Interview du groupe Boisson Divine

jeudi/29/03/2018
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Après un show fougueux, je retrouve Boisson Divine dans la Halle une heure après leur passage. A peine attablé, Baptiste nous invite à prendre un verre de leur boisson artisanale qui d’ailleurs était le meilleur breuvage que j’ai pu consommer de tout le festival. Nous échangeons quelques mots concernant nos origines le temps que le reste du groupe arrive.
(ndlr : l’ambiance étant bon enfant, je conserve expressément certains passages de l’interview. Les blagues et autres vannes seront notées en italique).

Baptiste : Du coup, tu travailles pour Radio Nouvelle-Calédonie ? [Rires] Santat ! Comment dit-on « santé » en Nouveau-Calédonien ?
AnR : [Rires] Manuia !
Baptiste : Hé Manuia ! Tu couperas cette partie ?
AnR : [Rires] Non.
AnR : Bonjour messieurs ! Comment allez-vous et comment s’est déroulé votre concert ?
Baptiste : On va très bien ! Un super public, un des meilleurs shows qu’on n’ait jamais faits. Aussi intense pour le public que pour nous.

AnR : Pour faire une comparaison avec le Japon, quelles différences sont à noter ?
Baptiste : Au Japon, nous n’avons pris qu’une tournée finalement. On est allé dans un bar à Tokyo, on a pris une tournée et nous sommes rentré [rires].
Adrien : C’est un public fidèle. Nous avons fait trois concerts : un à Tokyo, et les autres à Osaka et Nagoya. Certaines personnes sont venues nous voir dans les trois villes différentes. C’est quelque chose que je ne ferais pas, même pour mon groupe préféré. Fait étonnant, certains connaissaient même les paroles. C’est assez perturbant : tu voyages à l’autre bout du monde, et les gens chantent tes morceaux.
Baptiste : Les japonais sont très respectueux et pudiques. Ils n’extériorisent pas forcément leurs émotions. Ils nous ont offert des cadeaux alors que nous n’avions pas joué une note de musique, comme des figurines ou des masques pour dormir. Tu as dû le remarquer, j’ai pour habitude de chambrer le public. Au Japon, les gens sont tellement gentils et respectueux que je n’ai pas osé. De plus, ne connaissant pas leur culture, je n’avais pas envie de les choquer.
Adrien : Ils sont plutôt premier degré et peuvent prendre nos mots au pied de la lettre. Par exemple, nous avons eu une interview avec une japonaise. Elle nous a dit qu’on avait le choix de ne pas chanter en anglais et de le faire en français dans notre dialecte gascon. Nous avons fait les mousquetaires et avons rétorqué « Comment ça un dialecte ? C’est une langue à part entière ! ». Mais c’était une blague, une gasconnerie. Elle nous a donc envoyé un mail d’excuse à ce propos.
Pierre : La poupée gonflable était prête, je ne l’ai pas utilisée (ndlr : une heure avant, Pierre utilisait une boha, sorte de cornemuse, version poupée gonflable).

AnR : Petit retour en 2005, année de formation du groupe. On remarque que l’année coïncide avec la sortie du premier album d’Hantaoma, un groupe de votre région. Cet album a-t-il participé à la formation de votre groupe ?
Adrien : On jouait déjà avant pour s’amuser. Mais nous suivions ce groupe, notamment Stille Volk, composé plus ou moins des mêmes membres. Cependant, cela nous a conforté dans l’idée de faire du metal avec des paroles de chez nous.
Baptiste : Ça n’a pas été non plus un élément déclencheur mais ça participé à nos influences. Je n’écoute pas beaucoup de Folk Metal, je préfère généralement écouter les deux genres de manière distinctes. J’ai du mal à accrocher sur les groupes qui font la même chose que nous [rires]. Nous sommes un groupe amateur et faisons dix à quinze dates par ans. C’est un rythme de vie qui nous convient, sachant qu’on a le boulot à parallèle. Je ne me vois pas personnellement partir une année à alterner la route et les concerts. Je préfère sélectionner des bonnes dates qui seront marquantes et dont on s’en souviendra longtemps. Des bonnes dattes, ainsi que des figues.

AnR : Comment se déroule le processus de réalisation d’un morceau ?
Baptiste : Je suis le principal compositeur. Je ne me force jamais à écrire. De manière générale, l’inspiration me vient souvent quand j’ai autre chose à faire. Une idée me vient en tête. Je l’enregistre sur un dictaphone. Je développe ensuite l’idée et la met au propre.
Adrien : En général, Baptiste ne compose pas en ayant d’avance un thème en tête. Finalement, il apporte une idée, cela nous fait penser à certains thèmes, puis il y a échange. Bien qu’il reste le compositeur principal et s’occupe de tout.
Baptiste : C’est une démocratie dictatoriale [rires].

AnR : Quelles sont les différences notables lors de la composition entre la période Baptiste/Adrien et votre line-up actuel ?
Adrien : La méthode est restée sensiblement la même. Sinon il y a la langue. On composait en français à la base. Aujourd’hui il n’y en a plus.
Baptiste : En 2005, on écrivait en français car nous ne maîtrisions pas complètement le gascon. On écrivait déjà sur le rugby et les fêtes, des choses assez terre-à-terre. Aujourd’hui, nous avons un peu dérivé sur les mythes et les contes, des choses plus poussées et plus historiques.

