HOT on the rocks!

My Diligence au Trabendo le 20 mars 2026

samedi/21/03/2026
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18 heures 40 : le staff des Grecs de Villagers of Ioannina City, les têtes d’affiche de ce soir, est présentement en récréation autour d’une table ronde du patio du Trabendo. Nous sommes le premier jour du printemps et cela se ressent. L’air est agréable, et un des Hellènes porte un simple maillot bleu et blanc de l’équipe qui a triomphé en 2004. À l’intérieur, My Diligence vient d’achever sa balance. Ce sera la troisième fois que je vois les trois ketjes (Bruxellois) jouer leur stoner cérébral et métallisé sur scène (après l’édition 2023 du Hellfest, et l’édition 2024 du Motocultor), la quatrième que je les vois jouer (puisqu’ils m’avaient convié à assister une après-midi à l’enregistrement de leur troisième album, Death.Horses.Black., fin novembre 2023 aux studio Sainte Marthe à Belleville, capté sous la houlette de Francis Caste), et la première fois que je les vois jouer en salle (d’ailleurs, une des questions posées en 2023, et en 2024, portait sur les différences entre jouer en festival et jouer en salle : « Nous avons joué aujourd’hui dans une tente, ce n’est pas tout à fait « l’extérieur ». Gabriel m’a dit tout à l’heure : « C’est là qu’elle est ma place » ! On adore ce genre de trucs, c’est semi-extérieur, un peu enfermés, c’est le mix entre une salle de concert et un festival en plein-air » m’avait lucidement et malicieusement répondu Cédric Fontaine, l’affable et moustachu chanteur-guitariste, à propos de leur prestation au Motocultor 2024, ajoutant pour ce qui relève d’une partie de l’ADN de My Diligence : « Je trouve que ce style de tente nous correspond bien, c’est également très intéressant pour les gens, tu peux profiter d’un liveshow à 16 heures, ce qui n’arrive pas sur une mainstage ! »). À titre personnel, ce sera également la première fois que je retourne au Trabendo depuis un an et demi. La dernière fois que je m’étais rendu dans cette singulière enceinte du 19e arrondissement de Paris, c’était fin septembre 2024, à l’occasion de ce qu’il convient de nommer « la catastrophe Monster Magnet », alors relatée et shootée en ces colonnes (pour rappel : un Dave Wyndorf pour le moins éreinté, éteint, avait définitivement quitté le tabouret, sur lequel il peinait à articuler deux-trois mots ainsi qu’à égrener trois accords, au bout d’une petite, mais extrêmement longue et pénible pour toute personne empathique, dizaine de minutes).

Le noir se fait à 19 heures 30. Le studieux Moland Fengkov est debout contre la scène, prêt à sniper… Les trois amis investissent l’estrade, joyeux, sous un instrumental préoccupé. Larsen. Voulu. Cédric est collé contre ses deux amplificateurs. C’est « Death ». Ab initio, le taiseux guitariste François Peeters donne réellement, et une fois encore, l’impression d’être possédé (« Sur scène ! Il s’exprime à travers le live ! » toujours dixit son compère Cédric Fontaine)… Il est presque effrayant. C’en est fascinant. Sur « Horses », le batteur Gabriel Marlier, dont le kit Evans est placé au centre de cette petite scène, donne tout. Une histoire de passion chevaline, très probablement (Gabriel Marlier, 2024 : « C’est un animal majestueux. C’est très simple : je me suis mis en couple avec une Américaine qui monte des chevaux, et avec les chevaux j’ai découvert le calme, la passion, la compassion aussi, et quand ces bestioles respirent près de ton oreille, ça sent bon, c’est chaud, c’est juste génial en fait ! »). Nouveau larsen (voulu) à l’entame de « Resentful ». Une fois de plus, un tempo lent et massif drive ce mastodonte musical. Cédric est déjà en sueur. Il saute lentement, allant de son rack aux deux gros amplis gris posés derrière lui. 19 heures 50 : le noir se fait de nouveau sur l’introduction palpitante d’« On the Wire ». Cette complainte aux accents juvéniles, mais industriels et puissants, est certainement mon morceau préféré de ce trio : je me souviens encore m’être baladé sur l’immense plage frontalière de Bray-Dunes en France / La Panne en Belgique en écoutant celle-ci, comme une bande sonore parfaite pour l’endroit (« C’est cool ! Bah merci (Rires) Cela fait plaisir !!! Est-ce qu’on pourra te citer pour notre promo sur le thème : « écouter My Diligence à Bray-Dunes c’est pas mal !!! » (Rires) Regarde, c’est beau d’entendre ça, c’est pour ça qu’on fait ça !!! » m’avaient répondu les membres du groupe à l’espace presse du Hellfest 2023, à l’annonce de cette petite tranche de vie). Cédric chante sous des lumières violacées, tandis que le public l’observe, statique, attentif, déjà conquis en définitive. Au premier rang, des jeunes femmes opinent du chef en rythme lent sur la plage instrumentale, visiblement satisfaites. « Le public néerlandais est plus froid, ils disent qu’ils sont contents mais d’une autre manière, pas dans les applaudissement » me confiera tantôt Backstage Peeters. Applaudissements, d’ailleurs.

