Live report et interview avec Schmier Fink et Mike Sifringer de Destruction

vendredi/10/05/2019
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Art N Roll était présent pour le concert de Destruction au Trabendo le 20 mars 2019 et en a profité pour faire une interview avec Schmier Fink et Mike Sifringer.

Nous avions quitté Destruction à la fin de l’année 2017, lequel venait de publier en novembre le très convenable « Thrash Anthems II », son quinzième album ; en fait une compilation futée de morceaux anciens choisis (par suffrages exprimés de son public), réenregistrés aux Little Creek Studios en Suisse. Entretemps, les trois amis (Schmier Fink, Mike Sifringer et Wawrzyniec « Vaaver » Dramowicz, parti depuis) ont : repris le chemin des studios de répète, ou plutôt recherché un nouveau studio de répète, puisque le précédent (dans la quiétude de la Suisse) leur a aimablement signifié ne plus vouloir héberger leur intense volume sonore ; ont écrit de nouveaux morceaux (afin de tabler sur la sortie d’un nouveau disque en 2019) ; et surtout intronisé un quatrième membre en février de cette année, le second guitariste Damir Eskic. Pour la deuxième fois depuis le début des années quatre-vingt-dix, Destruction redevient donc un quatuor. Et ce circuit en première partie des New-Jersiais d’Overkill (lesquels assuraient la promotion scénique de « The Wings of War »), et aux-côtés des vétérans de Flotsam and Jetsam, s’avère être le tour de chauffe idéal, et spécialement un baptême du feu rêvé pour Damir, par ailleurs rodé aux concerts avec son ancienne formation, les helvètes de Gonoreas. Ce réalistement nommé « Killfest Tour 2019 » a débuté le 8 mars 2019 à Bologne, pour finir le 24 mars à Glasgow. Et a fait halte à Paris un mercredi 20 mars, histoire d’achever l’hiver 2019. La salle septentrionale du Trabendo constitue l’écrin parfait pour ce type de manifestation. De taille moyenne, et où l’espace scénique est accessible visuellement d’à-peu-près partout. Destruction est coutumier de ces tournées communes ainsi que des enceintes de cette dimension. La dernière épopée collective, avec eux cette fois comme tête d’affiche, intitulée du nom de leur dernier véritable Opus à ce jour, « Europe Under Attack Tour 2016 », avait réuni dans l’ordre : Nervosa, Flotsam and Jetsam, et Exciter ; avec La Maroquinerie comme mémorable réceptacle parisien le 2 octobre 2016. Flotsam and Jetsam, encore et toujours, vont essuyer les plâtres de l’événement, sur les coups de dix-huit heures trente. Les argonautes sans Jason, y restituent Live huit morceaux devant une salle se remplissant ; quelques titres sont récents, tels « Prisoner of Time » ou « Recover », d’autres antédiluviens comme « No Place for Disgrace » (1986) lequel clôt la courte prestation.

C’est à dix-neuf heures trente pétantes que le trio quatuor de Lörrach, Bade-Wurtemberg, prend possession de l’estrade. Destruction assure un Set de dix chansons, d’extraction plus ou moins ancienne : « Curse the Gods » (1986) ; « Release from Agony » (1988, mais joué pour la première fois en 1987) ; « Mad Butcher » (1987, mais également rodé en Live depuis 1984) ; « Dethroned » (2016) ; « Nailed to the Cross » (2001) ; « Life Without Sense » (1986) ; « The Butcher Strikes Back » (2000) ; « Total Desaster » (1984) ; « Thrash Till Death » (2001) ; « Bestial Invasion » (1985).

Ce qu’on aime chez Destruction ? Le côté Thrash Metal canal historique, un savoir-faire ainsi qu’une fidélité à un esprit Old School sauvage et ciselé à la fois, que différentes formations Metal ont opportunément remis au goût du jour au cours des années 2010 (les chouchoutes de Nervosa précitées, mais aussi Crisix, Havok ou Exmortus). Certains schémas et plans instrumentaux sont ressassés voire éculés, mais l’on s’en moque finalement. Destruction n’a jamais sorti de « Load » et c’est mieux comme cela. Schmier Fink, Marcel de son vrai prénom, est un chanteur charismatique, colossal et attachant, au Total Look cuir, tatouages et clous, ainsi qu’aux reconnaissables couinements aigus (remarquables pour un néo-quinquagénaire) ponctuant la plupart de ses strophes. Idem pour son alter ego, le maigre guitariste aux cheveux poivre et sel frisotés, le technicien très canin Mike Sifringer : vraisemblable cerveau depuis 1982, ainsi que le seul des membres à figurer sur tous les disques du Combo depuis 1984.

