Interview avec Mona Lindgren de The Gems

samedi/07/03/2026
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« Elles auraient assurément pu faire la première partie de Whitesnake pour et en 1987, ou celle d’AC/DC sur la tournée Blow up your Video de 1988 » : c’est expressis verbis ce que je m’étais dit à la première écoute de Year of the Snake, le nouvel album des Suédoises de The Gems, à paraître chez Napalm Records le vendredi 13 mars prochain… Le son, les plans, les arrangements, l’esthétique, l’engagement sans faille : tout cela fleure bon la seconde moitié des eighties hard rock ; et puis, à l’époque, des combos féminins jouant un tel hard rock, il n’y en avait pas besef hormis les ricaines de Vixen : The Gems viendraient ainsi, rétrospectivement et idéalement, combler comme un vide historique… Sauf que, me suis-je ensuite dit, cette impression, ce résumé (sincère), pourrait peut-être sonner par trop sommaire, suggérer quelque chose d’un peu réducteur, qui ne ferait pas tout à fait honneur au conséquent travail créatif abattu par ces trois musiciennes, lesquelles ne devraient, en aucune mesure, passer pour des copiteuses ou pour des fans en manque d’inspiration… Pourtant, après une petite vingtaine d’écoutes attentives, mon point de vue demeurait inchangé. Fort heureusement, l’échange par visio réalisé le 4 mars à 17 heures avec Mona Lindgren, l’architecte (par ailleurs, diplômée en sciences et en technologie) et exécutrice de cette tant copieuse que rutilante somme, a finalement conforté mon idée première… Oui, car ces trois jeunes femmes sont avant tout des passionnées talentueuses, et entendent tout simplement jouer et rendre hommage à la musique qu’elles aiment !

 

 

« Ce sera comme une explosion »


Art’n’Roll : Hello ! Tu m’entends bien ?!?

Mona Lindgren (Guitare) : Parfaitement ! Je te préviens, ce sera probablement une interview chaotique (NDA : Elle tente, en effet, tout en me répondant, de contenir un bambin de deux ans environ, lequel bambin ne cessera de faire montre à l’envi de sa vivacité, tout du long des 25 minutes d’interview imparties)

ANR : Ce ne sera pas un problème pour moi, nous ferons de notre mieux ! Donc, le 13 mars prochain, The Gems sortiront Year of the Snake. J’ai vérifié, et me suis rendu compte que l’année du serpent était 2025 et non 2026 : pourquoi ce décalage conceptuel et temporel dans l’intitulé ?

ML : Nous l’avons écrit et enregistré au cours de l’année du serpent ! Malheureusement, nous avons connu des ennuis avec notre précédent label au moment de le sortir… Nous avons temporisé, et enregistré de nouvelles chansons, pour parvenir à un total de quarante-cinq minutes. La sortie a donc été décalée, mais nous étions proches de sortir ce disque durant l’année du serpent (Rires) Je ne sais pas quelle année nous sommes à présent, mais je gage que personne ne va se rendre compte du décalage (Rires)

ANR : Effectivement. Comme tu le dis, cet album est composé de quatorze pistes, ce qui me semble assez rare de nos jours…

ML : Nous avions onze chansons en poche, mais le label en voulait davantage. Le label voulait dix minutes de plus, nous n’avons pas eu le choix (Rires)

ANR : Crois-moi, à t’entendre, je n’arrive pas à me figurer quelles pourraient être ces trois chansons « de remplissage », car je pense que Year of the Snake est homogène qualitativement ! Il s’ouvre avec « Year of the Snake » qui, je pense, sera pareillement la chanson d’ouverture de vos prochains concerts, me trompe-je ?

ML : Oui ! C’est dans les tuyaux ! Je crois même que c’est la chanson d’ouverture parfaite ! Elle est, en effet, pleine d’énergie et donne le ton pour la soirée ! Cela va être énergisant de commencer le concert avec cette intro, avec nos costumes noirs, les lumières, et le serpent qui sera sur scène, ce sera comme une explosion pour tout le monde ! Oui, je pense que ce sera vraiment cool (Rires)

 

 

« Larger than Life »

 

ANR : L’autre temps fort de ce disque est « Gravity » que vous avez enregistré avec le chanteur et multi-instrumentiste Tommy Johansson (Majestica, ex-Sabaton)…

ML : Nous cherchions effectivement à faire un « hit »…

ANR : Bien joué !

