HOT on the rocks!

interview de Johann batteur du groupe TRANK

jeudi/24/09/2020
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C’est avec un réel plaisir d’aller rencontrer les suisses de TRANK, futur espoir de la scène française.
Dont le groupe a le mérite d’avoir ouvert pour DEEP PURPLE.

Art’n Roll : Ravi de vous recevoir

Johann : Ça fait plaisir.

Art’n Roll : j’ai vu que vous avez commencé en 2007. Le nom TRANK m’a interpellé. Quand j’ai vu TRANK, j’ai pensé à TANK le groupe des années 80. Alors, d’où ça vient ?

Johann : Alors, c’est la partie embarrassante pour moi parce que ça vient de moi, et ça vient d’une blague. C’est-à-dire qu’on discutait avec Julien, Michel et David en se demandant comment on pouvait s’appeler. Différentes propositions arrivent, et puis au bout d’un moment je dis « TRANK, c’est comme un Tank, mais tranquillement… ». Je leur dis ça, mais comme une blague pourrie, comme toutes mes blagues. Et les trois me répondent « c’est génial, c’est super comme nom… ». Et donc là, j’étais un peu mal. Finalement, on a dit « Ok, très bien, si ça plaît à tout le monde on y va ».
Et quelqu’un nous a dit « moi je pensais que c’était le mixte entre Tank et Trans ou transcendantal, parce que votre musique, elle est un peu comme ça… ». Je me suis dit « Merde, j’aurais dû penser à ça comme explication… ». Mais non, c’est juste une blague qui a mal tourné.

Art’n Roll : Et comment vous vous êtes connus en 2007 ?

Johann : En fait, le chanteur Michel jouait dans un groupe de reprises qui marchait bien, mais ce groupe-là avait du mal à franchir le pas de la compo. Au bout d’un moment, il s’est dit « j’aimerais bien trouver un groupe qui puisse nous permettre de composer ». Il a regardé les petites annonces du coin et il a trouvé une annonce de Julien le guitariste qui disait « groupe cherche chanteur ». Ils se sont mis en contact, ils entendent les premières chansons et se disent « la musique géniale ». Il leur renvoie des pistes, il a immédiatement l’inspiration côté mélodie vocale et parole… ils s’échangent des trucs sans s’être rencontrés. En une semaine, il y avait déjà trois chansons qui étaient pliées. Et là, ils se sont dit « là, il y a vraiment quelque chose ». Et puis le reste du groupe, basse batterie, c’était un peu plus compliqué par rapport aux aspirations du groupe. Michel, on travaillait ensemble depuis des années dans une autre vie, et ça faisait longtemps qu’on se disait qu’il fallait qu’on fasse un truc côté musique. Là, il m’a dit « écoute, j’ai ce groupe-là qui a vachement de potentiel, on cherche un batteur, est-ce que ça t’intéresse ? ». Bien évidemment…
David est arrivé un peu plus tard. On avait un bassiste à l’époque…

Art’n Roll : Max ?

Johann : Max, c’était le premier bassiste. Quand je suis arrivé, on jouait avec Max. Et après, neuf mois plus tard, Max a eu une opportunité professionnelle ne pouvait plus faire groupe. Donc là, petites annonces aussi… on est tombé sur David qui est depuis trois ans notre bassiste. Vraiment, ce qui est intéressant, c’est qu’une fois qu’on a trouvé les quatre dans la pièce à faire de la musique ensemble, il y a un truc qui a vraiment cliqué ! On s’est dit « là, on a vraiment quelque chose ». Musicalement, même si on a des inspirations qui sont différentes, elles sont complémentaires. Et personnellement, on s’entend tous hyper bien. Là, c’est vraiment le moment où on s’est dit « il y a vraiment un truc intéressant à faire ».

Art’n Roll : en 2007 vous avez sorti un premier E.P ? Ça m’interpelle parce que vous dîtes que c’est votre premier album cette anneè ?

