalités, et nous avons alors constaté l’étendue de sa gentillesse ainsi que sa capacité à faire ce voyage avec nous, c’est une personne formidable, une guitariste talentueuse et créative !

ANR : Son jeu me semble à première vue axé plus death metal que celui de Sonia Nusselder…

FL : Je ne suis pas certaine, les gens pensent que Sonia est davantage heavy metal et hard rock en raison de son passage chez Burning Witches, alors que c’est une vraie deathmetalhead ! Je l’ai connue quand elle jouait dans son propre groupe de death, elle possède un passé plus varié que l’étiquette qu’on lui colle : elle a joué dans des combos de death, mais aussi de thrash… J’irais jusqu’à dire qu’elle connaît probablement le death metal mieux que moi, alors que c’est un genre que je pratique ! Le truc est que Tainá possède une façon d’écrire et de jouer différente de Sonia, et de moi, parce que c’est une mordue de Death, le groupe Death, et cette façon particulière de composer…

ANR : …J’allais t’en parler : on ressent comme l’influence de feu Chuck Schuldiner, de Death, dans vos morceaux… Tu me flingues mes questions à l’avance…

FL : (NDA : se prend la tête entre ses deux paumes) OH JE SUIS DESOLEE !!! Je parle de trop !!! (Rires)

ANR : En revanche, j’en ai une qui me vient à l’esprit, du coup : comment Tainá pouvait-elle savoir que tu étais alors sur le point de quitter Nervosa lorsqu’elle t’as contactée, vu que rien ne filtrait ?

FL : Je ne te cache pas que j’étais surprise de cette prise de contact. Je dirais que les derniers temps avant que je quitte Nervosa, j’écrivais de temps à autres certains postes sur mes réseaux sociaux, lesquels ont mis la puce à l’oreille à Tainá… Notamment comme quoi j’allais lancer un nouveau projet, que je souhaitais faire du death metal… Lorsque j’ai annoncé mon départ, certaines personnes étaient surprises, alors que j’avais je pense préparé cette annonce d’une certaine manière… Quant à Tainá, elle pensait avoir rejoint mon projet parallèle, et certainement pas un groupe à part entière !

ANR : Considères-tu le groupe Sarcofago comme une de tes influences ?

FL : J’ai pas mal écouté Sarcofago quand j’ai commencé à écouter du metal extrême brésilien, en même temps que Sepultura, mais je ne pense pas que leur musique m’a influencée dans l’écriture de ce disque. Peut-être Luana ? Je suis davantage en connexion avec le death metal de Floride, celui des années 1990, comme Death, Obituary, Morbid Angel et Cannibal Corpse.

ANR : Sinon, je constate que Luana et toi avez conservé le même label pour ce nouveau groupe…

FL : Avec Napalm Records, c’est une autre histoire fabuleuse. Au moment de quitter Nervosa, je leur ai écrit pour leur dire au revoir et les remercier pour ces moments passés ensemble, car j’avais traité en direct avec eux durant des années… Leur responsable m’a écrit en me disant que Napalm souhaitait être informé de par avance de ce que je pourrais créer dans le futur… J’ai répondu par l’affirmative, ne tablant pas forcément sur un véritable partenariat, et me disant qu’il s’agissait principalement d’une formule de politesse de leur part… C’est vrai que je n’étais alors pas au mieux d’un point de vue émotionnel, j’étais assez pessimiste en fait, ce que mon entourage ne comprenait pas… Une semaine avant d’annoncer le lancement du groupe Crypta, j’ai envoyé une démo à Napalm, qui m’a répondu par courriel une fois l’officialisation faite, me disant qu’ils voulaient nous signer… Ils s’y sont pris aussi rapidement que possible ! J’étais si heureuse que j’en ai pleuré ! Bénéficier du soutien de mon label de toujours a signifié beaucoup pour moi, et a réellement rendu les choses motivantes et plus faciles ! Nous avions déjà commencé à réfléchir comment publier de manière indépendante, et à envisager les moyens financiers que nous devions consacrer à cela… Autre chose : commencer un nouveau groupe constitue un défi d’un point de vue artistique, mais aussi d’un point de vue bureaucratique, tu dois observer comment le nouveau label fonctionne et travaille, ce qui nécessite un temps d’adaptation. J’ai personnellement collaboré avec Napalm du temps de Nervosa, et pendant neuf ans au moins, c’est moi qui ai réceptionné et traité leur premier courriel puis épluché le premier contrat, je sais donc comment ils bossent et je sais qui fait quoi. C’était donc comme revenir dans sa famille. J’ai conscience que cette affirmation sonne trop émotionnelle, mais tout ce qui touche à un groupe touche selon moi à quelque chose de familial… Ne pas changer de label m’a également donné envie de créer le meilleur disque au possible…

ANR : …Même label qu’avant, même intervieweur qu’avant…

FL : (NDA : repose promptement la tasse dans laquelle elle était en train de boire) …Honnêtement, cela signifie beaucoup pour moi ! Tu demeures intéressé par le fait de m’interviewer à l’occasion de ce nouveau commencement, et j’en suis très reconnaissante !

