hiss spun

Interview de Chelsea Wolfe

mardi/03/10/2017
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Julien, Maxime et Marion ont eu l’occasion de poser quelques questions par mail à Chelsea Wolfe pour échanger sur son dernier album « Hiss Spun »

Retrouvez la chronique de l’album par Julien Hekking.

 

Hiss spunArt N Roll : La sortie de votre nouvel album a été accompagnée d’une série de symboles et de vidéos associée à ces 4 mots : « flux, hiss, welt, and groan ». Pourriez-vous nous parler du lien entre cette symbolique et l’album, quelles étaient l’approche et l’intention qui se cachaient derrière elle ?

Chelsea Wolfe: Cet album contient beaucoup de mots qui sont de petits mots avec de grandes significations, comme une sorte de guide ou de clé. Flux, hiss, welt, groan, swarm, flux, vex…. Ils font le lien entre les morceaux. Les représentations proviennent de différents domaines. Je crée des emblèmes avec l’artiste Rueben Sawyer depuis mes trois derniers albums maintenant et j’ai travaillé avec lui sur celui-ci pour créer des symboles qui représentaient les ambiances des albums. La bouche ouverte avec la langue représente la sensualité, le Janus représente la dualité. L’artwork de l’album représente le contraste entre un espace clinique et le désordre des cheveux humains.

 

ANR : Pourriez-vous expliquer le choix du titre pour ce nouvel album? Comment avez-vous abordé l’écriture des paroles ? On a l’impression qu’une partie d’entre eux repose sur des combats intimes issus de votre passé. Que pouvez-vous nous dire sur ce que vous vouliez exprimer et sur la façon dont vous vous sentez maintenant que c’est sorti ?

CW: Je suis retournée en Californie du Nord l’année dernière, pas loin de là où j’ai grandi, alors j’ai été confrontée à mon passé, mes amis de longue date, ma famille … Beaucoup de choses ont resurgi et j’ai fini par écrire là-dessus. Il y avait un chaos interne que je voulais enfin embrasser. Le titre « Hiss » est le bruit blanc de l’univers, un son réconfortant et « Spun » est la dépendance, la gueule de bois et les replis.

 

ANR : En écoutant « Hiss Spun », nous avons eu l’impression que la production amenait un sentiment de distance, véhiculé par les instruments et la voix. Êtes-vous d’accord avec cela, et, dans l’affirmative, pourriez-vous expliquer d’où cela vient?

CW: Je ne ressens pas de distance, non. Pour moi, c’est très personnel et intime. Sur certaines chansons, je voulais m’assurer que tous les petits cris de ma voix soient entendus. Certaines voix enregistrées lors des démos ont été conservées pour refléter le sentiment initial présent lors de l’écriture.

 

ANR : Avec cet album, il semble que vous soyez moins à fleur de peau en comparaison avec vos précédents opus, comme si vous étiez passée par une phase de métamorphose. Que pensez-vous de ce constat?

CW: Je dirais que j’étais encore plus à vif avec ces morceaux. Un morceau comme « Scrape » par exemple, m’a demandé de repousser mes limites, que ce soit sur l’écriture des textes ou sur la performance vocale. Mais de cet exercice est sorti une sorte de cicatrisation.

 

ANR : Vous avez travaillé avec Troy Van Leeuwen (QOTSA) sur deux morceaux, il a fait un excellent travail avec ses arrangements, il a su rester sobre tout en soulignant votre fragilité. Pourriez-vous nous dire comment vous avez été amenés à travailler ensemble, comment ça s’est passé et ce que vous pensez qu’il a apporté à votre musique?

CW: J’ai rencontré Troy lorsque nous avons ouvert pour QOTSA en 2014 et nous sommes restés amis. Je suis une fan de son jeu depuis longtemps et j’ai trouvé que ça correspondait vraiment aux émotions brisées et tordues des morceaux. Il les a complétement compris et les parties qu’il a jouées étaient instantanément parfaites.

 

ANR : Pourriez-vous nous parler du projet Blood Moon? Comment avez-vous été amenée à reprendre des morceaux de Converge? Qu’est-ce qui vous a rapproché ce projet? Cela a-t-il affecté votre travail sur « Hiss Spun », autrement que le fait de vous faire rencontrer Kurt Ballou?

