{"id":31294,"date":"2024-02-06T20:27:31","date_gmt":"2024-02-06T19:27:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.artnroll.net\/home\/?p=31294"},"modified":"2024-02-06T20:51:23","modified_gmt":"2024-02-06T19:51:23","slug":"chronique-de-sub-pop-des-losers-a-la-conquete-du-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.artnroll.net\/home\/?p=31294","title":{"rendered":"Chronique de Sub Pop : des losers \u00e0 la conqu\u00eate du monde"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0:<\/strong> Jonathan Lopez<\/p>\n<p><strong>Titre\u00a0:<\/strong> Sub Pop\u00a0: Des losers \u00e0 la conqu\u00eate du monde<\/p>\n<p><strong>\u00c9diteur\u00a0:<\/strong> Camion Blanc<\/p>\n<p><strong>Sortie le\u00a0:<\/strong> 24 novembre 2023<\/p>\n<p><strong>Note\u00a0:<\/strong> 17\/20<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans la pr\u00e9c\u00e9dente chronique consacr\u00e9e \u00e0 la biographie de Chris Cornell, j\u2019ai mentionn\u00e9 \u00ab\u00a0un expos\u00e9 de terminale\u00a0\u00bb portant sur la ville de Seattle, au cours duquel j\u2019avais \u00e9voqu\u00e9 le label Sub Pop. C\u2019\u00e9tait en janvier 1993 dans le cadre du cours d\u2019anglais, la pimpante Madame Cailloux avait demand\u00e9 \u00e0 chaque \u00e9l\u00e8ve de choisir une ville des \u00c9tats-Unis et de la pr\u00e9senter en une dizaine de minutes. Pour des raisons \u00e9videntes, j\u2019avais jet\u00e9 mon d\u00e9volu sur Seattle, et ce nom \u00ab\u00a0Sub Pop\u00a0\u00bb avait attir\u00e9 l\u2019attention de ma sympathique enseignante\u00a0: il d\u00e9signait alors dans la presse fran\u00e7aise (y compris la presse sp\u00e9cialis\u00e9e) les musiques en provenance de l\u2019\u00c9tat de Washington. Cr\u00e9\u00e9 en juillet 1987, le terme \u00ab\u00a0grunge\u00a0\u00bb ne sera en effet popularis\u00e9 dans la France de Mitterrand qu\u2019au printemps 1993\u00a0; pour l\u2019heure, le lyc\u00e9en que j\u2019\u00e9tais \u00e9voquait ce genre musical par le nom de son label phare, n\u2019oubliant pas de citer de fa\u00e7on savante et en fausse connivence avec son auditoire Nirvana, Soundgarden et Mudhoney&#8230; D\u00e9tonateur et bo\u00eete noire de l\u2019une des derni\u00e8res \u00e9pop\u00e9es sociales et culturelles du rock avant la grande liquidation du milieu des ann\u00e9es 2000, Sub Pop constitue un des labels ind\u00e9pendants (<em>id est\u00a0<\/em>: qui n\u2019est pas une <em>major<\/em>) des plus embl\u00e9matiques (\u00e0 l\u2019instar de Sun, Chess, Apple, Swan Song, Factory ou Creation), et c\u2019est donc cette \u00e9pop\u00e9e que Jonathan Lopez se propose de nous narrer en 277 pages. Ce finaud passionn\u00e9 est co-fondateur et r\u00e9dacteur en chef du webzine et fanzine <em>Exit Musik<\/em>, ainsi que r\u00e9dacteur pigiste au bimestriel <em>New Noise<\/em>. Parole aux pros, la correction de l\u2019ouvrage <em>Sub Pop\u00a0: Des losers \u00e0 la conqu\u00eate du monde<\/em>, publi\u00e9 en novembre dernier, a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par notre amie Ang\u00e9lique Merklen, laquelle a approuv\u00e9 le choix de chronique et m\u2019a assur\u00e9 que \u00ab\u00a0le livre sur Sub Pop me tient \u00e0 c\u0153ur (parce que je l\u2019ai trouv\u00e9 dr\u00f4le, que j\u2019aime Sub Pop et que je me suis tr\u00e8s bien entendue