« Doucement les basses ». C’était ce que disait le sympathique arrière-grand-oncle maternel de Romain (un de deux rédacteurs du présent billet-concert, lequel a parfaitement connu son arrière-grand-oncle, né dans les années dix du siècle précédent), lorsque celui-ci outrepassait adolescent les limites de la bonne tenue verbale… Ce brave homme était natif de Saint-Hilaire-Saint-Florent, dans les pays de la Loire… « Doucement », « basses », « sympathique », « bonne tenue », « brave », « pays de la Loire » : c’est avec ces quelques mots en caboche que nous nous rendons ce vendredi 30 octobre 2026 à Vallet (44330) ! Composé de Martin Vaudorne (guitare-chant), de Joackim Trublet (basse) et du batteur Thomas David, et ayant remporté le tremplin annuel du Westill, il revient au power trio rennais
Caduta Massi d’étrenner ce grand rendez-vous des mordus français du stoner et musiques assimilées. De 16 à 16 heures 30, tandis que se remplit progressivement l’accueillant et moderne espace culturel du Champilambart, que les amis et afficionados se retrouvent enfin sous le soleil ligérien, les jeunes hommes s’en sortent de façon très professionnelle, déployant leur généreux rock blues, grave et inspiré. L’autre rédacteur de ce billet (Paul) les a vus cet automne, en première partie des légendaires Yawning Man (au Cold Crash ainsi qu’aux Lunatiques), ce troisième concert fut pour lui comme une confirmation. Duel, c’est le nom d’un super film, certainement apprécié des fans de stoner à « trucker hat »… C’est aussi le blaze d’un groupe formé en 2015 à Austin, et signé chez Heavy Psych Sounds Records, le label référence en matière de musique stoner… Leur popote énergétique, pour ne pas écrire « couillue », a été la première grosse sensation de cette dixième édition !
Dans la série « noms de groupes imprononçables », Skraeckloedlan remporte la palme d’or 2026 ! Le concert du quatuor suédois passe comme une lettre à la Poste, avec des riffs hyper accrocheurs, et surtout une bonhomie contagieuse qui nous fait passer un bon moment en cette fin d’après-midi ! Premier groupe de post-metal de cette édition 2026, Long Distance Calling enchaîne des compositions techniquement impeccables, mais assez froides et dénuées d’émotion. C’est donc le moment de faire un crochet au bar, avant de revenir assister à une fin de set nettement plus engageante ! Certains amateurs de « post » présents dans la salle nous déclareront « avoir pris une énorme claque » : tant mieux pour eux ! La présence de Lowrider au Westill constitue à elle-seule un petit événement, tant les Suédois (encore !) se produisent rarement en France. Peder Bergstrand et sa bande font péter le fuzz et nous embarquent dans un trip psychédélique, ponctué de blagues et de mots d’amour adressés aux spectateurs entre les morceaux, qui mettront plus d’un festivalier en transe ! Au terme d’une heure (passée beaucoup trop vite…), le quatuor entame le légendaire riff de « Pipe Rider », pour achever son show en mettant tout le monde d’accord, concluant ainsi une énorme prestation. D’ailleurs le public en redemande !
De façon tant légitime que logique, Kadavar EST la tête d’affiche de cette première soirée. Les quatre Berlinois, enrichis depuis 2013 par notre compatriote Simon « Dragon » Bouteloup, disposent du temps de jeu le plus étendu de cette première des deux journées : de 22 à 23 heures 30, soit une bonne heure et demie ! Placé au centre, Simon le très grand (déjà par la taille) et filiforme bassiste, lequel nous avait confié plus tôt dans la soirée vouloir volontiers être Siryu dans Les chevaliers du Zodiaque, va (presque) monopoliser l’attention à lui seul, à tout du moins assurer grave le show !!! Bazar de Grumlot
quelle prestance !!! Notre homme au chapeau noir 1970 (type Mick Fleetwood) et à la Fender Precision alterne halètements de possédé et grandes enjambées tout du long du set, notamment sur un mémorable « Doomsday Machine », enchaîné sur un « Last Living Dinosaur » ! N’empêche, avoir un bassiste qui s’appelle « Bouteloup » quand le chanteur-guitariste se surnomme Christoph « Lupus » Lindemann, constitue une belle gageure ! LE concert de cette première fournée !
