Interview avec Job Tronel et Joachim Blanchet de FauxX

mercredi/12/05/2021
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Le groupe (et non pas projet) FauxX, c’est Job Tronel (Tagada Jones) à la batterie et Joachim Blanchet (Hoa Queen, Buck, The Craftmen Club) aux claviers, aux machines et à la voix. Après un EP de trois titres « NH3(il) » publié en 2018, le duo français sort son premier album autoproduit ce 28 mai 2021, intitulé « StatistiC EgO ». Sur leur page réseausociale, nos deux hommes exposent pratiquer du « Darksynth /// Metal ExP /// Drum-Keys /// Nihilism Industriel »… Bien entendu, Art’N’Roll a voulu obtenir plus de précisions de la bouche même des deux intéressés, et par Skype, le 10 mai dernier.

Art’N’Roll : Salut, vous êtes d’où ?

Job Tronel : A Langueux, à côté de Saint-Brieuc !

ANR : La première question est ouverte… Vous pouvez présenter votre groupe… Projet, groupe ?

JT : On s’est formé il y a combien de temps ?

Joachim Blanchet : 2017.

JT : 2017, sur un coup de téléphone en fait, j’ai appelé Jo car j’ai eu comme une apparition un soir : j’ai eu la vision d’un groupe qui ne respecterait pas les cahiers des charges standard « basse – batterie – chanteur »… Et j’ai immédiatement pensé à lui, car nous nous connaissions depuis longtemps sur Saint-Brieuc, je lui ai expliqué mon ressenti, là où je voulais aller, et comme par hasard il voulait faire la même chose… On savait ce qu’on ne voulait pas faire, sans tout à fait savoir où nous voulions précisément aller, il fallait qu’on se rencontre, que l’on commence à travailler, nous étions d’accord au moins sur une chose : quelque chose de noir, de sombre, d’assez oppressant…

ANR : Parce que vos univers respectifs sont effectivement dissemblables ab initio… Est-ce la proximité géographique qui a été le fondement de ce travail en commun ? Que tu l’as appelé ?

JT : J’te laisse répondre…

JB : Ouais vas-y toi…

JT : En fait nos univers… Nous nous connaissons depuis l’adolescence, quand on a commencé à écouter de la musique à Saint-Brieuc, lui il écoutait du black metal, c’était les prémices du black metal à Saint-Brieuc !

ANR : (Rires)

JT : Partout en France, en fait, hein !?! Début 90 – milieu 90, et donc eux (NDA : désignant son complice du pouce), ils étaient une bande de sept – huit tu vois ?!? C’étaient des black metalleux, ils avaient quatorze ans…

ANR : Marrant…

JT : Et moi, à l’époque j’écoutais Exploited, Discharge, et je commençais à écouter Sick of it all, Madball, tu vois ?!? Donc, évidemment, nous étions complétement différents. Et tu grandis, les années passent, nous avons fini par nous rencontrer un jour, l’univers de l’un a attiré un peu l’autre et réciproquement. Nous sommes différents à la base, mais c’est exactement ce qu’il fallait pour ce genre de projet…

JB : C’est la complémentarité de deux personnalités, non pas opposées, mais…

ANR : Complémentaires…

JB : Ouais c’est ça, complémentaires…

ANR : Votre musique est assez organique en dépit des machines, et rappellerait plutôt, voire clairement, la fin des années 90…

JT : (NDA : Opine du chef)

ANR : Début 2000, la scène electro-indus… Quelles sont les influences que vous revendiqueriez sur votre projet ? Au passage, je repose ma question : projet ou groupe ?

JT : Groupe.

JB : Groupe.

ANR : Quelles sont les influences que vous revendiqueriez ?