ML : (Rires) Et à faire par la même occasion un tribute à Van Halen ! C’est donc un mélange entre ce que nous pouvons faire de mieux, et composer un tube à partir d’un riff de guitare à la Van Halen… Les paroles parlent d’atteindre l’objectif rêvé, le rêve de tout fan de rock, le truc « Bigger than you Think », « Larger than Life » (Rires) Le tout, écrit avec un certain sens de l’humour : ce morceau est supposé être drôle ! Pour ce faire, nous cherchions un chanteur qui puisse avoir la meilleure voix possible, et Tommy possède celle-ci, c’est un très grand showman ! Dans le clip, il s’est mis des paillettes autour des yeux, car lui comme nous ne nous prenons pas véritablement au sérieux ! Il me semble qu’il a pris beaucoup de plaisir à collaborer avec nous sur cette chanson, nous l’inviterons sur scène lors des prochains concerts que nous donnerons, car c’est réellement la première personne à inviter !

ANR : Sur « Gravity », nous pouvons aisément ressentir l’influence de Van Halen. Je ressens également celle-ci sur « Live and Let Go » et sur « Year of the Snake »…

ML : Tout à fait ! Je pourrais même te dire exactement quelles chansons de Van Halen nous ont influencées (Rires)

ANR : Celles du premier album, bien sûr !

ML : (Sourire) Oui.

ANR : Peut-être « Ain’t Talkin’ ‘Bout Love »… Peut-être…

ML : (Silence)

ANR : Van Halen constituerait-il donc la principale influence de The Gems ?

ML : Van Halen, mais aussi tout ce rock des années quatre-vingt… Je pense à Journey, à Toto, Europe… Mais également à des choses plus « hard rock » comme Accept ou Judas Priest… Une ou deux chansons de cet album sont inspirées par Judas Priest, par exemple « Year of the Snake »… « Firebird »…

ANR : Je verrais également Whitesnake…

ML : Whitesnake ? C’est un grand compliment (Rires) MERCI ! Je pense que c’est véritablement un énorme compliment !

ANR : A cause de l’atmosphère de ce disque, de sa production, tout est homogène, assez grandiose, comme l’était 1987 de Whitesnake… Je vois également une certaine influence de ZZ Top à la même époque, spécialement sur votre chanson « Hot Bait »…

ML : Oui ?

ANR : Principalement sur le riff et le solo, lesquels sonnent très Billy Gibbons…

ML : En fait, « Hot Bait » est inspiré par « Hot for Teacher » (NDA : Van Halen, 1984 en 1984) Mais, je vois parfaitement pourquoi ZZ Top vient en premier lieu à l’esprit des auditeurs, c’est à cause du rythme et du style de ce morceau blues rock…

ANR : La dernière de tes influences guitaristiques que je peux percevoir serait Joe Perry et Aerosmith au cours des années 1980, peut-être l’album Pump…

ML : (NDA : Flattée) Ah ?!?

ANR : D’ailleurs, « Gems » est le nom d’une compilation d’Aerosmith parue en 1988…

ML : Ohhhhh !

ANR : Je déduis donc de ta surprise, que vous n’avez pas fait exprès de vous appeler comme ça…

ML : Non, je vais avoir besoin de vérifier cela !

 

 

« J’aime écouter du jazz »

 

ANR : Te souviens-tu de ta première répète ?

ML : Oui, bien sûr (Rires) Quand j’avais douze ans, j’ai essayé de monter un groupe de rock avec mes amis. Aucun d’entre eux ne savait jouer d’un instrument, donc j’ai été contrainte de leur apprendre comment faire, je leur ai appris comment jouer « The Final Countdown » d’Europe, tout simplement parce que c’est une chanson facile ! Je n’avais pas trouvé de batteur, donc la batterie était assurée par la boite à rythmes du synthé ! Il y avait moi, qui jouait de la guitare et qui chantait, et en guise de solo de guitare, je m’étais contentée de reprendre le thème principal qui est composé de peu de notes : « TATA TA TAAAA ! TATA TA TATAAAA » (Rires) Nous avions un ami qui était préposé à la basse, ainsi qu’un autre que j’avais collé aux claviers, et qui jouait d’un doigt : « titu ti tuuuu titu ti tutuuuu », et bien évidemment, tout cela sonnait de façon épouvantable (Rires) Il faut bien commencer un jour, non ?!? Il y a quelques mois, nous étions à Las Vegas en ouverture de Scorpions !!!

ANR : Pour revenir à votre nouvel album, « Carrie » d’Europe était une grande power ballad, et vous, vous avez composé « Forgive and Forget », qui n’est pas mauvaise non plus…

ML : Oui.

ANR : Hormis les influences que nous avons dégagées ensemble, as-tu d’autres influences non-rock et non-hard rock ?

