Interview avec Nick Fuelling du groupe Pop Evil

dimanche/04/02/2018
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Rendez-vous au Dr Feelgood les Halles pour un entretien avec Nick Fuelling, guitariste du groupe Pop Evil. Le groupe sort un nouvel album éponyme.

ANR : Vous allez sortir un album éponyme le mois prochain, c’est généralement une décision importante, une volonté de s’affirmer en disant « voilà qui nous sommes ».

Nick Fuelling : C’est exactement la raison pour laquelle nous faisons ça. Il me semble que nous n’avions jamais pris le temps de vraiment explorer qui nous étions individuellement et en tant que groupe. Nous avons passé 8 mois sur cet album, 8 mois de contributions individuelles et collectives. Maintenant nous sommes fiers de pouvoir dire « ceci est Pop Evil ».


ANR : Comparé aux opus précédents celui-ci est plus lourd, plus sombre aussi.

Nick : Nous voulions nous approprier le nom « Pop Evil », avec le côté Pop mais aussi le côté « evil », qui est plus sombre. Nous avons fait nos morceaux les plus Heavy, mais aussi les plus entraînantes et les plus inspirées.


ANR : On retrouve bien ce côté Pop dans votre dernier single « Waking Lions » et le côté plus Heavy dans « Art of War » par exemple. Mais pour une fois on vous découvre sous un jour plus engagé au niveau politique avec « Color bleeds ».

Nick : Pour être clair nous n’avons pas choisi de faire un album politique. Le but de ce morceau est d’extérioriser la frustration que nous avons face au fait d’être constamment mis les uns contre les autres. La division nous rend faible, nous sommes tous de la race humaine et nous devons faire front ensemble. Ce morceau c’est une façon de dire qu’il ne faut pas les laisser les pouvoirs en place nous diviser. C’est plus une chanson sociale. Peu importe si tu es un homme ou une femme, noir ou blanc, on est tous dans le même bateau.

Le clip, a été réalisé par le directeur artistique de Columbia, qui avait aussit fait « Waking lions ». Elle a eu une vision pour le clip en écoutant le morceau. Elle a trouvé que ça résonnait avec le #metoo. On lui a donné carte blanche pour faire ce clip. On a trouvé qu’elle avait fait ça de manière subtile et élégante.

 

ANR : Quelle a été ta première réaction en voyant le clip ?

Nick : J’avais demandé à ne rien savoir ce clip tant qu’il n’était pas terminé. La première vue m’a donné la chaire de poule. C’était parfait, ça raconte la bonne histoire de la bonne manière.


ANR : Vous avez reçu pas mal d’attention grâce à ce clip, c’est aussi une manière de faire parler de vous.

Nick : oui il y a beaucoup de personnes qui adhèrent au projet et d’autres qui le remettent en question. Ils ne sont pas sûrs de ce que c’est. Mais oui on a attiré un peu d’attention sur nous et c’est exactement ce qu’on cherchait.


ANR : Si on revient sur l’album et le titre « Art of War », on remarque que le chant est différent, plus agressif, tout comme les riffs d’ailleurs.  Ça fait presque penser à du « Body Count ». Etait-ce intentionnel ?

Nick : Nous avons commencé par faire la musique, à quatre. On faisait tourner ce riff avec une tonalité presque dérangeante, et nous avons construit le groove autour. Nous voulions garder cette ambiance un peu dérangeante. En l’écoutant Leigh a voulu transcrire cette émotion à travers ses paroles et son chant. On retrouve donc de la colère, comme pour « Color bleeds ». L’injustice, la tension raciale, la tension sexuelle, etc. tout se retrouve dans ce morceau.


ANR : Les évènements de Charlottesville vous ont beaucoup marqué ?

Nick : Oui c’est indéniable. Il n’y a aucune raison valable pour cette violence, cette division entre les gens. Ça n’a pas de sens.


ANR :  En écoutant l’album j’ai trouvé que tu mettais plus en avant tes influences « thrash » dans ton jeu de guitare, es-tu d’accord avec ça ?

