Interview avec Dennis de Refused

mardi/15/10/2019
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Le groupe suédois Refused est de retour avec « War Music », un cinquième album annoncé comme violent et radical. Le frontman du groupe, Dennis Lyxzén était de passage à Paris, l’occasion d’en savoir plus sur ce  nouvel opus.

 

Art’N Roll : La dernière fois qu’on vous a vus c’était au Hellfest en Juin, as-tu passé un bon été ?

Dennis Lyxzén (chant) : Ça va super ! C’était vraiment un super show.

Sinon, cet été j’ai un peu tourné avec mon autre groupe mais j’ai surtout pris du temps pour moi ce que je n’avais pas fait depuis très longtemps. Du coup, j’ai suivi ma petite amie sur ses dates car elle est également musicienne. Je me suis reposé afin d’être en forme pour promouvoir la sortie de « War Music ».

 

ANR : « War Music » est votre second album depuis la reformation de REFUSED, est-ce une sorte de continuation de « Freedom », votre précédent album ?

Dennis : En tant qu’artiste nous réagissons forcement à ce que nous avons fait auparavant. L’aboutissement de « Freedom » a été assez difficile au niveau du processus de création car on avait pas fait ça depuis très longtemps. On a dû réapprendre, on est partis aux US pour travailler avec un gros producteur etc. etc. alors que celui-ci on l’a enregistré nous-même.

On a enregistré dans des petits studios en Suède donc pour moi c’est un disque très diffèrent. Il y a aussi l’aspect musical comparé à « Freedom » qui était un peu plus rock, « War Music » est plus agressif, plus direct.

 

ANR : Dans l’album se trouve le titre « Blood Red » qui est le premier morceau que vous avez composé pour « War Music », est ce que cette chanson est en quelque sorte la fondation de l’album ?

Dennis : Tout à fait !

Chaque album ou chaque chose que tu crées de manière générale ont besoin d’une clé pour ouvrir la porte et je pense que « Blood Red » est la clé de « War Music ». Sur « Freedom » je pense que cette chanson clé était « Elektra », d’ailleurs c’était Kris et David qui m’avait fait écouter la chanson en premier ce qui est aussi le cas pour « Blood Red ».

Kris avait le riff, ensuite Kris et David on fait des arrangements et une démo qui a d’ailleurs été enregistré à Paris. Quand ils nous ont envoyés la démo on a trouvé ça fantastique, c’est à ce moment que nous avons senti que c’était la clé du reste de l’album.

Ce titre a quelque chose en plus par rapport à l’album précédent, un quelque chose de plus hardcore qui nous manquait sur « Freedom ».

 

ANR : Que veux-tu dire par « Blood Red » et à quoi fais-tu référence quand tu parles de “Time for some militance The fight will come down to and them Joined we could represent The last gasp of the1%” (“Il est temps de militer La lutte se résumera et ils s’uniront à nous pour représenter le dernier soupir du 1% »)?

Dennis : Je dis qu’il faut anéantir ces 1%, peut-être pas les tuer mais s’en débarrasser pour sûr.

Ces 1% représentent les plus grosses fortunes mondiales, ceux qui contrôlent l’économie et par conséquent nos vies.

« Blood Red » est un hommage à notre passé et nos idées révolutionnaires que nous avons toujours eu mais c’est aussi un appel pour le futur. Cet appel est là pour ne pas oublier que nous pouvons nous débarrasser de ces 1% et que l’on peut construire un monde meilleur sans ces gens.

 

ANR : L’album commence par « REV 001 » qui veut clairement dire « Revolution numéro 1 » le morceau parfait pour donner le ton de l’album n’est-ce pas ?

Dennis : En quelque sorte oui.

« REV 001 » est selon moi un morceau très intelligent.

Cette chanson parle de l’impression que nous avons sur le fait que le capitalisme est partout et que nous n’avons aucun moyen d’en sortir, que la plupart des gens n’ont d’ailleurs jamais vécu hors du système capitaliste et de ce fait ne savent pas comment vivre sans.

