Interview avec Greg du groupe Bare Teeth

mardi/03/09/2019
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Interview avec Greg, guitariste et chanteur du groupede Punk Hardcore Bare Teeth lors de leur passage au Hellfest 2019.

 

Art N Roll: Votre premier album « First the town, then the world » est sorti en 2017. Comment ont été les retours sur l’album ?

Greg (guitare/chant) : Les retours ont été plutôt bons, on a eu pas mal de chroniques, pas mal de retours assez positifs. L’album a bien tourné dans le milieu du punk rock mais pas seulement. Et depuis, fidèlement au titre, on a joué à Lille (ndlr, ville d’origine du groupe) mais on a su s’exporter, on a tourné 2 fois en Chine et une fois au Japon et on a tourné assez régulièrement en Europe. Le mois dernier on était au SBÄM fest en Autriche avec des groupes comme Good Riddance, Authority zero, Useless ID, Toydolls, Real Mckenzies, etc. Donc voilà, les choses commencent à s’enclencher on va dire et, ouais c’est chouette ! Des bons retours et un album qui semble globalement avoir été assez apprécié.

 

ANR : Il y a-t-il des groupes que vous voulez voir ce weekend ?

Greg : Alors, ce que je prévois de voir aujourd’hui, c’est surtout Phil Anselmo et Refused. On fait le grand écart là-dessus. J’ai déjà eu un gros kiff sur Descendents, forcément, Me first and the gimme gimmes aussi… C’est vrai que pour moi, la journée du vendredi sur la Warzone a été pas mal cool. J’ai malheureusement loupé pas mal de groupes, notamment the creepshow et pas mal de trucs cools, Municipal waste en Mainstage. Après, je papillonne, je vais découvrir des trucs, certains cools d’autres un peu moins mais c’est le principe du festival avec 6 scènes !

 

ANR : Comment se passe le processus de composition au sein du groupe ?

Greg : Alors justement, il est en train d’évoluer. Sur le précédent, la majorité des compos, c’était moi qui les avais signées, à part down qui était de Titouan (guitare/chant) mais sur laquelle j’avais écrit les paroles. Là, sur le split (ndlr : Bridging Oceans) qui vient de sortir par exemple, le morceau Running wild, c’est une compo de Tom, le bassiste, qui a tout signé, musique, paroles et qui fait même le chant lead. Il est aussi en charge de la réalisation du clip.

Je pense qu’on va de plus en plus s’orienter vers de la composition… Je n’aime pas trop le terme, « composition collective » mais en gros, quelqu’un qui arrive avec la grosse idée du morceau qu’on arranger ensemble et il sera crédité comme compositeur. Le chant lead aussi risque de tourner beaucoup plus, puisque, tant Tom que Titouan ou moi, on va être amené à chanter les parties des autres et ce ne sera pas forcément moi qui vais signer les paroles. Donc voilà, quelque chose de beaucoup plus varié dans lequel on va apporter une certaine cohérence.

 

ANR : Comment préparez-vous vos shows (répartitions des chants) ?

Greg : Pour l’instant, ça reste toujours des questions qui sont en suspens au niveau de notre plan de scène. C’est vrai que dans notre setlist live, c’est surtout moi le chant lead. Sur Running wild par exemple, je laisse mon micro à Tom parce qu’on n’a pas toujours l’ingé-son qui est capable de gérer ces situations en live. Ça nous arrive aussi d’avoir certaines reprises dans le set où c’est Titouan qui chante et là, c’est pareil, on alterne, on se démerde. Mais pour l’album, on bossera quelque chose de plus pro et de beaucoup plus préparé que ce qu’on fait actuellement.

 

ANR : Il y a-t-il quelque chose que vous n’avez pas encore fait avec le groupe que vous aimeriez faire ?