En dépit d’un mauvais rendu sonore du chant, les trois Ukrainiens de Stoned Jesus n’auront toutefois guère à rougir de la comparaison. Au contraire, sa Gibson RD rouge (modèle rarissime) en mains, Igor Sydorenko et ses compères (dont un nouveau bassiste venu remplacer Andrew Rodin après son départ précipité du groupe) vont nous délivrer une aubade stoner doom des plus intimistes. Sur les coups de minuit, et devant un Champilambart qui a abaissé ses grands stores, nos amis entament leur show sur (le pourtant mal-nommé vu l’heure) « New Dawn », tiré de Songs to Sun paru l’an dernier. Une relecture poignante et plus aboutie de leur classique « I’m the Mountain », qui sera joué trois-quarts d’heure après. Mélancolique, suave, incassable, le timbre d’Igor prend, devant cette pacifique et avertie (mis à part deux ou trois « touristes » éméchés, voire désagréables…) assemblée, son entière dimension. L’absence de pit-photo revêt un inconvénient (l’extrême difficulté pour le photographe d’accéder aux premiers rangs, nonobstant la compréhension de la majeure partie du public) et un avantage (une véritable et palpable communion entre ledit public et ses artistes, comme naguère…) Le concerto des gentils doomeux s’achève, après une heure et sept morceaux (dont « Velvet », un extrait du taciturne Songs to Moon, leur nouvel album sorti le 16 octobre dernier chez Season of Mist). Détail amusant : quelques mesures survitaminées d’« Here Come the Robot », leur autre classique, sont expédiées de façon ultra-speedée à une heure du mat’, avant que le trio ne débarrasse définitivement l’estrade… Cette fois, Igor n’aura pas balancé sa grolle dans la fosse, mais se sera tout de même délesté de son t-shirt Monkeys on Mars, supergroupe que nous avions pu voir l’année dernière au Champilambart !
Comment mieux démarrer cette deuxième journée de festival qu’en se posant devant Birdstone, trio français de heavy rock aux accents bluesy ? Il est 14 heures 30 ce samedi 31, et la « bande à Basile » (anciennement chanteur et guitariste au sein de l’excellente formation The Necromancers) nous rappelle au bon souvenir de Graveyard devant un public qui répond déjà bien présent ! Le trio Bright Curse représente l’archétype du combo stoner post-Woodstockien. Tout en solos brûlants post-Jimi, et en batteur qui joue comme Mitch Mitchell (de façon saccadée, recroquevillé sur lui-même), et qui d’ailleurs lui ressemble physiquement… Cela dit, c’est vraiment bath
! On remarque, au passage, que la plupart des batteurs qui se sont produits durant cette édition possèdent des kits plus proches de par la taille de celui de Charlie Watts que de George Kollias… Les mascottes du Westill sont, depuis neuf années, des créatures anthropomorphes lookées stoner et environnant… Cette fois, c’est un homme-hibou à veste à patchs bleue, capuche bordeaux et tatouages. L’heureux volatine (borgne et aux bras croisés, façon « 81 » sur le qui-vive) succède cette année à : l’homme-paon, à l’homme-pieuvre, à l’homme-tigre, à l’homme-bouc, à l’homme-crocodile, à l’homme-buffle, à l’homme-aigle et à l’homme-mammouth (de l’année dernière)… À l’occasion de cette dixième édition, un somptueux (et gratuit) gobelet plastique de couleur a, à ce titre, été édité par les orgas : il rassemble, façon photo de famille, l’intégralité de ces thériocéphales… En parlant de proboscidien, place aux Grecs d’Acid Mammoth ! La formation emmenée depuis 2015 par un père et son fils (Chris Babalis senior et Chris Babalis junior), pratique un stoner lourd, pachydermique, à classer dans une mégafaune, déjà composée de Mammoth Mammoth, Ufommamut, King Buffalo, Bison, Mr. Bison, Lord Elephant, Bongzilla et bien sûr de Mastodon… Surprise : le set joué devant un Champilambart à cette heure très rempli comprend deux nouveaux morceaux, comme un avant-goût d’un nouvel album à paraître en 2027. Les amateurs de riffs écrasants et fuzzés en ont pour leur argent !
Vêtus de robes monastiques blanches accompagnées de cagoules qui leur couvrent le visage, El Altar Del Holocausto entrent en scène à 17 heures 30, dans une ambiance mystique, pour un concert alternant entre le post-rock et le post-metal instrumental. Tantôt enveloppants, tantôt sombres, les riffs des Espagnols sont accompagnés de montées en puissance atmosphériques qui embarquent un public déjà conquis à leur cause après un premier passage au Westill en 2023. Tel Moïse, le guitariste descend dans la fosse pour la séparer en deux, afin de préparer un wall of death d’une taille assez rarement atteinte à Vallet ! Une fois le brouillard de guerre retombé, le groupe diffuse un message enregistré qui nous rappelle que chacun vient en concert avec ses douleurs et ses traumas, et que leur show vise à partager une émotion collective et cathartique à travers la musique. Mission accomplie !!! Quel plaisir à présent, de voir My Sleeping Karma nous rendre visite à Vallet ! Le quatuor est-allemand de (kraut)rock psychédélique 100 % instrumental est plus qu’apprécié par les « squatteurs de la Valley ». Après le décès de Steffen (batteur) en 2023, nombreux étaient ceux qui craignaient que le groupe ne mette un terme à sa carrière. Que nenni ! Après une pause de quinze mois, le groupe a enrôlé son ingénieur lumière et vidéo, André Stein, derrière les fûts. Comme d’hab’, les Allemands transportent la foule aussi bien par leur musique que par la vision des images psychédéliques diffusées derrière eux. Excellente prestation des Allemands qui quitteront la scène sous les ovations de l’audience !