Ces deux fortes têtes sont donc dorénavant flanquées d’un petit nouveau sur le devant de la scène, le suisse Damir Eskic, dont l’accueil par le public parisien est royal tout au long de leur quarante-cinq minutes d’équarrissage sonore. Le novice se permet de boire un gobelet de bière, et de le tendre en direction des spectateurs. Applaudissements nourris et ovation en direction de ce quatrième maillon de la chaîne Destruction. A ce propos, l’ambiance ne cessera de monter en chaleur au long de la prestation. Schmier a fait placer, non pas un mais, deux pieds de micro de part et d’autre de l’estrade, pour une parfaite visibilité de tous. L’assistance est composée de visages et de silhouettes familières, certain(e)s pillier(e)s et habitué(e)s des événements Hard Rock franciliens depuis le début des années quatre-vingt ; d’autres plus jeunes : les membres des Sticky Boys, entre autres, s’ébrouent et s’éclatent dans la fosse. Histoire de fidélité entre un groupe, qui en est à son huitième passage à Paris intra muros en trente ans, et ses afficionados. Histoire d’amusement aussi, les chefs opinent et les convives trinquent en rythme ; car c’est cela, qui distinguerait fondamentalement le Thrash Metal « Vieille école » d’autres sous-genres : la fête et la convivialité. Ce soir personne n’est venu, ou ne restera tout seul dans son coin, en tirant une tronche de flic libyen pendant quatre heures.

Destruction ayant regagné les coulisses, suivront sur les environs de vingt-et-une heure les hôtes de la soirée : Overkill et son chanteur à (également) tignasse frisotée poivre et sel, Bobby Blitz, lesquels bénéficieront d’une atmosphère surchauffée pour leur passage ici du « Wings over Europe Tour ». A guichets fermés, soit dit en passant. Il semblerait que ce soit Overkill que les gens soient venus voir, au vu du nombre de t-shirts portés, le mythique logo vert fluo est majoritaire sur les poitrails. Une heure et demie de Thrash US à voix suraiguë, une énième tournée commune, une autre belle affiche Thrash Metal, un mercredi soir réussi… Pour l’immédiat, contact a été chaleureusement (re)pris avec le sémillant Martin Furia, polyvalent argentin exilé à Anvers (voir notre Interview en ces colonnes, l’an dernier) : guitariste (Bark), producteur studio (Nervosa, Sisters of Suffocation), et présentement ingé-son et Tour Manager de Destruction, afin de négocier une éventuelle demi-heure des allemands, sur le Grill. La réponse étant positive, il ne s’agira que de retrouvailles entre la photographe Liza et ses vieilles connaissances. Il suffira simplement d’attendre, bien après la fin du spectacle (vingt-trois heures trente) que Martin vienne nous cueillir (merci encore pour toute l’attention, Hermano), de traverser le Parking du Trabendo, de monter au premier étage (« Aïe ! Il fallait baisser la tête ! Ne pas réveiller les Roadies qui se reposent ! ») dans le Tour Bus des Badois. En parlant de Badoit, il n’y en aura pas cette nuit-là, puisque…

Destruction (Mike Sifringer – Guitare) : (Voix douce et précautionneuse) Que voudriez-vous boire ? De la bière… du vin… du Schnaps ?

Art’N’Roll (Liza) : Du vin.

Destruction (MS) : Blanc ou rouge ?

ANR (L) : Rouge s’il te plaît.

Destruction (MS) : « Rouge s’il te plaît »… Et toi ?

Art’N’Roll (Romain) : Du Schnaps.

Destruction (MS) : « Du Schnaps », d’accord… j’essaie de vous donner cela…

                                                  ANR (R) : Monsieur Fink bonjour !

Destruction (Schmier Fink – Chant et basse) : Désolé pour l’attente, je suis très lent…

Destruction (MS) : Tiens Liza, c’est une coupe de vin qui vient de Berlin…

ANR (L) :  Ho, merci beaucouuuuuuuup !

MS : C’est un vin spécial. Tu veux des glaçons ?

ANR (R) : Pas pour moi.

MS : (Rire très franc)

ANR : Première question, vous souvenez-vous de la première fois que vous avez joué à Paris ?

SF : Motörhead ! C’était en première partie de Motörhead en 1987 ou 1988…

MS : 1988 (NDA : à la fin de l’année 1987, le 21 décembre précisément)

SF : Je pense que c’était la première fois…

ANR : Tu te souviens du lieu ?

SF : Du lieu ?Non, c’était il y a bien longtemps… (NDA : Le Zénith) Je crois que c’était avec Girlschool (NDA : Affirmatif) et avec Motörhead, ça c’est certain… On a donné six concerts en France, et après, nous sommes descendus en Espagne pour de plus gros concerts, d’environ 8 000 personnes par soir.

ANR : Vous aviez dans les vingt-cinq ans à l’époque…

SF : C’était en 1988, j’avais vingt-et-un an.

