HOT on the rocks!

Interview Manuel Gagneux de Zeal and Ardor

dimanche/15/01/2017
1 187 Views

ZEAL AND ARDORArt n’ Roll : Tout d’abord, quelle est la signification du nom « Zeal and Ardor »?
Manuel Gagneux : Ça signifie détermination et passion, et ça symbolise assez bien la façon dont j’envisage la musique, parce que j’ai besoin d’y accorder de l’importance.

AnR : Et à propos du projet en lui-même ?
MG : Les deux mots sont très souvent utilisés dans un contexte très religieux et chrétien, c’est pour ça que je les ai choisis.

AnR : Vous avez un autre projet, Birdmask, qui est très différent en terme de style musical. Comment vous passez de l’un à l’autre ?
MG : Je crois que c’est ce que j’ai le plus envie de faire en ce moment. J’ai besoin d’être fasciné par ce que je fais, sinon, le résultat n’est pas bon.

AnR : Ce n’est pas difficile de créer des musiques si différentes ?
MG : Non en fait c’est plus facile de cette façon. Ça me permet de m’exprimer par des moyens différents.

AnR : L’album n’est pas encore sorti mais a déjà un sacré succès alors que c’est une sorte de blague à l’origine. Comment vous accueillez ça ?
MG : C’est surréaliste et bizarre. Je n’imaginais pas que les gens pourraient s’y intéresser, ou même que tant de gens pourraient l’écouter mais j’en suis très heureux au final.

AnR : Quels journalistes avez-vous rencontré pour la promo de « Devil is Fine » ?
MG : Principalement des journalistes de musique et de Rock.

AnR : Pas de journalistes spécialisés dans le Blues par exemple ?
MG : Non, mais un journaliste pour un magazine de guitares. Les journalistes de Blues ne sont pas encore venus.

AnR : Comment vous avez créé l’album ?
MG : Par expérimentation. Ce n’est pas encore ce que j’avais en tête, c’est encore brut, peu raffiné. J’ai essayé plusieurs choses en recherchant ce que j’aime.

https://zealandardor.bandcamp.com/

 

AnR : L’album est assez court d’ailleurs, il laisse l’auditeur sur sa faim…
MG : Oh c’est exactement ce que je voulais ! [Rires] Non en fait c’est l’ensemble de sons que j’avais à ce moment-là, c’est pour ça.

AnR : Quels instruments, quels sons avez-vous utilisé dans « Devil is Fine »?
MG : Il y a Aleister Crowley, un grand occultiste, qui parle, il y a également un muezzin. Et puis il y a des instruments qui me sont chers : une boite à musique, qui a pour moi un son très innocent, et qui dans ce contexte devient presque morbide. Et j’aime beaucoup.

AnR : A propos de la vidéo du titre « Devil is Fine », il y a de nombreuses références, ce qui le rend très riche. Pouvez-vous détailler ces références ?
MG : Il y a beaucoup d’interprétations artistiques d’anges et d’anges déchus. Et puis il y a Lucifer, les classiques. Mais au-delà de ça, il y a des références à la culture Pop : le personnage est habillé de façon moderne, je voulais introduire cette musique archaïque dans les temps modernes. C’est peut-être un peu évident et simpliste, mais bon…

AnR : Comment avez-vous choisi les sujets des chansons ?
MG : C’est différent de titre en titre, mais généralement en lisant des livres. Et puis en choisissant des mots qui sonnaient phonétiquement juste quand on les chante ou qu’on les crie, puis les mettre en contexte et les amplifier.

AnR : L’album se constitue de trois parties, avec trois Sacrilegium. Comment vous est venu cette idée ?
MG : Je voulais une cohérence thématique et chacun est sacrilège dans un sens qui leur est propre. Le premier est « haram » [interdit, impur dans la tradition musulmane, NDLR] à cause du muezzin qu’on entend chanter, le deuxième a un triton [autre nom de l’intervalle de quarte augmentée, qualifié de Diabolus In Musica, le diable dans la musique] caché, et le troisième est un titre au synthé, ce qui est sacrilège sur un album de Rock. [Rires]

AnR : Est-ce qu’il y a un peu d’ironie dans le concept de Zeal and Ardor ?
MG : Oui sans aucun doute ! C’est marrant d’ailleurs : des gospels sataniques, ça me fait un peu glousser… Mais quand on s’attelle à quelque chose pendant suffisamment longtemps, ça devient absurde, et puis ça redevient sensé. Et c’est ce que j’ai envie d’explorer : le point au-delà de l’ironie.

AnR : Et puis on ne peut pas dire que le Black Metal soit un milieu propice à l’ironie…
MG : Oui c’est vrai. Ce qui est étrange parce que pour un mouvement nihiliste, ne pas être ironique, c’est bizarre.

AnR : Ils ne sont pas très enclins à mélanger les genres non plus…
MG : Non, mais il y a eu des changements intéressants ces dernières années, avec Oathbreaker et Deafheaven, des groupes qui cassent les barrières…

AnR : Quel public vous imaginez pour « Devil is Fine »?
MG : Encore une fois, je n’aurais jamais pensé avoir un public donc je suis curieux de voir qui l’écoutera.

AnR : Sur le Web, il y a toutes sortes de médias qui parlent de cet album…
MG : C’est très éclectique et j’adore ça. Je suis curieux de voir qui sont ces gens.

AnR : Sigil, Branding, clip de « Devil is Fine » : vous reprenez les codes visuels du Black Metal en les métissant. Vous vous êtes inspiré de certains groupes de Black Metal ?
MG : Évidemment, j’en écoute beaucoup comme Burzum, Darkthrone, ou Schammasch qui sont du même coin que moi. C’est un langage visuel tellement fort, qui recèle une vraie beauté et j’ai tout volé ! [Rires]

AnR : Quelle « ambiance » pour les concerts à venir ? Vous avez prévu quelque chose de spécifique pour la mise en scène (comme les groupes de Black Metal peuvent le faire)?
MG : Oui il y aura une grande part visuelle pour le show, on est encore en train d’y travailler. J’y travaille avec un ami artiste, Luca Piazzalonga, c’est lui qui a créé le sigil en fer, il nous aide pour créer différentes choses bien tordues.

AnR : Est-ce que Zeal and Ardor sera le groupe d’un seul album ou est-ce qu’il y en aura d’autres ?
MG : Je vais enregistrer à l’automne de nouveaux morceaux. Après ça, je ne sais pas. Peut-être que ça me suffira ou peut-être que quelque chose de nouveau viendra.

AnR : Dernière question rituelle chez Art n’ Roll : avez-vous des hobbies artistiques, mis à part la musique ?
MG : J’adore dessiner et écrire.

 

Merci à Manuel Gagneux pour cet entretien et à Replica pour l’avoir organisé !

Leave A Comment