Interview avec Seyn et Schuff de Tankrust

dimanche/26/01/2020
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Franck a rencontré Seyn et Schuff de Tankrust au Black Dog courant décembre.

Art’n Roll : Jean-Philippe, Schuff vous êtes TankrusT pour Art’n Roll Merci à vous de nous accueillir, super sympa.

Seyn (Jean-Philippe) : Merci à toi d’être là.

Art’n Roll : Donc déjà, je vais parler de TankrusT, du nom TankrusT, parce que personnellement je ne connaissais pas trop et j’ai vu qu’il y avait du tank et trust, donc TankrusT donc « réservoir pourri ». D’où vient donc en fait le nom TankrusT au départ ?

Schuff (Sébastien) : C’est un mélange entre Tank et Rust, on va dire c’est un quartier de bidonvilles, de réservoirs rouillés, pourquoi ça ? Je t’avoue que je n’étais pas là à l’époque, il y a une idée derrière, d’avoir un nom un petit peu simple avec des mots qu’on retient un peu facilement forcément

Seyn (Jean-Philippe) : Une sonorité métal dans les mots.

Schuff (Sébastien) : Il y a une sonorité metal et puis derrière ça accompagne un petit peu cette idée d’essayer de faire du neuf avec du vieux. Le côté rouille, notamment, le temps qui passe, des matériaux qui s’érodent qui sont toujours là et qui changent d’aspect.

Seyn (Jean-Philippe) : Des influences old schools qu’on met un peu, en tout cas dans cet esprit un peu old school d’une musique assez directe faite vraiment avec des riffs. Le riff qui est le centre des morceaux, des morceaux courts, percutants, mais un peu remodernisés avec un son de l’époque et une approche plus moderne en tout cas. C’est un peu ça aussi qu’il y a derrière ce nom-là, et puis ça sonne plutôt bien… À l’oreille ça sonne plutôt bien.

Art n’roll : En fait TankrusT c ‘est une grand famille, vous êtes tous une bande de copains, il y a des années, bientôt seize ans si je….

Schuff (Sébastien) : Certains sont là depuis un petit peu moins longtemps.

Seyn (Jean-Philippe) : Moi je suis là pour la thune de toute façon, le reste, pff (Rires) Ah ! Merde (rires). Non, non… je plaisante. Ouais vous connaissez, il y en a qui sont là depuis très, très, longtemps.

Schuff (Sébastien) : Alors de seize ans il n’y a que Kootôh le guitariste qui est là. Moi ça va faire une bonne dizaine d’années que je le connais. Je me fous souvent de sa gueule en lui disant que je connaissais sa femme avant lui, mais c’est avant tout une connaissance. On n’a pas joué la même musique dès qu’on s’est connu ensemble, on avait des projets à droite à gauche. En effet, il y a un noyau qui était d’abord une histoire d’amitié, de faire un truc avec des potes et puis après, il y a des pièces qui viennent se rapporter au fur et à mesure du temps. Mais, l’affect humain est vraiment au centre de tout et je pense que l’on ne pourrait pas dans TankrusT faire de la musique avec des gens que l’on ne supporte pas ou se dire on ne se voit que pour faire de la musique.

Seyn (Jean-Philippe) : Moi qui ai intégré le groupe il y a un an et demi, on est deux nouveaux guitaristes dans TankrusT, Olivier qui est arrivé il y a six mois à peu près et moi depuis un an et demi. Ouais, il y a cette volonté de faire de la musique, mais que le côté humain soit, peut-être encore plus important, que le fait de faire de la musique. Moi je sais que je ne pourrais pas faire tout ce que l’on fait, tout le temps qu’on passe ensemble, si humainement il n’y avait pas une connexion un truc qui assure. Et c’est ça qui donne aussi je pense l’orientation, l’idée, le concept, entre guillemets, de TankrusT, ce côté humain-là est très fort.

Art n’roll : C’est ce que l’on remarque.

