Chronique Abécédaire du Hard Rock Market

mercredi/19/06/2024
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Auteur : Véronique Bergen et Anik De Prins

Titre : Abécédaire du Hard Rock Market

Éditeur : Lamiroy

Sortie le : 1er février 2019

Lundi post Hellfest 2023, éreinté, je regagne Paris, des souvenirs plein-plein les mirettes et les esgourdes, six interviews et quatre récits à coucher au plus vite sur le papier, quatre jours de lessive à effectuer, un nouveau T-shirt Def Leppard faussement vintage en besace… ainsi qu’une nouvelle amitié en la personne d’Anik. Un personnage rare et généreux. Qu’on ne peut pas louper. En attestent les passionnantes anecdotes qu’elle délivre tous azimuts, notamment à propos de son client Dani Filth, des groupes belges présents à cette édition (6% de la programmation), de la protection animale, ou encore de « Beast of Burden » des Stones (repris par Mötley Crüe le vendredi soir)… Une singulière (je reviendrai sur ce mot) amitié, à l’image de celles partagées par Anik avec Monsieur le Bourgmestre de Bruxelles (ce que j’ai ultérieurement constaté à la vue d’un passionnant reportage de la RTBF) ainsi qu’avec Doro (autre passionaria de la cause animale).

Tous deux préfaçant avec une sincérité évidente ce Hard Rock Market. Les mots de l’ancien échevin en charge du tourisme sont dépourvus d’emphase, ses propos coulent de source (« la silhouette d’Anik est immuable, mais elle porte définitivement les marques des amitiés sincères qu’elle a nouées dans le monde musical et ce à travers son lieu de rendez-vous incontournable : le Hard Rock Market ») ; elles sont modérément laudatives puisque familières, l’élu local étant un ancien habitué du magasin hard rock (« Anik est l’incarnation bruxelloise de la mythologie du hard rock, dont elle a été le témoin privilégié depuis les années 70. Deep Purple, Black Sabbath et “le dieu d’Anik” Ronnie James Dio, l’incroyable Bruce Dickinson d’Iron Maiden, Doro, la déesse d’Anik qui est aussi son amie, Marilyn Manson, Alice Cooper, Channel Zero et certainement Lemmy (un autre dieu que je vénère autant qu’elle), pour ne citer que ceux-là, imprègnent la mémoire et les murs du Hard Rock Market »). Pour sa part, la charmante (et humble) Doro livre quelques lignes écrites avec son cœur : « Lorsque je rencontrai Anik, il me sembla immédiatement que j’étais dans le paradis du metal. Elle avait le plus beau des sourires et nous sommes devenues instantanément de grandes amies. Dans notre monde du rock, Anik est l’une des personnes les plus importantes, les plus attendrissantes et intelligentes. Je suis formidablement heureuse d’avoir eu la chance de rencontrer une personne comme elle. »

J’ai employé plus haut les adjectifs « passionnantes » et « passionnant ». Avec ses différentes variations, le mot « passion » est celui qui définit le mieux l’univers dans lequel cet ouvrage prend place. Anik est une passionnée. Depuis le crépuscule des années 60, elle est de tous les événements rock’n’roll bruxellois (et, si j’en crois l’actualité de son Facebook, elle doit avoir son rond de serviette au Zik-Zak), et même internationaux : il faut la voir, une chaise en plastique en mains, arpenter le VIP du Hellfest comme on traverse sa salle de séjour. Elle m’a dit avoir vu les Stones au concert de 1973 à Bruxelles. Cet abécédaire de quatre-vingt-dix pages environ lui rend hommage et témoigne de son parcours. « Singulier » serait l’autre mot clef du livre, de son mode d’exposition, de son objet, et de cette personnalité « qui ne ressemble point aux autres » et qui « excite l’étonnement, paraît extraordinaire » (selon deux des neuf définitions données au mot par Émile Littré). Ce témoignage autobiographique a été coécrit par Véronique Bergen, philosophe, romancière, poète, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (des essais et romans sur Patti Smith, Gilles Deleuze, Janis Joplin…). Le style est riche, certains mots (« forfanterie », « lemme ») émaillant avec distinction cette centaine de courts textes. L’on devine que d’autres sont ni plus ni moins les choix d’Anik (« fabuleux », « magnifique », « éblouissants », et cetera).

Il s’agit d’un abécédaire à propos d’une commerçante et de son magasin, en fait de deux échoppes à façade mauve, comme un hommage à Deep Purple : la première, « Anik », fondée près de la Grand-Place en 1975 ; la seconde, « Hard Rock Market », quelques maisons plus loin en avril 1991. Qui commence avec A comme « Eric Adams » (un gus de chez Manowar, qui se serait naïvement et témérairement targué auprès d’Anik de pratiquer la chasse) et se termine avec Z comme « Zombie » (oui, le carton irlandais de 1994-1995). Entre-temps, on en apprendra de précieuses sur le magasin, son adorable fondatrice, ainsi que sur la grande et petite histoire du rock et du hard rock, notamment grâce au beau linge de passage Rue des Eperonniers 31, 1000 Bruxelles, Belgique. De la passion pour la musique rock naît l’éclectisme, et c’est le plus naturellement du monde que Christian Vander se trouve par exemple cité dans A comme « Amon Amarth », que Viktor Lazlo passe acheter des T-shirts de Pink Floyd et de Guns N’Roses, ou que Nicoletta offre une boîte de chocolats à Anik. Chaque développement portant sur un groupe ou un artiste est précédé d’un descriptif historique, ce qui permet aux néophytes d’être dans le bain. Attention, certaines formulations telles « Le Hard Rock Market est un lieu voué à l’œuvre au noir » peuvent toutefois induire en erreur l’Administration générale de la Fiscalité de sa Majesté…

Son existence n’étant pas uniquement vouée à la vente de vêtements et de bijoux, le perpétuel combat d’Anik pour la cause animale (sa proximité notamment avec l’ASBL Animaux en Péril sise à Ath) constitue l’autre fil rouge de l’ouvrage (« L’antre du Hard Rock Market est souvent un sanctuaire, une aire de passage où pigeons blessés et chats abandonnés viennent trouver un refuge provisoire avant que la maîtresse des lieux ne les achemine chez elle. Esthétique du hard rock et éthique du bien-être animal marchent main dans la main »). C’est une implication de chaque instant qu’elle partage avec ses amis artistes, Doro bien sûr, mais également Kevin Heybourne d’Angel Witch (« Elle s’est rendue avec le guitariste-chanteur Kevin Heybourne à Animaux en Péril ; lors de cette visite, Kevin a fait la connaissance d’un lama qu’ils baptisèrent Serge Lama. »). « Anik », « Animaux », « Cause animale » et « Animaux en Péril » se suivent en cet abécédaire personnel. Ce livre est avant tout celui d’une admiratrice, d’une fan. Il y a, en outre, deux citations de Cioran. À découvrir en écoutant notamment Rising par Rainbow (ce que préconiserait je suppose mon amie Anik) ou Never Say Die (ce que j’ai fait pour ma part). Dixit Anik, ce livre a très bien marché outre-quiévrain. Il serait profitable, cinq années après sa parution, que mes chers compatriotes le lisent et en apprennent sur des lieux n’ayant pas d’équivalence à Paris (hormis peut-être l’Indien du temps de Clignancourt…) ainsi que sur la destinée de leur infatigable patronne (parfois comparée à Vivienne Westwood période Sex). À recommander, enfin, aux mordus de la belgitude. Passionnant et singulier. On se dit à la semaine prochaine ma Chère Anik !

 

Merci à Angélique Merklen pour la relecture.

 

 

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