Johann : Oui, on avait déjà fait 6 titres sur l’E.P. En fait, on dit que là c’est notre premier album complet, c’est-à-dire la durée d’un album traditionnel. L’E.P on l’a fait avec les compos qu’on avait commencé à bosser, on en était très fière… et on n’en est toujours très fière… mais pour te donner une anecdote, j’ai rejoint le groupe en 2015 et on est passé en studio pendant les fêtes en décembre de la même année. Quand je suis arrivé, on s’est dit « très bien… ». Les compos, ça allait très vite pour les finaliser, on est allé en studio, on a fait enregistrer l’E.P, ça nous allait très bien… et puis après, cette fois-ci, on a essayé de franchir un cap sur le son. Parce qu’au fil du temps, mine de rien, depuis 2016 on a évolué dans la façon dont on compose, dans la façon dont on veut sonner, notamment grâce aux concerts qu’on a fait qui nous ont fait comprendre pas mal de choses sur qui on voulait être ou qui on ne voulait pas être d’ailleurs… et c’est pour ça qu’on s’est dit que cet album, c’est notre premier album « longue durée » on va dire, à format standard, mais on le considère aussi comme le premier album où le son de TRANK est vraiment représenté.

Art’n Roll :., il manque 2 ou 3 morceaux quand vous l’avez enregistré . Des morceaux que vous avez faits en 2016 et qui ne sont pas sur l’album…comptez-vous les sortir en singles ?

Johann : On les aime beaucoup. On voulait quand même donner une image à la fois cohérente du son TRANK même s’il y a de la diversité dans l’album, c’était voulu pour ne pas fatigué l’auditeur, les quelques auditeurs qui écoutent encore les albums de A à Z… mais, les autres chansons, on a toujours beaucoup d’affection pour elles, mais c’est vrai qu’on s’est dit que par rapport aux arrangements qu’on fait maintenant, elles étaient un cran en dessous, pas sur la qualité de la mélodie, mais plutôt sur la richesse de l’arrangement. On a regardé, et on s’est dit « sur quels morceaux on pense pouvoir remettre les arrangements au goût du jour pour que ça soit en accord avec le reste de l’album ? » C’est pour ça qu’on a choisi les trois qu’on a remises. Mais les autres, on les joue toujours.

Art’n Roll : On retrouve le fameux titre illustrated girl en dernière position en 2016, et là, vous l’avez mis en deuxième position sur l’album ?

Johann : Ce qui est intéressant, c’est qu’on essaye à chaque fois de faire les meilleures chansons possibles. Tout démarre d’une mélodie. Si la mélodie nous emballe tous, on se dit « OK, maintenant, c’est de l’artisanat, de l’orfèvrerie autour pour essayer de magnifier cette mélodie ». Malgré ça, on essaie quand même d’avoir de la diversité dans les différentes chansons qu’on fait. On ne veut pas faire la même chanson 15 fois. En tout cas, on essaye de ne pas le faire. C’est vrai que illustrated girl elle a une intro avec ce côté assez « pêchue », et après, ça devient plus aérien, ce qui fait qu’il y a une dynamique et une mélodie qui fonctionne bien. La mélodie vocale fonctionne bien aussi. C’est vrai qu’on a beaucoup d’affection pour elle. On a eu aussi de très bons retours de notre E.P. Et on s’est dit que ça valait le coup d’en faire une version plus actuelle.

Art’n Roll : Ensuite, vous avez fait quatre singles. Pourquoi avoir fait 4 singles de 2016 à maintenant ? C’était pour se faire connaître ?

Johann : C’est ça. Trois des quatre singles qu’on a sortis dans les six derniers mois, on les avait sortis avec un mix très différent il y a deux ans. En fait, la première version, ce sont ces singles-là qui nous ont permis d’obtenir des premières parties avec des gros groupes dans des grandes salles, etc. L’objectif, c’était de se dire « voilà, nous on peut faire ça » en espérant que ça plaise aux gens.
Mais après, une fois qu’on a fait ces concerts dans les grandes salles où on voyait notre musique diffusée à travers des gros systèmes de son… on se disait « Ah ouais, ça sonne plutôt bien dans un gros système comme ça ». On s’est dit « on voudrait sonner comme ça pour tous les concerts, mais aussi en studio ». On s’est dit que ces chansons-là, avec qui la compo en elle-même fonctionne bien, maintenant je peux la mettre au niveau de sons qu’on voulait avoir sur l’ensemble du son TRANK. C’est pour que les trois singles qu’on avait sortis au départ, on les a rejouées intégralement pour l’album pour avoir le son qu’on voulait.

