HOT on the rocks!

Interview avec Etienne, Pierre et Julien du groupe Deliverance

vendredi/09/06/2017
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Rencontre avec Etienne Sarthou (guitare), Pierre Duneau (chant), et Julien Hekking (guitare) pour échanger sur la sortie de l’album « Chrst » avant leur concert à l’Olympic Café.

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Art N Roll : Pour commencer cette interview, pourriez-vous présenter l’origine du projet ?
Etienne : L’origine du projet c’est l’enregistrement de ton (Pierre Duneau) premier album avec memories of a dead man. J’ai rencontré Pierre comme ça. J’ai trouvé qu’il avait une super voix, qui allait bien avec des morceaux que je pouvais avoir en tête.
Pierre : Il m’a appelé, il m’a fait écouter ce qu’il avait enregistré à la guitare et ça m’a plu.

ANR : Vous avez commencé par enregistrer un premier EP « Doomsday Please » avec d’autres musiciens, comment ça s’est passé ?
Etienne : Spontanément on a pensé à Jeff, qui était le batteur de memories of a dead man. A la basse il y avait Aurélien, un très bon ami à moi qui était merch guy pour AqME. Ensuite on a changé le line-up parce qu’Aurélien est part s’installer en province. On a recruté Sacha à la basse par le biais de Julien, avec qui il avait joué dans un projet obscur. Il nous avait dit que Sacha était super, donc on l’a fait rentrer dans le groupe comme ça, sans auditions.  Julien venait avec nous dès qu’on avait une date, mais il ne faisait pas partie du groupe. On s’est lancé dans la composition et l’enregistrement de l’album avec ce line-up là. Notre batteur est parti pour changer de vie. On a trouvé un nouveau batteur, Fred, et depuis Julien fait partie du groupe.
Demain, tu es interrogée, je veux la chronologie complète de tout ce qu’on t’a raconté là ! (rires)
Imagine quand on aura fait 12 albums ! (rires)

ANR : Pour la composition de l’EP, c’était seulement toi et Pierre ?
Etienne : Oui
Pierre : Pour l’EP et l’album, on a gardé la même façon de faire. Etienne me présente ce qu’il a, puis on fait tourner au groupe, et je fais les textes dessus.

ANR : Julien, comment as-tu ressenti les compositions d’Etienne quand tu les as découvertes ?
Julien : Rapidement j’ai fait en sorte d’apprendre les morceaux, et c’est comme ça que je suis rentré dans la musique du groupe. A partir du moment où j’ai mis les oreilles dessus c’était pour apprendre mon rôle de guitariste. Ce n’est pas du tout la même chose que quand tu écoutes en tant qu’auditeur, je n’ai pas de recul là-dessus.

ANR : Comment est-ce que tu traduis ces morceaux sur scène ? Est-ce que tu joues exactement de la manière dont Etienne a conçu le morceau ou est-ce que tu apportes une touche personnelle ?
Julien : J’imagine qu’il y en a une par rapport à mon jeu, mais ce n’est pas le but. C’est un groupe unitaire, un bloc, une sorte de monolithe. Pierre est autour de ce monolithe.
Etienne : C’est vrai que lorsqu’il joue un riff, un peu différemment de moi, je préfère lui dire « tu devrais le jouer comme ça ». Ce n’est pas un groupe d’individualités, il faut vraiment que l’on fasse bloc, et par-dessus il y a Pierre qui chante. Les quatre musiciens, nous sommes là pour faire un mur de son, il n’y a pas de marge de manœuvre. C’est le contraire dans AqME, où chacun peut apporter quelque chose.
Julien : Pierre c’est le singe devant le monolithe de 2001 (Odyssée de l’espace), qui danse autour et ne sait pas ce qui se passe. (rires)
Pierre : Mais il n’y a pas beaucoup de marge pour le chant non plus, c’est un chant qui se veut très linéaire. Il ne transmet pas beaucoup d’émotions.

ANR : Justement, puisque l’on parle de la voix, pourrais-tu nous parler un peu de ta technique vocale ? Dans « Chrst », ta voix est parfois très mise en avant, avec des paroles qui deviennent parfois même intelligibles sur un morceau comme « I say Christ »…
Etienne : Ah ! j’aurais dû mettre plus de reverbe !! (rires)
Pierre : Ce n’était pas voulu !

