« Le metalcore, ce cri de jeunesse / Adoré par les uns, décrié par les autres / A marqué le XXIème siècle » : tiens, cela sonnerait presque comme l’intro d’un vieil Eddy Mitchell… Ces dernières années, j’ai essayé à ma manière de vous rendre compte des évolutions de ce jeune style : en interviewant notamment Of Mice & Men et Future Palace (deux fois) ; en réservant toujours une place dans mes récits de festivals à des formations vitaminées, tatouées et colorées telles qu’Ankor, Architects, Electric Callboy, The Amity Affliction ou plus récemment nos compatriotes sudistes de Novelists ; enfin, en chroniquant des disques de Butcher Babies, Spiritbox, As I Lay Dying, ou très récemment celui de nos compatriotes nordistes de Kheos… « Faut vivre avec son temps… » affirmait (en guinchant frénétiquement) Obélix, dans Astérix et les Normands. Et aussi, savoir se coucher moins sot. Ça tombe bien : le groupe de metalcore Self Deception sont des descendants des Normands. Ces trentenaires / néo-quadras Suédois nous révèlent One Of Us, leur septième album depuis 2009, paraissant chez Napalm Records ce vendredi 15 mai ; afin d’en savoir davantage, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir par Zoom le 9 avril dernier avec leur chanteur et fondateur : le placide Andreas Clark… « Ben quoi, Astérix ?… »
« We Make Songs »
Art’n’Roll : C’est un plaisir de t’avoir ! Ma première question sera très simple : peux-tu s’il te plaît présenter à nos lecteurs ton groupe et ton nouvel album ?
Andreas Clark (Chant) : C’est de même un plaisir de se présenter aux Français ! Nous sommes Self Deception et nous venons de Stockholm en Suède. Nous sommes un groupe de rock, de la nouvelle scène metal, et nous sommes influencés par des groupes comme Linkin Park, Papa Roach : nous avons repris leur musique afin de la mettre au goût du jour… Nous sommes un groupe de metal très « poppy », je conseille aux français de jeter une oreille à notre musique !
ANR : Dans la présentation de votre page Facebook, vous vous êtes contentés d’écrire « We Make Songs »…
AC (Sourire) : Oui !
ANR : C’est assez intéressant, peux-tu s’il te plaît nous en dire davantage ?
AC : Tout groupe cherche à se décrire, à tirer une photo représentant parfaitement ce qu’il fait, ce qu’il veut faire. Pour notre part, nous aimons écrire des chansons. Bien sûr, nous aimons également nous produire sur scène, mais le noyau dur de notre activité consiste à écrire, à créer quelque chose…. Nous avons choisi ce slogan, parce que c’est tout simplement ce que nous faisons !
ANR : C’est particulièrement difficile de composer de nouvelles chansons dans les années 2020, parce que la plupart d’entre-elles ont déjà été écrites, non ?
AC : (Opine du chef) Oui, oui, oui, je suis d’accord ! Nous sommes conscients de cette difficulté, et faisons en sorte de créer. En 2021, lorsque nous avons composé notre morceau intitulé « The Fall », le mot d’ordre était : « On tente de faire quelque chose de neuf ! » À ce moment là, nous n’avions plus de label, nous n’avions plus rien à perdre, nous pouvions donc repartir de zéro… L’idée était de faire quelque chose de totalement nouveau, qui ne nous ressemblait pas, et de voir comment les choses se passeraient ensuite… Une fois cette chanson achevée, nous avons fait en sorte de conserver cet état d’esprit pour la suivante, puis pour celle d’après, et nous sommes finalement parvenus à composer tout un album (NDA : You Are Only As Sick As Your Secrets, 2023) en gardant constamment à l’esprit ce besoin de nouveauté… Une de ces chansons s’intitule « Fight Fire With Gasoline », et c’est désormais une de nos chansons les plus populaires ! L’album a marché, il a séduit le public : cela prouve que nous avions eu à l’époque raison de sortir de notre zone de confort, et nous ferons en sorte à chaque fois de nous dépasser afin de composer de nouvelles chansons différentes des précédentes ! Nous faisons de notre mieux afin de créer quelque chose de neuf, nous voulons découvrir « la chose suivante », l’expérimentation s’avère toujours très féconde !
ANR : Qu’as-tu appris personnellement, professionnellement, émotionnellement, pendant la confection de One Of Us ?