Art’n Roll : La plupart des titres de THE ROPES parlent de sexisme, gens influençables ; de religions qui entourent le monde dans lequel on vit actuellement comme sur la chanson take the money and run ?

Johann : L’idée de base de la chanson « Take the Money & Run » c’est de dire « on a tous des contraintes, un poids qu’on traîne… un vécu. Et on vit avec ». Mais au bout d’un moment, on a le choix de continuer de vivre avec ou de s’en affranchir. « Take the Money & Run », littéralement, c’est de dire… si on réfléchit, le point de départ c’était dans un job, si ton job ne te plaît pas, eh bien, tu prends ton argent et puis tu t’en vas, tu fais autre chose. Sauf que, c’est difficile à faire.
Comme tu disais, on essaye de parler des choses de l’air du temps, mais je pense qu’il y a un élément aussi de rapport dominant dominé, d’une façon ou d’une autre. On peut parler de religion, avec tout ce qui est évangélisme, etc… la religion telle qu’on peut le faire pour ceux qui vont à la messe, etc… aux États-Unis, c’est très fréquent, les télés évangéliques viennent prêcher et font faire aux gens n’importe quoi, c’est assez dramatique à voir. Il y a soit cette partie religieuse, soit cette partie dans une relation amoureuse où il y a parfois des relations de forces, des rapports de force qui s’établissent. Donc, ça se fait à tous les niveaux. Au niveau social aussi, la pression sociale… « Il faut que je fasse ça, etc… ». Je pense que ce qu’on voit de plus en plus aujourd’hui, c’est que ça devient de plus en plus insidieux ou discret… on parle moins de l’impact que les réseaux sociaux ont sur le comportement des gens. Les réseaux sociaux, j’en fais comme tout le monde, on s’en sert aussi avec TRANK pour se faire connaître. L’idée, ce n’est pas de tout rejeter en bloc, mais plutôt d’être conscient des forces et des faiblesses des choses, et de faire les choses en en étant conscient. Je pense que c’est difficile parce que c’est bien facile de dire « Ah, je veux être conscient de ça… ». Maintenant, personne dans le monde va dire « moi, je suis vraiment content, parce que je ne sais pas du tout ce qui se passe dans la vie… » ce n’est pas facile à faire de se rendre compte de ce qui se passe vraiment, mais c’est important quand même.

Art’n Roll : Vous êtes un groupe indépendant, vous continuez de le rester ou trouver un label plus tard ?

Johann : C’est une bonne question. On débute, forcément on est indépendant. Et puis on s’est dit que c’est pas mal d’être indépendant parce qu’au moins on garde 100 % du contrôle créatif, c’est-à-dire qu’on joue ce qu’on veut. On joue la musique qu’on aurait envie d’écouter…

Art’n Roll : À cause de la pression des labels peut-être ?

