Chronique de Rock Fusion : Funk, Hip-Hop, Nü-Metal & autres métissages

samedi/03/04/2021
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Auteur : Jean-Charles Desgroux

Titre : Rock Fusion : Funk, Hip-Hop, Nü-Metal & autres métissages

Editeur : Le mot et le reste

Sortie le : 18 mars 2021

Note : 18/20

 

Jean-Charles compilait les perles, Jean-Charles Desgroux les aligne. Troisième somme de ce type par ce type, faisant suite aux remarquées anthologies « Hair Metal : Sunset Strip Extravaganza! » en 2016 puis « Stoner : Blues for the Red Sun » de 2019, ayant réussi la gageure de tout dire sur deux genres musicaux dont l’unité ne sautait pas aux mirettes du profane, l’un défini par un néologisme synecdochique (le metal « à cheveu »), l’autre par un état physique et mental troublé (le metal « défoncé »). Desgroux n’aura mis que deux années à coucher sur le papier son exhaustive idée de ce qu’on appelle dans le (vaste) Landerneau le « Rock Fusion » ou « La Fusion ». Jamais deux sans trois, le théoricien ne délivre aucune définition précise de la classification ici défrichée dans ses moindres arbrisseaux ; tout juste se borne-t-il à rappeler la, ou plutôt les, confusions lexicales en la matière, sous-produits des époques ainsi que des continents, et s’en rapporte dans ses prolégomènes à des allégories culinaires. Peu importe. Les catégories sont familières aux yeux des connaisseurs (« I recognize it when I see it » avait coutume d’affirmer un avocat d’affaires new-yorkais rompu aux moult fictions juridiques). Comme dans la citation de Boileau l’auteur se fait une claire conception de son sujet, et les mots pour en parler lui sont aisément venus. Cette absence de définition, inhérente au côté « fourre-tout » du genre (des genres, puisque le nouveau Jean-Charles a d’autorité inclus le « Néo-Metal » à cette étude), sera compensée par des talents d’historien, le propos se révélant historiciste et contextualiste.

A l’image de ses deux devanciers, cet opuscule est divisé en deux parties. La première consiste en un long récit, intitulé quasi-mensongèrement « Introduction », scindé en une quinzaine de sous-titres se succédant chronologiquement ou logiquement. Servie par un français cossu, la narration s’ouvre sur un opportun rappel de ce qu’est intrinsèquement le rock’n’roll : une fusion depuis le début de styles culturels et sonores (et là, Bon Scott en surplis anglican apparaît instantanément dans votre tête…). Le texte consiste en un infernal Marabout-bout-de-ficelle-selle-de-cheval de 78 pages : « Rick Rubin et Def Jam », « Walk this Way », puis « Red Hot Chili Peppers » et « Faith No More », s’enchaîne sur « L’importance du festival Lollapalooza », et vas-y que j’te colle « Korn et naissance du Neo-Metal », sans oublier « Après le Lollapalooza, le Ozzfest », j’ai un tendeur pour « Extinction et ringardisation du Neo-Metal », y’a de la place sur la plage arrière pour le « Dubstep », et j’te sers du « Trap Metal » pour finir. La cour est pleine, il n’y a plus rien à jeter, et rien ne déborde. Mieux que sa solide érudition, le sentiment que le narrateur a vécu de manière fusionnelle les années nous séparant de 1986 convainc, et captive (la référence aux nuits de M6 des années 1990…). Le propos est celui d’un passionné, hormis de subtiles réserves aucune vacherie n’est proférée sur personne, chose remarquable en France, où débiner souvent confère galons, patentes et lettres de noblesse au rock-critique…

Ce palpitant historique une fois englouti, le lecteur ne pourra s’empêcher de dévaler spontanément d’une seule traite la seconde partie, une série de cent-neuf chroniques d’albums arbitrairement choisis s’étalant de la page 80 à la page 279. Puisqu’au ciboulot une pléiade de questions nécessite réponse immédiate, entre autres : « Quel album de Faith no More a-t-il choisi ? », « Quel album des Red Hot ? », « Quel Tool ? », « A-t-il eu l’audace d’inclure « Pornograffitti » à sa liste ? », « Quid de Mudvayne ? », « Quels groupes français sont dedans ?!? »… En sus desdites réponses à ses éparses et légitimes interrogations, l’heureux lecteur se voit offrir des surprises : « Il a mis Public Enemy ! », « Dread Zeppelin ! », « Et White Zombie ! », « Sugar Ray !!! », « Mais que vient fiche Glenn Hugues là-dedans ?!? »… Bien sûr, ce quintal de papiers sera posément lu après, c’est-à-dire immédiatement. « Rock Fusion » comporte enfin et à l’instar des deux bouquins antérieurs un Addenda, une liste de cent-vingt-trois albums supplémentaires (vingt-trois de plus que dans celle de « Stoner », gare à l’inflation !), ayant pour intérêt de donner autant de pistes de réflexion à l’afficionado (ainsi que bonne conscience au rédacteur ayant été contraint de choisir donc d’exclure des artistes de sa liste principale…). L’ouvrage de référence sur le style. Au niveau mondial.

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