JT : (NDA : Désigne son complice)

JB : Moi, les influences les premières, lorsque j’ai commencé à chercher des sons au clavier, sont principalement des groupes de guitares, parce qu’avec FauxX il n’y a pas de guitare et que tout se fait par clavier… Je sais, ce n’est pas original, mais la première, c’était « Filth Pig » de Ministry, qui est un album un peu à part je trouve…

ANR : J’ai cru que tu allais dire « Psalm 69 » qui est l’album le plus connu de Ministry, citer « Filth Pig » est justement plus original…

JB : Avec « Filth Pig » Al Jourgensen a voulu déconstruire tout ce qu’il avait fait dans les années quatre-vingt et mettre un coup de pied dans un certain conformisme en matière d’indus, c’est pour moi un des albums fondateurs…

JT : Et c’est là que réside un des intérêts de FauxX : vous parlez de trucs que je ne connais pas et que je découvre puisque je n’ai jamais écouté d’indus, je n’ai jamais écouté cette musique. Néanmoins, j’aime bien la musique un peu « dingue », celle que tu es forcé d’écouter assis afin de pouvoir rentrer dedans !

JB : J’avoue être resté sur ma faim avec la scène indus, l’approche est souvent étriquée au regard de ses possibilités : t’as un visuel, un parti-pris musical fait de guitares et de beats ravageurs et cela s’arrête là. Cette scène ne s’est pas réinventée depuis vingt ans…

JT : Pour répondre à ta question, notre influence serait les groupes qui ont cassé les codes, voilà ! Nous avons fait FauxX pour s’écarter de tout ce qu’on avait fait auparavant, et prendre cette fois des risques…

JB : Voilà.

JT : C’est un peu notre manière à nous de respecter la musique. Nous n’allions pas faire un groupe de black ou un groupe de punk rock : j’en ai déjà fait, j’en fais encore, je souhaite faire autre chose avec FauxX, justement afin de respecter la musique. Ça marche maintenant, même si les gens au début nous prenaient un peu pour des tarés… Ils ne captaient pas, quoi !

JB : On prêche un peu seuls…

JT : Ce qui est une bonne nouvelle : quand les gens me disaient qu’ils ne captaient rien à cette démarche, j’étais content, je me disais qu’on était dans le vrai… Et sans se forcer à produire une musique qui n’est pas digeste, nous faisons notre son : ça plait, ça plait pas, tu rentres dedans ou pas, cela ne me regarde pas…

ANR : Pour ce qui est de l’esthétique de FauxX, il semblerait qu’il y ait une parenté avec celle des soirées Alien nation, notamment dans votre clip « Requiem », dans lequel on aperçoit Klodia Sparkling, alias la « Guerrière de la scène metal-punk-indus française »… Avez-vous pensé cette esthétique ou est-ce que cela s’est créé inconsciemment ?

JB : (NDA : Stoïque) Totalement inconsciemment.

JT : Ce clip est une fois encore un projet mené en commun. On en a parlé avec un pote de Saint-Brieuc qui a énormément de talent pour réaliser les vidéos, qui a apporté le scénario et sa pierre à l’édifice, puis on a appelé Klodia qui est une artiste chorégraphique et une super amie, et…

ANR : Elle est de Saint-Brieuc aussi ?

JT : Non, non, elle est (NDA : avec l’accent) originaireu de Toulouseu, et est sur Paris maintenant. Et elle a ramené tout son univers, cela a aidé à créer quelque chose de singulier. Chez nous, tout participant à son mot à dire.

ANR : Idem pour le visuel de la pochette, qui l’a réalisé et qu’évoque-t-il ?

JB : Nous avons navigué sur Internet dans l’idée de trouver des images ratées, des images abandonnées, nous recherchions quelque chose qui symbolise l’erreur. Et cette photo est une erreur, on ne sait pas trop ce que la personne fait, même si l’on devine un peu, on doute quand-même. Il s’agissait de mettre au centre un ego hésitant, dont on peut supposer qu’il a même une corde au cou, un pendu survolant les gens tout en les évitant.

ANR : L’erreur est bien souvent source de créativité, est-ce que finalement FauxX ne serait-il pas une erreur destinée à créer ?

JB : En tous cas, une anomalie…

ANR : Une anomalie est plus juste, oui… Quelque chose de contre-nature…

JT : Une anomalie que l’on veut créer ! FauxX est une remise en question, à un certain point de nos carrières et de nos vies personnelles…

ANR : Vous avez la quarantaine tous les deux ?

JT : Quarante-cinq !

ANR : C’est l’âge où l’on se dit « si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais », et c’est pareil pour tout grosso modo

JB : C’est cela, exactement…

JT : Et faire du sale avec FauxX, c’est finalement faire du propre à l’intérieur de soi…

JB : Evacuer un peu…

JT : C’est très salvateur !