ANR : …Mêmes afficionados et fans aussi ! Nous sommes tous en contact à travers le monde, je pense à ces mecs : Luis…

FL : (NDA : opine de la tête et sourit)

ANR : …D’Espagne, je pense à Michel Carcamo, du Chili, je pense à Enrique Gilardi, d’Uruguay, à Petr de Tchéquie… Tout ces types attendent avec impatience votre premier album…

FL : C’est formidable et drôle à la fois ! C’est fondamentalement tout ce que le metal représente : une communauté globale où tout le monde apporte son soutien, c’est fabuleux ! J’ai reçu tout un tas de messages d’encouragement « Hé Fernanda, nous sommes tous avec toi et nous voulons entendre ton nouveau disque », notamment de la part de Luis, de Michel, cela signifie beaucoup, cela signifie vraiment beaucoup…

ANR : A ce propos, ce dénommé Luis a ton visage ainsi que celui de Luana tatoué en gros sur ses bras…

FL : (NDA : attendrie) Exactement !

ANR : …J’ai également constaté qu’un fan mexicain avait fait pareil… Sais-tu à peu près combien de gars se sont fait tatouer Fernanda Lira sur leur corps ?!?

FL : Oui, il y a ces deux gars, ainsi qu’un russe qui s’est fait tatouer mon visage en gros sur son dos, ainsi que d’autres qui se sont fait tatouer le logo de mon ancien groupe. Je dois te dire que j’étais assez choquée en le découvrant, car j’estime que c’est une grosse responsabilité pour moi : je ne peux pas déconner, et je me dois d’être la meilleure aux yeux de ces gars-là ! Quand j’ai quitté Nervosa, une des premières personnes à qui j’ai écrit a été Luis, je lui ai dit (NDA : voix désolée) : « Je suis désolée, tu t’es tatoué moi et je quitte le groupe que tu as aimé !!! », il m’a répondu : « Ce n’est pas grave, tout va bien ! »… Lorsque j’ai par la suite vu qu’il avait partagé une des premières publications de Crypta sur son compte Facebook, je me suis sentie rassurée et je l’ai remercié pour sa fidélité ! Je lui ai dit qu’il pouvait également se faire tatouer le logo et les membres de Crypta, ainsi que les nouvelles recrues de Nervosa pour équilibrer ! (Rires)

ANR : Je lui ai écrit pareil, figures-toi… Il m’a répondu qu’il n’a plus de place sur ses bras…

FL : (Rires)

ANR : S’il avait encore de la place, il l’aurait fait je pense…

FL : Il est formidable.

ANR : Ton aspect visuel a évolué, tu es désormais en noir et tes cheveux sont redevenus frisotés… C’est la marque d’un cap que tu as passé ?

FL : Totalement. J’aime énormément cette question. C’est effectivement une question d’état d’esprit. Ces trois dernières années, j’ai réalisé un sérieux voyage en termes de découverte de moi-même, d’amélioration personnelle et d’acceptation de moi-même. J’ai énormément travaillé là-dessus, tellement que je ne me reconnaissais plus dans le miroir, avec mes cheveux artificiellement lissés de façon chimique… Je me suis dit qu’il était temps d’accepter mes cheveux frisotés, car j’en ai beaucoup souffert étant plus jeune, on m’a pas mal brimée à cause de mon apparence… J’ai accepté de donner une chance au naturel, ce qui n’était pas une décision si facile à prendre lorsqu’on est complexée, et d’ailleurs je n’accepte pas encore tout à fait encore mes cheveux frisotés, c’est un processus sur le long terme… De plus, beaucoup de metalheads sud-américains se font lisser les cheveux, c’est comme un code… Pour ce qui est de l’aspect vestimentaire, cela s’est fait plus naturellement, car je suis passé d’un genre musical à un autre et le look a suivi… Quand je montais sur scène avec Nervosa, c’est également un personnage qui montait sur scène, les gens me disaient que je passais alors d’un individu mignon à un monstre (Rires) Le costume entraîne avec lui comme une sorte d’énergie… Avec Crypta, la métamorphose scénique sera la même, mais dans un genre musical différent qu’avec Nervosa, c’est un groupe différent donc une identité visuelle différente. Et puis, nous avons collectivement en tant que groupe, opté pour un look plus heavy metal… Tu vois Vader sur scène ? Ils sont tous vêtus en noir, avec de l’acier et des piques partout : nous avons décidé de les copier visuellement avec Crypta, et nous aimons ça !