Nick : Oui complètement. Mes influences ont toujours été du côté Heavy Metal. Leigh m’a dit que nous n’avions jamais embrassé ce côté de mon jeu. D’une certaine manière il m’a enlevé ma laisse pour que j’aille creuser de ce côté. Quand on a commencé à jammer c’est venu assez naturellement.


ANR : C’est comme ça que vous travaillez ensemble ? Vous faîtes tourner des riffs et vous les transformez en morceaux ?

Nick : En partie, c’est un peu différent pour chaque morceau. Parfois Leigh arrive avec un morceau qu’il a fait tout seul et on vient le retravailler, mais pour d’autres c’est nous les musiciens qui les faisons et on les lui apporte.


ANR : Et comment tu te sens « sans ta laisse » ?

Nick : Vraiment bien, j’ai l’impression de mieux pouvoir m’exprimer en tant que guitariste.


ANR : Est-ce que ça te donne envie d’aller explorer encore plus ce côté « Heavy » ?

Nick : Oui, j’ai envie de le développer, de le lécher.


ANR : Et faire plus de solos aussi ?

Nick : Oui, ça aussi. Je rajoute les solos une fois le morceau terminé. Je veux qu’ils reflètent les paroles, la mélodie du chant, que ce soit plus que juste un solo.


ANR : Vous avez travaillé avec un nouveau producteur, comment s’est passée la collaboration ?

Nick : C’était un grand pas pour nous. Il a beaucoup influencé le son de l’album. Il nous a aidé à trouver les sons que l’on voulait. Par exemple il y avait un « clap » dans un morceau, et on cherchait un son plus organique. Il a passé du temps pour nous proposer quelque chose qui allait dans ce sens. Il n’a jamais refusé d’expérimenter. Il a une très bonne oreille, c’est un très bon musicien, il a été d’une aide précieuse sur les mélodies et les harmonies.


ANR : C’est vous qui avez voulu travailler avec lui ?

Nick : Oui, nous avons parlé avec plusieurs producteurs, parce que nous avions compris qu’il nous manquait une certaine identité dans notre son. C’est le seul qui a compris ce manque sans qu’on lui en parle. Le fait qu’il nous le dise nous a convaincu que c’était la personne qui nous fallait pour que l’on aille chercher en nous le son qui nous correspondait.


ANR : A quel moment avez-vous décidé d’appeler l’album « Pop Evil » ?

Nick : Au tout dernier moment. Nous n’arrivions pas à trouver un titre et notre manager nous a proposé de l’appeler « Pop Evil ». Les groupes sortent un album éponyme en début de carrière ou pour s’affirmer. Et c’était notre cas.

ANR : Hayley est la dernière venue dans le groupe. Comment l’avez-vous recrutée ? Qu’est-ce que ça fait d’avoir une fille dans le groupe ?

Nick : C’est une drôle d’histoire. On a lancé le bruit que l’on cherchait un nouveau batteur, et notre manager avait parmi ses amis un ancien manager du groupe d’Hayley. Il nous a dit qu’il avait une fille qui serait intéressée pour venir aux US rejoindre le groupe. Au début on était pas bien sûr de vouloir avoir une fille dans Pop Evil. On a toujours été un groupe de mecs, alors une fille dans le bus ? Et puis on a vu la vidéo de démonstration d’Hayley et on a été soufflé. La puissance, la technique, la performance… on a tout de suite su qu’il fallait qu’elle vienne. Et c’était juste avant la plus grosse tournée de notre carrière avec Rob Zombie et Disturbed. Notre ancien batteur a accompagné la transition, mais elle a été géniale tout de suite. Même en studio, elle est tellement impliquée, et elle sent immédiatement quand quelque chose ne sonne pas bien.

 

ANR : En regardant les vidéos « Behind the scenes » on voit que vous vous entendez vraiment bien.

Nick : Oui, en faisant cet album sur 8 mois on est devenu beaucoup plus proche. Nos relations ont vraiment évolué. Je connais ces mecs depuis 6 ans, mais en 6 mois j’ai plus appris à les connaître. Ça reste une relation professionnelle, mais on est comme des frères maintenant (et sœur) (rires).

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