Interview avec Fred du groupe Sleazyz

mercredi/03/02/2021
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L esprit punk et rock n roll c est comme la dernière séance de minuit à mater un bon film d horreur !! bien disparu de nos jours , Sleazyz est la pour remettre les pendules à l heure(en sens inverse bien sûr) 

Art’n Roll : Peux-tu me raconter les débuts de Sleazyz

Fred : c’était vraiment un projet, on va dire quasiment familial. J’ai commencé avec ma cousine et mon cousin. Ma cousine chantait, mon cousin faisait la gratte et un pote à moi faisait la boîte à rythmes. C’était vraiment un projet comme ça et puis, en fait, au fur et à mesure, comme c’est moi qui compose depuis le début, on a commencé à faire des chansons et puis après, j’ai eu des tas de changements de line up parce qu’à chaque fois… des fois tu bosses (surtout avec ta famille c’est un peu difficile), il arrive un moment, tu veux quelque chose de plus pro, il y en a qui ne suivent pas, donc voilà, changement de line up et là, le groupe pour moi, c’est vraiment le renouveau, c’est 2018, mon déménagement sur Troyes et ma découverte des musiciens de Troyes et de ma femme aussi : c’est Ileana, qui est une super guitariste rythmique, j’ai découvert speed, j’ai découvert David… Je leur ai proposé le projet, ils étaient partants et comme c’est des gens qui sont vraiment motivés, qui sont pro, qui ont une espèce de cursus – Ileana a joué dans les années 90 (parce qu’elle est Portoricaine), dans un groupe qui s’appelait ALARMA, qui a beaucoup tourné, Speed, c’est un mec qui a fait un nombre incalculable de groupes et qui a joué pendant des années, David a fait des tas de concerts aussi avec des groupes différents de Troyes. Je commence à faire des concerts, même si j’ai fait ça quand j’étais sur Paris, c’était beaucoup moins pro paradoxalement et là, j’ai trouvé vraiment des gens qui étaient à 100 % !

Art’n Roll :Du coup tu est partis vivre  à Troyes ?

Fred : Oui, moi je suis parti en fait. Comme c’est moi qui compose depuis 2003. Parce que je suis passé chanteur mais compositeur, auteur, c’est moi qui compose. Donc, c’est moi qui fais les mélodies, c’est moi qui fais…  et puis après… Là, c’est différent aussi parce que c’est des gens qui apportent des choses. Avant, j’avais plutôt des suiveurs avec moi. Maintenant, c’est plutôt des gens qui ont un cursus, qui veulent apporter quelque chose. David, notre guitariste soliste, il a une touche très « British heavy metal », très Judas, Scorpions, tous ces groupes-là, Maiden, plus un peu comme ça. Speed, il est plus dans mon esprit, il aime aussi les trucs un peu californiens, tout ça, glam et Ileana adore le glam aussi mais elle est très Ramones, tu vois, vraiment plus punk. Elle est metal, mais elle aime le punk aussi, le son comme ça, puissant, les guitares punk ;Du coup, chacun apporte sa touche qu’il n’y avait peut-être pas dans les Sleazyz de Paris. Alors que là, pour moi, c’est vraiment la renaissance du groupe. Et là, Ileana chante, David chante aussi donc je me sens épaulé, il n’y a plus de locomotive avec des mecs qui suivent, maintenant on est tous des locomotives ! Ça c’est super, on va tous dans le même sens !

Art’n Roll :  la région de Troyes c’est quand même une belle scène pour le metal !

Fred : Ah mais laisse tomber ! On ne s’en rend pas compte en fait, mais oui, il y a une belle scène punk aussi et nous, on est assez… comme on navigue entre le punk, le metal, le rock, on peut jouer avec des tas de groupes différents. D’ailleurs, c’est ce qu’on a fait ! En 2019, on a fait peut-être entre 20 et 30 concerts dans l’année, on a beaucoup tourné, on a joué avec Police on Tv, un groupe de punk, on a joué avec Banane metalik, on a joué avec Under All, qui fait plutôt de l’industriel, avec Kamera Obscura, qui fait plutôt de l’électro-metal. On s’adapte au public qu’on a en face de nous. Et puis à chaque fois, les gens accrochent parce que « ouais, c’est un peu punk ! » Quand tu écoutes du metal « ouais, c’est un peu metal ! » On arrive un peu à toucher un public assez large.

Art’n Roll : Quand on écoute l’album, il est difficile de vous comparer à tel ou tel groupe tellement les références musicales sont énormes !

Fred : Justement, c’est ça qui est intéressant ! Tu vois, moi j’aime autant Bon Jovi que Slayer que Pantera, que dimmu borgir.

Art’n Roll : Donc chacun va y trouver son compte en fait ?