ANR : Plus jamais de pantalon camouflage alors ?

FL : Plus jamais de pantalon camouflage, pas dans l’immédiat ! Je me suis inspirée de Max quand j’ai choisi mon personnage avec Nervosa, Max Cavalera, puisque c’était mon modèle, mon idole, mon héros, dans le genre thrash metal. La seule chose que je conserve, c’est mon maquillage à la Cléopâtre.

ANR : « Echoes of the Soul » est un des albums les plus attendus de l’année. Je ne te cache pas qu’il s’agira pour ma part et d’ores et déjà d’un de mes préférés de 2021…

FL : (NDA : gestes de jubilation)

ANR : …Je te propose un petit tour d’horizon des albums sortis au cours des derniers mois, tu commentes, tu me dis tout ce qui te vient à l’esprit, d’accord ? Le premier sera facile :  « Fortitude », par Gojira ?

FL : (Rires) Je savais que ça allait être en début de liste, c’est un des albums les plus vendus de l’année sur Amazon aux Etats-Unis en ce moment… Je l’ai bien entendu écouté, j’aime leur approche créative, je n’écoute pas tant que cela Gojira en dépit du fait que je les ai vus sur scène et que j’aime leur potentiel hypnotisant. J’apprécie de même leur technique et leur façon d’être accrocheurs, c’est quelque chose qui guide ma façon de composer avec Crypta : tu peux être technique tout en étant par ailleurs accrocheur. Si tu parles de cet album à Tainá, je pense qu’elle te répondra durant une demi-heure au bas mot, car c’est une des plus grandes admiratrices de Gojira que je connaisse, et c’est probablement en raison de cela qu’elle possède cette façon de composer, si particulière. J’aime cet album.

ANR : Les morceaux de Gojira sont principalement le fruit d’une étroite collaboration entre le batteur et son frère guitariste, d’un échange permanent entre eux deux, un peu à l’image de ce que Crypta a fait avec Luana et les deux guitaristes…

FL : Oui, oui, et j’ajouterai que Luana m’a dit vouloir reproduire certains plans de batterie du dernier Gojira. Ils inspirent les autres musiciens. Beaucoup de passages de notre album sont effectivement issus de dialogues entre Luana et Tainá, l’une arrivant avec un plan à la batterie, l’autre lui répondant à la guitare, c’est exactement ce qui s’est passé.

ANR : C’est également un groupe français, qui est influencé par le metal brésilien…

FL : Ouiiiiiiiiii, et j’aime également leur préoccupation constante vis-à-vis de l’Amazonie, le fait qu’ils abordent ce sujet dans leurs chansons et qu’ils organisent des événements afin de collecter des fonds pour la préservation de celle-ci. Cela signifie BEAUCOUP pour moi, en tant que brésilienne et en tant qu’activiste amazonienne, cela signifie beaucoup pour moi !

ANR : Il y a également une chanson à propos du Tibet sur leur disque, avec des propos forts, cela veut dire que Gojira ne jouera très probablement jamais en Chine du coup…

FL : (Rires)

ANR : Deuxième album : « The Bitter Truth », par Evanescence ?

FL : Ouuuuuuuh ! Je n’ai pas encore écouté celui-là ! Lorsque j’ai commencé à écouter de la musique metal, j’ai beaucoup écouté leur premier album. Et j’ai trouvé très inspirant qu’une femme avec ce look sombre puisse écrire de si bons morceaux. J’ai ensuite cessé d’écouter leurs disques et de me tenir informée de leur actualité, tout en sachant que ces jours derniers je suis tombée par hasard sur une de leurs dernières vidéos et j’ai de nouveau été hypnotisée par Amy Lee comme de par le passé… Elle chantait si parfaitement, et je suis effectivement dit qu’il fallait que je retourne écouter un peu d’Evanescence !

ANR : « Hermitage », Moonspell ?

FL : Aaaaaaaah, j’ai entendu deux chansons de cet album-là. Je ne me souviens plus du nom de la première qui est sortie…

ANR : Un blues ?