Seyn (Jean-Philippe) : Même au niveau des autres groupes avec qui on va jouer, du public, c’est important pour nous d’avoir cette, comment, ce contact humain, ce rapport direct aux gens, cette espèce de communion.

Art n’roll : D’accord. Parce que vous avez commencé par un premier EP, avant deux albums?

Schuff (Sébastien) : oui c’est ça il y a eu quelques petites démos avant, il y a eu un EP et puis le précédent album sur lequel moi j’étais arrivé, j’avais déjà travaillé… Il y avait peut-être déjà la moitié du groupe qui était là avant que j’arrive. On perd entre temps et du coup-là, Opposite Terror le dernier album qui vient de sortir il y a un mois et demi.

Art n’roll : Il y a un mois et demi, d’ailleurs parlons-en. Donc il dure 30 minutes. C’est un album coup de poing en fait. Ça m’a fait pensé un peu au dernier MARDUK qui dure 30 minutes et je me dis

Seyn (Jean-Philippe) : (rires)j’ai eu peur que tu nous sortes REIGN IN BLOOD

Art n’roll : ça me fait vieillir, quand on parle de REIGN IN BLOOD donc j’essaye de trouver un peu plus nouveau. C’est un album coup de poing.

Schuff (Sébastien) : C’est vrai que l’album n’est pas très long, les morceaux sont courts aussi. On essaye d’avoir, de sortir une musique qui est quand même assez percutante, qui va à l’essentiel. On peut explorer des voies à droite et à gauche par moment, mais on essaye de ne pas se perdre dans des fioritures et surtout pas s’ennuyer, ni ennuyer l’auditeur, donc on va préférer quelque chose de court. Mais je préfère rester sur une frustration que sur un ennui.

Art n’roll : Peut être que le fait de faire des longs morceaux peut à la longue ennuyer l’auditeur ?

Schuff (Sébastien) : Oui, et en même temps ce n’est pas calculé non plus. C’est-à-dire qu’on s’arrête quand on a plus envie d’aller plus loin sur le morceau. On estime qu’on a assez joué un passage on passe au suivant. On ne compose pas avec le chrono à la main ou avec la contrainte de se dire, il faut que ça fasse moins de trois minutes ou moins de deux ou quoi que ce soit. On a un morceau qui fait moins de deux minutes, on doit en avoir qui font dans les cinq et quelques. Ça tombe comme ça tombe et c’est l’inspiration qui fait ça.

Seyn (Jean-Philippe) : Oui et on préfère avoir un morceau avec des bons riffs, mais au lieu de les faire tourner, les faire tourner, les faire tourner, pendant cinq, six minutes, ça crée un truc sympa et on a envie que les gens aient envie de réécouter surtout. Pas écouter un truc qui va durer soixante-dix minutes et puis au moment où t’as envie d’écouter un truc, tu regardes la télé, tu dis je ne vais pas le remettre ça dure soixante-dix minutes. En fait, créer cette frustration qui va donner envie d’y retourner plutôt que faire des titres plus longs où les gens vont se remettre plus difficilement dedans.

Art n’roll : Le fait de faire des titres courts permet à l’auditeur de se rappeler surtout pendant les concerts…

Schuff (Sébastien) : Oui, oui, et puis sans que ça soit calculé pour l’auditeur, on fait de la musique avant tout pour nous et c’est comme ça que ça sort et c’est comme ça que ça nous plait. Encore une fois, je te dirai que le minutage du morceau on ne s’en rend compte presqu’au moment où en passe en phase de préproduction : ah tiens ! il est court, ah tiens ! il est plus long que untel, je n’y aurais pas pensé parce que les morceaux sont comme-ci, comme ça, ce n’est pas calculé c’est composé à l’instinct avec le ressenti, donc on s’arrête lorsqu’on sent qu’il faut s’arrêter.