CW: Converge a demandé à mon guitariste Ben Chisholm de faire partie de Blood Moon et plus tard m’a demandé de me joindre à eux, pour chanter et jouer de la guitare acoustique. C’était un plaisir de passer du temps avec eux et de jouer avec de si grands musiciens. Et aussi intimidant! Kurt est un excellent guitariste. Nous avons travaillé sur le projet au studio de Kurt GodCity à Salem, et je suis tombée amoureuse de l’espace.

 

ANR : En parlant de Kurt, vous avez choisi de travailler avec lui sur ce disque. Comment c’était? Lui avez-vous envoyé quelques démos dans un premier temps ou vous êtes-vous simplement mis d’accord pour travailler ensemble? Comment a-t-il abordé votre musique, et à votre avis, quelle a été sa valeur ajoutée?

CW: Je savais que cet album allait être lourd au niveau de la batterie, et je voulais vraiment avoir de la batterie. Je savais, de par ses albums, que Kurt était génial pour faire ça!

 

ANR : Qu’est-ce que vous vouliez transmettre à travers le morceau instrumental « Strain » ? Comment avez-vous travaillé le son de ce morceau?

CW: « Strain » est l’un de ces petits mots avec une grande signification que j’ai mentionnés plus tôt. Il peut signifier être tendu, insister, faire un effort physique violent. Je voulais avoir un moment de répit étrange entre « Vex » et « The Culling » puisque leurs ambiances sont très différentes. « Strain » a été conçu comme une sorte d’interlude.

 

ANR : Comment vous préparez-vous à monter sur scène? Avez-vous des rituels spécifiques? Vous sentez-vous plus confiante avec le temps passe? Quand on regarde votre concert au Hellfest, on voit que votre habitude de vous voiler semble être un lointain souvenir.

CW: L’âge aide à ne plus se focaliser sur l’idée d’être « parfaite » à tout prix, vous voulez simplement être vous-même. Il serait beaucoup plus facile pour moi d’être voilée, mais j’ai trouvé d’autres façons de canaliser de la force sur scène.

 

ANR : En mentionnant la scène, pourquoi avez-vous changé votre amplificateur? Nous avons remarqué que vous aviez un Fender Hot Rod Deluxe et maintenant vous êtes passée à un Bassbreaker? Quel était le résultat recherché?

CW: Le Fender Bassbreaker est un ampli plus récent. Je jouais avec un ampli Hiwatt sur une tournée européenne et j’ai aimé sa profondeur et son son de bass, alors quand Fender m’a parlé des Bassbreakers, j’ai essayé et j’ai eu une sensation similaire, mais peut-être plus dans mon style. J’utilise encore un Hiwatt de temps en temps, mais j’apprécie beaucoup le son du Bassbreaker avec ma Gibson 335.

 

ANR : On arrive à la fin de cette interview, et nous voulions nous interroger sur un élément qui nous a frappé sur votre dernier album. Nous avons eu l’impression que vous vous étiez mordue la langue jusqu’au sang avant de chanter « Color of Blood ». Nous voulions savoir si c’était le cas, et si oui, ce qui vous avait poussé à le faire?

CW: Je l’ai chanté d’une façon étrange, j’ai également utilisé une pédale d’octave, pour donner encore plus cette impression d’une bouche pleine de sang. Mon label voulait que je le change parce que ça avait l’air trop étrange, haha, mais je l’ai conservé tel quel. J’aime parfois rendre les choses dérangeantes.

 

ANR : La dernière question mais non la moindre, quelle est la chose la plus inavouable que vous ayez faite?

CW: Hmm .. eh bien, sur « The Culling », je chante « je ne dirai jamais les secrets de ma famille », mais j’ai eu une entrevue avec le magazine Revolver et je n’avais pas mangé de la journée. J’ai pris quelques verres avec le journaliste et raconté certains secrets sans le vouloir.

 

ANR : Nous vous remercions d’avoir pris le temps de répondre à ces questions.

CW : Je vous remercie!

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