FL : Oui, un morceau lent. J’aime la façon de chanter, avec des growls profonds au milieu de la composition. Je ne suis pas une inconditionnelle de Moonspell même si j’aime vraiment ce qu’ils font. Ils nous ont réellement soutenus du temps de Nervosa, et cela veut dire beaucoup pour moi (NDA : décidément…) J’ai commencé à écouter Moonspell par l’entremise de mon Père, en effet, mon Père est un metalhead lui-aussi…

ANR : Je ne savais pas cela…

FL : Siiiiiiiiiiii, quand j’étais petite, il me confectionnait des cassettes audios avec des morceaux de Warlock, d’Axel Rudi Pell, de Suicidal Tendencies enregistrés sur la même face, et j’écoutais ça dès l’âge de huit ans. Mon Père a également été le chauffeur de Nervosa pendant des années et il s’occupait également de la vente du merch. C’est un vrai metalhead, peut-être d’ailleurs plus que moi-même ! Et donc, mon Père ADORE Moonspell, il adore Moonspell. Autant il a commencé à s’intéresser à certains groupes à cause de moi, autant j’ai commencé à m’intéresser à Moonspell grâce à lui, parce qu’il était tellement dithyrambique quand il en parlait ! ET NOUS SOMMES VOISINS DE LABEL ! Moonspell et nous sommes signés chez Napalm Records !

ANR : « Violence Unimagined »…

FL : (NDA : tourne instantanément sa caméra, avant même que la phrase soit finie)

ANR : …Par Cannibal Corpse ?

FL : (NDA : montre la pochette du disque-compact en gros plan) Il est là ! (Rires)

ANR : Ah oui, on voit bien la couverture…

FL : J’aime Cannibal Corpse, c’est définitivement un de mes groupes favoris ! Définitivement ! Alex Webster (NDA : le bassiste) est le mec que je veux copier : lorsque je rentre enregistrer en studio, je demande toujours au producteur d’avoir le même son que lui (Rires) Donc, bien sûr que j’ai écouté leur dernier album, je l’attendais avec impatience, j’ai regardé leur clip et j’étais si contente ! Ils sont si bons, si inspirants, je ne sais même pas c’est leur combientième d’album… C’est réconfortant de savoir qu’après toutes ces années ils sont encore capables de pondre un disque aussi inspiré. Je l’aime énormément.

ANR : « Alive in Melbourne », Jinjer ?

FL : (NDA : opine du chef, complice) Jinjer est un autre groupe très inspirant. Ils ont explosé ces derniers mois, et sont parvenus à un niveau de renommée exceptionnel en très peu de temps. Je les observe afin d’en retirer quelque chose professionnellement. J’aime en outre la manière dont Tatiana chante, les deep growls, et (NDA : claque deux fois dans ses doigts) nous sommes également voisins de label ! Leur musique est très technique. Je n’ai pas écouté cet album enregistré en public, même si j’ai vu le concert sur Internet, j’aime bien regarder leurs vidéos et regarder ce que fait Tatiana, ils possèdent leur propre personnalité.

ANR : Perçois-tu l’influence de Gwen Stefani sur Tatiana ?

FL : Définitivement. Dans ses vocaux clairs, elle se créé un personnage où l’on ressent la technique de Gwen Stefani. Beaucoup de personnes pensent à tort qu’un groupe metal est exclusivement influencé par d’autres artistes metal. Ce n’est pas vrai, et Jinjer est là pour démontrer le contraire. Tatiana n’a jamais dit que Gwen Stefani est une de ses influences, mais j’en ai le sentiment. Je suis également une personne aux goûts éclectiques, j’aime d’autres artistes que les artistes metal.

ANR : « Necroceros », par Asphyx ?

FL : Je ne l’ai pas écouté. Je ne savais même pas qu’ils venaient de sortir un disque. Il faut que je me mette à la page. Je pense que Luana est plus au courant que moi concernant Asphyx, je dois écouter cet album. Comment est-il ? Il est bon ?

ANR : Je ne l’ai pas écouté non plus… Je te posais cette question afin de donner une coloration plus « death metal » à cette partie de notre entretien… A toi de me dire ce que tu écoutes comme sorties récentes…

FL : Oui, j’écoute Cannibal Corpse, et j’ai reçu cela par la poste il y a deux ou trois jours (NDA : montre la couverture à l’écran) Napalm Death… « Throes of Joy in the Jaws of Defeatism »… C’est également très bon et si inspirant, je me demande comment Barney fait-il pour être si performant ! Sinon, j’écoute pas mal le dernier album de Surra, un groupe brésilien…

ANR : La langue brésilienne se marrie parfaitement avec le metal… Toi-même tu l’a prouvé de par le passé…

FL : Oui, c’est chanté en brésilien. Surra joue un crossover entre thrash et punk, ils sont rapides et efficaces et c’est actuellement mon groupe préféré en concert (NDA : elle gigote dans tous les sens sur sa chaise) ils enchaînent les morceaux à toute vitesse, tout le monde pogote et monte et saute de scène. Génial !