Seyn (Jean-Philippe) : Alors ce qui est marrant, si on parle d’un morceau très court donc un morceau d’ Opposite Terror, qui fait un petit peu moins de deux minutes. Ce qui est marrant c’est que quand on le joue on n’a pas l’impression qu’il est si court parce qu’il y a quand même des variations. Il y a des thèmes, il a quand même beaucoup de choses qui se passent dans ce morceau et tu n’as pas l’impression de jouer un morceau court en fait.

Schuff (Sébastien) : Il y a plein de choses, il y en a assez peu qui se répètent le titre qui est repris à la fin, une partie au milieu et moi ça me fait la même impression. J’ai l’impression qu’il se passe plein de choses et quand je le joue, je ne parle pas de l’écouter – écouter sa propre musique c’est très difficile, t’écoutes pas avec la même oreille qu’un auditeur, donc tu n’as pas le même avis -. Mais en tout cas à jouer, je ne me rends pas compte qu’il est court.

Art n’roll : Au niveau des influences par rapport au dernier album j’ai trouvé beaucoup d’influences au niveau de Cannibal Corpse avec un son un peu plus propre et un son un peu plus heavy. Est-ce que c’est voulu ? Est-ce que vous avez essayé de retravailler… dans le death métal ? Une volonté de…

Schuff (Sébastien) : il y avait une volonté d’avoir un son plus massif.

Art n’roll : Un son un peu plus propre ?

Schuff (Sébastien) : Propre… enfin c’est quand même mieux de comprendre ce qui se joue, c’est sûr ! Après il n’y a pas eu une ligne directrice à se dire on va le faire sonner plus heavy, ou va le faire sonner plus death. On voulait quelque chose de plus récent comme son, de plus percutant, c’est sûr. Mais pas à se dire, on va faire comme untel ou comme untel, ou l’amener dans telle case. La composition elle est venue comme elle est venue. On avait envie de quelque chose de plus violent, de plus rentre dedans, ça c’est sûr. Mais sans forcément aller chercher un étiquette.

Art n’roll : En fait dans le groupe vous avez chacun votre style.

Schuff (Sébastien) : Assez hétéroclite tout en restant des métalleux quand même, ça reste une grande famille

Seyn (Jean-Philippe) : On écoute tous un peu… enfin si on additionne la masse de ce qu’on écoute, ouais, on retrouve à peu près tout ce qui se faire dans le métal.

Art n’roll : C’est l’impression qu’on a quand on écoute l’album.

Seyn (Jean-Philippe) : Oui même des trucs qui pourraient t’étonner.

Art n’roll : Par exemple, un morceau comme One nobody on retrouve un peu des influences speed métal par moment.

Schuff (Sébastien) : On était jeune.

Art n’roll : Un peu Halloween. Assez…

Schuff (Sébastien) : C’est possible, après le…

Art n’roll : En fait l’album il est très intéressant de bout en bout.

Schuff (Sébastien)  : Sur cet album-là, le compositeur principal, William, qui n’est plus avec nous aujourd’hui, était quelqu’un – il l’est d’ailleurs toujours – quelqu’un de très ouvert, qui écoute à peu près tout ce qui se fait en métal et pas que du métal et qui n’a aucune pudeur à mélanger ces influences. Nous aussi c’est ce qui nous plait, c’est ce qui, je pense nous permet, chacun à tour de rôle d’aller jouer des parties qui ne sont pas forcément ce qu’on aime le plus dans le métal, mais parce qu’il a réussi à amener une approche dans ses compos qui donnent envie de jouer ce truc-là, même si instinctivement, ce n’est pas la musique qu’on écoute le plus chacun.

Art n’roll : C’est ça qui compose TankrusT, c’est vraiment une grande famille.

Schuff (Sébastien) : Oui c’est ça, c’est ça. Et puis après c’est un mélange plus ou moins inconscient, pas calculé en tout cas. Ça vient comme ça vient . C’est sur que des fois on avait un riff qui sonnait telle étiquette et puis à force de le travailler il en a pris une autre et inversement. On essaye vraiment de composer à l’instinct sans se forcer à aller coller à un truc à gauche ou à se dire il faut qu’on fasse ceci ou il faut qu’on fasse cela. C’est le résultat de nous.

