Si une seule et unique personne pouvait se targuer d’être le lien metal entre le Japon et la France, ce serait sans aucun doute (les initiés le savent) Warzy, le guitariste du groupe franco-japonais Hate Beyond ! Dans cette interview, Warzy ne se targuera pas d’un tel titre, car il est modeste ; en revanche, notre homme sait se montrer loquace (et rigolard en plus)…
Art’N’Roll : Bonjour Warzy ! Dimanche dernier, 13 septembre, Moreno Grosso, le chanteur d’Hate Beyond (NDA : et ex-No Return), a annoncé sur les réseaux sociaux qu’Hate Beyond entrait ces jours-ci en studio, et ce, afin de réenregistrer vos quatorze « meilleurs morceaux », extraits de vos sept albums publiés à ce jour : pourquoi une telle démarche, et quel effet cela fait de mettre au goût du jour vos enregistrements passés ?
Warzy (Guitare) : Bonjour à tous les thrashers qui attendaient avec impatience de nos nouvelles ! Je suis également très reconnaissant à ART’N’ROLL, pour cette proposition d’interview, si prompte et réactive ! Ce nouveau projet a été initié fin 2025 par notre batteur français, Max Ducat (NDA : ex-Deadly Whispers) qui avait rejoint notre groupe à l’occasion de notre sixième album, Strangled Existence. Max apprécie véritablement nos anciennes chansons, et voulait les réenregistrer avec son propre son de batterie ; pour ce faire, il a sélectionné puis réarrangé des pistes de nos albums précédents… En temps normaux, c’est moi, en tant que leader du groupe, qui aurait tenu les rênes de l’opération : pour une fois, j’ai préféré lui laisser les clefs du camion… L’enregistrement des nouvelles parties de batterie est à présent achevé ; il en est de même pour la basse et les guitares, quoiqu’il me reste encore quelques solos à enregistrer, ce qui devrait être fini d’ici quelques jours… Nous prévoyons d’enregistrer les voix de Moreno vers le mois d’octobre. Etant entendu que nous sommes tous impliqués dans d’autres projets en parallèle d’Hate Beyond, l’avancement de cette entreprise a pris un peu de temps, mais le rendu commence à prendre forme ! Un autre paramètre important est, comme vous le savez probablement, que le bassiste Bomber, de son vrai nom « Yuichi Senda », et moi-même Warzy, de mon vrai nom « Hiroshi Yamashita », sommes japonais, tandis que le chanteur Moreno Grosso et le batteur Max Ducat sont français… Nous vivons, en conséquence, loin les uns des autres, et nous communiquons en langue anglaise, qui n’est la langue maternelle d’aucun de nous ; donc, notre dynamique de groupe s’avère un peu différente de celle d’une formation lambda… Cependant, parce que nous respectons les compétences et les personnalités musicales de chacun, nous voulons continuer à travailler de concert, comme une formation permanente, et ce, aussi longtemps que possible… Notre bassiste, Bomber, est astreint à un travail salarié régulier, ce qui complique l’organisation de longues tournées au Japon ou à l’étranger… C’est le résultat d’une tendance dans la culture japonaise, où l’on doit être complètement immergé dans son travail. Les longues pauses ne sont pas autorisées, et il n’existe aucun système pour des vacances prolongées ; tout au plus, on n’a droit qu’à un ou deux jours de congé par semaine… Moi, en revanche, j’accorde une priorité à ma carrière musicale, et je n’ai pas d’emploi salarié, donc mes revenus sont faibles, et je suis assez pauvre (Rires)
ANR : Quelles améliorations, ou simples changements, penses-tu apporter à vos compositions ?
Warzy : Il est tout à fait naturel que des changements soient opérés pour ce qui est des parties de batterie : c’est d’ailleurs le but ultime de Max ! Yuichi et moi, la basse et la guitare, avons abaissé l’accordage de nos parties…. En effet, les chansons originales étaient réalisées en accordage standard, un demi-ton en-dessous, parfois un ton entier en dessous : cette fois, nous les jouerons carrément deux tons plus bas afin d’obtenir un Do grave ! S’accorder de la sorte donnera à nos compositions une dimension totalement différente. Bien sûr, baisser la tonalité de deux tons, peut s’avérer susceptible de rendre l’accordage instable, surtout si nous jouons trop fort… Nous avons donc veillé à être extrêmement méticuleux, afin de conserver un accordage au plus juste. Nous avons également adopté une approche différente pour les solos de guitare et les lignes de basse… En définitive, ce sera un album que l’on pourra apprécier, presque comme s’il s’agissait d’un matériel entièrement nouveau !