Johann : Oui, pression, c’est soit de dire simplement « eh bien cette fois-ci, vous allez travailler avec telle personne, telle équipe, parce qu’il faut sonner comme ça » ou alors, pression de temps « votre contrat, il est de tant à tant, donc, il faut sortir quelque chose à ce moment-là… » ce n’est pas forcément mauvais. Avoir un management, un label, ce n’est pas le grand méchant loup… mais parfois, ça se passe comme ça, parfois ça se passe très bien. Je pense que l’idée c’est de dire que pour l’instant, comme on cherchait notre identité, on s’est dit « on va déjà faire notre sauce et puis on verra comment ça se passe ». Et là, je pense qu’on a fait pas mal de progrès. Après, si jamais il y a des structures de type labels, etc. qui sont intéressés et qui veulent aller dans la même direction que nous, pourquoi pas.
La difficulté principale dans le monde de la musique c’est de se faire connaître, d’être vu et entendu. Et quand on a la puissance de frappe d’une structure derrière qui est bien établie, c’est vrai que ça rend les choses plus faciles. Mais d’un autre côté, il faut que ça reste dans l’intérêt du groupe et pas forcément de dire « c’est bon… ». Moi, quand j’étais plus jeune, le fait d’être signer sur un label, c’était le rêve absolu… sauf que, le nombre d’artistes avec qui ça ne s’est pas forcément très bien passé… pour moi ce n’est pas un « oui » clairement de ne plus rester indépendant… on veut être signé par label, mais tout dépend de ce que ça nous permet de faire.

Art’n Roll : Ce qu’on remarque, c’est que vous faites partie de cette nouvelle génération de groupe qui joue du metal moderne et vouloir un peu changer les codes tout en gardant l’esprit punk rock des années 80 ?

Johann : J’aimerais pouvoir te dire que c’est vraiment un calcul hyper réfléchi. En fait, on fait la musique qui nous plaît. Et comme on a tous des influences différentes, chacun apporte sa pierre à l’édifice. David, notre bassiste, est fan de tout ce qui est rock metal alternatif de type Soundgarden, Deftones, et même le classique rock des guns .. etc. Julien le guitariste va être plus à un rock metal un peu moderne de type Muse ou bring me the horizon. Michel est un fan inconditionnel de Depeche Mode et de new wave. Donc c’est ça aussi qu’on injecte là-dedans. Et moi, j’ai une partie metal progressif, mais je suis aussi un énorme fan de groupes comme Toto, de trucs comme ça… je dis une hérésie, j’imagine pour certaines personnes. Enfin voilà, les groupes qui groove, qui sonnent… j’adore.
Donc, quand on met tout ça ensemble, sur le papier ça ne devrait pas vraiment marcher. Sauf qu’en fait, on trouve que ça marche plutôt bien, que ça donne des choses intéressantes. Ce n’est pas le calcul de dire « Non, il faut que nous, on fasse évoluer le monde du metal ou du rock dans cette direction », non. On dit juste qu’on essaye de faire les meilleures chansons possibles en fonction de ce qui nous plaît avec nos influences variées. Après, si ça plaît aux gens et qu’ils disent que c’est une nouvelle façon de faire de ce genre de musique… eh bien c’est super.

Art’n Roll : en faisant écouter ton album, le mot nouveau style revient régulièrement, et c’est également mon avis !

Johann : Tu sais, ça nous fait extrêmement plaisir ce que tu viens de dire… C’est d’ailleurs pour ça, et ça fait quatre ans qu’on se pose la question à chaque fois qu’on nous demande « quel style de musique vous faites ? ». Eh bien, on n’en sait rien. Quand tu regardes l’album, il y a grosso modo 1/3 de rock assez costaud, 1/3 un peu plus metal, et puis 1/3 de morceaux très atmosphériques, soit des balades ou des choses comme ça. À mon avis, cette diversité, cette richesse… quand on arrive avec un riff, quel que soit la personne qui l’amène… on compose tous… on se demande « ou est-ce que cette chanson peut ou doit aller ? ». Si elle doit aller dans une direction sur laquelle on n’est pas habitué, bah ok, on va essayer… si on arrive à la faire sonner comme on aimerait le faire, pourquoi pas.

Art’n Roll : … votre producteur, Yvan Barone, c’est quelqu’un d’important ?