Art n’roll : Surtout on l’entend bien sur le dernier album en fait. On revient sur la pochette elle fait penser à Theater of pain de Mötley Crüe, c’est voulu ? Le masque…

Seyn (Jean-Philippe) : C’est vrai. Tu vois lequel c’est ?

Schuff (Sébastien) : Non

Art n’roll : Qui à fait…

Schuff (Sébastien) : Oh pour le coup il y a aussi des gens qui écoutent Mötley Crüe dans le groupe.

Art n’roll : ça vous étonne ? C’est vraiment la première impression que j’ai eue.

Seyn (Jean-Philippe) : Non, pour le coup-là, ce n’est vraiment pas une influence, des autres…

Schuff (Sébastien) : Il y a eu de la collaboration dans l’équipe des DROP KICK MURPHYS au niveau visuel. Alors c’est pas du tout voulu. On est parti de très loin de complètement autre chose, il y a eu tout un cheminement et ça en est le résultat final. On a travaillé avec la même personne avec qui on travaille depuis maintenant deux albums. Qui travaille sur des albums, qui travaille aussi sur d’autres visuels, qui nous accompagne, qui s’appelle Timgordon qui est illustrateur. Qui a mis aussi sa patte dans les clips, qui a mis sa patte dans pas mal de choses. On a travaillé avec lui on cherchait à supporter ce titre, Opposite Terror avec toute la dualité qu’il y a dans ce titre. On voulait vraiment avoir cette opposition entre une première lecture, qui peut être joyeuse, mais finalement un peu plus malsain quand on regarde et inversement, les fleurs… Enfin, réussir à retranscrire cette dualité-là. Donc ça a été un cheminement qui nous a amenés à ce résultat.

Seyn (Jean-Philippe) : Après sans parler de Theater of Pain, parce que ça remonte déjà à un moment, mais nous, pour le coup le masque, c’était voulu. Mais si tu regardes, d’un côté ce masque avec ce sourire forcé tout en ayant cet air triste

Art n’roll : Tout à fait, alors que ce n’est pas votre style.

Seyn (Jean-Philippe) : On force finalement à être heureux, c’est ça que dit l’album. C’est vrai que c’est un thème au final qu’on revoit vachement. Ce genre de masque aujourd’hui, dans différents mouvements, un peu enfin… Anonymous et même tout ce qui se passe autour du film Joker maintenant etc. et je pense que ça dit quelque chose aussi d’une époque, ça dit aussi quelque chose de nous, dont parle dans l’album, mais qu’on peut retrouver sur différents autres mouvement, médias ou d’autres œuvres . Le thème du masque revient beaucoup.

Art n’roll : On le voit beaucoup en ce moment.

Seyn (Jean-Philippe) : Peut-être le côté moderne de l’album. C’est ce côté moderne et actuel de l’album.

Art n’roll : Et ce nouveau producteur, vous avez pris Andrew Guillotin, c’est ça ?

Seyn (Jean-Philippe) : Ouais.

Art n’roll : Pourquoi ce choix ?

Schuff (Sébastien) : On avait envie déjà d’un peu plus de proximité. Le dernier avait été enregistré à Lille et on s’est rendu compte avec l’expérience que ça ne simplifiait pas les échanges dans toute la phase de post-prod. Et on en avait tiré comme conclusion que le prochain serait forcément plus proche de nous en termes géographiques. On avait une volonté d’avoir un son plus récent, plus contemporain que ce qu’on avait déjà, mais plus massif aussi. Et en fait, Kootôh sur un autre projet, avait déjà travaillé avec Andrew, avait apprécié son expérience. Il s’est dit ça s’est bien passé avec lui, on écoute un peu ce qu’il fait et il y a carrément moyen de faire ce qui nous intéresse. Donc c’est comme ça qu’on est parti avec Andrew à l’Hybreed Studio.

Art n’roll : D’accord. Et pour composer l’album vous avez travaillé chacun de votre côté ou vous ramenez chacun des idées ?