ANR : Pourquoi ce mot « FauxX » d’ailleurs ? On parlait d’erreur, d’anomalie, et le groupe s’appelle « FauxX »…

JT : J’ai trouvé le nom « Faux » avec spontanéité, et j’ai fait une faute de frappe, tant qu’à faire…

JB : Affirmer le fait d’avoir faux… Même en y allant à fond et en y croyant très fort, ce n’est pas parce que tu affirmes que tu as raison…

ANR : Vous avez parlé de « casser les codes »… Comme ça, spontanément, puisque le mot « spontanéité » vient d’être employé, quel serait le ou les projets ou groupes qui selon vous ont réellement cassé les codes afin de créer, de marquer les esprits ?

JT : Un groupe que je respecte énormément du fait de leur parcours, c’est Gojira. Leur nouvel album, leur façon de voir les choses, leur santé mentale incroyable, leur paix intérieure, je suis stupéfait, c’est génial ! Ils font exactement ce qu’ils veulent, et le metal a besoin de cela. Le metal ce n’est pas que « apéro » au camping, montrer son cul et boire de la bière à moitié à poil, tu vois !?! Au bout d’un moment, il y a peut-être des choses à dire et à faire. Bon, il y a plusieurs franges du metal : il y a ceux qui se prennent au sérieux et les autres. J’aime aussi leur façon de composer, qui est proche de la nôtre, le batteur arrive parfois avec toutes ses idées pour composer un morceau, il a senti une vibration, il l’a enregistrée et l’a donnée à son frère qui a posé ses guitares dessus. Autre chose : en ce moment, je vois des gens gueuler sur Facebook contre eux parce qu’ils sont passés dans « Quotidien », mais eux c’est ce qu’ils veulent et s’il faut aller chez Jacques Martin (Sic) ils iront car maintenant ils sont énormes.

ANR : Un souvenir, peut-être, avec eux de ta part ? Peut-être lors du dernier Hellfest, le vendredi soir à l’occasion de la soirée 100 % groupes français ?

JT : Leur concert lors de cette soirée était incroyable, ils étaient sur le toit du monde. La première fois que j’ai joué avec eux, ils venaient tout juste de sortir « The Link », et c’était au Furyfest de 2003 à La Trocardière ! A l’époque, c’était la gueguerre entre ceux qui préféraient Gojira et ceux qui préfèraient Nostromo ! C’étaient les deux nouveaux groupes de metal français. Quinze ans sont passés, Gojira est devenu énorme et Nostromo revient, ce sont des amis d’ailleurs… Déjà, à l’époque, les membres de Gojira étaient ultra carrés, s’échauffant sur des guitares acoustiques avant le concert pour être sûrs de bien jouer, ils sont incroyables.

ANR : Et quant à vous ? Quelle serait la suite du groupe ?

JB : En dépit du Covid, nous avons la chance d’être soutenus par la salle de Saint-Brieuc, qui s’appelle Bonjour Minuit, et qui nous accompagne. Nous y avons établi deux résidences en 2020, ce qui nous a permis d’attaquer l’aspect live, à défaut de pouvoir jouer devant un public pour de vrai. Nous allons réattaquer d’autres résidences avec d’autres salles de concert pour 2021.

JT : On a réussi à mettre en place une vraie équipe autour de nous : une boîte de lumières, un bon sondier, et à monter petit à petit la bête pour le live. Nous cherchons à améliorer, nous voulons bien faire et taper fort.

JB : Il faut que ce soit un ensemble, sachant que nous ne sommes que deux, une batterie et un clavier, et que nous sommes donc statiques. Nous n’irons pas chercher le public dans la fosse ! La lumière sera centrale dans notre proposition de scène, nous y travaillons !

ANR : Ce sera le mot de la fin, merci et bonne journée promo, si on peut nommer cela une journée promo…

JT : Tu sais, on est contents d’être là : notre album n’est pas encore sorti que nous donnons déjà des interviews, nous n’avons même pas fait de vrai concert !

ANR : Il y a un bon tissu de webzines en France… Au moins une trentaine, vous avez de la matière… Je vous souhaite une bonne journée les gars !

JB : Merci !

JT : Salut et à bientôt !

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