Interview avec Yazid Manou

mercredi/02/11/2016
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Art’N’Roll : Dans une émission de TRACKS sur ARTE, en 1993, tu as expliqué et donné un bon exemple, de ce que nombre de fans de musique ont un jour connu : le concept dit de « la claque ». Il me semble que ta « claque » à toi, c’était sur « Voodoo Child » de Jimi… Tu peux nous narrer cela ? Tu avais quel âge et ça s’est passé comment ?

Yazid Manou : C’est simple, j’ai reçu à mon douzième anniversaire l’album « Electric Ladyland ». Je me suis précipité dans ma chambre, je l’ai mis sur la platine : je parle de la version « Voodoo Child », la longue, pas le célèbre riff que tout le monde connait (NDA : donc pas « Voodoo Child (Slight Return) »). Et là, dans les premières secondes, tu as la guitare en synchro avec la voix, au tout début, et il s’est passé quelque chose… Tu vois, je n’ai jamais pris d’héro, je n’ai jamais pris de… Mais là, il y a eu un Flash tel que je l’ai immédiatement remis sur le saphir. Et cela ne m’est plus jamais arrivé. La claque.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

ANR : Quelle est la genèse de cette soirée de 1990 à l’Olympia ?

YM : Alors, je suis fan de Jimi Hendrix depuis 1977…

ANR : Tu as quel âge ?

YM : J’ai 51 ans. Et de 1977 à 1990, seuls mes parents et mes proches de l’Ecole savaient que j’étais un furieux d’Hendrix, sur les années 1987-1988, je profitais de mon inactivité pour aller trainer à la FNAC des Halles pour lire tous les bouquins sur lui. Et je suis tombé sur celui d’une femme qui se nomme Nona Hatay, une Américaine de Boston qui avait photographié Jimi au Madison Square Garden, le 18 mai 1969, agrémenté de témoignages. Je l’ai acheté. A la fin de ce livre, il y avait une adresse… Je me dis : « je vais lui écrire ! ». Evidemment, j’ai 23-24 ans, je suppose qu’elle ne va pas me répondre, puisqu’elle doit recevoir des milliards de lettres. Mais je lui adresse quand-même une lettre enthousiaste de Fan. Quelques semaines plus tard, je reçois un pli un peu costaud : c’était la réponse de Nona Hatay, laquelle m’envoie des cartes postales, des photos… Et je suis entré en relation avec elle. Pourquoi j’insiste sur Nona Hatay ? Parce que c’est elle qui a tout déclenché. Dès 1984, je trainais au New Morning à Paris pratiquement tous les soirs. Je lui ai expliqué ma vie, que j’étais employé de Transit, que j’étais content d’avoir cette relation virtuelle avec elle. Et un jour, en 1989, elle me sollicite sur le thème : l’an prochain, cela va être les 20 ans de la mort de notre Héros commun, je souhaiterais que tu m’aides à monter une expo en France afin de présenter des photos de lui que personne ne connaît. Et la situation entre nous s’inverse : c’est elle, elle qui a vu Hendrix, qui me pose une question à moi le petit Fan Français. Et j’étais archi-archi-content. Mon seul reflexe, ne connaissant pas le Show-Business, est de contacter la salle où j’allais tous les soirs : les gens du New Morning sont enthousiastes je commence à mettre tout en place pour septembre 1990… jusqu’à ce qu’ils me disent qu’ils me prêtent les murs, mais pas l’argent afin d’acheminer les photos des USA.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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Tout s’écroule, c’est la panique ! Et j’appelle la FNAC Les Halles. Qui me répondent être complet pour septembre 1990. Néanmoins, j’appelle sur leur conseil, Véronique Lopez de la FNAC Montparnasse, qui m’accueille à bras ouverts. Je bénéficie alors d’une infrastructure, tout est géré par la FNAC. Pour la première fois de ma vie, j’appelle Nona Hatay aux USA. La FNAC me demande alors d’ajouter de la musique : je leur réponds de passer un disque. Ce à quoi ils m’expliquent qu’à chaque vernissage, il leur faut un groupe ! Je me mets à téléphoner à la terre entière en présentant mon projet. Et rapidement, je me retrouve avec tout un tas de cassettes de groupes, vingt-trente, dont un de New-York que je veux absolument… Un Buzz se met en place à Paris autour de tout ça. Je me dis qu’avec toute cette matière, il me faut en fait organiser un festival : je branche tous les tourneurs de Paris (les GARANCE, les ALIAS, les « machins », les « tout le monde », les…)… Mais, ils refusent. Au New Morning, je me mets en cheville avec Alex, le Boss de la société KABARET (une petite boîte qui n’existe plus, le plus gros qu’il avait fait, c’était le Bataclan). J’entre en contact avec Noel Redding. Et je me convaincs sur conseil d’un pote qu’il faut le faire à l’Olympia, puisque Jimi a joué là-bas. Voilà la naissance du Festival « Jimi’s Back ». Je ne peux pas tout te narrer, mais en 2010, le fils du fondateur de Rock & Folk a publié un livre racontant toute l’histoire. C’est paru aux Editions CASTOR ASTRAL sous le titre « Blues pour Jimi ». Le livre est toujours dispo.