Schuff (Sébastien) : Sur cet album-là, c’est William donc l’ancien guitariste compositeur, qui a amené toutes les bases, tous les squelettes de morceaux. Assez généralement il amenait un squelette avec des idées qui s’enchaînent et on le retravaillait ensemble. Que ce soit à travailler, à amener des arrangements, souvent il proposait des parties de batterie, il y en a certaines que je rejouais à l’identique, d’autres que je modifiais, d’autres où je partais complètement ailleurs parce que mon inspiration m’amenait autre chose. Du coup ça amenait d’autres changements, tout un travail où ça se construit, ça se modèle au fur à mesure, le chant vient se poser par-dessus et voilà après ça mature. On les joue, on essaye d’en faire des petites maquettes écoutables, puisque c’est aussi important de pouvoir le réécouter, il y a des choses dont on ne se rend absolument pas compte quand on joue. Que ça soit des problèmes de justesse, comment ça sonne, ou même de l’émotionnel. Il y est important de ne pas attendre la dernière minute d’être en studio pour se rendre compte de ce qui est bon ou pas bon. D’ailleurs on essaye aussi, au fur et à mesure, que les morceaux sont amenés à maturité de les insérer dans nos set-list en live et de capter les retours du public et de voir aussi, ce qui marche, de se rendre compte justement, même si les morceaux sont courts qu’il y a peut-être encore des passages où il y a des longueurs, des choses qui justement réagissent bien tout simplement. Ça peut nous permettre de faire des essais et on tire conclusion de tout ça pour essayer de produire les meilleurs morceaux qu’on peut.

Art n’roll : Et vos retours sur l’album en ce moment ?

Seyn (Jean-Philippe) : Jusqu’à présent on a de très bons retours.

Schuff (Sébastien) : Oui jusqu’à présent que ce soit dans les fan-bases comme déjà les chroniques qu’on a eues côté presse.

Seyn (Jean-Philippe) : Moi j’ai vraiment beaucoup aimé personnellement. (Rires) Non, mais des supers bons retours, que ce soit presse, public, les gens sont assez enthousiasmés par cet album. Voilà j’espère que ça va leur donner envie de venir nous voir en concert surtout. C’est là qu’on a envie que la musique vive en live.

Art n’roll : Bien sûr, vous êtes un bon groupe de scène, vous aimez la scène, apparemment, j’ai vu que vous aviez une bonne communication avec votre public, qui parfois monte sur scène.

Seyn (Jean-Philippe) Schuff (Sébastien)  : Ouais, ouais, c’est vrai.

Schuff (Sébastien) : Tu ne l’as pas trop vécu encore toi, mais

Art n’roll : Vous avez eu une expérience, il n’y a pas très longtemps où tout le public est monté sur scène, je ne sais pas si…

Schuff (Sébastien) : La dernière fois qu’on a eu tout le monde sur scène, je ne sais plus… Je sais que la release de l’album précédent ou sincèrement ça va été un gros, gros, bordel. Tout le monde était monté. ça n’avait pas été forcément simple pour tous les musiciens, mais on s’en fout, l’important c’est de se faire plaisir et de donner du plaisir aussi. Après c’est arrivé sur d’autres scènes aussi, ça dépend du lieu, de la configuration du lieu, des fois ce n’est pas possible aussi et puis comment réagi le public et puis du mouvement où ça passe dans la tête de Kootôh de les inviter. C’est une sorte de n’importe où et puis ça se passe et puis voilà.

Seyn (Jean-Philippe) : Ou ça peut être Kootôh et moi qui descendons aussi parfois, ça peut arriver, c’est même plus souvent ce qui arrive. On descend, on aime bien, je pense surtout tous les deux Kootôh et moi, on aime vraiment être au contact direct avec le public, vraiment sur le bord de la scène, vraiment capter les mecs dans les yeux et jouer les yeux dans les yeux et tout avec eux. Moi c’est ça qui me fait vibrer, c’est ça que j’adore. Vraiment c’est ça que j’adore ! Là on ressent un truc, ça donne envie de faire un truc encore mieux, c’est que tu vas faire un truc bien…

Schuff (Sébastien) : Le prochain set tu te mets à la batterie et je prends ta guitare pour essayer.