ANR : Moreno a également annoncé la tenue d’une tournée prochaine en Asie : les pays qui seront visités sont-ils arrêtés ? Je suppose qu’il y aura des dates au Japon, ton pays, et peut-être dans certains « bastions metal » comme l’Indonésie, la Malaisie ou, dans une moindre mesure le Viêt-Nam, voire peut-être la Thaïlande où tu possèdes un pied à terre…
Warzy : Bien entendu, j’ai depuis longtemps reçu de nombreuses offres pour me produire à travers l’Asie du Sud-Est. Cependant, nous devons parer à divers obstacles logistiques : coordonner les horaires de chacun, négocier les rémunérations pour chaque concert, couvrir les coûts de transport, d’hébergement et de transit… La situation des professionnels de la musique asiatiques a considérablement changé depuis la pandémie de COVID-19 : celle-ci s’est en effet aggravée, et ce, au fur et à mesure que les ventes des médias physiques, tels les CD, chutaient… Pour l’instant, se produire uniquement au Japon demeurerait pour nous l’option la plus réaliste… Bien qu’il soit également possible de se produire en Chine, il reste difficile d’y déclarer ouvertement un spectacle en provenance du Japon, ou même de France ou d’ailleurs… J’ai joué là-bas quelques fois dans le passé, mais j’entends dire que s’y produire serait encore plus compliqué maintenant… Ma femme est thaïlandaise, nous avons construit une maison en Thaïlande, donc je partage généralement mon temps entre le Japon et la Thaïlande… Cependant, je n’y suis pas retourné depuis trois ans environ, en raison de la dépréciation du yen japonais et de la hausse des prix en Thaïlande… D’un autre côté, mes proches viennent souvent me rendre visite au Japon, donc j’ai moins à me rendre en Thaïlande… Booker des concerts en Thaïlande est jouable, mais se produire n’importe où en dehors de Bangkok se révèle extrêmement difficile… Je connais également des promoteurs locaux en Indonésie et en Malaisie, il y aurait donc une possibilité pour nous à jouer là-bas, pourtant, je ne suis pas certain que le public local ne nous suive… Le facteur clé est de savoir si un concert de thrash metal marcherait à l’heure actuelle chez eux…
ANR : Venons-en un peu au Japon… Aurais-tu une opinion sur la scène et le public japonais d’aujourd’hui ? Quelle seraient, s’il y en a, les différences avec ce que tu as connu il y a des années ?
Warzy : Le Japon se trouve dépendant des importations, et ce, pour la grande majorité des produits. La dépréciation du yen a fait grimper le coût des produits importés, ce qui a entraîné une hausse des prix… Par ricochet, cette faiblesse du yen a fait augmenter l’immigration, entraînant une hausse des crimes commis par des ressortissants étrangers, tels la fraude, le vol et le meurtre… Dés lors, des mesures sont en cours afin de restreindre l’immigration, comme augmenter les frais de visa, ou rendre l’obtention d’un visa plus difficile… Depuis la pandémie, les restrictions se sont resserrées, et jouer de la musique tend à ne devenir qu’un simple passe-temps ; seul un nombre restreint de musiciens rêve à présent de gagner sa vie comme star du rock… Par ailleurs, compte tenu du peu de temps libre en dehors des heures travaillées, peu de musiciens donnent des concerts en semaine… Nous sommes en outre entrés dans une ère où les artistes peuvent très bien gagner leur vie en créant du contenu sensationnel et excentrique à destination de plateformes comme YouTube et TikTok. J’ajoute que la propagation de fausses nouvelles générées par l’IA cause une certaine confusion : il est dorénavant très probable que ces plateformes seront soumises à des réglementations plus strictes à l’avenir… Comme partout ailleurs, la domination des formats numériques a fait chuter les ventes de supports physiques… Les musiciens ont en conséquence besoin d’une nécessaire touche de « MAGIE », afin de continuer à gagner leur vie dans ce contexte…
ANR : Quel est ton premier souvenir « metal » ? Était-ce un disque ? Un concert ? Un ami qui t’a fait découvrir ce style de musique ? Quels seraient tes trois albums préférés ?
