{"id":38551,"date":"2026-04-20T17:29:44","date_gmt":"2026-04-20T15:29:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.artnroll.net\/home\/?p=38551"},"modified":"2026-04-20T18:33:27","modified_gmt":"2026-04-20T16:33:27","slug":"chronique-deven-the-good-girls-will-cry","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.artnroll.net\/home\/?p=38551","title":{"rendered":"Chronique d\u2019Even The Good Girls Will Cry"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur :<\/strong> Melissa Auf Der Maur<\/p>\n<p><strong>Titre :<\/strong> Even The Good Girls Will Cry<\/p>\n<p><strong>\u00c9diteur :<\/strong> Atlantic Books London<\/p>\n<p><strong>Sortie :<\/strong> 19 mars 2026<\/p>\n<p><strong>Note :<\/strong> 18\/20<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Courtney n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 mobiliser l\u2019attention en coulisses puis elle est mont\u00e9e sur sc\u00e8ne. H\u00e9b\u00e9t\u00e9e. Am\u00e8re. Mauvaise. Plus croassante que mena\u00e7ante. Jouant la martyre. S\u2019apitoyant sur son sort. Pas m\u00eame foutue de se souvenir du nom de sa nouvelle bassiste (Melissa Auf Der Maur, une canadienne, 22 piges au compteur, transfuge des obscurs Tinker)\u00a0\u00bb. C\u2019est par ces maigrelettes lignes, imprim\u00e9es noir sur papier jaun\u00e2tre, que le public fran\u00e7ais a eu connaissance de l\u2019existence de l\u2019autrice de l\u2019ouvrage pr\u00e9sentement chroniqu\u00e9 (<em>Rock &amp; Folk<\/em>, octobre 1994, p. 8). Quarante-sept mois plus tard, force est de constater que la donne et le ton ont chang\u00e9 : Hole est d\u00e9sormais en couverture du mensuel de r\u00e9f\u00e9rence. Une magnifique photo de l\u2019ex-imp\u00e9trante et de son apais\u00e9e patronne, d\u00e9sormais alter-ego ; un clich\u00e9 des plus glamours, \u00e0 faire passer la Stevie Nicks de 1977 pour Marie-Pierre Casey en 1981, avec \u00e9crit en bleu dessous \u00ab Courtney et Melissa pr\u00e9sentent leur collection d\u2019automne \u00bb. En page 64 de ce num\u00e9ro de septembre 1998, l\u2019ex-furie atrabilaire et infr\u00e9quentable laisse celle qui est devenue son bras-droit et rep\u00e8re de stabilit\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 sa place aux questions de Man\u0153uvre : \u00ab Melissa, dis-leur, toi. Tu parles leur langue, non ? \u00bb Cette fulgurante mais logique ascension n\u2019avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 aucun observateur. Comment cela fut-il rendu possible ? La r\u00e9ponse se niche en filigrane dans <em>Even The Good Girls Will Cry<\/em>, l\u2019autobiographie de Melisssa Auf Der Maur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au centre de la page qui pr\u00e9c\u00e8de le sommaire, trois phrases ont \u00e9t\u00e9 inscrites par la native de 1972, ces sentences que l&rsquo;on pourrait presque qualifier de \u00ab mill\u00e9naristes \u00bb, sont solennellement mises en exergue blanc sur noir : \u00ab The turn of a millennium rarely happens in a lifetime. This is a story about the decade that defined me and my generation, 1991-2001. I would never wish for another time to come into my womanhood \u00bb. Cette annonce quasi-cin\u00e9matique, \u00e0 la pr\u00e9sentation digne de Star Wars (dont Melissa est fan, tout comme elle est fan d&rsquo;E.T.), relative \u00e0 des faits et lieux bien r\u00e9els, donne le la des 417 pages \u00e0 venir. Celles-ci sont en effet divis\u00e9es en trois \u00ab actes \u00bb, sont subdivis\u00e9es en 39 chapitres, introduites par une introduction (superbe ta redondance, continue mec&#8230;) et conclues par un \u00e9pilogue (\u00ab afterwords \u00bb). De m\u00eame, l\u2019artiste a ins\u00e9r\u00e9 telle une peintre trois \u00ab paysages de r\u00eaves \u00bb (\u00ab dreamscapes \u00bb), autant de \u00ab column Interludes \u00bb, plus quelques papiers, classements, photos et tocades plus ou moins importants\u2026 Mais on ne trouve ni avant-propos ni pr\u00e9face de quiconque (d&rsquo;ailleurs, qui pour les signer : Courtney Love ? Billy Corgan ? Depuis trois d\u00e9cennies