ML : Bien sûr, oui. J’aime le blues. Beaucoup. J’aime B. B. King. J’aime également d’autres trucs blues rock, comme Larkin Poe. Sinon, j’aime écouter du jazz. Je me dis que jouer du jazz est un bon plan quand on vieillit ; parce que j’ai dans l’idée de jouer de la guitare quand je serai âgée, à l’âge de quatre-vingt ans, et le jazz est parfait dans cette optique. Je n’aurais qu’à m’asseoir et à jouer, donc c’est une bonne idée de commencer dès à présent, il me reste un paquet d’années pour apprendre (Rires)

ANR : As-tu rencontré tes idoles ?

ML : Oui, quelques-unes. J’ai rencontré Scorpions, puisque nous sommes parties en tournée avec Scorpions. Alice Cooper également. Il y a deux semaines, j’ai rencontré une chanteuse suédoise que je suis depuis toujours, une formidable chanteuse de music-hall qui s’appelle Helen Sjöholm. Elle chante de temps à autres avec Björn et Benny d’ABBA, ils ont un groupe parallèle et c’est elle la chanteuse. En fait, il y aurait trop de gens à te citer, nous rencontrons un paquet de monde quand on fait ce métier, au cours des festivals ou en tournée ! C’est un véritable plaisir ! La plupart du temps, je me contente de les regarder de loin, de garder une distance, car je ne veux pas les déranger, y compris afin d’engager la conversation, car je ne suis pas sûre qu’ils aient forcément envie de parler ! En revanche, si tu as quelque chose d’intéressant à leur dire, voire de proposer une collaboration, fais-le bien évidemment ! Bien souvent, je ne souhaite pas les déranger, car ils méritent de conserver leur espace privé, ce sont des gens comme les autres après tout !

 

 

« L’univers a un plan pour toi »

 

ANR : Le dernier disque sorti cette année que j’ai écouté est celui de Blues Pills samedi dernier…

ML : C’est un album live…

ANR : Oui. Et toi, quelle est la dernière sortie que tu aies écoutée ?

ML : C’est un peu ennuyeux à dire, mais je dirais notre propre album… J’ai écouté les mixes (Rires) Sinon, j’ai récemment écouté B. B. King ainsi qu’un guitariste de jazz suédois qui se nomme Max Schultz…

ANR : Tu me parlais de lui à l’instant, mais mon dernier « ver d’oreille », c’était un matin de la semaine dernière avec « Under my Wheels » d’Alice Cooper, qui ne voulait pas sortir de mon esprit… Et toi ? As-tu subi un « ver d’oreille » récemment ?

ML : Le dernier « ver d’oreille » resté coincé dans ma tête ? Huuuuum… Probablement Zara Larsson, « Midnight Sun » (Rires)

ANR : Qui ça ?

ML : Zara Larsson, une chanteuse pop suédoise (Rires)

ANR : Oui.

ML : Je pense que c’était mon dernier « ver d’oreille » (Rires) Le refrain fait : « A Never-ending Midnight Sun / A Never-ending Midnight Sun »…

ANR : Une question plus sérieuse pour finir cette interview…

ML : Oui, bien sûr !

ANR : Penses-tu que l’existence est précaire ?

ML : Parfois tu penses ressentir les choses d’une façon particulière, que celles-ci peuvent survenir dans l’instant suivant… Et il s’avère que celle-ci se révèlent vraies, tu te rends compte après que ton ressenti était le bon… Je ne suis pas spécialement une croyante, je ne suis pas une personne religieuse (Sic) Mais, tu te rends compte à maintes reprises que l’univers a un plan pour toi (Rires) Parfois, cela fout un peu la trouille que de penser cela… Mais il est vrai que ton esprit et ton intuition sont connectés à quelque chose qui les dépasse, des choses qui se sont passées ou qui vont se passer…

ANR : Tu as le mot de la fin pour notre lectorat !

ML : Nous allons nous produire en France ! Je crois savoir que nous avons des fans en France, moins qu’en Allemagne, mais peu importe : c’est le pays où nous préférons tourner, car vous avez du bon vin, de bien beaux magasins, et la nourriture y est partout agréable, y compris sur les aires d’autoroute et les stations-service !

ANR : Oui.

ML : Peut-être tu ne penses pas comme moi, c’est parce que tu ne connais pas la nourriture des autoroutes suédois et allemands ! Quand tu nous traversons la frontière française et que nous allons nous restaurer dans vos stations-service, c’est un plaisir de gourmet en comparaison ! Dis bonjour de ma part à tous nos fans français, ce sera formidable de les revoir !

 

 

NDA : S’ensuivit une petite discussion off, à propos du vin et de la nourriture en France et en Suède, l’interviewée demandant notamment à l’interviewer ce que celui-ci pensait du Chardonnay qu’elle venait d’acquérir dans l’unique magasin spécialisée de Suède pour la somme convenable de quinze euros…

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