HOT on the rocks!

Bark – « Rambler of Aeons »

jeudi/03/11/2022
105 Views

Auteur : Bark

Titre : Rambler of Aeons

Label : Listenable Records

Sortie le : 11 novembre 2022

Note : 15,5/20

L’histoire de Martin Furia possède un air de « Welcome to the Jungle », à tout du moins les quinze premières secondes du cultissime clip de 1987. Sauf que ce chevelu là ne débarque pas à Los Angeles d’un bus en provenance de l’Indiana et une paille au bec, mais atterrit fauché à Anvers de son Argentine natale vers la fin des années 2000… Notre amateur de metal « chromatique » (Slayer, Testament, Obituary, Destruction) est avant tout un redoutable bucheur : aux yeux de cet émule de Malmsteen, Satriani et Marty Friedman, et ancien étudiant de l’EMBA (Escuela de Musica de Buenos Aires), seul le travail scrupuleusement mené permet de progresser (pas de droit à la paresse donc). Le bien-nommé Furia va donc très rapidement devenir une figure incontournable de la scène metal anversoise, puis européenne : instrumentiste, ingénieur du son, producteur (Your Highness, Nervosa, Sisters of Suffocation, Evil Invaders) mais également Tour Manager, pour ses modèles Destruction en 2019, qu’il intégrera finalement en tant que membre à part entière en août 2021 (en remplacement du canin guitariste Mike Sifringer). Une polyvalence fonctionnelle imposant le respect. Polyvalence également, en termes de genres pratiqués, du stoner au death contemporain en passant par le heavy traditionnel ou le thrash teuton (voire brésilien). Les néerlandophones ont donné Johan Cruyff aux hispanophones, les hispanophones auront donné ce trapu dreadlocké aux néerlandophones. Cette sacrée polyvalence préside également à la destinée de Bark, le groupe anversois dont il est guitariste… Bark publie le jour de l’Armistice « Rambler of Aeons » (« Le voyageur des âges ») chez nos éclectiques compatriotes de Listenable records (Ultra Vomit, Suffocation, Brujeria, Krisiun, Xentrix, etc…). Outre Martin, l’on y retrouve Ron Bruynseels (chant), Toon Huet (guitare), Jorn Van der Straeten (basse) et Ward Van der Straeten (batterie).

Le quatrième album studio des aboyeurs est dédié à la mémoire du chanteur argentin Pato Larralde (de Los Antiguos et de Sauron) décédé le 13 juin 2021, comme un trait d’union supplémentaire entre la contrée de l’asado et  la ville des diamantaires. Formé de douze morceaux beuglés en anglais (plus un treizième cadeau Bonux sur la version CD) « Rambler of Aeons » apparaitrait tel un compromis entre Napalm Death (le chant, les chœurs abyssaux, certains riffs) et Destruction (les solos, certains riffs). Un soupçon de Lamb of God par moments. Inventif, voire déroutant, cet effort ne plaira pas spécialement aux coincés des genres et autres talibans des chapelles. Certains ont évoqué à l’endroit de Bark l’étiquette « death’n’roll »… Quoi qu’il en soit, le point fort des belgo-argentins serait la six-cordes : les multiples riffs sont acérés et inspirés, les soli sympathiques. L’épique et beuglard « Back from the Grave » symbolise tout à fait cet étonnant en-même-temps, une synthèse barrée entre Maiden et Brujeira (le riff principal faisant subrepticement penser à « Holy Diver » de Dio ainsi qu’à « Eye of the Tiger » de Survivor)… « Dead’s Man Hand » serait quant à lui un lointain descendant de certains S.O.D., une furibarde lead en sus. Massif, martial et dingo. « Fuck you is my Etiquette » consisterait en du Napalm Death (rien que l’intitulé…) à guitare virevoltante. « Still Walking » est du heavy trippant. L’album baigne dans une ambiance entre foutraque-brutal latin (école Cavalera) et orthodoxie anglo-saxonne. Le (relatif) point faible serait une production de niveau intermédiaire, disons de classe régionale… Ce n’est pas Matt Wallace et Faith no More, quoi. Comme chez ces derniers on retrouve d’ailleurs le déstructuré des compos, une singulière approche. Dans l’immédiat, l’inclassable Bark sera au minimum parvenu à placer Anvers sur la carte mondiale de la musique metal. Et c’est déjà cela de chopé.

Leave A Comment