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Interview avec Snæbjörn Ragnarsson de Skálmöld

vendredi/25/08/2023
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Le 18 août dernier, les islandais folk metal de Skálmöld ont publié « Ýdalir » chez Napalm Records, leur sixième album. A cette occasion, Snæbjörn le barbu à lunettes et quatre-cordiste du sextet a accepté de répondre à nos questions. A ce propos, « Ýdalir » veut dire « vallée des ifs » dans l’idiome de la mythologie nordique ; et force est de constater que Word a éprouvé deux-trois soucis à bien cerner en quelle langue était retranscrit ce (relativement) court mais enrichissant échange franco-islandais. Ça a dû le changer pour une fois du sempiternel franglais…

 

Art’N’Roll : Bonjour ! Skálmöld dévoile son sixième album studio intitulé « Ýdalir » ce 18 août 2023 via Napalm Records… Ressentez-vous quelque superstition à la sortie d’un disque ?

Snæbjörn Ragnarsson (Basse) : Non, pas vraiment. D’une façon ou d’une autre, et quel que soit l’accueil qui lui sera réservé, j’aimerai toujours autant le disque… J’aime vraiment concevoir des albums, écrire, arranger, enregistrer, produire et tout le reste. Je crois sincèrement que si le processus de création s’est déroulé dans la bonne humeur avec l’engagement de chacun, le résultat sera bon. Je suis quelqu’un qui pousse assez loin ses intuitions sans tomber dans la superstition. Si je sens que quelque chose ne va pas, le truc c’est d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

ANR : Pourquoi le nom de votre groupe fait-il référence au « Sturlungaöld », cette période de conflits internes en Islande qui a duré une quarantaine d’années au treizième siècle ?

SR : Eh bien, « Skálmöld » signifie littéralement « Âge des épées ». « Skálm » étant l’ancien mot pour « épée », et « öld » désignant une sorte de période ou de siècle. Le mot lui-même, « Skálmöld », est utilisé en islandais moderne afin de décrire une situation un peu hors de contrôle, une émeute, une guerre ou quelque chose du genre, qui prend place au cours d’une durée plus ou moins étendue. Le lien entre nous et l’ère dite « Sturlungar » est en fait secondaire, du moins à mon sens… C’est juste un nom cool qui s’accorde bien avec notre musique et nos paroles.

ANR : Un mot s’il te plaît sur le poème « Grímnismál » qui semble être le thème du disque ?

SR : C’est l’un des poèmes des Eddas, où Óľinn nous parle des habitants et des lieux du royaume. Ullur est mentionné dans un verset et vit dans Ýdalir : Ýdalir heita. En voici les exacts propos :

            « Ýdalir heita,

            þar er Ullr hefir

            sér um görva Sali ».

Je ne me souviens plus avoir lu « Grímnismál ». Probablement en partie, mais ce n’est pas le thème principal de notre album.

ANR : Vous considérez-vous comme « témoins » d’une culture ?

SR : Je ne suis pas sûr de comprendre la question. Le patrimoine et la culture islandais font partie de ce que nous sommes et nous aimons raconter des histoires liées à nos ancêtres. Je ne me considère pas comme un gardien de quelque nature que ce soit, et je n’ai pas spécialement envie d’influencer de quelque manière que ce soit notre auditoire.

ANR : Si Skálmöld était un endroit, quel serait-il ?

SR : C’est une étrange question. Skálmöld est un groupe constitué de six amis. Nous aimons ce que nous faisons, nous travaillons dur, mais nous savons aussi prendre du plaisir à travailler. Imagine donc un mariage de six personnes ; c’est d’ailleurs tout un exploit d’avoir pu le faire fonctionner durant toutes ces années. Donc, et pour répondre à ta question, je suppose que Skálmöld serait une maison heureuse abritant une famille de six personnes.

ANR : Êtes-vous en lien avec d’autres groupes folk et pagan ?

SR : Bien sûr, nous avons effectué de nombreuses tournées au fil des ans en compagnie d’autres groupes, et nous sommes restés bons amis avec eux. Finntroll, Alestorm, Eluveitie et Arkona sont ceux avec lesquels nous avons le plus tourné et ils sont tous devenus de véritables amis.

ANR : Les résultats d’un recensement des groupes de folk metal actifs en 2020 sur le continent européen m’a surpris : il y en aurait 360 en Allemagne, 315 en Fédération de Russie, 131 en Espagne et pas moins de 163 en France ! Comment expliques-tu cet engouement pour le folk metal, qu’il soit d’ailleurs d’inspiration nordique ou pas, par exemple celui des russes d’Arkona que tu viens de citer ?

