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Interview de Myrath

jeudi/07/03/2024
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Art’N Roll : « Karma » est votre sixième album, ce mot est assez fort, assez lourd de sens, pourquoi Karma ?

Myrath : Le nom est venu après la thématique des chansons. Sur cet album, on voulait aborder plusieurs problèmes que nous avons vécus à titre personnel, tels que les discriminations, le racisme, le changement climatique, les échecs dans la vie et la dépression qui a touché plusieurs membres du groupe. Écrire là-dessus est un moyen de se soigner et d’aider des gens qui se retrouvent un petit peu là-dedans. Zaher, le chanteur m’avait proposé ce nom il y a quelques années, me l’a reproposé et j’ai trouvé que c’était vraiment opportun d’appeler l’album « Karma » car ce mot représente à mon sens toutes les thématiques de l’album.

ANR : En parlant des thématiques, qu’est ce qui était important pour vous d’aborder sur cet album ?

Myrath : La chose la plus importante pour nous, c’est la musique. Depuis le début du groupe les paroles sont écrites après la musique. Notre but est de transmettre un message d’espoir à travers une musique somme toute joviale. Dans Myrath, il y a toujours eu la dualité entre le coté dansant de la musique et le coté sombre des paroles. On recherche d’ailleurs cette dualité dans chacun de nos albums et que l’on a recherché sur « Karma » afin de s ‘exprimer sur des sujets de société qui sont très sérieux et dire qu’au bout du tunnel il y a une lueur d’espoir. Cette lueur d’espoir, on l’exprime par des notes, plus que par des mots.

ANR : Ce que tu viens de me dire, ça me fait penser au clip de « Candles Cry » qui est un clip très sombre mais il y a cette femme qui danse de blanc vêtue et qui exprime bien cette dualité.

Myrath : C’est exactement ça, le clip porte sur la perte du libre arbitre, et on voulu exprimer à travers un soldat qui ne sait plus vraiment pourquoi il est au combat. Il n’y a rien de politique dans le clip, je tiens à le souligner, on l’a tourné avant tous les problèmes, que le monde fait face a leur actuel.

Tu remarqueras aussi que les claquements de doigts remplacent les coups de fusil. Ça s’inscrit dans la même démarche ou l’on veut créer cette dualité en montrant des images qui exposent un vrai problème, et on essaie d’apporter un peu d’espoir, comme avec cette fille qui vient solutionner le problème, et aussi avec des images tournées d’une manière différente pour éviter de plomber une ambiance, ce qui serait absolument stupide vu la profondeur des textes. Je pense que c’est important de garder de la légèreté quand tu fais de l’entertainement et notamment d’un point de vue visuel.

ANR : Pourquoi avoir choisi Belgrade pour tourner le clip ?

Myrath : On a fait tous nos clips à Belgrade, depuis « Believer » on travaille avec une team exceptionnelle qui s’appelle « Icode Team », ils sont spécialisés dans le clip de metal et plus particulièrement dans ce qui est post production et 3D. Pour te donner un exemple, je n’ai pas les chiffres en tête mais admettons, tu vas faire un clip chez eux, tu vas le payer 10K € , dis toi que le même clip coûterait 50K € en France. C’est une bonne solution alternative, il y a pleins de groupes qui vont faire réaliser leur clip là bas.

Pour ce clip on a fait appel au réalisateur du clip « Papaoutai » de Stromae, j’ai trouvé sa sensibilité super et j’ai voulu qu’il partage ses idées.

ANR : En regardant vos clips j’ai noté que vous partagez une phrase pour décrire l’ambiance de la chanson. J’ai remarqué des mots qui semblent ressortir comme « emporwement » « escape from daily life » « transformative journey ». Quelle importance ont-ils pour Myrath ?

Myrath : Ce sont des mots qui nous permettent de nous soigner. Myrath est un groupe franco tunisien, nous avons trois tunisiens dans le groupe. Tout le monde sait que le racisme et les discriminations existent, mais je peux t’assurer que lorsque tu vis ça de l’intérieur, tu comprends ce qu’est le véritable racisme. Quand tu sais que chaque concert que tu vas faire dans le monde, tu n’es pas garanti de prendre ton avion parce que des membres ont le passeport de la mauvaise couleur et que ça va être une tout autre histoire, c’est quelque chose qui impacte psychiquement et de maniéré significative les membres du groupe. Et tu as deux solutions pour gérer ce problème : aller de l’avant soit baisser les bras.

Donc ces thèmes d’empowerment, de se libérer, de se faire confiance, de se détacher de la dépendance des autres, de faire avancer le monde, ce sont des thématiques que l’on s’applique à nous mêmes puisque c’est suffisamment difficile. Là, je te parle de notre propre expérience et notre mentalité fait qu’on a décidé de voir la vie du bon coté. C’était la manière la plus constructive de se soigner de ça.

ANR : Pour le clip « Heroes » vous êtes dans l’air du temps car vous avez réalisé le clip avec une IA ?