ANR : (rires) … et il y a d’autres passages où ta voix est presque en arrière-plan. Il y a donc de réelles nuances. Comment est-ce que tu travailles cette technique de chant propre au genre, et ces différents positionnements ?
Pierre : La technique c’est un peu Etienne qui me l’a fait découvrir. Quand on enregistrait l’EP, on avait bouclé 3 titres, et j’avais mal à la tête donc on a fait une pause. J’ai recommencé à chanter d’une manière différente, et il m’a dit voilà c’est comme ça qu’il faut que tu chantes. Et il a tout effacé !
Etienne : On a tout refait ! (rires)
Pierre : Il m’a tout fait refaire en me disant de chanter de cette manière.
Etienne : Il a rechanté tous les titres en une soirée.
Pierre : Et moi je ne savais pas comment j’avais fait pour chanter comme ça. Il fallait me réapproprier ce que j’avais fait. Ça a été la partie difficile. Pour l’intention, ce sont les paroles qui te guident sur là où tu en mets et là où tu en mets un peu moins.
Etienne : Sur l’album le chant est plus varié que sur l’EP. Les morceaux sont plus variés, il y a plus de mélodie, plus de Black Metal. On essaie d’être subtile dans notre « bourrinage ». Sur « Decrucified » la différence est flagrante entre les couplets et les refrains.
Pierre : Tu ne voulais pas me croire qu’il y avait un refrain dans ce morceau ! (rires)

ANR : Quand on écoute « Chrst », on a un album très cohérent. Il y a des passages mélancoliques, parfois oppressants, assez dérangeants et froids aussi. On attend des montées de violence, qui souvent restent assez contenues, ou ne viennent pas, ce qui peut être déroutant, ou qui arrivent tout de suite. Comme sur « A bone shall not be broken » qui commence de manière très intense. Quelles sont vos intentions derrière ces morceaux en termes d’émotions ?
Etienne : Tu as parfaitement mis les mots qu’il fallait, parce que c’est exactement ça. Tout est toujours ultra froid, ultra maîtrisé. L’objectif c’est vraiment de retranscrire toutes les émotions que tu as citées : mélancolie, froid, violent, très lourd. Tous ces sentiments là c’est une partie de moi, de nous, c’est ce qui nous rassemble. Tous ces mots c’est ce qui trace notre route. Il n’y aura pas de changement de cap.

ANR : Quand on lit le nom de l’album, et les titres des morceaux on sent que les textes parlent de religion. Mais quels sont les thèmes que tu abordes réellement ?
Pierre : Ce sont des thèmes très personnels. C’est ma vision de la religion, de ce qu’il en reste, et ce qu’il y a de poétique dans les textes. On a un album qui s’appelle « Chrst » sans le « i ».  Une sorte de Christ déshumanisé. Le « i » en anglais, c’est le « je » … on a répondu à un interview là-dessus et Etienne m’a dit « fais plus simple !» (rires)
Etienne : En anglais en plus, c’est dur ! C’est une vision personnelle de la religion et du Christ.
Pierre : J’aime beaucoup Dostoïevski, il a écrit un livre qui s’appelle l’idiot et qui résume beaucoup ce que je vois dans le côté christique. Tu as beau être la meilleure personne du monde on te lynche. La voix varie selon le côté personnel que je mets en avant ou retire.
J’aime bien l’anglais recherché, à l’ancienne, j’essaie de retrouver ces tournures que tu peux avoir dans les textes bibliques.
Etienne : Pierre a carte blanche pour les textes, et j’ai carte blanche pour la musique. Ça devait s’appeler Deliverance, je connaissais la musique mais pas les textes.

ANR : Un mot sur le nom du groupe alors. On pense tout de suite au film !
Etienne : Mais c’est exactement ça. Je sais qu’il y a déjà des groupes qui s’appellent Deliverance, mais j’ai fait fi de ça. Quand j’ai revu le film, j’ai trouvé que c’était vraiment un film Black Metal dégénéré. Je voulais ce nom, et puis tant pis. Il y a plusieurs Shining, tout le monde n’a pas la chance d’être un seul Metallica ou Slayer. Un de mes groupes préférés est Pantera, c’est stupide comme nom. Tu vas voir un concert de panthère ? Pourtant, c’est un des meilleurs, si ce n’est le meilleur groupe de Metal de la planète.
Pierre : Ce qui est important pour moi, c’est que j’ai ce ressentiment de réelle délivrance avec le groupe. J’avais besoin de pouvoir mettre des émotions, et ça me va bien. Il y a aussi le côté français/anglais. N’importe où, le nom passe.