Johann : Oui, Yvan Barone est un ami de longue date. Il est devenu ami parce que c’était déjà une pointure dans le monde du son. Il travaille depuis des années sur des gros festivals comme Montreux Jazz. Dans la région genevoise dans laquelle on habite, c’est une personne qui a une réputation qui le précède. On a été amené à travailler un peu avec lui par hasard et c’est vrai que ça a tout de suite bien marché d’un point de vue personnel au-delà de son expérience et de son expertise. En fait, il a beaucoup de qualités, notamment deux pour nous, la première c’est qu’il est très bon pour gérer les enregistrements dans le sens où on se met d’accord sur le son qu’on veut obtenir, il va trouver le studio, les micros, la console, etc. qui va nous permettre d’avoir ce son-là.
Et puis aussi, ce qui n’est pas facile en studio, c’est gérer l’énergie et la motivation des musiciens. Parce que quand un musicien, à la batterie admettons, quand je fais une première prise, en régie ils écoutent, ils font « mouais, pas terrible… ». Si on dit au gars qui est dans sa cabine tout seul « en fait, c’était nul, recommence », eh bien c’est quand même compliqué de rester concentré… mais il arrive toujours à orienter les musiciens pour avoir le meilleur d’eux-mêmes. Donc ça, c’est le premier truc sur la partie enregistrement.
Et le deuxième truc, et c’est pour ça aussi qu’on le considère comme notre producteur, il a une très bonne oreille pour entendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, ou ce qui pourrait mieux fonctionner. Et même, si on bosse les arrangements en amont, vraiment en détail sur tout ce qui est programmation séquences, etc., on fait les maquettes le mieux possible avant de rentrer en studio… mais par contre, en studio il va nous dire « les gars, sur ce passage-là à mon avis, il faut l’alléger… » et 9 fois sur 10 il a raison. C’est super d’avoir une oreille extérieure.
Nous, souvent, les morceaux qu’on enregistre en studio, on y a passé 3 mois, 6 mois ou un an dessus, donc, au bout d’un moment on est habitué à les jouer comme ça. Mais on n’a plus ce recul. C’est vrai que c’est le rôle d’un producteur dans n’importe quel projet musical. Il le fait très bien parce que c’est bien avisé et surtout, comme lui ne vient pas du tout d’un monde rock metal mais plutôt d’un monde « chansons », il va avoir ce sens de la mélodie et du truc qui va faire qu’on va accrocher l’auditeur. Du coup, ça nous pousse aussi à avoir cet état d’esprit là.

Art’n Roll : peut tu me parler de ces superbes clips que vous avez réalisés ?

Johann : Alors, le premier clip qu’on a fait pour « Take the Money & Run », celui où on voit les personnages tirer le camion, il a été réalisé par un garçon qui s’appelle Jean-Baptiste Andrea qui a fait quelques courts-métrages et trois longs-métrages qui ont tous cartonnés, qui sont devenus un peu « culte » dans ce style de film, dont un avec David schwimmer, le Ross de Friends et Simon Pegg de Shaun of the Dead et Mission impossible, etc. Donc, il a fait plusieurs projets comme ça et il a réussi à créer un univers un peu visuel, esthétiquement classe, et un peu grinçant aussi. En fait, il se trouve que c’est un ami d’enfance de Michel maître chanteur. Et Jean-Baptiste est ultra fan depuis le début de notre musique. Promis, on ne l’a pas payé pour devenir fan… et il nous a dit « moi, je rêverais de faire votre clip ». Donc, on l’a fait avec lui et on était super content. Et après, Jean-Baptiste est devenu écrivain, il a écrit de livres, le premier s’appelle « Ma reine » et le deuxième » 100 millions d’années et un jour » qui sont tous les deux des supers bouquins que je conseille vivement aux auditeurs. Pour la petite histoire, il a écrit son bouquin « 100 millions d’années et un jour » l’année dernière, et en parallèle, nous, on venait de finir une chanson qui s’appelle « Forever and a day »… pour toujours et un jour. Donc, visiblement il y a quand même une connexion non voulue parce que ça a été fait séparément entre lui et nous. Donc ça, c’était pour le premier clip. Les quatre autres clips depuis ont été faits par un garçon qui s’appelle Alban Verneret qui est hyper talentueux assez jeune, mais qui a déjà un CV long comme le bras et à qui on a demandé de prendre en main toute la partie visuelle de TRANK, que ce soient les clips des vidéos, que ce soient les visuelles de l’album, que ce soient les photos du groupe, etc. c’est lui qui chapeaute tout ça parce qu’on trouve qu’il fait tout bien. Donc, il n’y a pas de raison de ne pas travailler avec lui. Là, on a sorti quatre clips avec lui, le prochain qui sort la semaine prochaine a été fait avec lui. On verra où cela nous mène, mais en tout cas on est très content de travailler avec lui. Il fait du super boulot.