Le groupe joue depuis vingt-six minutes, et nul mot n’a été adressé à l’attention du public, majoritairement trentenaire et urbain. Pas spécialement stoner en fait. S’ensuit, en toute logique, « The Matter, Form and Power ». Sur le flanc gauche, Peeters dégage une énergie phénoménale. Les trois font montre de toute leur cohésion sur un de leurs morceaux de bravoure. « Merci la Belgique » crie à la pause, reconnaissante, une de leurs afficionadas. D’ailleurs « La Belgique c’est foireux, c’est le bordel ! Donc effectivement c’est propice à l’impulsion artistique. C’est sur le chaos que l’on fait les plus belles choses, c’est un peu ça, et la Belgique c’est un chaos parce que personne ne parle la même langue, on n’a pas la même culture, c’est un peu le bordel parce qu’on ne fait pas les mêmes lois, c’est très compliqué et c’est un peu dans ce bordel là qu’on développe une énergie de dingue pour s’en sortir !!! », m’avaient confié les héros de cette première partie de soirée lors de notre première rencontre. Sur « Sail to the Red Light », je constate que, derrière moi, la salle est désormais pleine. Ça hoche de l’occiput. Nouveau (et voulu) larsen en début d’« Allodiplogaster Sudhausi » (Pour votre information, et selon Cédric Fontaine en 2024 : « C’est un ver… Qui, quand il est stressé développe une autre tête et détruit tout son environnement, y compris ses proches. On aime bien cette idée, de savoir comment les personnes réagissent au stress : il y en a qui, quand ils sont stressés, vont tout casser autour d’elles, d’autres vont se révéler plus introverties… C’est également effectuer une comparaison entre un ver, l’animal le plus wild, sauvage, qui soit, et l’être humain : certains vont révéler leur côté très primaire en cas de stress, devenir très violents… Même autodestructeurs, justement… Je suis tombé sur ce nom, et j’ai trouvé cela tellement incongru, je me suis dit « Qu’est-ce-que c’est que cette chose ?!? » ; puis j’ai réalisé que cela collait parfaitement à l’esprit de ce qu’on voulait développer musicalement, de véhiculer comme idées, il y a une très belle cohérence avec l’esprit de ce morceau… »). À titre personnel, c’est le seul et unique morceau disponible sur Spotify duquel j’ai assisté à la conception (le 30 novembre 2023 de l’ère vulgaire). Je me tourne vers Ombeline Canelle qui fait le plein de photos, Canon en mains : « C’est vraiment formidable à shooter » lui dis-je. Elle acquiesce. Toujours autant d’intensité. Non-stop. Quoique. Il est 20 heures 16, et les lumières se rallument. « Il n’y a pas de basse, bonne batterie, ils sont bien habités » me glisse l’avertie Ombeline, ajoutant « Ils nous ont fait faire un beau voyage, je ne sais pas où, ils sont de quel pays ? ». Du plat pays. L’ambiance est détendue, bienveillante. Il est 20 heures 20, et la sono du Trabendo diffuse le fabuleux « Five Years » de l’immarcessible David Bowie (1972).

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