AC : Nous avons écrit ces nouvelles chansons pendant nos tournées. C’est la première fois que la vie en tournée ainsi que les personnes que nous avions rencontrées sur la route prennent place dans notre processus de composition. Autre nouveauté : auparavant, nous faisions en sorte de sonner de la façon la plus parfaite qu’il soit. Cette fois-ci, nous avons accepté l’imperfection, nous n’avons pas cherché la perfection, nous avons plutôt recherché la façon la plus honnête de refléter notre musique. Cela vient du fait que cet album a été conçu sur la route. Le titre « One Of Us » signifie que chaque personne rencontrée au fil de la tournée a directement participé à la création de ce disque, chaque spectateur qui est venu nous voir fait quelque part partie du résultat. Ce n’est pas totalement un album fait en studio. Il est le reflet de nos déplacements, des événements qui ont jalonné sa conception : le morceau « The Wedding » (NDA : « Le mariage ») par exemple, a été composé en Espagne la nuit où notre batteur s’est marié (Rires) Ce n’est d’ailleurs guère une chanson romantique, sa thématique est plutôt dystopique : elle parle de deux partenaires qui veulent, secrètement, se tuer ! J’ai composé cette chanson comme on écrit une nouvelle…
ANR : Nous avons un proverbe en France, qui dit que « Le mieux est l’ennemi du bien » : comme tu l’as dit, trop de perfection n’est pas forcément la meilleure des solutions…
AC : Oui, je suis bien d’accord ! Dans ce monde nouveau d’ordinateurs et d’intelligence artificielle, tout doit être parfait, tu es sommé de créer quelque chose de parfait : sur ce disque, nous avons fait en sorte de composer de la façon la plus humaine possible. Bien souvent, une démo d’un groupe de débutants possède plus d’âme qu’un disque réalisé par les plus grands professionnels du monde entier, parce qu’ils l’ont fait « pour de vrai ». Notre nouveau disque accuse quelques imperfections, nous les avons laissées en l’état, parce que nous les sentions bien, parce qu’elles sont l’essence-même de la réalité…
ANR : Joe Perry d’Aerosmith a eu cette phrase sur le fait qu’il ne connaissait pas la formule magique pour faire une chanson qui marche, que si c’était le cas, il l’aurait employée systématiquement…
AC : Si l’on parle de ce qui doit rendre populaire une chanson, je pense avoir deux-trois idées (NDA : Probablement une recette suédoise) mais ce n’est plus ce que nous souhaitons faire, comme je te l’ai dit… Une chanson comme « Fight Fire With Gasoline » a bien marché, mais nous ne comptons pas la refaire maintes et maintes fois, elle doit néanmoins constituer un bon marchepied pour notre prochaine idée de chanson !
« Cela va être énorme ! »
ANR : Au mois d’octobre, vous êtes bookés pour dix-huit dates à travers l’Europe, en première partie d’Amaranthe…
AC : Je crois qu’il y aura finalement plus de dates que cela. Nous sommes impatients de tourner, oui. Il y aura également Ankor en première partie, ils sont cools, c’est un très bon choix ! Nous allons traverser la Scandinavie, mais également l’Estonie, cela va vraiment être formidable ! Amaranthe et nous, nous nous connaissons depuis un paquet d’années, ce sont parmi les meilleurs dans le business, cela va être énorme !
ANR : Êtes-vous proches de certains groupes français ?
AC : (Rires) Nous ne sommes pas spécialement proches des groupes français. Vous avez toutefois une culture artistique très riche.
ANR : Connais-tu Novelists ?
AC : Non, je vais vérifier…
ANR : Très bonne production, je pense qu’ils sont assez proches de vous…
AC : C’est une femme qui chante, c’est cela ?
ANR : Oui ! Tu commences par « Coda », c’est ma chanson préférée d’eux…
AC : Je vais vérifier cela…
ANR : Un petit jeu à présent…
AC : Oui !
ANR : Votre album One Of Us sera commercialisé le 15 mai 2026… Je te donne trois faits de l’histoire du metal / hard rock qui ont eu lieu un 15 mai, tu en choisis un et tu nous le commentes…
AC : Ouais !
ANR : 15 mai 1987 : Mötley Crüe publie Girls, Girls, Girls…
AC : (NDA : Complétement impassible)
ANR : 15 mai 1995 : Opeth publie Orchid…
AC : (NDA : Remue positivement de la tête)
ANR : 15 mai 1975 : Peter Iwers d’In Flames vient au monde à Stockholm…
AC : Ouuuuuuuuuuuu !