Warzy : Oui, mettons les pensées négatives de côté l’espace d’un instant ! Le premier disque de metal que j’ai acheté était le premier album de Loudness, quand j’avais douze ans. Bien sûr, je m’intéressais déjà à la musique, et j’écoutais beaucoup de groupes de rock japonais. À l’époque, j’avais pris l’habitude d’enregistrer des programmes musicaux de la télévision et de la radio sur des cassettes, et de les écouter encore et encore… J’étais enfant et je n’avais pas beaucoup de sous : j’échangeais donc des cassettes, contenant divers genres de musique, avec quelques amis d’école qui partageaient les mêmes intérêts que moi… C’est d’ailleurs pourquoi j’écoute encore aujourd’hui une grande variété de genres musicaux… « Warzy », était alors un pauvre garçon. J’avais néanmoins eu vent qu’une émission de télévision organisait un enregistrement public gratuit dans ma ville d’Osaka… J’ai fait l’école buissonnière, j’ai pris le chemin de la station de radiodiffusion, laquelle ne se trouvait qu’à cinq arrêts de mon établissement scolaire, puis j’ai fait la queue, me retrouvant au milieu de femmes qui s’étaient maquillées comme des voitures volées ! Ce fut la première fois de ma vie que j’ai ressenti l’expérience live ! Loudness, qui à l’époque avait déménagé à Tokyo alors qu’ils sont d’Osaka, se sont produits deux fois dans cette émission : j’ai été absolument époustouflé par leurs performances !
ANR : Quels seraient tes trois albums préférés ?
Warzy : Mes albums préférés ? Seulement Trois… Mmmm… Ce sera donc uniquement dans la catégorie « thrash metal »… Tout d’abord, Forbidden Evil, de Forbidden : si je ne devais désigner qu’un seul album, celui que j’écoute le plus souvent, ce serait celui-là ! J’ai également énormément écouté leur deuxième album ! Ensuite, Tempo of the Damned par Exodus : c’est sans aucun doute l’album où toutes les chansons sont de première bourre ! La qualité sonore s’avère incroyable : elle incarne tout ce que j’ai toujours voulu réaliser en tant que musicien ! Enfin, je dirais Ballet Of Brute d’Hatesphere : c’est un groupe plus récent, mais la dureté de leur son et le tranchant de leurs riffs de guitare coupent littéralement mon corps en deux !!!
ANR : Tu es un guitariste reconnu. Tu as, d’ailleurs, une pédale de distorsion à ton nom, conçue en collaboration avec la marque thaïlandaise Shark Effect (NDA : issue du magasin TuiMusic, ou « ตุ๋ย มิวสิค ») : la Shark Warzy Drive (NDA : surnommée l’« Extreme Metal Box »)… Quels sont les guitaristes qui t’ont influencé ?
Warzy : Akira Takasaki, de Loudness, est le guitariste qui m’a le plus influencé à mes débuts. Cela, tu peux le comprendre dès que tu l’entends jouer… Aujourd’hui encore, personne d’autre n’est capable de reproduire ce style si unique… J’ai été invité chez lui, et j’ai eu la chance de pouvoir jouer avec son matériel, sa guitare et ses réglages… Pourtant, je ne suis pas parvenu à reproduire à l’identique ses parties de guitare… Je crois que cela se résume, à la fois au doigté de sa main gauche sur le manche, et à sa technique de crochetage de la main droite… C’était, quoi qu’il en soit, à mes yeux, une expérience inestimable ! Puisque tu parles de ma pédale d’effets « Warzy Drive », celle-ci est désormais utilisée par de nombreux et célèbres guitaristes de metal japonais : par exemple, Sugizo de X Japan… Des gars tous plus célèbres que moi ! (Rires) Grâce aux énormes ventes de ma pédale, j’ai pu construire des maisons à la fois au Japon et en Thaïlande ! Je peux également te parler de Venom Inc. : il se trouve que j’ai prêté ma guitare à Jeffrey « Mantas » Dunn, quand son (NDA : ex) groupe, Venom Inc., est venu jouer au Japon !
ANR : Trois mots pour décrire ton style de jeu ?
Warzy : Brut. Complexe. Surnaturel !
ANR : Quant à tes passions… J’ai vu que tu es fan de Hot Wheels : le véhicule Optimus Prime de Transformers, que tu as pris en photo et posté sur ton Facebook le 25 février 2025, est tout simplement ravissant ! Aurais-tu un, ou deux mots, quant à cet hobby ?