Greg : En fait, on est clairement en plein développement. Et c’est un développement très général, on cherche à se professionnaliser sur certains aspects, on a un changement de line-up en cours.
Là on a tourné en Asie avec Roch, qui est le batteur du groupe Holispark notamment et qui était déjà parti avec nous en Chine parce que notre batteur actuel Jérôme a eu énormément de mal à nous suivre en tournée, de par sa situation personnelle et professionnelle.
On se pose aussi beaucoup de question sur l’image qu’on veut donner du groupe. On n’a vraiment pas envie de s’enfermer dans un créneau « groupe de punk rock » puisque nos compos vont sur des trucs beaucoup plus pop en termes de mélodies et plus thrash en termes de rythmique.
Donc voilà, on est dans une grande phase de réflexion.

 

ANR : Vous avez plusieurs fois tourné en Asie. Comment ça se passe par rapport à l’Europe ?

Greg : Alors, pour avoir beaucoup tourné en Europe personnellement, quand tu tournes en Europe, tu joues sur ton backline, t’as ton van, et si t’en a pas, tu en loues un et les salles dans lesquelles vont jouer les petits groupes, c’est très varié. Mais généralement, tant que tu n’as pas une grosse notoriété, tu fais du bar concerts, des squats, des choses comme ça. Généralement des choses où il n’y a pas énormément de moyens.
L’Asie, c’est totalement différent. Là-bas, il n’y a que des salles de concert pro. C’est très vrai au Japon mais autant en Chine qu’à Taiwan, on a remarqué la même chose. Et ce sont des salles qui on un bon système son, une scène, des retours, un drumkit sur place, des amplis, etc. En gros, tu viens avec tes grattes, tes pédales et tes câbles et tout le reste est sur place. Généralement ça va très vite en termes de balances parce qu’ils connaissent bien leur système.
Alors nous, on se baladent quand-même avec nos têtes d’amplis parce qu’on a un système de chez Taurus (marque polonaise) qui nous permet, en gros, d’avoir des têtes d’amplis qui sont intégrées aux pedalboards. Et ça, c’est génial en tournée, absolument génial. Niveau son, ça nous va carrément. Je me ballade avec un pedalboard qui fait 50cm par 25cm. Et comme toutes les salles ont des enceintes à disposition, je n’ai plus qu’à me brancher dedans. En plus, il y a un sélecteur de voltage donc on peut passer en 110V donc pour les tournées en Asie et aux USA, ça ne pose aucun problème.
Donc voilà, les tournées sont très différentes. Là, au Japon, on a voyagé exclusivement en train et en bus. À Taiwan, on était vraiment pris en charge. On avait un aspect de colonie de vacances itinérante, vu qu’on était avec les coréens de Smoking goose, les chinois de Sucker et les japonais de Johnny Pandora. On tournait tous ensemble dans le même autocar qui allait de ville en ville.
Notre précédente tournée au Japon, on l’avait faite en van mais celle-ci, on l’a faite intégralement en transport en commun, on avait un appartement à Tokyo qui nous servait un peu de camp de base et on allait de salle en salle comme ça.

 

ANR : Quels sont les projets du groupe (tournée/album) ?

Dans l’immédiat, on va surtout se concentrer sur la fin d‘année sur des dates plutôt européennes et aussi sur de la finalisation de compos parce qu’on en a pas mal qui sont commencées pour un futur album. Mais on veut les poser, les enregistrer correctement, faire de la préproduction et pourquoi pas pour la suite, bosser avec un producteur qui va peut-être nous amener différentes idées d’arrangements auxquels on ne pense pas nécessairement. On ne veut pas avoir un producteur qui décide pour nous mais quelqu’un qui a un peu de bouteille, qui va nous dire « tiens là, ce serait peut-être bien si vous partiez dans telle direction, etc. »
L’année prochaine, potentiellement, comme les tournées en Asie se sont bien passées, on parle peut-être d’un plus gros festival à Taiwan et d’un tour support d’un gros groupe américain au Japon. Enfin, d’un groupe qui est beaucoup plus gros que nous (rires).
Et puis, je pense que l’album ne sortira pas avant 2021 ais on veut vraiment prendre le temps de travailler dessus et d’être pointu par rapport à tout ça.