Art’n Roll : vous êtes entrés directement dans la cour des grands en faisant la première partie de quatre grands groupes que vous avez faits l’année dernière ?

Johann : Oui, entre l’été 2018 et 2019.

Art’n Roll : Comment avez-vous été approché ?

Johann : Deep Purple et Disturbed … oui, il n’y a pas de débat là-dessus, le privilège que c’est de partager une scène avec eux c’est indescriptible. Comment ça s’est passé avec Deep Purple ? C’était le premier et pas le moindre, on est bien d’accord… on s’est dit qu’il y a des grands groupes qui font des tournées européennes, qui pour la plupart du temps ont un groupe de première partie sur la majorité de la tournée n’est pas forcément sur toutes les dates. Parce que dans certains pays la première partie n’est pas là pour une raison X ou Y… en Europe de l’Est notamment, il y a pas mal de fois ou des groupes cherchent une première partie. On s’est dit qu’on allait tenter le coup et d’essayer de parler aux promoteurs de ces concerts-là pour leur demander s’ils seraient intéressés par un groupe comme nous En fait, on a envoyé notre musique à différents promoteurs et l’un d’entre eux nous a répondu « votre truc, c’est super ! Moi si vous voulez, j’ai une flopée de concerts qui sont en préparation, mais je pense que par rapport à votre style il y aurait peut-être un coup à jouer avec les Prophets of Rage, anciennement Rage Against the Machine… le promoteur nous dit « quand même, ce n’est pas mal, c’est assez dur… » et il nous dit qu’il allait envoyer notre musique au management des Prophets et qu’on verra ce qu’ils disent. Il l’envoie, rien ne se passe… mais en l’occurrence si, trois semaines après ils nous disent « les gars sont d’accord, on vous prend sur deux concerts en Russie, l’un à Moscou, l’autre à Saint-Pétersbourg… voilà, c’est dans quatre mois ».
Alors là, ok, super génial… sauf qu’un mois et demi après les Prophets ont annoncé qu’ils devaient annuler 2 concerts de leur tournée, c’était les 2 en Russie, là où on devait jouer avec eux, parce que c’était pendant la coupe du monde de foot en Russie. Comme ils n’ont pas vendu assez de tickets, les gens, je pense, ont préféré regarder le foot à la télé. On était franchement dégoûté. Le promoteur nous dit « écoutez, je fais des concerts comme ça toute l’année, je vais voir si je peux vous trouver autre chose ». Il nous rappelle un mois plus tard en nous disant « écoutez, si vous voulez, j’ai Deep Purple… ». Même chose, il envoie la musique au manager de Deep Purple et les gars à notre grande surprise nous disent « OK, d’accord, on va jouer avec vous à Riga en Lituanie, à la Riga Arena avec 15 000 personnes ». Ça s’est fait comme ça. Et puis après, comme le concert avec Deep Purple s’est très bien passé et que le promoteur a eu de bons échos de ce qu’on avait fait à la fois sur la qualité de la musique, sur le professionnalisme du groupe et puis sur le retour du public aussi, il s’est dit « OK, on peut leur faire confiance ». Donc, on nous a proposé d’autres trucs comme ça. C’est comme ça qu’on a eu Papa Roach, qu’on a eu Anthrax ; Ça veut dire aussi que quand on est professionnel, les gens le remarquent et le savent. Et donc, ça nous ouvre d’autres portes. En tout cas, c’est ce qu’on essaye de faire.