avec l\u2019auteur)\u00a0\u00bb&#8230; Comme quoi le choix de relire ou de chroniquer comportera toujours une part de personnel et de subjectif. Tout comme celui d\u2019\u00e9crire, d\u2019ailleurs\u00a0: la somme se conclura page 267 et suivantes par \u00ab\u00a0Une s\u00e9lection subjective de cent albums indispensables de Sub Pop par ordre chronologique de sorties\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">262 pages auparavant, au milieu des remerciements page 5, trois noms attirent l\u2019\u0153il et augurent de bons moments gorg\u00e9s d\u2019authenticit\u00e9\u00a0: Mark Arm, Jack Endino et Bruce Pavitt, le premier \u00e9tant chanteur-guitariste de Mudhoney, le deuxi\u00e8me ing\u00e9nieur du son et cr\u00e9ateur du <em>Seattle Sound<\/em>, le troisi\u00e8me co-fondateur de Sub Pop &#8211; les Dussollier-Boujenah-Giraud qui se pench\u00e8rent sur le couffin du grunge \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 90\u2026 moins connus que l\u2019animateur Jacques Pradel ou que les chanteuses C\u00e9line Dion ou Gala, mais tout aussi essentiels au bon d\u00e9roul\u00e9 des nonantes. Ce livre vivant est scind\u00e9 en seize chapitres non num\u00e9rot\u00e9s aux intitul\u00e9s semblant extraits d\u2019interviews, de r\u00e9cits et autres citations non-acad\u00e9miques\u00a0: \u00e7a commence sur \u00ab\u00a0Une simple question de g\u00e9ographie\u00a0\u00bb, sous-intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Bruce Pavitt, passionne\u0301 et obstin\u00e9\u00a0\u00bb, et \u00e7a se termine par \u00ab\u00a0Une belle brochette de tordus\u00a0\u00bb, sous-intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ce que repr\u00e9sente Sub Pop aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb. Le r\u00e9cit est attaqu\u00e9 pied au plancher (pas des vaches) par une analepse\u00a0: le concert des embl\u00e9matiques Mudhoney donn\u00e9 sur une plate-forme \u00e0 184 m\u00e8tres de haut le 11 juillet 2013 au sommet de la Space Needle, la tour Eiffel de Seattle, afin de comm\u00e9morer le quart de si\u00e8cle de Sub Pop. Le ton et les termes employ\u00e9s par l\u2019auteur trahissent une certaine familiarit\u00e9 avec les prestations du groupe. On se d\u00e9lecte d\u2019embl\u00e9e de son style litt\u00e9raire, mais aussi de sa clairvoyance, ainsi de ce paragraphe en page 8 r\u00e9sumant tout\u00a0: \u00ab\u00a0Sub Pop, c\u2019est le symbole d\u2019une \u00e9poque dor\u00e9e. De gamins survolt\u00e9s. D\u2019amplis dans le rouge. Le tout dans une ville en effervescence, cette ville o\u00f9 il pleut tout le temps. Cette ville que les adolescents fran\u00e7ais ont appris \u00e0 placer sur une carte dans les ann\u00e9es 90 \u00e0 la faveur d\u2019une d\u00e9flagration rock comme on n\u2019en avait plus entendu depuis des lustres. Rares sont en effet les villes am\u00e9ricaines autant associ\u00e9es \u00e0 un style de musique\u00a0\u00bb. V\u00e9ridique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Lopez porte avant tout son <em>focus<\/em> sur les individus. Il dresse \u00e0 ce titre une \u00ab\u00a0Liste des personnages r\u00e9currents\u00a0\u00bb page 263, ce qui n\u2019est pas courant Madame Michu\u2026 \u00c0 commencer par Bruce Pavitt, m\u00e9lomane et philosophe <em>DIY<\/em> quittant son Illinois pour Olympia en 