Whitin Temptation – The Aftermath : A Show in Virtual Reality

samedi/17/07/2021
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« Vivre un concert de ce genre ne m’enthousiasme pas plus que de visionner un dvd », me disait la semaine passée mon pote Yves. Pas faux. Mais « faute de grives on mange des merles », a-t-on coutume de dire à défaut de propos plus éloquent en pareil cas. De toutes façons, les véritables concerts reprendront dans moins de temps qu’il n’en faudra d’ici-là à Trvefacial pour se faire à nouveau bannir de Facebook. Et puis si le concert virtuel est donné par Within Temptation, on sait d’avance que la qualité sera au rendez-vous… Après Nightwish, Lacuna Coil et Epica, c’était ainsi au tour des hollandais de se livrer à cet exercice du « Livestream » payant le jeudi 15 juillet dernier (avec redif’ le vendredi 16). Et après tout, le genre « metal symphonique » se prête plus adéquatement audit exercice que disons… j’sais pas, ceux de Crisix, de Kadavar ou des Melvins… Il présente trois avantages concrets aux yeux des artistes : l’allocation d’un revenu ponctuel (24,99 euros tout de même le ticket, uniquement cessible sur la plateforme néerlandaise Guts Events, ce prix n’étant toutefois qu’un simple préalable quand on connait la loyauté ainsi que la gourmandise des fans de metal sympho) ; garder le lien, même distancié, en période estivale avec ledit public ; l’opportunité de présenter des versions alternatives aux morceaux originaux, tant sur le plan musical que visuel. Puisque depuis ses origines Within Temptation s’est toujours efforcé d’enjoliver, de sublimer, de se réapproprier ses propres compositions (le classieux « Black Symphony » de 2008 ainsi qu’« An Acoustic Night at the Theatre » l’année d’après, en attestent), et puisque ceux-ci ont été les précurseurs de ce type d’événements (en novembre 2004, la présentation de leur troisième album « The Silent Force » avait été effectuée lors d’un concert au Bataclan simultanément diffusé sur l’Internet d’alors ainsi que dans des salles de cinéma), leur propre version du format semblait par suite couler de source.

Pour ce qui relève de la forme, les moyens techniques et technologiques ont évidemment été mis à qui mieux mieux au service du visuel par Jolie, Helleblad & co : la, ou plutôt les scènes prennent initialement place au milieu d’une ville en 3D faite de grues et de bâtiments ultra modernes en dépérissement, évoquant quelque peu le centre d’Amsterdam du côté du Stade de l’Ajax (même si des panneaux de signalisation aperçus dans l’amas semblent US), ainsi que le décor de l’Urban Jungle Tour des Stones. La présence humaine de Sharon Den Adel, le plus merveilleux sourire de toute la galaxie metal, vient contrebalancer cet étalage d’effets spéciaux. Seule au centre d’une petite estrade virtuelle imitation béton ou accompagnée des cinq instrumentistes sur une grande scène frappée du logo hexagonal du groupe (bel effet de compacité), la native de Waddinxveen a mis le paquet sur ses toilettes ; tantôt gréco-romaine tantôt pourvue d’ailes d’anges tantôt blanche et noire (tenant le plus souvent de sa main droite un pan de ses robes, telle une petite fille modèle des temps jadis), des couronnes et autres ornements forgés dorés ou de corail magnifiant sa longue chevelure brune. Il serait également superfétatoire d’écrire que les lumières éclairant ce théâtre sont pléthores et sur étudiées (une annonce « Photosensivity Warning » fût à titre de précaution affichée avant la diffusion…). Pour ce qui est du fond, et nonobstant une trame / scénario / dystopie androïdo-spirituelle quelque peu convenue, ce sera cette inclinaison à la révision musicale qui constituera l’intérêt de la soirée. L’anglicisme « Live », adopté sous nos latitudes il y a quelques décennies afin de remplacer le franchouillard « en public » montre ici ses limites conceptuelles, et dès les premières minutes de cette prestation diffusée à vingt-heures : il n’y a (bien entendu) ni public, ni moyens ni son communément dits « Live », mais une consciencieuse réinterprétation quasi-studio de douze chansons du groupe. Et si l’enlevé et touchant « Forsaken », qui n’avait pas été interprété « sur scène » depuis 2008 ouvre le bal, Within Temptation est allé pour l’essentiel piocher dans le passé proche, voire le présent, de son dense répertoire : sept des douze morceaux affichent moins de deux ans de conception, et trois sont joués pour la première fois « Live », privilégiant et confirmant la direction artistique prise en 2019 par l’à la fois technoïde, grisâtre et acidulé « Resist ».

Annoncée sur les réseaux sociaux officiels comme intervenante à ce raffiné spectacle, (l’hologramme de) Tarja vient donner de sa voix de Soprano lyrique sur « Paradise (What About Us?) » de 2013, joué en troisième sur le déroulé : version entrainante et chiadée, un chouia plus lisse et moins spontanée que celle délivrée lors du Hellfest 2016… On ne boudera toutefois aucunement la joie de retrouver la diva finlandaise chanter tout au sommet d’un immeuble en ruines, alors qu’on la devine plus vraisemblablement au milieu de son studio de Marbella… Et Sharon de lui répondre avec conviction. A la ville futuriste en déclin succèdera après ce duo un décor abyssal que surplombe une statue de Dieu grec ou romain, façon Ulysse 31, puis un autre décorum orné par moult statues antiques… Le rappeur Xzibit puis Annisokay et enfin Jasper Steverlinck feront leur apparition afin de tour à tour interpréter en duo « And We Run », « Shed My Skin » et « Firelight ». Le groupe dorénavant tout de blanc habillé se propulse enfin au milieu de l’immensité galactique pour un « The Reckoning » sur nappes de lasers bleu-vert, et le récent classique « Supernova » formera (sur spirales rougeoyantes) le pénultième moment de cette généreuse mais temporellement courte (soixante minutes) soirée. En parlant de classiques, « Mother Heart », « Caged » et surtout « Ice Queen » ont manqué à l’appel et c’est relativement dommage. Trop gothiques, pas assez contemporains, peut-être. « Faster » également, trop basique certainement au regard de la sophistication dominante. Nos amis ont préféré étrenner « The Purge », « Entertain You » et le tout dernier « Shed my Skin », tous trois publiés depuis le début de la crise mondiale, et à première écoute inférieurs en qualité aux classiques cités plus haut. Peu de doute que la tournée mondiale Worlds Collide, organisée conjointement avec les américains d’Evanescence, laquelle démarre le 13 mars 2022 à Leipzig, était déjà dans un coin des têtes des artistes, et que « The Aftermath : A Show in Virtual Reality » en constituait probablement l’avant-première. Les douze chansons ont été revisitées mais également révisées… A ce titre, l’auteur de ces lignes se rendra au concert que les néerlandais et leurs homologues yankees délivreront le 30 mars à Bercy. Avec son pote Yves.

LISTE DES CHANSONS :

Forsaken

Our Solemn Hour

Paradise (What About Us?)

The Purge

Entertain You

Raise your Banner

And we Run

Shed my Skin

Firelight

The Reckoning

Supernova

Stairway to the Skies

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