Interview du groupe Toybloïd

jeudi/23/07/2020
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Lou, Greg et Madeleine du trio punk garage Toybloïd étaient au Black Dog pour échanger sur la sortie de leur album « Modern Love ».

 

Art N Roll : Je dois dire que ça fait plaisir de pouvoir interviewer un groupe avec des filles, c’est malheureusement assez rare dans le milieu. C’est un sujet qui vous touche particulièrement.

Lou : Je suis bien d’accord c’est trop rare. Quand je vois la réaction des filles aux concert qui regardent Madeleine courir partout avec sa basse ça me fait plaisir. Je sens qu’on fait passer aux nanas le message que c’est possible de prendre une basse, une guitare, une batterie et de monter sur scène. Greg, toi tu as des élèves batteuses par exemple ?

Greg : Oui complètement. Julie et Victoria du groupe Catisfaction ont monté l’association Salut les zikettes, ce sont des ateliers de musiques exclusivement réservés aux femmes. L’objectif c’est de montrer que faire un punk-rock ce n’est pas si compliqué que ça, faut juste y aller et oser. Le punk c’est une musique géniale jouée par des gens mauvais, faut juste en avoir conscience (rires). Ça marche de fou et je donne des cours de batterie là-bas.
D’ailleurs, je me suis rendu compte en discutant avec Madeleine que pour un mec c’est tout à fait normal de monter un groupe de rock au collège ou au lycée alors que pour une fille ça n’est pas aussi naturel.

Lou : Oui, celui qui doit faire de la musique c’est toi ton boyfriend, soit ton frère.

 

ANR : Le groupe Refused au Hellfest en 2016 avait fait un discours féministe pour encourager les filles à prendre des instruments et monter sur scène. Les choses évoluent un peu mais le manque de représentativité des filles sur la scène rock et le conditionnement sociétal sont encore des freins bien présents.

Lou : c’est un problème qui existe depuis des années. Quand je vois le discours des Bikini Kill ou Le Tigre je me dis qu’elles avaient les mêmes revendications que nous maintenant. Pourtant c’était il y a 30 ans. C’est un sujet qui avance trop lentement !

 

ANR : Vous sortez l’album « Modern Love », un titre qui fait immédiatement penser à David Bowie.

Lou : Oui c’est vrai, alors que pas du tout ! (rires)

 

ANR : C’est ce qu’évoque le titre, mais au premier regard jeté sur la pochette on sent que l’on est sur un autre propos avec ces deux femmes qui s’embrassent. Mais surtout on est sur un titre qui renvoie une image très positive et le premier morceau de l’album s’appelle « Violence ». C’était une volonté de commencer l’album ainsi ?

Lou : Oui comme ça c’était un « boom » pour entrer dans le vif du sujet. C’est une chanson avec des paroles très directes, c’est la réalité de la vie. Sans filtre.

Greg : Je crois qu’on a travaillé sur la setlist en fonction des sonorités et non en fonction de textes et de leurs significations. C’est drôle parce que je n’avais pas du tout pensé à ce que tu viens de dire et maintenant ça me fait réfléchir (rires).

 

ANR : C’est une entrée en matière un peu coup de poing, qui est très forte et finalement assez logique par rapport à l’album et à cette pochette. Vous voulez peut-être dire quelques mots sur le contexte de cette cover ?

Lou : C’est une histoire à rebondissements. On avait une pochette de prévue depuis quelques mois que nous n’avons pas pu sortir. Il a fallu vite trouver un autre concept. Depuis le début je voulais deux personnes qui s’embrassent. On s’est longtemps demandé quoi mettre : deux garçons, deux filles, un noir, un arabe, un Dragking (rires). Et un jour je me dis que je veux 2 vieilles femmes. En tant que fille, en tant que lesbienne c’est une image que l’on ne voit jamais. C’est une représentation rare de voir que deux lesbiennes peuvent vieillir ensemble. On a cherché les deux personnes, je me suis appuyée sur mon réseau cabaret et on a eu Miss Botero, une artiste burlesque que vous avez pu voir dans un clip de Julien Doré. Dans la scène Dragking j’avais rencontré Nene et elles ont accepté toutes les deux.

 

ANR : C’est une pochette affirmée qui correspond bien à ce que vous projetez avec cet album. Que ce soit dans la composition des morceaux ou la production il y a une énergie qui est très en ligne avec ce que vous êtes sur scène. Chaque instrument est bien mis en avant, notamment pour la basse.

Lou : Mais oui la basse c’est tellement important ! Je crois que c’est effectivement un album qui nous ressemble. On parle de choses et d’événements très personnels, on a mis sur papier nos souffrances et dessus on a posé des accords et des gros riffs.

 

ANR : Sur le morceau « Fur » tu sembles dévoiler un autre aspect de ta personnalité, un côté vulnérable et fragile.

Lou : C’est marrant c’est un morceau qui plait alors qu’au départ je ne voulais pas le mettre sur l’album. Mais il fallait une ballade ! (rires)

 

ANR : Il y a une forme de vulnérabilité qui est intéressante et le titre en lui-même est fort. La fourrure ça peut renvoyer à plein de choses, à une enveloppe corporelle qui permet de se protéger.

Lou : Oui c’est vraiment ça, en fait tu as tout dit (rires).

 

ANR : Il y a aussi des morceaux plus positifs aussi comme « Sunrise », qui est limite mielleux mais qui fonctionne.

Greg : Complètement. Parfois on a envie de faire des morceaux pop et ultra lumineux. On se rend compte que ce n’est pas si facile que ça. On est super fiers de « Sunrise », on s’est vraiment donné du mal pour l’écrire.