Fred : Voilà, c’est ça qui est génial ! Et moi, ce que j’aime aussi, c’est avoir des grooves accrocheurs, mais aussi à l’intérieur, avoir une espèce de furie de… et puis avoir des changements de rythmique aussi pour que les gens soient… que ça aille vite, que ça soit pas toujours pareil au niveau de la voix, que ça soit pas toujours pareil au niveau de la rythmique. Notre musique, le metal, « notre musique » est tellement large, pourquoi se cantonner à un style bien particulier.Notre ligne conductrice, c’est quand même que chaque chanson, c’est une petite histoire, soit d’horreur et nous, en live, on accompagne, on a des rétroprojections de films qu’on sélectionne et qui sont en adéquation avec la musique. On a des samples aussi, donc on essaie vraiment de faire un spectacle, ce qu’a perdu un peu le metal en ce moment. Tout le monde est très premier degré, nous on n’est surtout pas premier degré et on aime le spectacle, le shock rock, le théâtral, ça fait partie de notre ADN.

Art’n Roll : C’est vrai que cet album est une vraie bouffée d’air, parce qu’on n’a plus l’habitude, ces derniers temps (je ne sais pas si tu es d’accord avec moi) d’avoir ce style de compos ?

Fred : Mais carrément ! C’est ça, c’est souvent ce qu’on dit.

Art’n Roll : On n’a que des albums sombres depuis quelques temps, surtout avec l’actualité.

Fred : Voilà ! Nous, on peut faire ça mais il faut porter ça en dérision. Pour kiffer, notre style, c’est notre leitmotiv dans le groupe, c’est vraiment  « fun, fear et rock and roll », c’est-à-dire c’est du fun : on est là pour se marrer, on est là pour chanter quand il faut gueuler ensemble ; on est là pour la peur aussi, un peu, parce que nous aussi, la peur du lendemain… mais aussi pour se marrer, pour sublimer ça, pour aller plus loin que ça. On est rock and roll – parce qu’on est rock and roll – notre essence, notre route, c’est le rock and roll, mais voilà, le metal quoi ! Il y a aussi le punk parce qu’on ne se limite pas à un certain style, mais il y a une espèce de continuité, il faut que ça reste dans le style Sleazyz.

Art’n Roll : Vous avez commencé à le travailler en janvier 2020 cet album ?

Fred : L’album, on l’a enregistré en janvier 2020, ça fait un an jour pour jour qu’on l’a enregistré. Il y a 6 titres qui sont nouveaux, que j’ai travaillés avec Ileana sur tous les textes – parce qu’elle est Portoricaine, donc c’est beaucoup plus facile pour l’américain, c’est son origine. Donc elle m’a aidé beaucoup dans les textes. Sinon, la musique, la mélodie, c’est plutôt moi qui travaille ça. L’album a été fait avec 6 nouveaux titres et 4 retravaillés, que j’avais sous le coude et qu’on a retravaillés ensemble. Chacun apporte sa patte.

Art’n Roll : Vous l’avez enregistré à Troyes ?

Fred : On l’a enregistré à Troyes mais dans des conditions… parce qu’on avait un petit budget, donc c’est vraiment 5 jours, 10 titres et 10 à 12 heures par jour. Il faut dire que Jean-Marc PINAUD (MAZ), il nous a vraiment boostés à mort,  c’est une expérience de fou ! Les Tagada Jones Voilà, c’est lui qui fait No One en live, c’est un mec qui a un putain de cursus. Il a porté avec nous le projet, ce n’était pas juste qu’un ingé, qui enregistrait, qui appuyait sur un bouton. Il nous a conseillés, il nous a aidés à 200 %. Il m’a dit : « Je suis en vacances, je décale ma semaine de vacances mais c’est 5 jours, pas plus, pas moins ! » Le lendemain, il partait, il avait loué un truc et la semaine d’après, il enregistrait (je crois que c’est pour Tagada Jones), il était surbooké. C’est vraiment pour nous parce qu’il a eu un coup de cœur pour les Sleazyz. On l’a contacté – parce qu’Ileana était galeriste sur Troyes, elle avait fait des afters avec No One, il y avait MAZ, elle avait sympathisé avec lui et elle m’a dit : « Je vais lui envoyer une démo, pour voir et pour parler » et lui, il a tout de suite accroché. Il est venu de Paris à Troyes, comme ça et deux fois, il nous a conseillés, on a écouté ce qu’il a dit, on a fait ce qu’il y avait à faire… ses conseils étaient vraiment super intéressants et vraiment importants pour nous. Donc il a dit OK. On lui a dit « on veut enregistrer à Troyes, on a un studio qui s’appelle « L’âme du Temple ». Il a dit « OK », il a fait une visite, il a dit « il me faut ça, ça et ça ». On lui a dit OK. Il a tout mis à la page et on a enregistré 5 jours, 10 à 12 heures, c’étaient des larmes, parce que « la sueur, le sang et les larmes ! »

Art’n Roll : Vous avez tout donné pour cet album !

