Big ‡ Brave – Vital

samedi/24/04/2021
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Groupe : Big ‡ Brave
Album (LP) : Vital
Date de sortie : 23 avril 2021
Label : Southern Lord Records

Souvent, les bonnes choses arrivent par accident. Une guitare acoustique brisée, remplacée par une électrique, et on passe d’un genre musical, le folk, à un autre, le doom. Evidemment, ce n’est pas si simple.

Parce que Big ‡ Brave revendique le thème du métissage. Si on n’entend de prime abord que la lourdeur de la musique, on découvre petit à petit la subtilité du groupe, en particulier la voix cristalline et très maitrisée, les textes au propos plus qu’original pour une scène peu habituée aux underdogs, contrairement à ce que ses membres voudraient croire.

Le rock et tous ces avatars ont beau être de purs (hum) produits du métissage entre rhythm n’ blues et country, il y a peu de non-blancs dans les salles de concert Metal. Peut-être un peu plus dans le doom… J’en sais quelque chose pour être celle qui regarde systématiquement s’il y a un autre métis que moi dans la salle.

C’est toujours un plaisir pour moi de découvrir un groupe explorant les sujets des minorités. Comme Zeal & Ardor imaginant la musique d’esclaves convertis au satanisme par exemple.
Big ‡ Brave fait de même en s’interrogeant sur la question du genre, du métissage et du sentiment de ne jamais être dans le bon camp, tout en étant très (trop) visible, facile à pointer du doigt.

Ce sont des questions lancinantes, comme ce ressassement du titre Half-breed :

“… [The] pattern for the history of half-breeds hidden in every culture; historically we are allowed neither the privileges of the ruling class nor the community of those who are ruled. To each side that disowns us, we represent everything the other does not have. We survive only if we are valued, and we are valued only for strength, or beauty, sometimes for intelligence or cunning.”

L’être humain est fondamentalement seul, mais qui mieux que cette partie de la population, les métis, l’a expérimenté ? Les humains cherchent refuge dans un groupe, le plus simple étant le groupe d’origine comme tout bon petit nazillon le fait. Mais essaye un peu d’imaginer être rejeté de tes deux groupes d’appartenance pour être trop autre et pas assez identique. Lourd, n’est-ce pas ?

Et bien cette considération est au cœur de la musique de Big ‡ Brave : ça écorche vif comme la voix de Robin Wattie, ça fracasse, comme la batterie, ça rend pesant et impuissant, pris dans une boucle écrasante, froide comme le métal. Mais de ce terrassement nait quand même quelque chose, une parole, une créativité. Il y a des répits, du silence qui est encore de la musique selon la formule célèbre. Mais surtout, le silence est un remède, il enrichit la musique de Big ‡ Brave.

Difficile de détacher les titres les uns des autres. Ils forment un ensemble, se répondant, l’un guérissant les plaies de l’autre. Au-delà du propos politique, il y a la musique du trio, incontournable si on aime le Doom ou le Shoe-gaze, pour autant que ces étiquettes peuvent délimiter une musique. Big ‡ Brave lorgne aussi vers l’indus, à la façon d’un Trent Reznor, maitre des ambiances malaisantes.

Je ne saurais que trop de recommander d’écouter cet album qui écrase autant qu’il libère.

Liste des titres :

  1. Abating The Incarnation Of Matter
    02. Half Breed
    03. Wited, Still And All…
    04. Of This Ilk
    05. Vital

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