ANR : A ce moment, vous pensiez reparler de ces premiers concerts trente ans après ?

SF : Beaucoup de concerts que l’on a joué à cette époque étaient formidables.

MS : Mais nous ne sommes pas dans cette optique « romantique », on se fiche de savoir si c’était culte ou non …

SF : Oui, nous ne vivons pas dans le passé, nous vivons pour le futur, cela a toujours été notre devise.

ANR : Revenons à votre présent, que pensez-vous du fait de jouer à quatre désormais, avec votre nouvelle recrue, le guitariste Damir Eskic ?

SF : Damien ! Damien désormais ! (Rires) Nous cherchions depuis longtemps la bonne personne pour ce poste, la quatrième pièce, nous sommes restés très longtemps à jouer à trois. Nous recherchions un bon guitariste, qui sache jouer de manière agressive, et qui sache aussi être amical au quotidien, Damien a su être là au bon endroit, au bon moment…

MS : On dirait, plutôt… (Rires)

SF : Les concerts de cette tournée sont ses premiers concerts avec Destruction, nous avons d’ores et déjà passé de bons moments avec lui, et il a aussi joué sur des morceaux de l’album que nous allons publier cette année. Il a prouvé qu’il a le niveau pour être un membre du groupe.

ANR : Réalisez-vous que lorsque vous avez commencé Destruction, il n’était que bambin ?

SF : On s’en fiche, c’est la bonne personne pour ce job. Ce n’est pas une question de « rêve Rock’n’roll », c’est une question de travail acharné.

ANR : D’ailleurs, il en est de même pour votre public, qui est souvent plus jeune que vous…

SF : Notre public est un mélange entre des très jeunes, et des spectateurs de notre âge, des quinquagénaires. Une génération ancienne avec une nouvelle génération, c’est le meilleur mélange je pense.

ANR : Ils ont bon goût ces jeunes, de mon temps on écoutait Bros ou Wet Wet Wet, vous connaissez ?

SF et MS : (Rires)

SF : WET WET WET !?! Oh je connais Wet Wet Wet (Rires)

MS : C’est de la merde ! C’est de la musique pour les gamines (Minaudant) : « Shy Shy Shy, la la la », comme Kajagoogoo !!! (Rires)

ANR : Ce sont des souvenirs. Désolé de revenir au passé, mais tiens : gardez-vous un souvenir de Paris lors de vos premiers passages ?

SF : C’est si loin tout cela…

MS : Oui, je suis monté sur la putain de tour…

SF : Nous sommes allés à la Tour Eiffel lors de notre premier concert ici, on a même pris des photos…

MS : … On a aussi mangé du poisson là-haut, au dernier étage, mais Olly (NDA : Kaiser, le batteur d’alors) s’est perdu, on ne s’en est même pas aperçu ! (Rires et brouhaha collectif)

ANR : Vous avez toujours soigné votre Artwork. Quelle serait votre pochette préférée d’album ou d’EP de Destruction ?

SF : Trop dur à répondre, pour moi, c’est comme poser la question de la plus belle fille que tu aies eu… Le meilleur plat, le meilleur vin…

MS : Nous n’aimons pas cette question.

ANR : Vous n’aimez pas le concept de « préféré »…

MS : Non.

SF : On aime le concept de « Tout ce que l’on fait doit être bon ». Plus précisément, on aime beaucoup de choses que l’on fait, ce n’est pas « UNE CHOSE » avant les autres. Une chose à choisir nous est impossible. Ce n’est pas comme une compétition de Football, où il n’y a qu’un seul vainqueur à la fin…

MS : Sinon, ma pochette favorite est « Rainbow Rising » de Rainbow

SF : On parle de Destruction…

MS : D’accord… Mais c’est quand-même « Rainbow Rising » ma pochette préférée …

ANR (L) : On parlera des autres groupes après si vous voulez, la question est de savoir quelle serait la pochette qui a le plus marqué votre histoire ?

SF : « Mad Butcher » a certes beaucoup marqué, mais toutes nos pochettes sont devenues culte. Après, la démarche visant à dire « C’est mon préféré » est digne de Napoléon, c’est de la mégalomanie.

MS : Je n’ai jamais compris le sens de la question visant à dire « c’est le meilleur » … Nous avons produit un paquet de belles pochettes, et nous n’avons pas besoin de décider si une est au-dessus des autres…

SF : En parlant de compétition, cela me fait penser que l’Allemagne a perdu aujourd’hui contre la Serbie…

MS : D’accord, combien ? (NDA : match nul en fait 1/1)

ANR (R) : Puisque tu nous amènes sur ce terrain, vous êtes tous deux originaires de Lörrach, une ville du sud-ouest du Bade-Wurtemberg en Allemagne, quelle est votre Club de Football ?