Fred : Tout !

Art’n Roll : Ça se ressent.

Fred : Ça se ressent et ça a été – pour te parler un peu technique – on a quand même enregistré (comme on avait très peu de temps), il fallait enregistrer les rythmiques ensemble. Il fallait enregistrer basse, batterie, guitare rythmique et une voix témoin en même temps parce que sinon, on n’avait pas le temps d’enregistrer piste par piste, il fallait avancer très vite. Du coup, cet album se ressent et je pense que ça donne une espèce d’énergie qui a…

Art’n Roll : Premier titre « Malleus Maleficarum » est un traité pour les chasses aux sorcières, une mise en garde contre la sorcellerie. Tu l’as lu cet ouvrage ?

Fred : Bien sûr et si on en parle, c’est pour ça. C’est ma femme – ma femme, c’est une érudite en fait, elle a été galeriste d’art alors laisse tomber ! Elle a toujours des bouquins… et c’est quand on était en vacances, elle me dit « regarde, tu connais ? » Elle m’explique et je lui dis « ça, c’est un titre de chanson ! » Et c’est venu naturellement la chanson après.

Art’n Roll : il débute , avec les « la, la, la » dès le départ, on a l’impression d’écouter un peu le style des  années 80. Ça m’a fait penser à  Black Rain ( ndlr :groupe français de glam).

Fred : C’est ça le but du jeu, c’est surprendre aussi l’auditeur. C’est-à-dire que tu rentres dedans ou tu ne rentres pas dedans, c’est ça le truc des Sleazyz.

Art’n Roll : On rentre dedans dès le départ !

Fred : OK, c’est cool !

Art’n Roll :  le plus rock and roll, c’est Psycho Witch qui est le plus fun, c’est l’histoire d’une sorcière ?

Fred : C’est ça, en fait c’est ma cousine ! (rires)

Art’n Roll : Il est très entrainant , on a hâte de le voir sur scène un jour.

Fred : Il y a beaucoup de nouveaux titres et les anciens, on les a testés en live pour voir comment le public réagissait et tout de suite, pouf ! Les gens comprennent, ils chantent, ils gueulent. Quand il y a les « eh, eh, eh » ils gueulent avec nous tu vois. Cet album-là, il est fait pour jouer live. C’est vraiment une essence de tout ce qu’on a fait pendant 2019, on a fait entre 20 et 30 dates, on a vraiment testé un maximum de titres pour voir lesquels… Tout de suite, March of the Dead, les gens ils entendent (c’est con à dire) mais tu chantes une fois et quand les gens chantent derrière toi, c’est qu’il y a quelque chose qui se passe. Comme pour Psycho Witch, ça marche tout de suite, Chaos… On est super contents parce qu’il y a beaucoup de titres qui ont été testés live, vraiment à l’ancienne.

Art’n Roll : vous allez sortir un clip   «  Devil talking in my head » et au niveau des lumières, on ressent un peu le côté  des films de Rob Zombie ?

Fred : Oui, mais eux, c’est plus nos influences, il faut aller beaucoup plus loin, plutôt du côté de l’Italie dans les années 70, c’est plutôt dans cet esprit-là, avec des belles lumières, des beaux contrastes. C’est ileana qui a travaillé sur ça, qui voulait vraiment un clip avec des lumières contrastées, qui pètent en opposition, qui sont finalement très italiennes dans l’esprit. On voulait vraiment changer par rapport au premier clip qui était beaucoup plus waouh ! avec le feu. Là, c’est beaucoup plus travaillé artistiquement.

Art’n Roll :  tu as des références de films ? car je vois que vous avez un énorme respect pour les acteurs de films d’horreur, surtout que vous l’écrivez dans l’album, vous les remerciez même ?

Fred : Bien sûr, normal, parce que je suis un fan de Roméo, je suis un fan de fulci. J’adore Dario Argento, les Re-Animator, mon film de chevet, c’est plutôt « Le retour des morts vivants » que « La nuit des morts vivants », j’adore ce film !

Art’n Roll :   March of the Dead sonne  day of the dead ?

Fred : Oui, j’adore ce film ! Et puis chacun a ses influences. David est plus dans les seventeen sérieux, moi je suis plus dans le z-art, j’adore les b et z moi, je suis plus dans cet esprit-là, et Speed il aime tout dans l’horreur. C’est assez disparate au niveau films, c’est comme en musique, mais on arrive tous à se rejoindre quand même, parce qu’on est dans le même kif !

Art’n Roll :  les films d’horreur s’arrêtent aux années 90 ?