Warzy : Tout a commencé quand mon jeune fils s’est intéressé aux petites voitures : au Japon, les petites voitures de marque Tomica sont vendues partout…. Mon fils a, dans la foulée, vu les films Fast & Furious, puis repéré dans les magasins les reproductions miniatures des voitures de ces films… Il voulait que je lui achète celles au prix « premium », ce qui est impossible, au regard de mes modestes moyens ! J’ai donc cherché moins onéreux en ligne, et me suis très vite retrouvé complètement accro à la marque américaine Hot Wheels ! Depuis, j’ai carrément construit une chambre mansardée, afin d’y aménager quatre espaces dédiés aux Hot Wheels, qui sont maintenant complètement remplis !!! Et le cauchemar ne finit jamais, puisqu’ils sortent jusqu’à plus de cinquante nouveaux modèles toutes les trois semaines, donc ma collection ne cesse de grandir… Jusqu’à devenir un enfer !!!
ANR : Christopher Lee a dit : « Don Quichotte est le personnage de fiction le plus metal que je connaisse »… Et toi, quel serait « le personnage de fiction le plus metal » que tu connaisses ?
Warzy : Ce serait un DRAGON !
ANR : Tu es né un 21 janvier 1968, je te donne trois dates, tu en choisis une, et tu la commentes, d’accord ? Je te propose : 21 janvier 1964, naissance de Tony « Demolition Man » Dolan, de Venom Inc. ; 21 janvier 1983, Loudness publie The Law of Devil’s Land, son deuxième album studio ; 21 janvier 1984, sortie du premier album de Bon Jovi… Alors ?
Warzy : Loudness, bien sûr. Au Japon, les mercredis sont usuellement le jour de sortie des albums : c’est un choix délibéré de l’industrie musicale japonaise… La prévalence du chiffre 21 comme date de sortie provient du fait que, dans un mois typique d’environ trente jours, le 21 tombe fréquemment un mercredi… À l’étranger, les sorties ont le plus souvent lieu le vendredi… Ces derniers temps, un nombre croissant de maisons de disques japonaises ont néanmoins adopté le vendredi comme jour de publication des albums… Donc, selon mes recherches, la date de sortie au Japon de mes albums préférés de Loudness sont respectivement les : vendredi 25 janvier 1983, pour The Law of Devil’s Land ; samedi 21 janvier 1984, pour Disillusion ; samedi 5 janvier 1985, pour Thunder in the East ! J’aime vraiment leurs premiers albums ! Le deuxième album, en particulier, est un chef-d’œuvre qui met en valeur la superbe technique d’Akira au maximum ! Je me suis exercé avec soin sur ses parties de guitares, et je t’assure que mon jeu en a beaucoup gagné ! Sinon, vu que tu parles de ma date de naissance, je suis né sous le signe du Verseau, donc j’adore voyager, du moins c’est ce qu’un horoscope m’a dit il y a bien longtemps (Rires) J’ajoute enfin que « Livin’ On A Prayer » de Bon Jovi est la meilleure chanson que j’aie jamais entendue dans ma vie ! Il n’y a pas de chanson qui la surpasse, de toutes façons…
ANR : Quel est ton lieu préféré au Japon ?
Warzy : Il y a huit ans environ, j’ai déménagé du centre d’Osaka à soixante kilomètres au sud de sa préfecture, afin d’offrir un cadre de vie optimal à mon fils… Cette région est riche en nature, avec la mer qui s’étend juste en face, et les montagnes imposantes qui se dressent derrière. Tu peux même apercevoir l’aéroport international du Kansai, une immense installation construite au bord de l’eau, sur une île artificielle ! C’est par ailleurs l’endroit où je venais nager avec des amis presque chaque été, une fois mon permis de conduire en poche ! J’avais tellement apprécié cet endroit, que je rêvais de déménager pour y vivre un jour, et ce rêve s’est maintenant réalisé ! Ma femme, elle, avait à cœur de résider dans une GRANDE ville au Japon, donc elle est un peu déçue (Rires) Sinon, il y a un autre endroit que je trouve également attrayant, situé à environ 1800 kilomètres plus au sud : le cap Shionomisaki, qui le point le plus méridional de Honshu, l’île principale du Japon ; il s’agit d’une côte magnifique, aux eaux cristallines… Les eaux d’Okinawa constituent très certainement un choix idéal, mais elles nécessitent de s’y rendre par avion, ce qui n’est pas commode…
ANR : Je suis d’accord avec toi, le Sud de votre archipel me semble sublime, mais difficile à visiter sans craquer son cochon en avion et en hôtellerie… Pour finir, est-ce que quelqu’un t’appelle encore « Hiroshi » ?
Warzy : Plus personne ne m’appelle comme ça ! (Rires) Mes amis m’appellent « WARZY », ou « Shishō » : « Shishō » signifie « maître », plus précisément un maître de la guitare ou un maître des arts martiaux.
ANR : Merci mon cher Warzy ! See You !







