Interview avec Yves des Sales Majestés

mardi/02/05/2017
253 Views

C’est par une belle journée printanière que je rejoins Yves, des Sales Majestés, pour échanger sur leur nouvel album, « Droit dans le mur ». Une petite terrasse ensoleillée, une bière fraîche et c’est parti pour discuter le bout de gras avec un punk aussi enjoué que rageur !

Art’n Roll : Salut Yves, chanteur et guitariste des Sales Majestés, depuis ???
Yves : Salut Pat, depuis le début.Enfin, chanteur depuis trois ans, depuis le départ d’Arnaud.

Art’n roll : Ton frère ?

Yves : Oui, si c’est lui, ce n’est donc son frère !

ANR : Même timbre de voix, un côté « famille », ça ne choque pas le public !
Yves : Pas tout à fait le même timbre, mais non, ça choque personne, à part deux ou trois, les gens sont très contents et moi aussi ! C’est un changement, quoi, un petit peu comme AC/DC !
Bon, même si Axel Rose est, un peu, un intérimaire !

ANR : Dans la musique, ou est pas tous un peu des intérimaires ?
Yves : Oui, c’est vrai ! Mais pas au même salaire !

ANR : Donc, nouvel album, « Droit dans le mur »…
Yves : Oui, c’est le septième. Et, « Droit dans le mur », ça semble évident, en fait. Déjà c’est un des titres de l’album, on en prend toujours un comme titre d’album d’ailleurs. Et puis, qu’on soit bien d’accord, à tous les niveaux, que ce soit sportif, politique, climatique, en France ou dans le monde, si on change pas, on y va.
A moins qu’on aille rechercher les grands philosophe ou je ne sais quoi, c’est clair qu’on va droit dans le mur !
Comment, dans ce monde aussi riche, peut-on avoir autant de misère ?
Et puis y’a qu’a voir les présidentielles : avoir le choix entre une dictature politique ou une dictature économique, faite par des escrocs, c’est juste énorme !
Déjà, les gars qui se présentent ne devraient pas se présenter. Dans les autres pays européens, ils dégageraient. Y’a qu’en France qu’on continue…

ANR : Toujours la même rage depuis pratiquement trente ans ! Qu’est-ce qui motive cette colère, qui, à l’écoute de l’album, n’est pas feinte ?
Yves : Non, elle n’est pas feinte. Du moins pour moi. Vu que je suis l’auteur-compositeur des Sales Majestés depuis le début, donc j’ai pas arrêté. Et ça, tous les gens ne le savent pas. Et ça va pas s’arrêter. Si certains ont décidé que ça s’arrête, ils s’arrêtent, mais nous, on continue ! Moi, je suis un keupon, j’emmerde personne mais personne m’emmerde !
Les gens sont contents qu’on continue et, y’a un suivi ! Et ça s’entend vu que c’est toujours le même qui écrit !

ARN : Justement, tu écris d’abord les textes puis la musique vient ou vice-versa ???
Yves : Houlà ! Ben en fait, je pense que y’a toujours un petit peu de musique dans le texte… Maintenant pour quelques morceaux qu’on va jouer, on en a écrit cinquante ! Après, ça tourne dans ma tête et, je me lève un matin, hop, cinq minutes, point !
Je ne retravaille pas mes textes, c’est brut de décoffrage du début à la fin et c’est fini !

ANR : Et qu’est-ce qui t’inspire le plus ?
Yves : Tout m’inspire : le vécu, soit par moi à 90%, ou des amis, des rencontres, des situations, mais du vécu en ce qui me concerne !

ANR : Justement, au niveau vécu, vous avez perdu votre guitariste y’a pas longtemps et assez jeune, en plus. Comment un groupe peut vivre ce deuil là et continuer à aller de l’avant ???
Yves : Ben, tu as deux solutions… Soit tu arrêtes tous, mais, bon, je sais que Yann n’aurait pas voulu que ça s’arrête, et puis, voilà, la vie continue. Tu n’arrêtes pas tout parce que ton pote meurt. Et puis, quand on joue, on pense à lui. En plus, moi, la mort, je sais très bien ce que ça veut dire, au niveau personnel.
Nous, on continue à jouer les morceaux sur lesquels il jouait, voilà, quoi !