ANR : On peut parler de la pochette ? Celle de l’EP était très scandinave, avec la forêt, la neige, la nuit, ça reflétait bien cette idée de froid. La nouvelle a été faite par Sacha ?
Etienne : Non pas du tout, c’est ma femme (rires) ! Sacha a fait les designs des T-Shirts. C’est un ami, qui passe son temps dans le Jura et les Vosges, qui a pris les photos. Je voulais absolument que ce soient ses photos qui illustrent Deliverance. C’est ma femme qui a fait les designs. On voulait clairement un design Black Metal Arty.
Pierre : A chaque fois que Pauline proposait quelque chose, elle avait 3 ou 4 idées. Chacun votait pour l’une ou l’autre. Mais quand on a vu cette proposition on a tous été d’accord.
Etienne : C’est exactement ce qu’il nous fallait. A la fois dark et beau. C’est digne, c’est froid, c’est comme notre album.

ANR : Votre premier EP vous l’avez sorti en édition vinyle numérotée. Ce CD sort en édition limitée avec un T-Shirt, avec un dessin de Sacha. Quelle est la logique derrière ?
Etienne : C’est Deadlight qui nous a proposé de faire cette édition « bundle ». On ne l’a pas sorti en vinyle.

ANR : Pas encore ?
Etienne : on se pose la question, mais Deadlight ne presse pas de vinyle. Si on dégage des sous avec le merchandising on pressera peut-être quelques vinyles, mais ce sera de notre poche.

ANR : Des projets en 2017 ?
Etienne : Faire beaucoup de concerts. J’ai aussi pas mal de titres déjà prêts.
Pierre : On a même des titres avec des textes.
Etienne : Pour tout te dire, j’avais le projet fou que le premier album soit un double album. Je me suis dit que c’était trop de travail, et que c’était aller trop loin pour un premier album.
Pierre : On allait asphyxier les gens.
Etienne : On veut montrer que Deliverance est un groupe qui existe. On n’est pas prêt d’arrêter ! (rires)

ANR : Etienne, on te connait comme batteur d’AqME. Comment ça se passe pour toi sur scène en tant que guitariste ?
Etienne : Ce n’est pas une musique très fatigante à jouer, elle est assez lente. Mon rôle de guitariste c’est le prolongement de mon rôle de musicien. Je continue d’engranger de l’expérience, je ne panique pas, mais c’est un nouveau boulot pour moi. Je ne me suis jamais considéré comme guitariste, mais je vais commencer à le faire.

ANR : Dans notre dernière interview tu disais que Julien t’aidait à devenir un meilleur guitariste.
Etienne : Complètement. Avoir commencé à jouer avec lui a clairement changé ma vision de la guitare. Il a eu un impact énorme sur ma manière d’écrire les morceaux, de comprendre l’instrument. Il a été un puit de science et d’inspiration sans fin. Il m’a inspiré aussi bien pour Deliverance que pour tous mes autres projets. Sauf peut-être mon projet Death old school. (rires)

ANR : Un mot à ajouter ?
Etienne : Merci à toi pour l’interview et venez nous voir en concert.
Pierre : Oui merci !

ANR :  Je voulais aussi vous remercier. J’ai découvert Cult of Luna, Amenra et Neurosis l’année dernière, et grâce à vous j’apprends à aimer le Black Metal.
Etienne :  Cool ! Tu mélanges ce que tu viens de citer avec du Black Metal et tu nous as à peu près !
Pierre : Il manque juste le côté Black Metal

ANR : Il faudrait écouter quoi en Black Metal alors ?
Etienne : On aime bien Watain, Dark Throne, Regarde tomber les hommes,… on est hyper exigeants (rires). Et puis on n’est pas hyper fans de Black Metal. J’aime bien Shining, à partir du 4, 5, 6 albums. J’aime beaucoup Satryricon aussi. On ne se considérera jamais comme un vrai groupe de Black Metal, et on ne plaira pas aux vrais fans intégristes.

ANR : Vous offrez une ouverture sur le genre.
Etienne : Oui, tout à fait. D’ailleurs il y a plus en plus de groupes qui viennent piocher dans le Black Metal. Un groupe comme Death Heaven, ce sont des mecs fringués comme des Deftones, mais qui font du Black Metal. Jouer les codes c’est ce qui est drôle. Ça choque les fans, les intégristes, mais j’adore jouer avec les codes. Deliverance s’inscrit dans la tradition tout en prenant des libertés.
Pierre : Par exemple, on a mis une croix à l’envers sur une partie de l’image qui est retournée, c’est génial ! (rires)

https://www.facebook.com/deliveranceband/

 

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