SR : L’inspiration, je pense. Même si ce n’est évidemment ni la raison ni le facteur principal. La musique folklorique est la musique du peuple, pour le peuple, et elle l’a toujours été. Mélanger cela avec le metal vient tout naturellement. Ce mélange naturel est la raison de cet engouement. Pour ce qui me concerne, il s’agit de mélanger mon parcours, mon expérience, avec cette musique que j’ai appris à aimer dès l’enfance.

ANR : Votre art, ainsi que la musique folk et pagan en général, sont-ils créés à destination d’initiés ou destinés à devenir populaires ?

SR : Ni l’un ni l’autre. Nous faisons simplement la musique que nous voulons faire. Ce qui se passe ensuite est un sous-produit. Je ne dis pas que nous n’aimons pas que quelqu’un écoute notre musique, mais la soif de popularité n’est pas le moteur de notre démarche. Je crois fermement que si vous faites quelque chose qui vient vraiment du bon endroit, les autres l’aimeront aussi. Essayer de manipuler les gens et faire à tout prix ce qu’il faut aimer, c’est merdique. Le contrôle, la cupidité et l’égomanie aussi.

ANR : Vous avez joué le 19 août 2016 au Midgardsblot Metalfestival 2016, un mot sur ce festival norvégien à dominante folk et pagan ?

SR : Hah, je m’en souviens très bien. C’était avant que nous ne commencions à utiliser des moniteurs intra-auriculaires, donc nous recevions tous les sons des moniteurs sur scène. Les festivals sont souvent propices aux surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, et quelque chose ne fonctionnait tout simplement pas ce jour-là ! Mon moniteur demeurant silencieux j’ai donné aux techniciens le signal de l’allumer : « Montez le son, montez le son !!! ». Mais aucun son ne me revenant, nous avons malgré tout commencer à jouer sur le thème « Alors, merde. Commençons simplement le spectacle, j’ai vécu pire !!! ». Et dix secondes après l’entame de notre première chanson, le technicien a probablement trouvé le bouton pour allumer le haut-parleur, mais le son est venu vers moi et les autres gars du groupe avec une telle violence que j’ai cru à une explosion !!! J’ai même eu l’impression de tomber de la scène !!! Je me souviens avoir tenté vainement de tirer le cordon pour le débrancher afin de tuer le son mais j’ai seulement réussi à retourner le haut-parleur vers le bas. Très drôle au final, assez mémorable. Une explosion sonique. Sinon super festival et ambiance. J’adorerais y jouer à nouveau.

ANR : Deux mois avant, le 19 juin 2016, vous aviez joué au Hellfest 2016 : reviendrez-vous un jour au Hellfest ?

SR : J’espère. C’était un sacré concert. Super festival également, et j’ai pu voir mon groupe préféré sur scène ce jour-là : Bad Religion. C’est pour moi le meilleur groupe de l’histoire de l’univers !

ANR : Le 17 octobre prochain, vous jouerez au Backstage O’Sullivan à Paris, et le 20 octobre au Rock Your Brain Festival à Sélestat… Connaissez-vous Sélestat ?

SR : Désolé, je ne peux répondre par l’affirmatif. Encore une fois, ma mémoire est une merde absolue. De ce que j’ai cherché et de ce que l’Internet m’a montré, je suppose que nous allons apprécier ce lieu. Ça a l’air cool. As-tu des conseils pour nous ?

ANR : Pas spécialement. Une question plus générale pour finir : le tourisme en Islande s’est considérablement développé au cours des dix dernières années (jusqu’à sept fois la population islandaise certaines années), comment considérez-vous ce développement massif ?

SR : Il y a du bon et du moins bon. Cela a mis à rude épreuve les diverses infrastructures, les routes, les hôtels, les installations et tout le reste. Mais c’est surtout sur nous, les gens du coin, que repose la pression : nous devrions faire les choses au mieux, les faire monter d’un cran, afin que tout le monde puisse profiter de cet engouement. Dans l’ensemble, c’est une bonne chose, c’est comme convier des invités à visiter, donc nous devrions les accueillir au mieux, aller à leur rencontre afin que tout le monde puisse passer un bon moment, tant eux que nous. Sinon j’ai comme l’impression que le choc initial s’estompe un peu. Nous sommes désormais un tantinet accoutumés au tourisme de masse et nous savons davantage comment gérer les choses. De ce fait, les islandais sont plus ouverts qu’auparavant et se remettent à servir les autres, tant les touristes que les autres islandais. Nous avions en effet un peu oublié ce que voulait dire « servir ». Mais le bilan est positif dans l’ensemble, c’est génial de recevoir des touristes ! S’il vous plaît venez !!!

ANR : Merci beaucoup !

SR : Takk sömuleiļis !

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