Interview avec Diogo de SCARRED

dimanche/18/12/2016
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Diogo « Yogy » Bastos, guitariste de Scarred nous reçoit au bar de la Maroquinerie avant le concert de vendredi, pour lequel Scarred fait la première partie.

Art N Roll : Pour commencer peux-tu nous présenter le groupe ?
SCARRED ITW AVEC DIOGO A LA MAROQUINERIE LE 09.12.2016On est Scarred, un groupe du Luxembourg. Le groupe a été formé en 2001 par notre batteur et ex-bassiste qui est aujourd’hui notre manager. Ils se sont connus près d’une arcade Mortal Kombat en sortant du lycée, ils avaient 15/16 ans je pense et ils ont commencé en faisant des reprises de Metallica, Slayer.. les classiques !

J’ai rejoint le groupe en 2003, j’avais 15 ans et en 2004 on a commencé à enregistrer nos premières démos.

Notre premier album « new fith order » est sorti en 2008, il a été enregistré en Allemagne. Et c’est à ce moment-là que le groupe a vraiment commencé à marcher dans la petite région, à jouer de plus en plus à l’étranger, à faire des festivals. En 2009 on a gagné la Metal-Battle pour aller jouer au Wacken.

 

ANR : Comment décrirais-tu le style musical de Scarred ?
Le style qu’on fait c’est difficile à décrire. Dans les médias on lit beaucoup du death, thrash mélodique. Ça peut donner une bonne idée comme une mauvaise idée mais pour donner une référence à un public français je dirais qu’il y a un peu de Gojira. On est influencés par le son français, mais aussi sons nordiques, un peu de black métal, c’est un grand melting pot assez dur à décrire.

 

ANR: Tu parlais du Wacken, vous avez également fait la finale du Red Bull et joué à la Philharmonie du Luxembourg
Oui c’est vrai (rires). Je n’étais pas là pendant le concert à la Philarmonie parce qu’entre-temps j’ai tourné avec un groupe norvégien qui s’appelle Satyricon. J’ai fait plein de tournées avec eux, je me suis fait remplacé par un guitariste qu’on a d’ailleurs gardé dans le groupe. Ça a dû être chouette de jouer dans une salle qui est faite pour la musique classique. Notre chanteur avait même mis un costume, c’était assez cool je pense.
Pour les concours, je n’aime pas trop en parler car ce n’est qu’une affaire de goût, je n’aime pas trop le concept.

 

ANR: C’était la première fois qu’un groupe de métal jouait à la Philarmonie, ça a généré du bruit autour du groupe, on en a parlé dans la presse.
Oui oui, au Luxembourg surtout. Quand tu joues dans une Philarmonie c’est tout de suite « oh oh », encore plus pour un groupe de métal. Le métal au Luxembourg commence à être plus accepté. Les médias parlent de nous parce qu’on est un groupe de métal Luxembourgeois qui marche bien à l’étranger etc. je pense que plus le groupe va gagner en notoriété et plus on parlera de nous dans les médias.

 

ANR: Vous mettez en avant le fait que vous venez du Luxembourg, c’est important pour vous ?
SCARRED ITW AVEC DIOGO A LA MAROQUINERIE LE 09.12.2016J’aime bien penser qu’on a pu démontrer qu’un groupe Luxembourgeois peut marcher. Surtout auprès des jeunes, on veut montrer qu’on peut y arriver, peu importe d’où l’on vient. Il faut le vouloir être musicien, c’est plus qu’une passion, c’est un mode de vie et c’est vraiment plus dur à gérer que ce que les gens peuvent penser. Ça met beaucoup de pression sur les relations, le boulot, les congés, tout ça. Mais j’espère que ça motive des groupes plus jeunes qui veulent vraiment le faire. Il y a beaucoup de déception, il savoir s’adapter mais aussi toujours y croire et donner son meilleur. L’univers te récompensera d’une forme ou d’une autre (rires).