Myrath : on a essayé l’IA dans une démarche artistique. On avait prévu de faire le clip officiel avec « Candles Cry », mais après discussion avec la maison de disque, ils nous ont dit beaucoup aimer la chanson « Heroes » parce qu’elle représente beaucoup de choses, et si on mettait cette chanson en avant, des gens pouvaient être sensibles et découvrir le groupe grâce a cette chanson. A l’époque de cette conversation, on avait pas de support vidéo pour cette chanson, et on voulait faire une lyrics vidéo car on voulait que les gens lisent les paroles. Dans cette démarche là, on a voulu tester l’IA comme outil et je pense que ce qui est bien avec l’IA c’est que c’est un outil et il faut que cela reste un outil. Aujourd’hui les systèmes IA et réseaux neuronaux font qu’en théorie on peut remplacer l’humain.

Je vais enlever ma casquette de musicien le temps d’un instant, mais quand tu regardes les performances de chat gpt 4 qui est la version qui suit la version de chat gpt 3,5 qui est la version open source gratuite, tu te rends compte que cette IA a été fait par des humains avec une structure de data qui se rapproche du fonctionnement du cerveau humain et que le résultat de ça, grâce au super calculateur qu’on a et qui pourrit la planète à cause de GPU qui consomment un nombre de watts incroyables, il va falloir trouver des solutions à ça. Je pense qu’il ne fait pas mettre un frein au progrès mais il faut quand même être respectueux de la planète, voilà c’était un aparté.

Donc, du moment que cela reste un outil, je trouve que c’est bien de se familiariser avec cet outil là car je reste persuadé que cela peut être un véritable accompagnement dans la vie de tous les jours. Perso, je m’en sers tous les jours comme assistant de vie en me donnant des suggestions personnalisées en fonction de tout un tas de configuration.

Le traitement de l’image et du son est aussi évolué que le traitement de la linguistique ce qui fait un peu peur d’ailleurs car j’ai découvert la semaine dernière un outil qui s’appelle Suno, c’est un assistant de composition et grosso modo tu peux lui demander de faire « une composition metal dans le style de Myrath avec un pont en majeur suivi d’une envolée lyrique » et tu reçois ta chanson dans les deux minutes.

Ça fait un peu peur car tu te dis que c’est plus qu’un outil, ça remplace l’humain et la sensibilité artistique.

 

ANR : Dans le clip « Into The Light » qui est une captation live, on peut constater que le visuel est très important pour vous, comment préparez vous la scénographie ?

Myrath : On travaille la sceno en fonction des contraintes logistique puisque tu ne peux pas amener la même scéno si tu fais un concert à cote de chez toi ou si tu as 10h d’avion. On essaie de composer avec toutes les contraintes, et cela donne du travail en amont en terme d’organisation. Quand on va créer un tableau avec une danseuse, on va faire attention à quel morceau va suivre pour qu’elle ait le temps de se changer. Il y a une réelle logistique pour faire en sorte qu’il y ait quelque chose qui se passe sur scène toutes les 5/10 minutes, quelque chose qui attire l’œil, quelque chose de réfléchi avec la musique et qui apporte une véritable valeur artistique. Ça a été le cas pour le Hellfest car on a eu la chance de jouer à la maison, du coup, on a pu emmener un peu plus de scénographie que prévu. Donc c’est timé, réfléchi, chorégraphié, un peu comme ça se fait dans la comédie musicale ou tu réfléchis à l’entrée de tes artistes, a quoi ça sert qu’il soit à tel instant sur scène, qu’est ce que tu veux souligner et tu construis en réfléchissant en amont.

 

ANR : Peux tu me parler de la pochette ?

Myrath : La pochette a été peinte par un artiste qui s’appelle Bader Klidi qui est un brillant peintre tunisien, c’est l’artiste à qui on avait fait appel pour l’album « Tales of the Sand ». Il peint les choses de manière très colorée.

La fille représentée sur l’album est une Amazigh, les Amazighs viennent d’Afrique, du sud de la Tunisie, berbères avec des tatouages sur le visage donc c’est vraiment représentatif des racines des trois tunisiens du groupe.

On avait demandé à Bader une pochette qui soulignait le karma, il est arrivé avec l’idée d’une pomme, luisante à l’extérieur et pourrie à l’intérieur. La fille n’a pas croqué la pomme.

La pomme représente l’état de la société et le karma et qui est en connexion avec toutes les thématiques du groupe. Pour soutenir cette pomme c’est lui qui est venu avec cette idée de fille Amazigh berbère.

On a gardé l’idée car on adore les couleurs, les formes, c’est le genre de personnage que tu peux croiser dans les villages du sud de la Tunisie. Et pour des raisons esthétiques on a gardé la pochette comme ça.

ANR : Quels sont les projets de Myrath ?

Myrath : On se focalise sur deux choses, la composition du prochain album et les festivals de cet été, on attaque avec le SUMMERSIDE FESTIVAL en Suisse , ensuite on fait un détour pour le LUPPOLO IN ROCK en Italie, après on va au POL’AND ROCK FESTIVAL en Pologne qui est un énorme festival humanitaire, ce festival permet de donner une super visibilité a pleins de groupes, pas que dans le metal d’ailleurs ! Et enfin le MOTOCULTOR FESTIVAL !

Et il va y avoir une annonce de la première tranche de concert de notre tournée d’ici la fin de la semaine.

ANR : Le mot de la fin ?

Myrath : Merci à ceux qui nous soutiennent, on espère que l’album va vous plaire.

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