1979 afin de poursuivre ses \u00e9tudes d\u2019arts lib\u00e9raux \u00e0 l\u2019Evergreen State Coll\u00e8ge. Il rejoint \u00e0 l\u2019automne la radio de campus KAOS (dont le dirlo impose que 80 % des diffusions musicales proviennent de labels ind\u00e9s) et intitule son \u00e9mission du vendredi en deuxi\u00e8me partie de soir\u00e9e \u00ab\u00a0Culture souterraine\u00a0\u00bb &#8211; \u00ab\u00a0Subterranean Pop\u00a0\u00bb (l\u2019instant et r\u00e9v\u00e9lation sublime). Il fonde rapidement un fanzine \u00e9ponyme, abr\u00e9g\u00e9 en \u00ab\u00a0Sub Pop\u00a0\u00bb <em>circa<\/em> 1981, rudement malin et au propos centr\u00e9 sur le Nord-Ouest \u00e9tasunien, puis le magasin de disques Bombshelter au sein de la Cit\u00e9 \u00c9meraude. Il s\u2019associe ensuite avec le (relativement) plus thuneux Jonathan Poneman (une id\u00e9e sugg\u00e9r\u00e9e par un ami commun, le toujours inspir\u00e9 Kim Thayil) pour cr\u00e9er le label Sub Pop. Il n\u2019est nullement flagorneur d\u2019affirmer que Lopez est, \u00e0 l\u2019instar de Pavitt, un \u00ab\u00a0passeur\u00a0\u00bb. S\u2019il est salutairement \u00e9rudit, son propos est assur\u00e9ment didactique. Il explique \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu\u2019il expose (une note de bas de page est, par exemple, consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019acronyme branch\u00e9 \u00ab\u00a0DIY\u00a0\u00bb)\u00a0; il vise \u00e0 l\u2019instructive exhaustivit\u00e9, n\u2019oubliant pas de rappeler les trois premi\u00e8res formations dans lesquelles le jeune r\u00e9gional de l\u2019\u00e9tape (et client de Bombshelter) Duff \u00ab\u00a0Rose\u00a0\u00bb McKagan fit jadis ses armes avant de prendre ses cliques et ses claques pour le soleil de LA en 1983. Son style litt\u00e9raire est chamarr\u00e9, vivant, vitamin\u00e9 m\u00eame, comme le fut nagu\u00e8re une \u00e9mission jeunesse de TF1 diffus\u00e9e les mercredis entre 1983 et 1987. Puisque le grunge est un <em>mix<\/em>, dans des proportions variant selon les artistes entre hard rock et punk, deux ou trois r\u00e9flexions semblent trahir une pr\u00e9f\u00e9rence de Lopez pour le second. Il poss\u00e8de enfin une app\u00e9tence pour la <em>cash investigation<\/em>, comme en t\u00e9moignent les paragraphes sur le d\u00e9litement des relations entre Pavitt et Poneman, ou sur les diverses strat\u00e9gies d\u00e9velopp\u00e9es tous azimuts une fois la <em>furia<\/em> grunge d\u00e9glutie (\u00e9largissements stylistiques par exemple vers du hip-hop intelligent\u00a0; mise en ligne de simples <em>via Myspace<\/em>, plus proche de nous, de <em>playlists\u00a0<\/em>; utilisation d\u2019\u00e9nergies renouvelables pour le pressage de \u00ab\u00a0Below the Branches\u00a0\u00bb par Kelley Stoltz\u00a0; ou encore l\u2019ouverture d\u2019une boutique \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Seattle-Tacoma).