 

ANR : Quel est votre souvenir de tournée le plus dingue ?

Greg : L’anecdote croustillante, dernièrement à Taiwan, on venait de débarquer sur la première date de la tournée et le premier soir, on ne jouait pas car on était arrivé avec un jour d’avance. On s’est pris une cuite monumentale dans un rade à coté de l’hôtel avec nos hôtes taiwanais parce qu’ils voulaient vraiment nous faire picoler. Donc on a picolé cette espèce de merde de Baijou, qui est l’alcool chinois local. Alors, il existe en 2 saveurs : 54° et 58°. Les 2, ça goûte le pneu (rires). Le premier shot te rappe absolument tout l’intérieur, le deuxième passe nickel parce que le premier a tout cramé.
Et donc, moi je suis rentré à l’hôtel à minuit et j’étais complètement bourré, Roch (batteur) n’a pas tardé à me suivre. Et Johnny de Johnny Pandora, lui est rentré le premier mais tu sens le mec pro qui ne voulait pas faire le con avant les concerts. En plus, les mecs font du rockabilly et ils se lèvent 2h en avance pour se faire les bananes. Donc Tom et Titouan ont continué la soirée avec notre hôte qui voulait faire la tournée des strip-clubs, totalement saoul. Et ils se sont dit, tiens, à côté de l’hôtel, il y a des salons de massage, est-ce que c’est juste des massages ou c’est des « massages » ? (Rires)
Et donc, il se sont baladés dans le quartier à 4h du mat’. Titouan s’est fait accoster en pleine rue par une meuf qui l’a alpagué directement par les couilles et Tom qui a commencé à se faire ploter le téton par une autre nana et ils se sont dit que le massage était totalement facultatif. (Rires) Et je n’en dirai pas plus !
Sinon, pour l’avant dernière date de la tournée, on dormait dans un café manga. C’est un plan qui est très exploité par les groupes japonais en tournée parce qu’en fait, ça coute moins cher qu’un hôtel. Tu ne dors pas dans un lit mais tu peux te crasher dans une espèce de fauteuil dans des box où tu es tout seul avec un ordinateur.
Généralement, tu as des douches et des boissons softs à volonté. Donc voilà, tu prends un forfait de 5-7h et tu fais ta nuit, tu prends tes boissons, dans certains, il a des glaces et des céréales pour le petit-dej, etc. Bon, régulièrement, tu as le type du café qui passe. Il faut savoir que c’est super silencieux mais, si tu passes de temps en temps la tête vers ton voisin de box, tu peux tomber sur un type qui se mate du porno à burnes, tout seul avec son casque sur les oreilles (rires).

 

ANR : Il y a-t-il une autre activité artistique (ou autre) que vous pratiquez en dehors du groupe ?

Greg : On n’a pas trop d’activité artistique, moi personnellement, je gère Distrolution qui est une plateforme de services pour les groupes et les labels indépendants.
Donc on fait un peu de relation presse internationale, community management, impression de merchandising, pressage cd, vinyle, cassettes et éventuellement de la distribution digitale, des trucs comme ça.
Notre crédo, c’est vraiment d’aider les petits groupes à mettre le pied à l’étrier, à leur fournir de solutions en adéquation avec leurs moyens. Parce que, quand on n’a pas les labels derrière et les structures de production, ce n’est pas simple.
Le DIY, ça fait 20 ans que j’en bouffe, je connais. En plus quand on est dans l’esthétique punk rock qui n’est pas le truc le plus porteur du monde, on fait parler de nous mais ce n’est pas pour autant que les opportunités se bousculent. Et on a des gros projets qui arrivent pour l’année prochaine mais, il y a encore beaucoup de boulot avant ça !

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