Seyn (Jean-Philippe) : Rires.

Art n’roll : Ouais vous échangez les rôles.

Seyn (Jean-Philippe) : Oui c’est sûr ! et puis on s’appelle Metallica. (Rires)

Art n’roll : Ou ULTRA VOMIT qui sont dans le change d instruments ?

Schuff (Sébastien) : C’est vrai.

Art n’roll : Qui change de la batterie à la guitare.

Rires

Art n’roll : Vous avez eu des invités spéciaux, vous avez eu Stéphane Buriez qui une fois est monté avec vous sur scène.

Schuff (Sébastien) : Oui on a fait une date, c’était pour les dix ans en tout cas pour les dix de Kootôh puisqu’il n’y a que lui qui est là depuis l’origine. Donc on avait cette date avec eux. On avait envie de se faire plaisir avec un groupe un peu mythique, moi j’écoute ça depuis que je suis au collège. J’ai toujours adoré et quand on lui a proposé de venir sur un de nos morceaux, il a accepté et ça a été un bon pied quand même.

Art n’roll : J’imagine

Schuff (Sébastien) : C’est vraiment un gros kiff et puis c’est quelqu’un d’adorable, de super abordable, donc ça s’est passé naturellement tout seul. Oui ça a été pour moi un des grands moments.

Art n’roll : C’est une de vos références Loudblast quand même dans le métal surtout en France ?

Schuff (Sébastien) : Plus pour moi que les autres peut-être. En tout cas au niveau goût, c’est sûr qu’à l’époque, quand j’étais petit il y avait Massacre avec Loudblast en scène française. C’est ce que je suivais, Massacre c’est arrêté, Loudblast a continué quand même beaucoup plus longtemps et ils ont continué à vivre dans le métal aussi. Moi c’était un truc de môme c’était magique.

Seyn (Jean-Philippe) : C’est un groupe que j’ai découvert plutôt sur le tard, moi et quand ils ne faisaient plus rien.

Art n’roll : Au niveau de la scène française, vous en pensez quoi aujourd’hui du métal en France ? Surtout chez nous les groupes français…

Schuff (Sébastien) : C’est vrai que depuis deux ou trois ans il y a quand même un revival où il y a des jeunes qui continuent à pousser et qui percent. Il y a un retour de pas mal de groupes qui avaient un petit peu disparu de l’actualité et qui reviennent un peu plus sur le devant de la scène, à l’image de la programmation du Hellfest sur la journée du vendredi l’année dernière. NO RETURN qui continue les changements de chanteur, de line-up, Moreno je t’aime ! Oui, il y a quand même de quoi faire, il y a de la matière.

Seyn (Jean-Philippe) : Il y a Misanthrope qui fête ses trente ans. Ils sont quand même toujours-là en faisant ce qu’ils font. Et on peut dire ce qu’on en veut, ils le font plutôt bien en étant assez actif sur la scène métal en France.

Schuff (Sébastien) : Je ne sais pas ce qui dans le public motive l’intérêt pour et kiffer parce que s’il n’y avait pas de public il n’y aurait pas de retour sur le devant de la scène. Ce sont des groupes qui n’ont pas forcément arrêté, mais je trouve qu’ils ont plus de présence, on leur propose plus de belles choses aujourd’hui. Et je ne sais pas dans le public ce qui fait qu’il y a un retour, je ne saurais pas l’analyser, mais en tout cas il y a de la matière sur la scène française en ce moment. Il y a de la proposition.

Seyn (Jean-Philippe) : Il y a ce retour de vieux groupes de trash comme Exodus qui sont vachement revenus, Testament, plein d’autres groupes qui font un gros revival de cette période-là des années 80.