La gauche durant ces 20 dernières années n’a fait que réagir à ce qu’est le capitalisme sans agir et je pense que ce morceau dit justement que nous avons besoin plus que de simples réactions et que ce sera la première révolution à mener pour tout recommencer.

Travailler 8 heures par jour, le droit de vote pour les femmes, ce sont des causes pour lesquelles les gens se sont battus dans la rue afin d’obtenir ces choses-là car la gauche a poussé la droite a crée ces lois et avantages sociaux.

Donc je pense qu’il est largement temps d’agir face au capitalisme et essayer de construire quelque chose de complètement différent. Je ne sais pas ce que c’est car si je le savais je ne serais pas musicien mais prix Nobel (rires).

Le manque d’imagination et d’idées est quelque chose qui tue la gauche et qui donne l’opportunité à l’extrême droite de grandir.

 

ANR : On a découvert le clip de « REV 001 » dirigé par Kris votre guitariste ou on te voit danser face a un groupe de néo-fachiste, d’où vient cette idée ?

https://www.youtube.com/watch?v=TDv8i64Yunk

Dennis : Je pense que la montée du fascisme est une réelle menace et que nous ne sommes pas à l’abri de cette menace.

Pour le clip on voulait imager cette montée du fascisme.

Pour l’occasion nous nous sommes entourés de danseurs professionnels par question d’esthétisme.

Je sais que cela peut paraitre bizarre j’avais envie de faire comme une battle de danse contre le fascisme et montrer que nous bougeons mieux qu’eux.

 

ANR : Lorsque j’ai reçu le matériel pour préparer mon interview, il y avait les paroles avec des citations dispersées un peu partout en intro et/ou en conclusion des paroles des chansons, les sources viennent d’artistes en tout genre, est ce que c’est fait pour nous aider à mieux comprendre le morceau ?

Dennis : David et moi sommes de gros lecteurs et adorons collecter des citations et des idées, nous avons tous les deux des petits carnets remplis de ce genre de citations. Quand on a fini d’écrire l’album on s’est dit que ce pourrait être sympa d’avoir quelques citations. David m’a envoyé une vingtaine de citations et inversement et on a choisi parmi ces quarante citations.

Ces phrases ne nous inspirent pas forcément pour écrire les paroles, c’est plutôt l’inverse. Une fois que nous avons le thème et que la chanson est écrite, on recherche quelle citation rentre dans le thème.

Ça nous donne l’impression d’apporter un peu de sens et de profondeur à la chanson en ajoutant une citation. Une chanson est une chanson, rien de plus mais avec ces phrases, j’espère pouvoir aider les gens qui nous écoutent à mieux comprendre ce que l’on veut dire.

 

ANR : Les sources de vos citations sont diverses, je ne connaissais pas forcément tous les gens à qui vous avez fait référence.

Dennis : C’est aussi fait pour ça ! Que les gens lisent et éventuellement aient envie de plus en découvrir sur ces personnes. C’est exactement pour ça que nous avons des citations sur l’album.

 

ANR : Nous n’avons plus beaucoup de temps donc je te propose l’exercice : un titre de chanson de l’album = une phrase pour nous l’expliquer.

Dennis: Ok! Let’s go!

 

ANR: Violent Reaction?

Dennis : C’est la prise de conscience que le monde est pourri et que tu ne le supportes plus.

 

ANR: I Want to Watch The World Burn?

Dennis : Je pense que le titre parle de lui-même (rires). Mais il y quand même un double sens car il y a un côté révolutionnaire qui dit « brûlons tout » et il y a cette partie de moi qui dit que c’est plutôt une métaphore.

Tu sais quand tu vois les compromis à faire pour vivre sur cette planète et à quel point ça peut te rendre triste parfois et que tu veux tout bruler quand tu vois ce que nous sommes devenus. C’est très métaphorique mais c’est aussi direct pour qu’on brule cette merde.