La diffusion des incontournables et immarcescibles « Time » (Pink Floyd) et « Rain When I Die » (Alice in Chains), ravissent les esgourdes du public, et font rugir celui-ci de plaisir aux alentours de 22 heures. Légendes oblige, le quintet Candlemass (à ne pas confondre avec l’ancien maire de Bordeaux et ancien président de l’Assemblée nationale) constitue la tête d’affiche de cette seconde soirée. Une heure et demie de doom metal suédois sur la scène du Champilambart, en face de deux mille personnes (mises en vente au printemps dernier, les quatre mille places correspondant aux deux jours cumulés de cette sympathique édition se sont envolées il y a bien longtemps déjà…) Le cuir noir est de rigueur ! Ayant tous passé le cap de la soixantaine, les sombres Scandinaves tiennent plus que correctement les planches. Jambes écartées et basse solidement en pognes, placé au centre, Leif Edling tient à rappeler qu’il est le chef incontestable et incontesté, le principal compositeur du groupe, depuis les débuts en 1984. À sa gauche, l’antédiluvien guitariste Mats « Mappe » Björkman a tombé son sempiternel couvre-chef, et assume visiblement sa calvitie, ce qu’il lui reste de longs cheveux teints en noir lui tombant dans la nuque. Quant à Johan Längqvist, le chanteur baba hard, on ne croirait jamais qu’il a connu de gros problèmes de santé il y a quelques semaines seulement de cela… La setlist du ténébreux spectacle s’articule essentiellement autour de leur album classique de 1986, l’essentiel Epicus Doomicus Metallicus. Pas moins de cinq morceaux sur un total de dix (tel l’incantatoire « Mirror Mirror », figurant sur Ancient Dreams de 1988). Dommage. Oui, dommage, parce que leur dernier album, Sweet Evil Sun, publié en 2022, recèle une ou deux lourdes et puissantes compositions (« Sweet Evil Sun », « Wizard of the Vortex »), qui n’auraient aucunement dépareillé en cette froide et dernière soirée d’octobre…
Tout porte à croire que les Italiens de Messa furent les grandes vedettes de cette seconde fournée du Westill 2026… Quelle chanteuse spectaculaire ! Quel enchantement sonique ! En enregistrement studio, la musique de ce qui est un des groupes de rock les plus importants (du point de vue créatif) de ce milieu de décennie est déjà mémorable, indéfinissable : mélange de doom, de cold wave (on pense notamment à certains arpèges cristallins eigthies à la Killing Joke) et de jazz ; en live, celle-ci prend une dimension toute autre, différente, portée d’une part par l’incommensurable voix de Sara Bianchin et d’autre part par la guitare électrique du maître jazzman
Alberto Piccolo. Les trois morceaux de bravoure issus de leur chef-d’œuvre de 2025 (The Spin) que sont « Fire on the Roof », « At Races » et « The Dress », sont respectivement joués en deuxième, troisième, et quatrième places de leur setlist. Un choix qui pourrait s’avérer perdant pour un groupe « comme un autre ». On se comprend. De superbes interprétations, quelle voix en live !!! On ne citera aucun nom, mais plus d’un barbu aura versé sa larmichette face à l’émotion brute véhiculée par Sara !!! Fin du fabuleux récital transalpin lorsqu’une heure sonna, dernier acte d’une rutilante et réussie édition du festival « stoner » à la boussole… La voix de Sara résonnera, jusqu’au dernier vendredi d’octobre de l’année prochaine, mêmes lieux… Pour finir, et à l’identique de l’édition 2025, mention très-très bien sera une fois de plus décernée au stand de gâteaux faits maison, dont la vente est reversée à l’association Urgence Maltraitance Animale (UMA). Un grand bravo, de même, et bien évidemment, aux organisateurs et aux nombreux bénévoles !!!
Le quintet de Paul, Westill 2026 :
- Lowrider
- Messa
- El Altar Del Holocausto
- Stoned Jesus
- Acid Mammoth
Le quintet de Romain, Westill 2026 :
- Kadavar
- Messa
- Stoned Jesus
- Candlemass
- Bright Curse
Photos : Romain