 

ANR : Avec un clip bien champêtre !

Lou : c’est ça (rires)

Greg : Il y a des morceaux aussi plus frontaux comme « Violence ». On oscille entre des morceaux garage et des morceaux pop.

ANR : « Shiny Kid » est un titre au refrain très pop mais qui traite d’un sujet sombre et douloureux. Vous pouvez nous dire quelques mots sur l’histoire derrière ce morceau ?

Madeleine : C’est un morceau qui parle de la perte d’un jeune ado beaucoup trop tôt. C’est compliqué d’en parler. J’en ai fait une chanson et ça m’a fait du bien d’extérioriser ça en faisant un texte. Je voulais faire un morceau pop avec un refrain très lumineux. Je ne voulais surtout pas sombrer dans le côté triste du deuil.

Lou : Même dans les heures les plus sombres il y a une petite lueur.

Greg : Quand tu es triste tu vas écouter un morceau de punk rock et ça va mieux après.

Lou : En fait c’est un morceau Doliprane. (rires)

 

ANR : Et selon les cultures le deuil ce n’est pas seulement se fixer sur la perte mais savoir célébrer la vie.

Madeleine : Exactement et j’espère que c’est ce qu’on fait avec cet album.

 

ANR : C’est un album que l’on a découvert petit à petit depuis quasiment 2 ans, comment avez-vous vécu cette période entre le moment où l’album sort et ces débuts ?

Lou : C’est vrai que le premier titre « Rck N Rll » on l’a sorti en février 2018.

Madeleine : C’est vrai que tout a été très long et en même temps tout s’est enchaîné très vite. On était très occupé à composer, enregistrer et chercher des sous (rires).

ANR : Derrière chaque titre sorti il y avait un clip avec toujours beaucoup d’idée et de créativité.

Madeleine : Sur le premier album on travaillait avec des managers et ce n’était pas aussi simple de sortir un clip.

Lou : Il fallait des réunions, une idée, d’autres réunions et ça prenait beaucoup de temps pour rien. J’étais frustrée du premier album où on a sorti beaucoup moins de titres. On avait plus de moyens mais moins de cohésion d’équipe. Aujourd’hui tu prends ton téléphone, tu montes un clip et voilà.

Greg : Tous les clips ont été faits par des copains, là le dernier clip pour « Shiny Kid » c’est la même équipe que pour « Rock N Roll ». C’était leur premier clip, on n’avait pas beaucoup d’idées et on a été très content du résultat. Maintenant on est juste content de bosser tous ensemble sur des projets.

Lou : Plutôt que de s’embarquer avec des boîtes de prod on a préféré s’entourer d’amis et se dire « allez on y va et ça va le faire ».

Madeleine : Je crois qu’on a aussi appris à se faire confiance. Avant on travaillait avec des gens qui décidaient pour nous et on était demandeurs. A partir du moment où on a viré tout le monde il fallait qu’on se débrouille. Et là on a découvert qu’on connaissait des gens talentueux, qu’on avait des idées et finalement on n’a jamais fait des clips aussi mortels (rires).

 

ANR : C’est aussi le principe même du punk rock de proposer des visuels qui ne sont pas forcément ultra léchés en termes de production mais qui font passer des messages et nous permettent d’entrer dans votre univers.

Lou : C’est vraiment ça.

Greg : Parfois un clip c’est une idée en 3 mots et c’est parti.

Madeleine : Maintenant on est devenus accroc, on veut en faire pour tous les morceaux. Et surtout c’est indispensable maintenant.

 

ANR : Pour l’instant, on croise les doigts, l’idée c’est de reprendre la scène en septembre et de remplir la Maroquinerie. C’est un peu une salle fétiche pour vous non ?

Greg : En tant que public c’est ma salle préférée de Paris. Même si ce n’est pas le meilleur son et qu’il fait souvent trop chaud c’est une salle dans laquelle il se passe toujours un truc.

Lou : En fait, même si le groupe est mauvais, le concert est bien (rires)

ANR : Ce sera aussi l’occasion de voir votre merch, vous pouvez parler un peu de votre démarche environnementale ?

Madeleine : Tous les trois on achète que des fringues en fripes, on fait vraiment attention à ne plus acheter des vêtements pas chers dans des grandes enseignes que l’on ne citera pas. Ça nous semblait aberrant qu’on ait 300 t-shirts fabriqués en Chine avec du coton tout pourri, qui fait du mal à la planète et qui fait sûrement travailler des enfants. L’investissement a coûté cher mais c’était impossible de faire autrement pour nous. Le merch est en coton bio, il est produit en Inde dans des usines qui certifient que tout le monde est payé correctement et qu’il n’y pas de travail d’enfants. Il y a plein d’autres choses sur lesquelles on peut agir. Par exemple, sur scène on ne veut plus de bouteilles en plastique.

Lou : Quand tu fais de la scène et que tu bosses sur des plateaux tu vois les quantités de bouteilles de Cristalline à peine entamées qui sont jetées tous les jours alors que ce n’est pas compliqué de venir chaque jour avec sa gourde et de la remplir.

Greg : On ne fait rien d’extrême et on ne se déclare pas militants écolos. On essaie juste de faire des choses simples. Alors oui on se fait moins de marge sur les t-shirts, mais ce n’est pas un souci.

Madeleine : On fait partie de la génération qui peut encore changer des choses. On n’est pas là pour donner des leçons et je pense que notre public est très conscient de ça. Faire un concert c’est un désastre écologique mais on ne va pas arrêter d’en faire. Donc tous les trucs sur lesquels on peut agir il faut les faire.

 

Toyblïd sera en concert à La Maroquinerie le 16 septembre 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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