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YM : Cela a donc duré une semaine, la plus grosse manifestation mondiale sur le thème. Donc, vernissage photos à la FNAC avec Nona Hatay le 14 septembre, puisque tout est parti d’elle. Le lendemain, concert de quatre heures à l’Olympia, complet, avec 13 artistes : Bertignac, Paul Personne, Axel Bauer (avec Christine Lidon à la basse), Noel Redding… Ensuite, concert dans un petit bar le Conway’s rue Saint-Denis, en face d’une église… Le lendemain, projection au Max Linder. Expos dans toutes les FNAC de Paris. Pour clôturer le tout : concert au New Morning, le samedi 22, avec Luther Allison, qui ne pouvait pas venir le 15…

ANR : Et après, comment devient-on LE spécialiste Français de Jimi Hendrix ?

YM : Evidemment, les médias me sont tombés dessus : j’ai eu mon « quart-d’heure Warholien ». Comme tu as des fans des Pays-Bas, de Belgique, qui ont afflué, tout le monde m’est tombé dessus : je suis devenu « le fan d’Hendrix », et reconnu comme tel. En plus, j’étais au chômedu, car je m’étais fait licencier de mon poste d’employé de Transit pour « abus de fax et de téléphone », parce que j’ai tout organisé depuis mon boulot… (Rires) Pourtant, mon patron m’avait raconté avoir gagné quand il avait 20 ans un concours en jouant « Hey Joe »… Et il m’a quand-même laissé le temps de faire mon festival avant de me licencier en août 1990… Sans le savoir, j’étais devenu attaché de presse. C’était plus facile à l’époque.

ANR : Pourquoi ?

YM : Parce ce qu’il y avait moins de médias, il n’y avait pas le Web et les gens avaient plus de thunes. Quand tu avais un article dans Libé, le lendemain c’était complet. Maintenant, on rame plus, tout est diffus.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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ANR : Quel a été ton rôle dans l’organisation de l’exposition « Jimi Hendrix Backstage », qui s’est tenue d’octobre 2002 à janvier 2003 à la Médiathèque de la Cité de la Musique à Paris ?

YM : En 2001, je reçois un coup de fil d’Emma Lavigne, une des conservatrices, à l’époque, de la Cité de la Musique. Qui me propose de l’aider à organiser la première manifestation Rock de l’institution, sur Jimi donc. Je lui réponds que j’ai beau être Fan, je suis désormais en mega-embrouille, et depuis 1998, avec la Sœur adoptive de Jimi Hendrix. Elle me déteste. Gentiment, Emma Lavigne m’assure que ce n’est pas grave, qu’elle va me faire travailler quand-même. Donc à cause de la Sœur de Jimi, je n’ai pas pu être nommé Commissaire de l’Expo, mais, Emma a réussi de faire en sorte que je sois embauché en tant qu’attaché de presse. Je pouvais, de toute façon, leur donner quelques conseils voire corrections.

ANR : C’est toi qui leur a apporté les gribouillis d’Hendrix enfant ?

YM : Non. Pour la première fois, il y a eu une collaboration entre la famille de Jimi et le musée du Rock à Seattle, Experience Music Project (EMP) de Seattle, dont une pièce est dédiée à Jimi (et qui est financé par le milliardaire américain Paul Allen, cofondateur de Microsoft, le Fan d’Hendrix le plus riche du Monde). Donc, en gros, le Musée EMP nous a prêté 80 % des objets, et la famille 20 %. Ce 100 % a constitué l’Expo Hendrix de 2002 à Paris.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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ANR : A ce titre, quel est l’événement le plus insolite ou saugrenu concernant Jimi Hendrix, auquel tu as assisté ?

YM : Insolite ? Rien ne me vient soudainement à l’esprit… Si : quand tu assistes à un concert, et que le groupe te massacre une reprise… Je n’ai pas le nom d’un groupe, je n’ai pas le nom d’une reprise…

ANR : Quelle serait ta pire reprise d’Hendrix ?

YM : Non, je ne sais pas…

ANR : Alors, ta meilleure ?

YM : J’ai été éclaté par des reprises des Red Hot… de Ben Harper, Prince… Mais, te citer la pire comme ça, je ne vois pas…

ANR : Je rebondis sur le dernier cité : dans son film, Lemmy dit qu’une fois qu’on a connu Jimi Hendrix, Prince est tout de suite moins intéressant…

YM : Alors, que ce soit Lemmy, ou autre : je peux comprendre, et moi le premier, qu’à partir du moment où l’on a connu Hendrix, le reste parait plus fade. Musicalement, tout ce qu’on veut… Voilà : il y a un avant et un après Hendrix, surtout si on démarré à fond la musique avec lui, comme moi. Donc, cette phrase ne me choque pas.

ANR : Combien possèdes-tu de disques, tous supports et toutes origines, de Jimi Hendrix ?

