Chronique de Black Metal : Quand le Metal devint noir

samedi/17/04/2021
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Auteur : Pierre Avril Le Scribe du Rock

Titre : Black Metal : Quand le Metal devint noir

Editeur : Editions des flammes noires

Sortie : mars 2021

Note : 17/20

Pierre Avril (1930) est un professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel comparé, identifiable à son équilibre physique précaire (son étendu magistère touchait à sa fin en simultané de celle du précédent siècle) et par une obsession citationnelle pour Moisey Yakovlevich Ostrogorski (1854-1921) et Giovanni Sartori (1924-2017) ; il avait entre autres signé un « Essai sur les partis politiques », ouvrage de format moyen rassemblant ses connaissances et théories à propos d’un phénomène social appartenant essentiellement au passé. A l’image étrangement de son homonyme Pierre Avril, alias « Le Scribe du Rock » (pseudonyme adopté probablement afin d’éviter toute confusion) lequel publie ces jours-ci « Black Metal : Quand le Metal devint noir ». Gageure, puisqu’effectivement tout ou presque tout a été consigné par écrit sur cette musique extrême « en phase de muséification », parfois même en volumes successifs (on citera surtout « Black Metal : Evolution of The Cult » du britannique Dayal Patterson, qui précéda « Black Metal : The Cult Never Dies » et « Black Metal : Into The Abyss »).

D’ailleurs, Le Scribe du Rock nous prévient ab initio, « Black Metal : Quand le Metal devint noir » n’est que le premier de cinq volumes à paraître, tous consacrés au BM et aux déclinaisons de celui-ci. Il s’agira ainsi de dresser l’arbre généalogique du genre le plus extrême des temps passés et actuels (« entre le premier Venom (Welcome to Hell sorti en 1981) et le nouvel album de Yerusalem (2019, projet parallèle des membres de Blut Aus Nord, s’éloignant du black metal pour aller vers des rives industrielles et gothiques) »). Autre et légitime objectif assigné à cette collection : celui de remettre à sa place l’hexagone au centre du pentacle (« tout simplement parce que la France, pas un pays franchement rock, a joué et joue encore un rôle fondamental dans cette histoire »). Apporter un démenti partiel à la célèbre phrase de Lennon sera l’objet du Tome II. Pour l’heure, ce Tome I a pour ambition de dépeindre le plus fidèlement possible la première et la deuxième vague du genre.

Précédée d’avant-propos de l’auteur, lesquels font rappel de l’abondance bibliographique puis exposition d’une approche solennellement subjectiviste (« D’autres que moi ont déjà fait leur part du travail. Il est le témoignage de ce que ce mouvement artistique et spirituel a pu représenter pour moi, ce qui n’engage que moi »), puis d’une préface de Christ Off (laquelle pourrait coûter à ce dernier plusieurs signalements auprès de la Miviludes), la pulpe de l’opuscule est répartie en une dizaine de titres incluant une introduction (ou plutôt un « Requiem : Introitus ») ainsi qu’une conclusion. Passé maître en la matière, car scribouillant sans discontinuer depuis une palanquée de saisons (sur son blog éponyme ainsi que dans les colonnes du mensuel Metallian) Avril captive sans coup férir. Il égrène pléthore d’interrogations, controverses et autres discussions byzantines (affranchissement et autonomie vis-à-vis du heavy metal, pluralité des sous-genres, caractère conservateur et figé, appartenance de Celtic Frost à la mouvance, etc…), délivrant à chaque occasion sa sincère et érudite réponse. Tant la tonalité que le verbe trahissent une conception quasi-religieuse mais prométhéenne du BM. Tout est sacralisé et désacralisé à la fois. Le lecteur pourra à titre d’exemple connaître les quatre raisons distinctes qui font que « De Mysteriis Dom Sathanas » de Mayhem mérite l’adjectif de « fondamental »…

La cosmopolite liste des acteurs, seconds rôles et figurants au péplum force l’admiration : des antédiluviens italiens Death SS aux nippons de Sabbat, en passant par Barathrum, Von, Necromantia, Tormentor, ou encore Hades Almighty, le monde entier a voix au chapitre… Idem pour ce qui relève des parcours, trajectoires et destins des protagonistes (mention spéciale à la comparaison effectuée entre Euronymous et André Breton « distribuant les certificats de surréalisme pur souche (et virant à tour de bras, comme le Parti Communiste soviétique, les traîtres à la cause) ». Compacts, les développements sont judicieusement aérés par des entretiens, souvent fleuves, que Le Scribe conservait jusqu’alors en sa besace (Ryan de Blasphemy, Ash de Nargaroth, Joe de Cultus Sanguine, Byron Roberts de Bal-Sagoth… et Dayal Patterson écrivain cité plus haut), ainsi que par de lugubres, blafardes et / ou sanguinolentes (au sens intégral du terme, corporel) illustrations conçues par Maxime Tacardi. Ce premier opus parvient à allier didactique, esthétique et authentique. Impeccable pour une initiation ou une confirmation, puisque badauds inkvltes tout comme dévots et bigots y découvriront / trouveront ce qu’ils recherchent.

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