The Darkness – Last of our Kind

lundi/01/06/2015
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The-Darkness-Cover

 

Groupe: THE DARKNESS

Album: LAST OF OUR KIND

Label: Canary Dwarf Records

Sortie le: 01/06/2015

Note: 11/20

 

The Darkness est sans nul doute le combo le plus « Mehrdeutig » (qui, dans la langue de Goethe bien sûr – et pas dans la notre, nous ne voulons pas de soucis avec le label… – signifie « ambigu », « devant être analysé au second sens », « nécessitant un approfondissement ») de ces quinze dernières années. En effet, plus de douze ans après la parution de leur premier et flamboyant « Permission to Land », on ne sait toujours pas si ce groupe est un gag ou The Last Gang in Town car les indices et éléments « pour » et « contre » s’équilibrent de façon très troublante !

 

Pour le contre, d’abord, certains mettront en avant la voix de castra du chanteur, les clips débiles avec crabes et pieuvres de l’espace en carton, le nom en « The » typiquement néo-rock années 2000, les fringues horribles (« Maman, on a voulu imiter les looks de Brian May et Steven Tyler en mélangeant tout, t’as vu ?!? »), un humour à la Benny Hill, une musique hybride entre AC/DC et Queen, des singles de Christmas Pompiers qui ne peuvent être vendus qu’Outre-manche, les multiples changements de personnel (mais aussi de labels et même de nom fut un temps), le tout sous poudreuse type Spinal Tap en vrai, sans oublier un bassiste qui s’appelle Frankie Poullain et le fait que Lemmy en personne les a sévèrement amoché dans son film…

 

Contre le contre, on fera remarquer que sur leur premier album, tous ces éléments précités ont donné naissance à une formule attachante qui s’est vendue à pas moins de 3,5 millions d’exemplaires (oui, le chiffre des ventes revêt une importance pour ces musiciens flamboyants : vous ne lisez pas ici la kro de l’album de Sandrine Kiberlain), et ce dans le contexte du crach de l’économie du disque des années deux-mille. The Darkness possède une personnalité propre. On n’oubliera pas les duels de guitares entre les frères Justin et Dan Hawkins (certes piqués à Thin Lizzy). Et artistiquement, des morceaux tels « Black Shuck », « Get Your Hands of my Women » et surtout « I Believe in a Thing Called Love » sont des purs bijoux (je voulais écrire « modèles du genre » mais je n’ai toujours pas réussi à définir ce genre !), sans parler du refrain et du final de la balade « Love Is Only A Feeling » qui sont de véritables chefs-d’œuvre.

 

Mais revenons à « Last Of Our Kind », le quatrième album de The Darkness, qui fait suite à un « Hot Cakes » qui marquait un retour au Glam british (on va dire : c’est ça leur genre…) ainsi qu’au départ de Ed, le batteur historique. Produit par Dan Hawkins lui-même (très bonne prod), ce disque s’affirme une fois de plus comme une collection d’emprunts.

 

Il s’ouvre sur le lourd riff de « Barbarian », le premier single quelque part entre AC/DC (« Big Gun ») et Alice in Chains (si !). Morceau d’ouverture convainquant donc, si l’on excepte la grosse voix ridicule du pont (là, ils ont dû vouloir faire comme Alice Cooper…) et l’espèce de cri de guenon qui sert de refrain-Gimmick (typiquement The Darkness non ?). La fine guitare qui ouvre « Open Fire » fait étonnement penser à The Cure : dommage que le chant un peu bourrin relègue cette nouveauté au second rang. La guitare sèche de « Last Of Our Kind » et le phrasé de Justin font repenser à « Friday Night », sur leur premier album. La production basse/batterie de « Roaring Waters » emprunte quant à elle à « Who Made Who » d’AC/DC, et son riff à « Back in the Saddle » d’Aerosmith. Enfin « Mudslide », le septième morceau, aurait pu figurer sur le second Skid Row, l’excitation Bachesque en moins…

 

Malheureusement, la mayonnaise ne prend qu’assez rarement sur ces dix titres, pourtant sympas. Le pseudo-épique « Mighty Wings » est assez difficile à écouter, entre grosse guitare bourrine un peu Dark et chant Mercurien (en moins Freddie). Pour le reste des compos, un coup on dirait Mötley Crûe période « Dr Feelgood » (« Sarah O’Sarah ») avec moins de conviction, un autre les Faces (« Hammer and Tongs ») sans Ron Wood et Rod Stewart. Quant à « Conquerors », qui clôt ce disque, il s’agit d’une Power Ballad sans véritable inspiration. On regrettera donc, et avec sincérité, l’absence d’un ou de plusieurs titres fédérateurs. Les frangins Hawkins savent toujours jouer et répètent à l’envi leur formule gagnante mais sans titre(s) phare(s) sur cet album. Et sans ferveur afin de décrocher le Mickey, serait-on tenté d’écrire…

 

On restera donc sur les « contre » et les « pour » cités plus haut. A moins qu’un jackpot planétaire en terme de ventes de disques, soutenu par des clips rock’n’roll cultes et sexy et d’une tournée mondiale fusionnelle et décadente digne des plus grandes heures du Glam Rock, ne viennent lever ces ambiguïtés. Fichu groupe « Mehrdeutig » !

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