Schuff (Sébastien) : Oui, c’est n’est pas spécifique à la scène française.

Seyn (Jean-Philippe) : Oui ça s’englobe dans un mouvement plus général.

Schuff (Sébastien) : Peut-être qu’il y a quelque chose socialement qui donne envie de retrouver des racines, une nostalgie, je ne sais même pas te dire si c’est des jeunes qui se mettent à s’intéresser et à promouvoir ces groupes plus anciens ou si c’est les amoureux de la première époque qui, peut-être, sont passés par un step de leur vie où ils sortaient peut-être un peu moins, ils ont dû s’occuper des mômes et aujourd’hui ils disent : bon on a quarante ans, cinquante ans et on a envie de sortir et ça rappelle ces groupes-là. Je n’ai pas fait d’analyse, dis-donc ! Je la fais ce soir !

Art n’roll : Vous avez une tournée prévue ?

Schuff (Sébastien) : On sort de tournée.

Art n’roll : Vous avez tourné ?

Schuff (Sébastien) : On a tourné, on a fait une dizaine de jours sur la fin octobre, début novembre, on a fait un petit tour de France. On a fait de l’est, du nord, on est redescendu côté sud-ouest avec un petit passage en Belgique, un petit passage en Espagne, on a roulé. Et c’était bien sympa.

Seyn (Jean-Philippe) : Ouais, ouais.

Schuff (Sébastien) : On s’est bien éclaté, ça a permis aussi de passer pas mal de temps ensemble en dehors de la scène, ce qui n’est pas forcément évident parce que dans l’année on a aussi des vies, des contraintes professionnelles, familiales, on ne se voit pas qu’en répètes, mais c’est différent. Tu passes dix jours à cinq bonhommes plus l’ingé-son, donc t’as six bonhommes h/24 les uns sur les autres, c’est une autre expérience. C’est là que tu vois si ça le fait ou si ça ne le fait pas.

Art n’roll : Les groupes ont besoin de tourner de toute façon pour continuer à vivre. On s’en rend compte aujourd’hui.

Schuff (Sébastien) : Oui ce n’est pas la vente de la musique qui fait quoique ce soit, sans parler du dématérialisé.

Seyn (Jean-Philippe) : Surtout un style comme le nôtre où c’est une musique qui est faite pour le live.

Art n’roll : Et pour un groupe comme vous, vous pensez quoi, par exemple, quand vous savez qu’on trouve votre album sur Deezer. Si vous êtes abonnés à Deezer votre album on l’écoute…

Seyn (Jean-Philippe) : Mais sur Deezer il y est parce qu’on le veut bien.

Art n’roll : Vous le voulez bien ? ça m’intéresse de savoir, parce que je connais des gens personnellement qui disent oui je l’ai écouté sur Deezer, ben oui, mais matériellement, oui c’est bon sur Deezer je suis abonné.

Seyn (Jean-Philippe) : Ils l’ont écouté et ils viendront peut-être nous voir en concert, mais c’est ce que je me dis.

Schuff (Sébastien) : On n’est clairement pas dans la démarche où on recherche à en retirer quoique ce soit de financier. En tout cas il est clair qu’on n’en vivra jamais, ça fait trente ans qu’on a arrêté de croire ça.

Seyn (Jean-Philippe) : Si tant est qu’on ait envie d’y croire ou pas envie vraiment de faire ça.

Schuff (Sébastien) : Nous ce qui nous intéresse c’est de pouvoir jouer, donc c’est toucher un maximum de monde. Forcément il faut quand même qu’on réussisse à en récupérer un petit peu pour pouvoir réinvestir dans la suite. Aujourd’hui, c’est clair c’est un loisir, c’est une dépense d’argent ce n’est pas un gain. Tout ce qu’on peut toucher nous permet de réinvestir, proposer des shows et des albums de qualité, parce que la production, ça a un coût aussi. Mais, moi je préfère qu’on s’étende, qu’on touche plus de monde et que ça nous permette d’accéder à plus de scènes, même si c’est faire écouter la musique pour trois francs six sous. Ce n’est pas la même réflexion pour tous les groupes, ce n’est certainement pas la même réflexion pour ceux qui essayent d’en vivoter. Je ne parle pas des gros groupes qui en vivent, de toute façon ils ont tellement de vues que ça marche aussi pour eux. Mais en tout cas, dans notre logique à nous, ce n’est absolument pas dérangeant.

