Kheos – Oxymore

mardi/24/02/2026
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Auteur : Kheos

Titre : Oxymore

Sortie le : 4 mars 2026

Note : 16,5/20

 

Offrant une suite à un premier EP (Down to Hell), salué (il y a huit ans déjà) par d’avertis webzines, Kheos publie son premier album ce 4 mars. Soit le jour de la Saint Casimir, prénom d’un personnage populaire, emblématique d’un temps que ces quatre jeunes Lillois n’ont plausiblement pas dû connaître, puisque la diffusion finale de L’île aux enfants pris place un 30 juin 1982 (votre serviteur était, quant à lui, vissé devant la petite lucarne familiale, en cette fin d’après-midi d’un été alors non-caniculaire). Les observateurs de 2018 avaient prédit que le prochain coup de Kheos serait le bon. L’avenir n’aura guère donné tort à ces oracles profanes car, Oxymore confirme trois états de fait. Un : que le metal français vit indéniablement un âge d’or. Deuzio : que la scène du Nord de l’Hexagone constitue une de ses places fortes (deux détails, entre autres, qui ne mentent pas : un featuring d’Orianne d’AĦNA, originaire elle-aussi des Hauts-de-France, sur « Home » ; l’email mentionné pour contacter le groupe est : kheos59@gmail.com). Troize : que nos nouveaux amis iront tout droit rejoindre les Phocéens LANDMVRKS (désormais aux Zéniths de leur carrière) et Novelists (qui confèrent avec panache et perruque rouge une voix féminine à ce genre) à l’avant-garde du metalcore de chez-nous.

Metalcore tendance deathcore, car tant l’organe vocal du chanteur Aimane Rajaomitraha, que les beats implacables des trois instrumentistes se révèlent plus proches de Whitechapel que (par exemple) d’Architects ou de The Amity Affliction. Le propos s’avère brutal. Notre vocaliste passe, sans coup férir, du guttural caverneux à l’aigu furibard (notamment sur « We Are Chaos », lequel résonne tel un manifeste), ses éructations et borborygmes enclavés inlassablement et délibérement au milieu d’un magma sonore intransigeant. Belle performance.

La touche française de l’opus se nicherait, semble-t-il, dans de fines touches de piano-synthé, que l’auditeur retrouve à intervalles réguliers au travers de cette douzaine de compositions (sur « Immortal Warfare », sur « Wrath of Cronos », ou encore sur « Against the Gods »). Soit une sonorité typique de ce qu’il est convenu d’appeler faute de mieux (surtout dans les bureaux des multinationales, des attaché.e.s de presse, et du panel des victoires de la musique) : les « musiques urbaines »… Ce pianoté, caractéristique du rap et de la variété francophone des années 2010-2020, vient en l’occurrence conférer un petit « je-ne-sais-quoi » de français à l’entreprise présentement chroniquée, colorant ce faisant toute cette grisaille deathcore d’un chouia d’imagerie poétique… De même, les références à la culture pop de l’époque ne sont pas en reste : je pense à « Jikan », le titre de la septième piste, lequel désigne la durée en langue nippone, et qui est par ailleurs le nom de « The most active online anime + manga community and database » ; également, au plus réflexif « Solitude of Kaonashi », lequel clos ce disque sur d’inspirées notes de piano : chanson qui ferait (vraisemblablement) référence au « Sans-visage », un personnage mythique, tiré du Voyage de Chihiro du maître Hayao Miyazaki, un être silencieux et attentiste…

Effectivement, les petits gars de Kheos me semblent branchés cinéma et arts visuels : ils essaient de sublimer leur musique en adjoignant à celle-ci des bandes imagées, un son cinématique. Un son cinématique… Serait-ce là l’oxymore en question ? Quoi qu’il en soit, on n’éprouve nul temps mort, on ne s’ennuie pas, et aucune des douze trépidantes pistes n’aurait à rougir d’une éventuelle comparaison d’avec la précédente. En l’espèce, diversité structurelle et homogénéité sonique constituent un paradoxe cohérent (tiens, un autre oxymore…) Les couplets bastonnent sévère, les refrains sont oxygénés. Seuls ces (multiples) arrangements, ces cristallines opérations à la six-cordes et ces architectures chiadées, aident à distinguer complètement un morceau de l’autre. En définitive, une construction actuelle, réfléchie et sans répit. So far, un des albums français de l’année.

 

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