ANR : (Rires)
AC : Ah c’est vraiment compliqué !!! In Flames c’est In Flames, tu vois ! D’autre part, j’ai travaillé avec le clavier d’Opeth… Pour être franc, j’aurais vraiment-vraiment voulu voir comment Opeth jouait au tout début de leur carrière, donc aux alentours de 1995 quand ils ont sorti Orchid… Le choix est cornélien car nous savons tous à quel point In Flames est énorme, après tu me donnes simplement sa date de naissance, ce qui n’est pas forcément la plus grande date de l’histoire d’In Flames, donc je choisis Opeth en 1997 ou 1995 !
ANR : 1995… In Flames est de Göteborg et Opeth vient de Stockholm comme votre groupe, le lieu d’origine a peut-être influencé ton choix ?
AC : (NDA : Regarde en l’air, navré) J’ai choisi Opeth parce que je connais le clavier et que ce sont des putains de légendes !
ANR : À ce propos, j’ai lu que tu étais de Sandviken, un mot là-dessus ?
AC : Pour être honnête, c’est mon épouse qui est de Sandviken. J’ai déménagé ici il y a cinq ans. Je suis né et j’ai grandi dans la banlieue de Stockholm, dans une zone qui n’est pas si bien que cela (Rires) Ma femme et moi avons des enfants, je connais beaucoup de gens à Sandviken, et il m’est apparu naturel que je vive ici entre deux tournées… C’est une petite ville, située à l’extérieur de Gävle, qui est une des plus grandes agglomérations suédoises, qui possède une des histoires les plus riches de Suède, il y a beaucoup de choses à dire, c’est une ville très agréable, idéale afin d’y faire grandir des enfants, en plus je me peux me targuer d’y être une « rock star », parce qu’il n’y a pas grand monde de connu ici (Rires)
« Les Pays-Bas vont nous botter le cul ! »
ANR : Pour finir, si je te dis : Japon, Pays-Bas, Tunisie… Que te vient-il, ou pas, immédiatement à l’esprit ?
AC : Heu…
ANR : Japon, Pays-Bas, Tunisie insieme (NDA : La fatigue probablement, je me mets à employer des mots italiens…) Ensemble…
AC : Ensemble ? Je n’arrive pas à trouver la relation entre ces trois pays, je sais que j’ai envie d’aller au Japon… Je sais que les Pays-Bas sont très progressistes et également une très bonne destination à envisager… Donc, je ne trouve pas la corrélation entre ces trois pays…
ANR : Ces trois pays seront les opposants de la Suède en phase de poule, au cours de la Coupe du Monde de Football 2026…
AC : Ohhhhh ! Les Pays-Bas vont nous botter le cul, je te garantis (Rires) Oh oui ! Quant au Japon…
ANR : Les observateurs voient le Japon comme difficile à jouer, et qu’il va créer la surprise lors de ce tournoi…
AC : Je suis d’accord ! Pour ce qui est de la Suède, sur le papier, si tu regardes les statistiques, nous avons de bons joueurs, mais comme équipe, la Suède n’est pas bonne du tout, depuis des années et des années…
ANR : J’ai vu Suède – Irlande à l’Euro 2016 au Stade de France, là, juste derrière mon écran…
AC : Oui.
ANR : C’était cool, parce que presque tout le monde était bourré, les supporters suédois faisaient copains avec les supporters irlandais, dans une ambiance de fête inouïe…
AC : (Rires)
ANR : Mais sur le terrain, c’était une purge, le jeu était affreux… C’était l’un des derniers matchs avec Zlatan…
AC : Oui ! Quand on parle de football suédois, je préfère largement les clubs locaux, avec l’ambiance et les hooligans locaux… L’équipe nationale est ennuyeuse, même si je m’autorise à penser qu’elle sera meilleure dans l’avenir avec des joueurs comme Isak, on verra bien ! La scène suédoise (Sic) est bonne, mais elle n’est pas aussi bonne que les autres dans le monde, en tous cas, pas aussi bonne que celle de la France ! La culture du football français (re-Sic) est au-dessus du reste du monde !
ANR : Merci.
AC : (Rires)
ANR : Ainsi s’achève cette interview… Je te souhaite une bonne fin de journée, et à bientôt sur la route !
AC : Merci Beaucoup, au revoir !