 

ANR : Malfire ?

Dennis : C’est à la fois sur la montée d’Alt-Right et sur l’immigration.

Je parle de toutes les horreurs que tu dois subir quand tu vis dans un pays sensible qui devient tout d’un coup une zone de guerre et tu dois partir avec ta famille et laisser toute ta vie derrière.

Tu pars en Europe et lorsque tu arrives tu es considéré comme si tu étais le problème.

Cette situation est en quelque sorte une double punition et j’ai écrit cette chanson pour ça car soyons honnêtes, personne n’a vraiment envie de quitter son pays pour aller dans un autre et être traité comme un chien.

 

ANR : Turn The Cross :

Dennis : Ce morceau parle de la montée du néo-fasciste. De ces hommes qui se perdent dans leurs propres aliénations et deviennent facho.

 

ANR : Damage III ?

Dennis : Ça parle de la destruction du système patriarchal mais du point de vue d’un homme, de la violence de la culture des hommes que nous, en tant qu’hommes on doit supporter quand on grandit et comment on nous dit de devenir.

Ce morceau parle de la mort du patriarcat parce que les hommes ont aussi besoin de détruire ce système eux-mêmes.

 

ANR :  Death in Vannas ?

Dennis : Vannas est la ville ou j’ai grandi, le titre parle de quand tu grandis dans une petite ville et que tu es celui un peu à part, tu sais, le mec bizarre, que les gens détestent et que ce genre d’attitudes influencent ta vie.

 

ANR : The Infamous Left ?

Dennis : Je parle de la gauche qui se la joue trop intellectuel pour des gens qui n’ont pas besoin de sagesse intellectuelle mais tout simplement de meilleures vies.

La gauche a tendance à creuser un fossé entre ce qu’ils disent et les gens à qui ils s’adressent. « The Infamous Left » est une critique de la gauche.

 

ANR : Economy Of Death ?

Dennis : C’est le capitalisme.

Merci de m’avoir fait parler de chaque chanson car on a passé beaucoup de temps à écrire les paroles

 

ANR : Vos textes sont très vindicatifs, penses-tu que l’art peut participer à faire changer les choses ?

Dennis :  Je ne crois pas que l’art puisse changer les choses directement et tuer le capitalisme mais je pense que l’art peut réveiller les consciences. Et donc l’art peut aider à changer les choses. Quand tu es enfant et que tu grandis tu es influencé par les gens qui t’éduquent mais une fois que tu découvres la musique ou autre type d’art, cela peut vraiment t’ouvrir les yeux et c’est ce qui m’ait arrivé à l’époque et je crois sincèrement que les idées extrémistes peuvent être anéanties si tu vas au bon concert, que tu rencontres les bonnes personnes et que tu lis les bons livres et qui véhiculent les bonnes idées. Ce genre de choses peut changer ta vie pour toujours. L’art est puissant, même si on ne peut pas agir directement pour améliorer le monde, on participe à notre échelle et on essaie de faire évoluer les consciences en donnant une autre perspective que ce qu’on nous formate à penser. L’art nous permet de rêver et d’imaginer que l’on peut créer un monde meilleur que celui dans lequel on vite.

 

ANR : As-tu un mot de la fin ?

Dennis : Si tu aimes ce que l’on fait, tu dois t’éduquer et c’est la clé à tout car les fascistes ne sont pas éduqués, pas forcement stupide mais ils n’ont pas l’éducation nécessaire qui te permet d’être ouvert d’esprit.

N’hésitez pas à voyager par exemple car c’est en voyant le monde et en rencontrant des gens de partout que tu vas voir les choses d’une autre perspective.

Le fait de tourner à travers le monde depuis des années m’a définitivement ouvert l’esprit et permis de comprendre un peu comment le monde fonctionne et je pense que c’est quelque chose de très important.

 

Et si tu es sûr de tes valeurs et convictions, il faut que tu t’y tiennes et que tu défendes tes idées, ne te sous-estime pas.

 

 

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