Seyn (Jean-Philippe) : ça dépend du modèle économique du groupe en fait. Spotify, Deezer, Apple, machin, enfin tous ces trucs-là ils existent, c’est un fait. Ils existent ! donc, si ça permet à quelqu’un d’écouter l’album, de nous aimer et d’avoir envie de venir nous voir, ou d’en parler à ses potes et ses potes viennent nous voir en concert. Eh ! bien ils viendront nous voir en concert et peut-être qu’ils achèteront le CD ou peut-être qu’ils achèteront un t-shirt, etc. et voilà, mine de rien, c’est à nous, c’est des t-shirts ça permet de faire vivre le groupe, d’avoir de quoi, ça paye l’essence pour se déplacer, ça paye l’hôtel s’il faut un hôtel. C’est aussi de l’argent qu’on va mettre de côté pour l’album d’après, tous ces trucs-là tu vois.

Art n’roll : Donc que du bon pour TankrusT.

Seyn (Sébastien) : De toute façon plus il y a de personnes qui écouteront, qui apprécieront, plus ça nous permettra de passer du temps sur scène et l’objectif il est atteint.

Art n’roll : Un prochain album encore dans deux ans ou on attend encore un petit peu ?

Seyn (Sébastien) : Ouh la ! On va bien faire vivre celui-là déjà !

Schuff (Sébastien) : On va bien profiter de ce que celui-là peut nous offrir. Là, l’objectif c’est de continuer à faire un max de scène pour vraiment aller se faire plaisir, qu’il y ait un retour plaisir sur investissement de tout le travail abattu dans les phases en amont. Parce que c’est quand même du travail et ce n’est pas que de la partie de rigolade non plus. Donc à un moment, il faut aussi se dire que tout ce travail-là, il sert à aller prendre son pied derrière. On ne va pas se dépêcher, on ne va pas jouer la montre. En plus on a deux nouveaux membres, des guitares, qui sont-là donc je pense qu’il faut prendre le temps de s’imprégner de l’esprit TankrusT si on veut pouvoir continuer à composer dans la continuité.

Il y aura certainement des sonorités des choses différentes par la suite, parce qu’ils vont apporter leurs pattes. Maintenant TankrusT il faut que ça reste TankrusT. On ne va pas se dépêcher à aller composer pour tenir un calendrier que je ne sais qui imposerait. On ne va pas non plus traîner, le but ce n’est pas de disparaître de la scène donc on est conscient qu’il faut avoir quand même une présence et qu’il ne faut pas laisser trop, trop, passer les années entre les albums et puis même on va commencer à s’ennuyer si on n’a pas de nouvelle matière. Mais en tout cas ce n’est pas la priorité du moment.

Art n’roll : Personnellement j’ai écouté l’album. Bon il est tellement riche en tous styles de métal que bon, on a de quoi faire pour quelques années encore. Non, non il est excellent !

Seyn (Jean-Philippe) : Rires

Schuff (Sébastien) : Merci

Art n’roll : Un mot pour la fin, parce que vous dites : reste tranquille ce n’est pas fini !

Schuff (Sébastien) : Pendant longtemps c’était la conclusion de Kootôh sur pas mal d’interviews, c’était même dans les paroles d’un des morceaux de l’EP (en anglais sur l’EP). Je ne sais pas comment il l’a composé et comment il a gardé dans la compo, mais il l’a gardé souvent en conclusion et c’est bien ça : rendez-vous dans la fosse les gars !

Art n’roll : Eh bien avec grand plaisir. Merci beaucoup.

Seyn (Jean-Philippe) : Merci à toi.

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