d\u00e9j\u00e0, Melissa est seule ma\u00eetresse \u00e0 bord, donc autant poursuivre ainsi, et dispenser l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne de tout satisfecit hi\u00e9rarchique&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Through the Looking Glass\u00a0\u00bb est l&rsquo;intitul\u00e9 de l&rsquo;introduction, laquelle prend place&#8230; \u00c0 Reading en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi du 26 ao\u00fbt 1994 (la prestation narr\u00e9e plus haut dans <em>R&amp;F<\/em>). Une Courtney hors de tout contr\u00f4le claque alors la porte de sa loge mobile pleine de bordel \u00e0 dentelles et de barres vegans, piquant une crise d&rsquo;hyst\u00e9rie au milieu d&rsquo;un chaos de froufrou et de panties en d\u00e9sordre\u00a0: la nouvelle \u00ab\u00a0boss\u00a0\u00bb de la narratrice est pr\u00e9sentement aux trois quarts nue, \u00e0 la recherche d\u2019un spray de couleur, tandis que soixante-cinq mille festivaliers \u00e9mettent au-dehors un son inaudible proche de l&rsquo;infernal&#8230; Hole qui vient d&#8217;embaucher la novice, doit jouer avant les lo-fis d\u00e9pressifs et minimalistes de Pavement alors en vogue&#8230; On s&rsquo;y croirait. Celle qui signe xMADMx d\u00e9peint une sc\u00e8ne des plus apocalyptiques qui, je pense, ne pourrait plus v\u00e9ritablement conna\u00eetre d&rsquo;\u00e9quivalence de nos jours. Il s&rsquo;agit, surtout, de la premi\u00e8re apparition sur sc\u00e8ne de la veuve Cobain depuis le suicide de son \u00e9poux, survenu le 5 avril 1994. La derni\u00e8re date g\u00e9n\u00e9rationnelle de l&rsquo;histoire du rock&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces instants, \u00e9crit-elle, changeront pour toujours l&rsquo;existence de Melissa. Pourtant, la Montr\u00e9alaise se sent quelque part \u00e9trang\u00e8re \u00e0 ce qu&rsquo;elle est en train de vivre&#8230; La jeunesse, peut-on penser, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 une certaine \u00e9thique antistar qui dominait alors&#8230; Le discret Nikon, qui pend au bout d&rsquo;une ficelle enroul\u00e9e \u00e0 son poignet, lui permet de prendre les photos de ce qui est en train de se passer\u2026 \u00c0 l&rsquo;image d&rsquo;un jeune Rib\u00e9ry, bras-droit d\u00e9sign\u00e9 mais en m\u00eame temps spectateur de Zidane, douze ann\u00e9es plus tard en Allemagne, la nouvelle bassiste contemple sa tauli\u00e8re, ainsi que le grandiloquent d\u00e9corum, tout en faisant de r\u00e9serv\u00e9s mais remarqu\u00e9s d\u00e9buts&#8230; Avant de devenir au bout de deux ou trois encablures la sous-cheffe incontest\u00e9e. Ses autres talents de narratrice, de t\u00e9moin, d&rsquo;archiviste (vous remarquerez que ce sont souvent les bassistes, \u00e0 l\u2019image de Bill Wyman ou Bruce Foxton chez les Jam, qui jouent ce r\u00f4le) prend quatre d\u00e9cennies plus tard son enti\u00e8re dimension. Reading n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une prolepse, une figure de style coutumi\u00e8re des autobiographies anglo-saxonnes (Billy Idol ou Scott Ian commencent les leurs via un proc\u00e9d\u00e9 similaire). Pass\u00e9 cette mirifique introduction, Melissa Auf Der Maur reprend les choses l\u00e0 o\u00f9 elles ont r\u00e9ellement commenc\u00e9 : soit le Canada anglo-francophone de la fin des ann\u00e9es soixante. Les premiers chapitres sont consacr\u00e9s \u00e0 sa m\u00e8re, son p\u00e8re, Montr\u00e9al (elle adore sa ville, c&rsquo;en est litt\u00e9ralement symbiotique), sa pr\u00e9adolescence, la d\u00e9ferlante alternative et grunge des early 1990&rsquo;s&#8230; La deuxi\u00e8me s\u00e9rie \u00e9voque Hole : de la tourn\u00e9e en premi\u00e8re partie de Nine Inch Nails \u00e0 l&rsquo;automne 1994, au d\u00e9m\u00e9nagement pour Los Angeles deux ann\u00e9es (de chaos int\u00e9gral et permanent) plus tard. Le troisi\u00e8me acte commence fin 1996 pour s&rsquo;achever le 11 septembre 2001. La Miss passera (presque) sous silence sa (pourtant m\u00e9ritoire) carri\u00e8re solo, entam\u00e9e en 2004 et close en 2011&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans surprise aucune, le style de la rousse diaphane est \u00e0 son image : intelligent, raffin\u00e9, serti de r\u00e9f\u00e9rences culturelles, amusant, pr\u00e9cis. Difficile \u00e0 traduire, sans en ab\u00eemer, voire d\u00e9naturer, le propos&#8230; \u00c9crit dans un anglais lettr\u00e9 et color\u00e9, cet ouvrage contribuera toutefois de fa\u00e7on plus substantielle au rayonnement de la francophonie que toutes les politiques chiraquiennes en ce sens : ce qui frappe, est que le mot \u00ab french \u00bb revient \u00e0 chaque page ou presque dans le premier acte, et parfois \u00e0 plusieurs reprises sur la m\u00eame page&#8230; De fa\u00e7on r\u00e9v\u00e9latrice, le terme \u00ab fearless \u00bb (\u00ab sans peur \u00bb) revient lui aussi comme un mantra, notamment \u00e0 propos de son ex-patronne&#8230; De m\u00eame que le mot \u00ab chain-smoking \u00bb : comme un reliquat d&rsquo;une \u00e9poque r\u00e9volue&#8230; Au fil de la lecture, la \u00ab nice girl from Hole \u00bb \u00e9tablit (ou rend simplement compte) d&rsquo;une distinction culturelle int\u00e9ressante : celle entre qu\u00e9b\u00e9cois et \u00ab french Canadian \u00bb\u2026 Notre amie sait, de plus, se montrer parfaitement honn\u00eate (\u00ab The seeds were being planted for me to become a queen of unrequited love as a way to avoid romantic relashionships \u00bb, constate-t-elle \u00e0 l&rsquo;aube de son adolescence en page 48) ; et dr\u00f4le \u00e0 la fois (\u00ab I decide to cut my hair short in the back and on the sides, to allow a curly flop to fall over my left eye. I&rsquo;ve been inspired by the Tears for Fears front men, whose album The Hurting holds my tortured soul \u00bb, \u00e9crit-elle en page suivante). On ne peut, d&rsquo;ailleurs, douter de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 d&rsquo;une femme qui a demand\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re en 1984 de lui faire un mot d&rsquo;excuse, afin de participer \u00e0 un concours de sosies de Cindy Lauper dans le centre commercial&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute personne appartenant \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration de Melissa se reconna\u00eetra ais\u00e9ment au sein de ce p\u00e9riple enchant\u00e9, passionn\u00e9, primesautier (il n&rsquo;y a nulle once de souffrance ni de prise de t\u00eate : l&rsquo;intitul\u00e9 peut d\u2019ailleurs induire l&rsquo;acqu\u00e9reur en erreur\u00a0!) mais lucide, men\u00e9 \u00e0 travers le dernier quart du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Le fan qui a v\u00e9cu (de plus ou moins loin) les faits relat\u00e9s, se d\u00e9lectera de sa vision des choses (tiens, elle a \u00e9crit \u00ab\u00a0Nulles Par Ailleurs\u00a0\u00bb \u00e0 la place de \u00ab\u00a0Nulle par ailleurs\u00a0\u00bb, o\u00f9 Hole avait fait sensation au printemps 1995 \u2013 j&rsquo;ai la VHS). L\u2019un des points forts de cet ouvrage consiste \u00e0 restituer \u00e0 la perfection les atmosph\u00e8res successivement travers\u00e9es. Un t\u00e9moignage malicieux, d&rsquo;une richesse historique ind\u00e9niable (rien que sa rencontre avec Hole \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de Seattle en 1994 : \u00ab\u00a0My descent down that escalator felt like it was happening in slow motion\u00a0\u00bb)\u2026 En conclusion (conclusion envisag\u00e9e avant m\u00eame d&rsquo;avoir autoris\u00e9 le paiement de la chose sur Internet) : mon autobiographie pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, avec celle de Rob Halford.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : Melissa Auf Der Maur Titre : Even The Good Girls Will Cry \u00c9diteur : Atlantic Books London Sortie : 19 mars 2026 Note : 18\/20 &nbsp; &nbsp; \u00ab\u00a0Courtney n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 mobiliser l\u2019attention en coulisses puis elle est mont\u00e9e sur sc\u00e8ne. H\u00e9b\u00e9t\u00e9e. Am\u00e8re. Mauvaise. Plus croassante que mena\u00e7ante. Jouant la martyre. S\u2019apitoyant sur son sort. 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