ANR : Pour en revenir à l’album, un son plus sévère. Stéphane Buriez, derrière les manettes, y-serait il pour quelque-chose ? Comment c’est passée cette collaboration ?
Yves : Ah, bah, oui, forcément, c’est sa patte ! En fait, on a discuté pas mal, et puis on s’est dit qu’on allait voir…. Du coup on a fait une préprod’ puis une prod’ et c’était pas pal ! On a gardé des trucs de la préprod’ parce que, « live », on aimait bien.
Après, lui, c’est pas son style mais ça l’interressait de faire un truc en dehors du métal, de sortir du métal. Après, c’est différent du Bal des Enragés qui est un groupe de reprises. Non, là, c’est un groupe personnel, avec sa patte, sa façon de faire. D’ailleurs quand tu vois les albums précédents, c’est très cohérent. Déjà c’est moi qui écris et qui fais la musique mais les autres apportent aussi, c’est vraiment cohérent. On bosse dans la même logique : du punk-rock Français et on est tous d’accord pour en faire !
Sur cette base, chacun amène son truc, et du coup, on travaille en accord. Pour le son, il a amené, également sa patte !

ANR : Deux studios différents. C’est par choix ou par obligation ?
Yves : Pour des raisons budgétaires et pratiques ! Et puis, souvent, on fait les prises quelque part et les mixe ailleurs…
Stéphane voulait travailler à Rennes sur des trucs et à Saint-Ouen sur le reste, en plus, l’Auditorium, c’est pratique, c’est un bon petit studio. « No Future », le premier titre de l’album a été pris là-bas, quasi-live, bon, on rebosse un peu dessus, des trucs de musiciens, quoi !
Et puis, on va pas passer des mois en studio, on n’a pas le budget !

ANR : Donc, une petite tournée se profile ?
Yves : Oui, on a des dates jusqu’en septembre et ça va se compléter. En est chez Rage Tour, ils font tourner quasiment la totalité des groupes rock et métal en France, C’est LA boite de tournée dans le style rock Français !
Et puis, vu que les boites de disques n’existent plus, les tourneurs, c’est eux, les chefs, entre guillemets !

ANR : Justement, comment vois-tu l’avenir de la musique, à l’époque du numérique ?
Yves : No futur ! Héhéhé ! Non, mais sortir des disques, c’est devenu vraiment dur… Y’a plus les réseaux d’il y’a vingts ans où un groupe pouvait sortir un album et était distribué par pleins de petits indépendants ! Et, faut le reconnaître : tout ça a disparu. La raison est simple : les gens n’achètent plus les disques. Ou très peu. Bref, c’est plus comme avant.
Et puis pourquoi acheter un disque que tu aurais gratos sur la toile ???
Et puis, avec les problèmes de budget, aujourd’hui, c’est le concert !
C’est dur pour des gens qui débutent. A part les bars… Déjà que les petites salles sont squattées par des vedettes dites « internationales », gavées de subventions, qui viennent nous virer de nos salles à nous, tu imagines !
Et, en plus, ces « stars » disent : « Oui, on va faire une tournée intimiste, on est plus proche du public… Mon cul, oui, en fait, ils ont personne mais, c’est pas grave !
Cette hypocrisie me faire rire ! Sans déconner, entendre les mecs dire ça sur TF1, ça me fait marrer !
Si ils pouvaient faire le Zenith, ils le feraient, mais, bon, je vais dire une connerie, comme l’avenir des grandes salles est à la comédie musicale… Hahaha !
D’ailleurs, on réfléchit à « Les Sales Majestés, LE MUSICAL », mais faut qu’on trouve des subventions ! Important les subventions ! Mais, c’est bizarre, on a beaucoup de mal à en avoir…
Bon, on en cherche pas beaucoup non plus. On fait pas de Hulule, on fait pas tous ces trucs là !
Mais on remercie le public qui vient aux concerts et qui achète nos disques, ça nous permet de faire le prochain !
Et puis, bon, c’est 10 balles, ça va…

ANR : Il y a d’ailleurs pas mal de groupes qui reviennent sur scène : Ludwig, Les Rats….
Yves : Oui, par envie ou autre, faudrait leur poser la question ! Nous, on s’est arrêté pendant quelques années pour des raisons personnelles, on a repris en 2006, puis un album en 2011. Moi, je ne conçois pas de faire de la musique sans faire d’album. Mais bon, c’était pas vraiment une reformation… Et quatre albums depuis 2011, c’est quand-même pas mal !

ANR : Autre chose à ajouter ?
Yves : Ben merci à toi et, oui, cette phrase que j’aime bien : « Mon passé est sordide, mon présent est un cauchemar, heureusement que je n’ai pas d’avenir ! » Tchao !!!

 

Site: http://lessalesmajestes.free.fr/

Facebook: https://www.facebook.com/lessalesmajestes/

Leave A Comment