Art’n Roll : avec cette année que l’on vit à l’heure actuelle tu n’es pas un peu frustré et tu t’es dit « on aurait pu aller plus loin » ?
Johann : En fait, on est surtout frustré comme tout le monde de ne pas pouvoir jouer, de ne pas pouvoir interagir avec le public…

Art’n Roll : vous n’avez pas joué encore en France ?

Johann : Alors on a fait quelques dates, on a fait quelques trucs, mais c’est vrai que ces gros concerts–là nous sont tombés un peu dessus par hasard et on s’est retrouvé à jouer en Europe de l’Est plusieurs fois alors qu’on n’avait pas fait beaucoup de concerts en France…
Art’n Roll : il faut le souligner, parce que pour un jeune groupe. La pression sur les épaules que vous deviez avoir ?

Johann : … Quand on monte sur scène, quand j’ai fait la balance pour la batterie… pour les auditeurs, la batterie c’est le premier truc sur lequel on fait la balance. Donc, j’arrive tout seul sur scène dans une salle vide, une Arena vide, et là, je joue des coups de grosse caisse pour que l’ingénieur du son fasse le son… au début, je n’entends que ma batterie, après, il branche la sono, et là, j’entends une déflagration infernale qui était en fait ma grosse caisse qui était sonorisée… et là, je me dis « Ok, il ne faut pas trop que je monte trop, sinon, ça va s’entendre ». C’est vrai que là, ça calme. En fait, pour ce qui est de la situation actuelle du Covid, on est frustré par ce qu’on ne peut pas faire découvrir des chansons au public en live, mais on n’est pas frustré de se dire « Ah, on aurait pu faire ça… » parce que sinon, ça reste de la merde. Donc en fait, on a fait d’autres choses, on a commencé à composer tout un tas de nouvelles chansons pour le prochain album, on a préparé le lancement de cet album-là, on a fait des clips… donc, on fait des trucs pour continuer à faire progresser le projet
.
Art’n Roll : Vous avez réussi à travailler chacun de votre côté ? Avec Internet ?

Johann : Oui. Après, on se débrouille. Bizarrement, on a toujours composé comme ça. Il y a toujours à l’un d’entre nous qui envoie… on compose en peu par Internet. Il y en a un qui envoie un riff de guitare, de synthé, de machin… « ah ben tiens, moi, je vais rajouter ça… ». On a chacun un home studio chez nous donc on rajoute nos parties tous ensemble et puis, une fois qu’on a une démo qui nous convient à peu près, là on commence à bosser dessus en répète tous ensemble. Il y a du boulot, mais le point de départ de toutes les chansons c’est qu’on s’envoie des trucs, des fichiers mutuellement et on voit si ça nous inspire. Donc, le confinement n’a pas changé grand-chose là-dessus.

Art’n Roll : . Vous avez fait une reprise de depeche mode, enjoy the silence, suivi d’un unplugged, vous aimez ce genre d’exercice ?

Johann : En fait, on a fait une séance dans un studio de la région genevoise sur deux jours, on a enregistré quatre chansons, quatre unplugged, toutes les chansons ont été jouées live tous ensemble… quand il y en avait un qui se plantait, on recommençait… on en a sorti deux, l’une qui est cette reprise de « Enjoy the Silence » de Depeche Mode, et l’autre qui est « Illustrated girl » dont on parlait tout à l’heure, en version unplugged aussi. Les deux autres on ne les a pas encore sorties, elles sont là, elles ne sont juste pas mixées, mais on en est content aussi. C’est vrai que c’est un exercice hyper intéressant. Pourquoi ? Parce que faire sonner une chanson avec juste une guitare sèche, si la mélodie n’est pas terrible terrible, eh bien, on s’emmerde vite. Et « Enjoy the Silence » s’il y a une raison pour laquelle elle marche quel que soit le style dans lequel on la reprend, c’est qu’il y a une super mélodie. C’est vrai que nous, du coup, ça nous a permis aussi de tester nos chansons. Il y a des arrangements, il y a des gros sons, des guitares, des séquences, des claviers et tout… mais si on enlève tout ça et qu’on garde juste une guitare et la mélodie, est-ce que ça fonctionne quand même ? Et franchement, c’est un bon exercice à faire.