 

ANR: Votre dernier album « Gaia-Medea » fait référence aux hypothèses Gaia et Medea qui décrivent la Terre comme un organisme vivant. Peux-tu nous parler du concept ?
On aime beaucoup travailler avec la dualité dans les textes. Je ne vais pas dire que c’est écolo comme ce que fait Gojira mais ça reste un sujet d’actualité. Il faut beaucoup plus en parler car la Terre est en train de piquer du nez, et je pense que les gens, surtout dans la société moderne, ne s’en préoccupent pas assez. Ce n’est pas la femme avec ses sept enfants au Bengladesh qui doit s’en préoccuper, mais dans notre société moderne il faut que les gens soient beaucoup plus conscients des choses auxquelles on contribue qui détruisent la planète. Medea c’est la Terre qui prend un peu sa revanche avec les catastrophes naturelles etc. qui se réorganise, qui guérit. C’est nous qui la détruisons, c’est nous qui en paierons le prix, voilà, c’est un peu ça l’idée.

 

ANR: Et le rapport avec le très bel artwork de votre album ?
Gaia-Medea CoverEn fait c’est un ami d’enfance qui l’a dessiné, un ami croate (Dragan Medakovic). C’est quelqu’un avec qui j’ai grandi et qui a toujours suivi le groupe. On fait du métal assez violent mais on ne veut pas tomber dans le cliché des pochettes têtes de mort avec des explosions. C’est bien tout ça mais je pense qu’avec les millions de groupes qui existent actuellement il faut savoir se réinventer et comme ça allait bien le concept album on voulait quelque chose de plus organique.

Quelque chose qui touche un peu plus à la couleur « Medea ». On ne lui a pas dit « dessine-ça » mais on lui a expliqué le concept de l’album, on lui a donné des textes et voilà le résultat. On est vraiment très content du résultat.

C’est dommage parce que sur la pochette on ne voit pas assez les détails mais si on ouvre l’image en pdf et qu’on zoome on voit que le dessin est fait avec des mini traits, il y a eu plus de 120h de travail, c’est un truc de fou !

 

ANR: Le résultat est vraiment sublime.
Ha, merci ! (sourires) Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui ont acheté le CD à cause de cette cover. J’aime bien ça parce que je faisais ça aussi quand j’étais jeune. Si une pochette me plaisait je prenais le disque et je l’écoutais. La plupart du temps j’aimais aussi la musique.

 

ANR: l’album a reçu des critiques très favorables, comment l’avez-vous vécu ?

Ça fait super plaisir ! Quand tu es jeune et que grandis en faisant de la musique, tu achètes les magazines et tu lis les critiques en te disant que tu aimerais bien qu’un jour ton groupe reçoive une bonne critique. On prend aussi les critiques négatives, parce que parfois ça peut vraiment te faire avancer. Il y a eu des critiques de gens qui disaient que ça pouvait faire long comme album, comme ça cogne pendant 1h. Et c’est vrai qu’avec le recul aujourd’hui je me dis que si je pouvais changer le disque je réenregistrerais les morceaux un peu plus lentement et j’en enlèverais quelques-uns. Je ne pourrais pas te dire lesquels, mais je trouve que ça fait 1h de « boom ».
En tout cas les critiques font super plaisir et donne l’envie de continuer. Alors qu’une critique négative ça peut faire très mal. Tu bosses sur un projet, tu y mets toute ton âme, tes congés, ton énergie. Il y a des critiques négatives justifiées et d’autres qui ne le sont pas… mais c’est pas grave. Au final c’est toujours une affaire de goût et il n’y aura jamais tout le monde qui aimera ta musique. On essaie de les prendre comme des outils pour s’améliorer.