AnR : Quels ont été les progrès accomplis par le groupe depuis votre premier concert en décembre 2013 ?
Adrien : Tu t’es bien renseigné. D’abord, nous nous sommes complétés avec l’arrivée des membres du groupe. De plus, le fait de jouer des instruments traditionnels et de chanter en gascon nous a cantonné dans un milieu traditionnel, et ce, malgré la partie metal.
Baptiste : A un moment, nous avons eu envie de voir ailleurs. Nous avons donc commencé les festivals metal. A commencer par le Ragnarök festival. Nous avons été invités car nous sommes un groupe nazi. On a donc fait une tournée en Asie, au Japon, déguisé en nazi [rires]. Plus sérieusement, notre premier concert metal s’est déroulé au Ragnarök. Nous nous sommes dis que c’était le moment de partager notre culture et notre langue, qui est minorisée en France. Car finalement, personne ne sait ce que c’est un gascon. Quand nous chantons, on nous prend pour des corses. Quand on met un béret, on nous prend pour des basques. Quand on joue de la cornemuse, on nous prend pour des bretons. Ils ont des régions administratives et nous pouvons voir la Bretagne et la Corse sur des cartes. Ces noms ne correspondent pas avec des régions historiques. Même exemple pour l’Alsace. Cependant, nous ne voyons pas sur ces cartes la Gascogne, qui n’existe que dans l’imaginaire de ceux qui veulent encore y croire. Nous avons donc envie de faire découvrir cela aux gens, nous n’avons pas envie que notre culture disparaisse, quitte à être les derniers à parler le gascon et à le chanter.
Adrien : Ce n’est pas une fable, on ne peut pas en parler sinon cela prendrait le temps d’une interview. L’histoire de la région est très importante dans l’histoire de France et de l’Angleterre. Mais il s’avère qu’aujourd’hui, elle a pris un grand coup de poussière. Mais on se dit que tant qu’une langue est parlée, elle ne meurt pas, ça nous fait donc plaisir d’apporter notre pierre à l’édifice.

AnR : Vous êtes plus ou moins les fiertés de votre région.
Pierre : Pas sûr ! [Rires]
Adrien : Si on peut apporter notre pierre à l’édifice, on ne va pas se priver pour le faire. En plus nous déjà un Pierre, il nous manque juste l’édifice. [Rires]
Pierre : J’y ai pensé, je n’ai rien dis ! [Rires]

AnR : Quel est votre meilleur show à ce jour ?
Baptiste : Chaud cacao je pense. Chaud ananas aussi [rires]. Honnêtement, le Cernunnos, c’est top ! Je ne dis pas ça car nous sommes ici, mais nous n’avons jamais eu autant de réactions aussi intenses qu’aujourd’hui.
Adrien : Avant de venir, nous avons reçu des messages de personnes qui avaient hâte de nous voir. Des les premiers morceaux, quand nous avons vu le public pogoter et chanter les paroles, nous nous sommes dit « ah ouais, on envoie ! ».
Pierre : J’avais l’impression que nous ne faisions qu’un avec la salle. Il y avait une telle interaction.
Baptiste : Finalement, nos concerts restent les mêmes. Mais le public change tout. Si nous jouons devant des personnes non motivées, forcément, nous n’avons pas envie de jouer non plus. Parfois, on a besoin de faire des efforts de communication pour que ça marche, mais là le public est parti dès les premières secondes.

AnR : Vous laissez aussi le suspens en commençant cinq minutes en retard ! [Rires]
Adrien : C’est une technique personnelle qu’on a acquise au fil du temps [rires].
Baptiste : C’était voulu !

AnR :  Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Adrien : Nous préparons un album. On a un stock de chansons, de quoi faire un troisième album. L’idéal serait de le sortir courant 2019. Mais il n’y a pas d’impératif.
Baptiste : Nous avons mis tellement de temps à sortir le premier album. C’est-à-dire qu’entre la fin de composition du premier album et la sortie de ce dernier, il s’est écoulé quatre ans. J’ai donc continué à composer durant ces années. Nous avons donc un décalage et des chansons en stock. Avec ce qu’on a, on pourrait enregistrer deux albums d’un coup. Si je perds l’inspiration, ça ne se verra pas avant quelques années [rires].

AnR : Avez-vous des groupes de votre région à nous partager ?
Baptiste : Oui, mais ce n’est pas du metal : Nadau, Vox Pigerri, L’OUZOUM et Los Pagalhós.

AnR : Quelle est votre boisson divine ?
Baptiste : Tu es en train de la boire ! [Rires] Nous avons un leitmotiv : « A chacun sa boisson divine ». A condition que ce soit une boisson travaillée, qu’elle ait un minimum d’histoire, demande un certain savoir-faire et une main d’œuvre. Pour nous, ça se résume à des boissons à base de raisins.

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