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au terme de ces seize chapitres dop\u00e9s \u00e0 l\u2019humour (<em>anticorporate<\/em>) et \u00e0 l\u2019\u00e9rudition, l\u2019heureux lecteur aura \u00e9prouv\u00e9 et connu\u00a0: le plaisir d\u2019assister \u00e0 des lancers d\u2019hu\u00eetres sur le chaleureux public d\u2019H\u00fcsker D\u00fc\u00a0; le fulminant John Lydon sommant Green River de d\u00e9guerpir du Paramount Theater\u00a0; la constitution petit \u00e0 petit d\u2019une \u00e9quipe de choc, le producteur Jack Endino, le photographe Charles Peterson, la r\u00e9ceptionniste Megan Jasper (ex-<em>roadie<\/em> de Dinosaur Jr. et future PDG\u00e8re de Sub Pop), \u00e0 la com\u2019 l\u2019aguicheuse Erika Hunter (<em>AKA<\/em> \u00ab\u00a0Manhunter\u00a0\u00bb) puis le journaliste Nils Bernstein, ainsi que le bargeot Bob Whittaker en qualit\u00e9 d\u2019homme \u00e0 tout faire\u00a0; \u00ab\u00a0Touch Me I\u2019m Sick \u00bb\u00a0; la rencontre avec les Angevins de Thugs \u00e0 Berlin en 1988\u00a0; l\u2019\u00e9nigmatique concert de Mudhoney jou\u00e9 deux fois d\u2019affil\u00e9e devant quinze p\u00e9kins \u00e0 Thiers en avril 1989\u00a0; \u00ab\u00a0Love Buzz\u00a0\u00bb\u00a0; le contrat-type photocopi\u00e9 \u00e0 la biblioth\u00e8que avant de le faire signer par Nirvana \u00e0 la demande de Novoselic\u00a0; le mal-nomm\u00e9 Everett True qui se fait limite corrompre par toute l\u2019\u00e9quipe en vue d\u2019\u00e9crire un reportage Potemkine dans <em>Melody Maker<\/em>\u00a0; Jonathan Poneman et Bruce Pavitt d\u00e9boulant dans les bureaux de Caroline Records affubl\u00e9s de T-shirts \u00ab\u00a0VOUS ME DEVEZ DE L\u2019ARGENT\u00a0\u00bb\u00a0; la quasi-banqueroute du label ainsi que de ses directeurs \u00e0 la mi-1991 et le miracle intersid\u00e9ral <em>Nevermind<\/em> \u00e0 l\u2019automne. Et puis, bien entendu, cette roche Tarp\u00e9ienne du grunge, maintes et maintes fois relat\u00e9e notamment dans le film <em>Hype!<\/em> sorti en 1996&#8230; Roche vue cette fois des locaux de Sub Pop, ce qui n\u2019est pas sans charme (qui plus est avec leur humour maison\u00a0: Megan Jasper faisant gober son hilarant \u00ab\u00a0Lexique grunge\u00a0\u00bb improvis\u00e9 \u00e0 un des snobinards du <em>New York Times<\/em>). L\u2019on d\u00e9couvrira, en outre, que la parole de Pavitt n\u2019\u00e9tait pas toujours si ferme et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e que cela (Mark Lanegan aurait pu en attester) et qu\u2019\u00eatre roublard demeure n\u00e9cessaire si l\u2019on veut r\u00e9ussir en affaires. En d\u00e9finitive, c\u2019est un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence sur un des labels musicaux les plus coh\u00e9rents (musicalement, g\u00e9ographiquement, artistiquement) de tous les temps. Sinon, Madame Cailloux a pris une retraite m\u00e9rit\u00e9e et (je me suis renseign\u00e9) coule des jours paisibles sur les hauteurs du Raincy&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Jonathan Lopez Titre\u00a0: Sub Pop\u00a0: Des losers \u00e0 la conqu\u00eate du monde \u00c9diteur\u00a0: Camion Blanc Sortie le\u00a0: 24 novembre 2023 Note\u00a0: 17\/20 Dans la pr\u00e9c\u00e9dente chronique consacr\u00e9e \u00e0 la biographie de Chris Cornell, j\u2019ai mentionn\u00e9 \u00ab\u00a0un expos\u00e9 de terminale\u00a0\u00bb portant sur la ville de Seattle, au cours duquel j\u2019avais \u00e9voqu\u00e9 le label Sub Pop. C\u2019\u00e9tait en janvier 1993 dans le cadre du cours d\u2019anglais, la pimpante Madame Cailloux avait demand\u00e9 \u00e0 chaque \u00e9l\u00e8ve de choisir une ville des \u00c9tats-Unis et de la pr\u00e9senter en une dizaine de minutes. 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