Art’n Roll : surtout au niveau de ta batterie ?

Johann : … oui, pour nous tous, mais moi, y compris pour la batterie, par définition c’est un instrument à haut volume… mais du coup, ça m’a fait travailler plein de choses. De toute manière, j’ai toujours joué de tous les styles, donc, je n’étais pas étranger au concept, mais encore une fois, ça reste un super exercice de faire ça. En ce moment, je suis en train de travailler avec Yvan Barone dont on parlait tout à l’heure, il m’a demandé de faire les batteries sur un album qu’il produit, et ça n’a rien à voir avec TRANK, c’est beaucoup plus technique au niveau des textures, des ambiances, etc. Et c’est hyper intéressant aussi. On se creuse un peu la tête pour trouver le truc qui va aller et qui va soutenir la musique… c’est des ambiances très différentes et dans tous les cas, il y a plein de choses à faire.
Art’n Roll : où peut-on trouver votre album ?

Johann : Sur toutes les plates-formes de téléchargement habituelles, et puis on peut trouver l’album sur notre site Internet qui est trankmusic.com. Et après, normalement il devrait être aussi sur… Spotify, Deezer, Apple Music, Amazon Music, etc. Tout cela est disponible à partir du 15 septembre…

Art’n Roll : je conseil à tous d’acheter l’album plutôt que d’aller sur Deezer ; afin que les artistes touchent un peu plus, ce n’est pas ton avis ?

Johann : Alors c’est sûr qu’on ne touche pas grand-chose. D’un certain côté, on n’a jamais eu autant de musiques disponibles sur tout le monde que maintenant. Du coup, ça permet aux gens de découvrir des groupes qu’ils n’auraient peut-être jamais découverts avant. Ça, c’est la partie positive. La partie moins positive… je ne vais pas parler des revenus des groupes, on sait tous où on en est, ils ne gagnent pas grand-chose… mais la partie moins positive, c’est qu’il y a maintenant tellement de choix que ça fait l’effet inverse, les gens ont tendance à rester sur leurs préférences « habituelles » plutôt que de se dire « Ahh… ». Je ne parle pas de tout le monde, mais ça arrive de temps en temps que les gens se disent « Ouais, bon, qu’est-ce que j’ai encore envie d’écouter ? Ah, je vais écouter ça » parce qu’ils connaissent, parce qu’ils ont l’habitude de connaitre… donc c’est vrai qu’il faut arriver à naviguer entre le fait de découvrir de nouvelles choses, qui pourraient être nous, mais d’un autre côté, composer aussi avec les goûts actuels des gens. Pour moi, on peut se fâcher autant qu’on veut pour savoir si je suis d’accord ou pas avec le streaming, c’est une réalité. Notre approche c’est de dire « qu’est-ce qu’on peut faire dans cette réalité plutôt que d’essayer de lutter avec notre petit drapeau français en se disant que puisque c’est ça, on va faire différemment… » Mais c’est vrai que ça nous permet au passage d’être découverts. On a pas mal d’auditeurs récents notamment en Amérique latine. Avec un réseau de distribution traditionnel, on n’aurait jamais mis les pieds en Amérique latine… Là, Brésil, Argentine, il y a pas mal de gens qui commencent à nous suivre. L’Europe de l’Est dans lequel on a fait des concerts, eh bien, les gens qui nous ont vus en concert nous envoient des messages sur YouTube en russe… merci Google translation… disons que ça nous permet aussi de toucher des gens qu’on n’aurait jamais touchés avec un système de distribution traditionnel. Pour moi, on ne peut pas dire que c’est bien ou que ce n’est pas bien. Il y a du bon et du moins bon comme à toute époque. Le tout, c’est d’arriver à en tirer le meilleur parti possible.

Art’n Roll : Très bien. Je te remercie beaucoup.
Johann : Merci à toi.

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