Fred : Je suis assez d’accord. Ça commence dans les années… j’ai mis 50, mais je pourrais même dire 30 parce que j’aime beaucoup les films Universal  avec Boris Karloff, j’adore aussi Vincent Price, Basil Rathbone Ça va aussi de Herbert West, de Re-Animator que j’adore aussi, tu vois tous ces films-là, c’est comme le metal !

Art’n Roll : Donc pour toi, ça se rejoint, le metal et ce genre de films ?

Fred : Évidemment. Beaucoup de mes potes autour de moi qui sont metalleux adorent les films fantastiques et d’horreur, c’est juste d’une logique implacable de toute façon. C’est dans le même esprit de liberté, d’être extrême, de choquer… On fait quand même une musique de rebelles, on est des rebelles à la base, il ne faut pas l’oublier ça ! C’est pour ça qu’on a gardé ce côté punk, rebelle, qui s’est un peu perdu aussi chez les metalleux, que je trouve assez gentils en général.

Art’n Roll : On dit que la scène metal a beaucoup changé, beaucoup de gens le disent, ça s’est un peu « embourgeoisé ».

Fred : Exactement, je suis assez d’accord et nous, on est tout le contraire, on essaie de mettre un coup de pied dans la fourmilière, c’est fun, on se marre, on est là pour rigoler, on est là pour passer du bon temps, on est là pour kiffer, pour avoir un petit peu peur mais pour se marrer aussi, pour oublier toute cette grisaille autour de nous. Sleazyz, c’est minimum deuxième degré ou alors troisième, c’est ça : apporter du fun ! ce qu’il n’y a plus dans la scène actuelle. Et le coté théâtral qui est génial. C’est sûr que c’est chiant techniquement, c’est hyper dur, il faut se maquiller, ça prend du temps, mais c’est tellement fun ! Il n’y a plus cet esprit-là.

Art’n Roll : Tu as l’impression que l’esprit metal, l’esprit punk a un peu disparu ?

Fred : Voilà et nous, on essaie d’être là en disant « t’as vu ? »

Art’n Roll : D’après toi, il y a beaucoup de groupes qui se prennent un peu trop au sérieux ?

Fred : Oui, tu chopes vite la grosse tête. Nous, on fait de la musique qui n’a pas l’air sérieuse, mais sérieusement, tu vois ce que je veux dire ? La musique, on peut la trouver un peu légère, mais on bosse comme des malades pour, visuellement, être beaux pour les clips, pour les lumières… Maintenant, on a des mecs qui nous suivent, on a notre ingé, on a notre light, on a des gens qui croient en nous et nous, on est là pour apporter des trucs que les autres n’ont pas, de toute façon, et qui a été perdu quelque part.

Art’n Roll : Ou peut on trouver l album ?

Fred : On a reculé à chaque fois l’album, il sort aujourd’hui (ça fait un an jour pour jour qu’on l’a enregistré), sur toutes les plates-formes de streaming. Sur Spotify, Amazon…  Tu peux aller aussi sur notre site ! Et pour ceux qui sont originaires du coin, il sera aussi au « Message » à Troyes, un disquaire. Puis, si les mesures sanitaires le permettent, on a aussi un rendez-vous avec le public le 6 février, justement au « Message » pour la vente de l’album et les rencontres avec les gens.

Art’n Roll : Des projets pour 2021?

Fred : Si les mesures le permettent … si d’ici-là, on n’est pas enfermés chez nous avec le masque et une camisole de force ! Et on a aussi notre concert à la Chapelle Argence, en partenariat avec « La Maison du Boulanger », le 3 avril, si tout va bien, avec nos potes de « High School Mother Fuckers » et puis aussi (ça, c’est dans les starting blocks mais on peut mettre un point d’interrogation sur tout ce qu’on peut faire) il y a un concert en été qui est prévu au CLUB à Paris. On doit aussi faire la Fête de la Musique, à Troyes évidemment.  Mais tout ça entre parenthèses, vu le problème avec ce putain de coronavirus de merde. On a prévu aussi des petits concerts qui sont à venir mais pour l’instant, tout reste entre parenthèses !

Mais le plus gros truc, c’est aujourd’hui, l’album, qui va sortir sur le web et les plates-formes de streaming. Après, c’est la vente de l’album au Message à Troyes et le 3 avril, la partie release à « La Chapelle Argence », en partenariat avec « La Maison du Boulanger » qui nous a bien aidés et la Ville de Troyes.

Art’n Roll : Si tu as un dernier mot pour Art’n Roll,  un message à faire passer ?

Fred : Merci à vous, bonne continuation. Si vous pouvez venir le 3 avril, si ce n’est pas annulé, à « La Chapelle Argence » pour nous voir avec High School Mother Fuckers. Sinon, merci pour tout et restez metal les amis !

Art’n Roll : C’est gentil à toi ! Merci Fred !

Fred : Merci beaucoup et bonne continuation !

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