YM : Contrairement à ce que les gens pensent, je ne suis pas un collectionneur. Je garde ce qu’on me donne. En plus, habitant dans ma banlieue de Fontenay-sous-Bois au 13e étage, je ne suis pas en mesure de tout empiler, ce qui fait toujours marrer mes potes. J’ai une bibliothèque avec une cinquantaine de livres, peut-être une quarantaine de vinyles et pas mal de cassettes pirates.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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ANR : Quel est le plus culte de tes objets se rattachant à Hendrix, ou lui ayant appartenu, en ta possession ?

YM : Je n’ai pas d’objet lui ayant appartenu : je n’ai pas les moyens, et je ne suis pas fétichiste à ce point-là. Mais, si tu veux, on m’a donné le tirage de la première photo au Monde de l’Expérience : le 14 octobre 1966 à Nancy. C’est la première photo du groupe jamais prise. Donc, j’ai ça, et j’ai aussi le fax que Noel Redding m’a envoyé lors de l’orga du festival, me demandant si j’ai également des joints et des filles… (Rires) Voilà, j’ai toujours cette correspondance. Comme j’ai toujours la lettre signée de sa main de Mitch Mitchell, qui me dit qu’il ne peut pas venir, mais qu’il me souhaite bonne chance pour mon festival.

ANR : Tu l’as rencontré Mitch Mitchell ?

YM : Deux-trois fois. Je crois que la première fois c’était lors d’une émission organisée par Philippe Manœuvre sur Canal Jimmy, à Disney. Et la deuxième fois, je m’occupais de la réédition du catalogue d’Hendrix chez MCA en 1997 : je me rends au Marriott sur les Champs, car j’avais rendez-vous avec la Sœur de Jimi (avant qu’on se soit embrouillé), elle déjeunait avec lui. Et il était aussi au vernissage de l’Expo de 2002, mais on ne s’est pas adressé la parole…

ANR : Mais il y avait Johnny…

YM : Mais il y avait Johnny, que j’ai invité personnellement.

ANR : Tu vis financièrement de cette passion ?

YM : Après le festival de 1990, j’ai perdu 30 000,00 francs (NDA : 7 000,00 euros), ce qui est pas mal pour un jeune qui vient de se faire licencier. Il y a eu des choses qui m’ont été remboursées, d’autres non, comme le séjour de Nona Hatay d’une semaine. En plus, et c’est le truc qui m’a couté le plus cher, c’est d’inscrire mon nom en lettres rouges sur le fronton de l’Olympia… Dix mille balles. Donc, j’étais dedans de 30 000,00 francs. Mais, étant devenu attaché de presse indépendant en 1991, et ayant créé ma boite en 1994, je me suis remboursé assez vite. Je travaille pour des maisons de disques et des tourneurs depuis vingt-six ans.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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ANR : De Uli Jon Roth à Kirk Hammett, en passant par King’s X ou Skid Row, nombreux sont les musiciens de Hard Rock qui sont fans ou qui se réclament de Jimi Hendrix. Pourrais-tu, s’il te plaît, expliciter le lien entre Jimi Hendrix et la musique favorite de nos lecteurs ?

YM : On a l’habitude de dire, et je suis de cet avis-là, que Jimi est un précurseur du Hard Rock, avec Cream, avec Led Zep. Il jouait très très fort, les potards à fond et le Larsen. Nous n’avons pas idée, mais les gens qui ont assisté à des concerts d’Hendrix nous disent à tel point c’était assourdissant. C’est pour cela, et je peux les comprendre, que certains n’aiment pas Jimi Hendrix. Il y a une approche à avoir : si l’on découvre Hendrix en Live et qu’on se le prend en pleine poire, et qu’après on écoute « Little Wing », on peut douter que c’est la même personne qui joue… Je comprends ce lien vis-à-vis des hardeux. C’est du son très fort.

ANR : Tu écoutes quoi comme groupes et artistes de Hard Rock / Metal ?

YM : J’aime bien AC/DC…. Je me suis occupé d’un film scénarisé par le chanteur d’Iron Maiden en 2009, j’ai bossé avec Bruce Dickinson, son film sur Aleister Crowley…

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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ANR : En mai 2015 à l’Olympia, c’est toi qui étais en charge des accreds presse pour le concert des 35 ans de La Souris Déglinguée. Comment es-tu devenu ami avec Luc Tai de LSD ?

YM : Déjà, je suis très lié (d’ailleurs j’en viens) avec la librairie Parallèles, depuis 1990 quand j’organisais mon Festival. J’ai rencontré Luc Tai là-bas. De plus, nous avons des potes en commun, des Punks ou pseudos-Punks, dont le groupe Ausweis. Il y a très longtemps. Donc c’est quelqu’un je croisais déjà dans les concerts, soirées et autres. Donc Tai Luc m’est tombé dessus il y a deux-trois ans pour que je m’occupe de ce fameux concert. Et c’est à ce moment-là que nous nous sommes rapprochés.

ANR : Merci Yazid.

YAZID MANOU ITW A LA PLANETE MARS LE 27.10.2016

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