 

ANR: Dans le groupe comment ça se passe pour composer un titre ? qui fait quoi ?
Les deux dernières années ça a beaucoup changé parce que j’habitais en Norvège. Normalement je compose un morceau avec des riffs, des blocs et une idée de structure. J’emmène ça en répète et avec les autres musiciens on regarde ce que ça donne. La plupart du temps c’est moi qui écris, mais si quelqu’un a quelque chose de bien on va le garder (rires). Dernièrement j’enregistrais des riffs, puis les envoyais. Après on mettait de la batterie pour avoir une maquette audible, puis on ajoute ou en enlève des parties. J’aime bien travailler avec ce modèle, on peut modifier sans trop de difficultés.

 

ANR: Comment est-ce que tu ressens l’influence de la Norvège sur ta musique ? Les pays scandinaves sont connus pour être des pays qui aiment un rock ou un métal plutôt « dark ». La Norvège, en particulier, a beaucoup de groupes de Black Metal.
Oui ça a définitivement influencé l’album. Je ne vais pas dire que c’est devenu du black métal mais il y une couleur black métal. Enfin si j’ose dire ça comme ça, j’entends déjà les puristes râler (rires). Au niveau des accords et des mélodies il y a une ambiance, mais de toute façon j’ai commencé à écouter du black métal à l’âge de 11 ans, donc ça m’a marqué.
Quand tu passes des hivers en Norvège et que toute ta famille, tes amis, ta copine ne sont pas là, ça te met dans une ambiance dark. J’étais un peu déprimé et en même temps j’ai connu une explosion de créativité. C’est là que la majorité du nouvel album a été composé, dans le noir, en regardant la neige tomber en Norvège. Vivre dans un pays nordique c’est pas pour tout le monde.

 

ANR: Juste avant de parler du prochain album, j’aimerais revenir sur des déclarations à la presse Luxembourgeoise où vous disiez ne pas vivre de votre musique et avoir des boulots à côté. Est-ce que les choses ont changé ? comment faîtes-vous pour gérer ces double-vies ?
Ça demande beaucoup d’énergie et d’organisation, et on n’est pas le groupe le plus organisé (rires). La vie privée est mise de côté mais ça en vaut vraiment la peine. On prend tous les congés qu’on a et on les met dans le groupe. Par exemple, aujourd’hui, notre chanteur n’a pas eu de congé, il a bossé jusqu’à midi puis a pris le train pour nous rejoindre.
On joue tous les week-end, parfois on part une semaine. Quand on joue le dimanche et que le lundi il faut tout de suite aller au travail ce n’est pas simple. C’est dur mais si tu veux le faire, tu n’as pas le choix. Pour tous les groupes, comme nous, semi-professionnels, on sait que pour rejoindre la cour des grands il faut faire des sacrifices. Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas et je pense que ça fait peur aux gens. Prendre le risque de perdre son boulot, et surtout dire à sa copine « ah tiens je vais quitter mon job pour partir en tournée avec mon groupe ». Mais bon, soit tu signes chez un gros label soit tu en passes par là.

 

ANR: Que peux-tu nous dire du nouvel album ?SCARRED ITW AVEC DIOGO A LA MAROQUINERIE LE 09.12.2016
C’est moins violent, beaucoup plus riche en atmosphère et en émotion. On a grandi en quatre ans, les vies changent. Musicalement, c’est plus accessible et plus cohérent.
On est en phase de pré prod, il n’y a pas encore de chant mais déjà c’est beaucoup mieux. Pour être honnête je n’en peux plus de Gaia-Medea (rires) ! J’espère qu’il va marcher, j’y crois vraiment. C’est pour ça que j’ai quitté Satyricon.

 

ANR: Tu as un discours très positif, mais le nom de ton groupe « SCARRED » renvoi à des évènements plus tragiques.
En fait ça va vraiment avec notre passif, tellement de choses se sont passées. Le prochain album nait de drames et de choses assez négatives mais porte un discours très positifs. J’ai vraiment hâte de le faire écouter aux gens et de l’écouter moi-même (rires). On va enregistrer en mars, on vise une sortie fin 2017. Il faut qu’on trouve un nouveau label.

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