SF : Mon Club est le Borussia VfL Mönchengladbach, c’est l’équipe que je supporte depuis les années soixante-dix.

MS : Le Paris-Saint-Germain n’a jamais rien gagné…

SF : L’argent ne fait pas une équipe…

MS, SF ANR (L et R) : (Long brouhaha général en Allemand, en Anglais et en Français)

ANR (R) : Vu que tu en connais un rayon sur ton Club, qui a en effet gagné beaucoup de championnats et de coupes d’Allemagne dans les années soixante-dix, quelle est serait ton équipe préférée de tous les temps du Borussia Mönchengladbach ?

SF : Je peux te citer des noms, mais c’est effectivement celle des années soixante-dix.Avant, nous avons eu beaucoup de grands joueurs, maintenant c’est différent. On dirait que c’est la même chose à présent avec la sélection Allemagne, qui aurait perdu ce soir contre la Serbie, voyons voir… (Mike Sifringer redescend)

ANR : Sinon, quel serait l’endroit du Monde où vous voudriez jouer ? Il y a des pays qui aiment votre musique, mais qui n’ont pas encore goûté à vos concerts…

SF : Nous avons joué en Indonésie, nous avons joué en Malaisie. Il nous resterait à jouer, c’est sûr ce serait vraiment cool, aux Philippines : il y a beaucoup de fans de Metal aux Philippines. Mais c’est un pays très pauvre, et il est très difficile d’organiser un concert là-bas. Même si les gens auraient l’argent pour se payer notre concert, il y a de toutes façons un problème évident d’infrastructures. Je pense aussi à l’Afrique du Sud, où il y a également une scène Metal naissante. Nous avons effectivement joué dans beaucoup de pays asiatiques, il y a quelques années : la Thaïlande, la Chine, nous n’avons pas joué au Viêt-Nam, qui possède pourtant de nombreux Fans de Metal, nous nous sommes produits jusqu’au Nord de la Mongolie, à la frontière de la Fédération de Russie… C’est vraiment intéressant d’aller là-bas pour la première fois et de constater à quel point les gens sont contents de nous voir. L’argent ne peut acheter les émotions, tu sais. Une grande qualité de la musique Metal est son caractère international. La plupart des groupes vont au Japon, en Thaïlande, à Hong-Kong, en Chine à Taiwan…

ANR : … Avez-vous entendu parler de ce député Taïwanais qui joue dans un groupe Metal, Freddy Lim, de Chthonic et élu du Parti du nouveau pouvoir ?

SF : On a jouéà Taiwan, ce pays ressemble un peu au Japon sous certains aspects, plus qu’à la Chine… Non, il ne me dit rien…

ANR : Schmier, passons aux « Premières fois », quel est le premier disque que tu as acheté ?

SF : Le premier disque que j’ai acheté : Status Quo, « Live ! », 1977.

ANR : Ton premier concert ?

SF : Mon premier concert, c’était The Police en 1980, et le premier concert Metal, c’était Saxon en 1981.

ANR : Ta première déception musicale, album ou concert ?

SF : Le premier concert qui m’ait déçu fût celui de Venom avec Metallica en première partie. Metallica venait de sortir « Kill’em all » et jouait vite et bien, mais Venom était ennuyeux. On aurait dit que Metallica venait de décapiter Venom ce soir-là… Venom disposait pourtant d’une logistique, avec des flammes et des explosions, mais Metallica de par sa puissance, a littéralement tué Venom. Ce fût ma première déception en tant que jeune spectateur.

ANR (L) : Te souviens-tu de la date et du lieu ?

SF : C’était à la Volkhaus de Zurich, en 198… 3 (NDA : le 3 février 1984, en fait)

ANR (R) : Tout porte à croire que Cronos craint ses premières parties, pour reprendre ton mot, à Santiago du Chili en 2017, il a coupé le son de Nervosa avant la fin de leur Show, ce qui a troublé Fernanda Lira…

SF : Je me souviens de ça…Je connais bien Fernanda… Cronos n’en a rien à faire des autres.

ANR (R) : Dernière question…

ANR (L) : Dernière question, nous devons y aller…

ANR (R) : Nous sommes dans le Nord-est de Paris, non loin du périphérique et du Zénith, quelle est ton endroit préféré de cette ville ?

SF : Mon endroit préféré de Paris ? Hum… Je ne sais pas… Ma petite amie résidait à Paris… Je ne suis pas vraiment un touriste, comme on a dit tout à l’heure… Nous avons pas mal visité de villes et de pays au début de notre carrière, mais je ne fais plus vraiment de tourisme, les autres membres du groupe en font un peu plus que moi. Je ne prends plus de photos, mes clichés sont dans ma tête. Pour répondre à ta question, je préfèrerais davantage les lieux artistiques et classiques de Paris.

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