ANR : Sinon, je suppose que tu es toujours supportrice des « verts et blancs » (NDA : les « alviverdes », les footballeurs de la « Sociedade Esportiva Palmeiras », un des deux clubs majeurs de la ville de São Paulo) ? La première fois que je t’ai rencontré en 2016, ils gagnaient le championnat loin devant les autres, la seconde en 2017 tu me disais qu’ils étaient à la ramasse…

FL : (Rires)

ANR : …Qu’en est-il cette saison ?

FL : Palmeiras est une succession perpétuelle de hauts et de bas… Une des choses qui a changé est que j’ai un peu pris mes distances avec le Football… J’apprécie surtout regarder la Coupe du Monde de Football, moins le championnat brésilien, j’adore l’ambiance et les vibrations de la Coupe du Monde, parfois je collectionne les autocollants avec les joueurs… Je suis au courant de l’actualité du Football brésilien surtout à cause de mon Père et de ma Mère qui sont des supporteurs inconditionnels de Palmeiras, je sais que le Club se porte bien et qu’ils viennent de remporter des matchs importants, je le sais malgré tout, en dépit du fait que je refuse désormais de regarder la télé avec eux quand ils me le proposent…

ANR : J’ai vu que ta petite sœur est footballeuse !

FL : Exactement. Elle est même la principale raison pour laquelle je suis encore un peu en connexion avec le Football. Ma sœur est une gardienne de but exceptionnelle ! Elle a d’ailleurs été sélectionnée en équipe nationale plusieurs fois, et elle évolue dans un Club du Nord du Brésil nommé Bahia. J’essaie de ne pas trop me focaliser sur ses actions durant les matchs, parce que cela me rend extrêmement anxieuse (Rires) Je veux à tout prix qu’elle arrive à arrêter le ballon, surtout quand le stade entier la regarde (NDA : mime un goal qui plonge) J’aime la façon avec laquelle elle est parvenue à suivre ses rêves, ma maman nous a élevées en ce sens : je suis chanteuse dans un groupe de metal et ma sœur est une gardienne de but reconnue. J’ajoute que le milieu du Football est bien plus misogyne que celui du metal, en tant que fille tu as toujours quelque chose à prouver. J’aime ce que fait ma sœur.

ANR : Tu as parlé d’événement internationaux à propos du Mondial. Vas-tu regarder la finale de la Ligue des Champions le 29 mai ? Il y a d’ailleurs des brésiliens dans les deux Clubs : Thiago Silva à Chelsea, et Ederson pour Manchester City…

FL : Oui, je sais. Mais je pense que je ne vais pas regarder. Je suis plus intéressée par d’autres sports, comme le Volley Ball ou la Gymnastique, et mon copain suit le Basket. J’attends la Coupe de Monde de Football en vue de profiter de l’ambiance et de collectionner les autocollants (Rires)

ANR : Bien sûr, moi aussi…. Nous avons bien parlé…

FL : Ouais !

ANR : Y-a-t-il une question que tu aurais voulu que je te pose ?

FL : Non, je pense que c’est très correct !

ANR : Je te laisse le mot de la fin pour nos lecteurs…

FL : Je veux dire merci. Premièrement à toi, d’être là afin d’évoquer mon nouveau départ, cela signifie beaucoup de se savoir soutenue. Merci également aux français qui nous soutiennent, je conserve une place dans mon cœur pour les metalleux français, depuis ma première tournée j’ai toujours été formidablement bien reçue par le public de chez vous… ET vous êtes un des publics les plus sauvages du Monde…

ANR : …Tu t’es cassé une dent en France pendant un concert…

FL : …Absolument, j’allais d’ailleurs le rappeler ! C’était à Toulouse ! (Rires) Nous avons également donné quelques concerts assez fous au Klub à Paris, nous avons beaucoup de souvenirs à travers la France, et de supers amis à Bordeaux. J’ai appris le français, j’aurais volontiers échangé avec toi en français, mais je ne pratique pas assez pour le faire convenablement. J’ai hâte de revenir jouer chez vous, soyez certains que vous serez sur la liste des dates de la première tournée européenne de Crypta.

ANR : Je crois que cet interview sera également lu par tes fans sud-américains… C’est très important pour eux d’avoir de tes nouvelles, et Google Translator est leur ami…

FL : Et pour toutes les personnes sud-américaines qui liront ce papier : LOS AMOS ! Son muy importantes para mí !

ANR : GRA-CIAS !

FL : (NDA : en français) Au revoir !

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