Interview de Barabbas au Motocultor

dimanche/06/11/2016
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On vous remercie de nous avoir accordé un peu de temps. Bonne continuations les gars !
Groupe de Doom/Stoner provenant de Combs la Ville et formé en 2007, ces disciples du mal émergent de la scène doom française en proposant un registre basé sur le thème ecclésiastique et décalé tout en conservant des textes en français avec son aspect bien lourd et puissant des codes du doom.
ANR: Votre premier album « Libérez Barabbas » en 2011, le second « Messe pour un chien » en 2014 et vous travaillez sur le prochain pour 2017. En gros votre but est de ramasser les brebis égarées pour les ramener vers le droit chemin si je comprends bien ? D’où est partie cette envie d’exploiter l’image des figures de l’Evangile et leurs symboliques?
Jérôme/Rodolphe:On voulait symboliser le pouvoir du mal sur le bien. On aime beaucoup le film peplum des années 60 qui s’appelle Barabbas avec Anthony Quinn. Il montre ce que devient Barabbas après avoir été libéré à la place de Jésus comme nous le racontent les évangiles. Et dans cette interprétation tu vois ce profil de voyou et qui va lui donner un peu conscience à son destin. Hormis la connotation religieuse, on trouvait que ça traitait de la condition humaine de manière générale. Il va vouloir en effet donner un sens à son existence et on trouvait que c’était un bon thème doom, voilà tout simplement. Donc il était logique de décliner ça et d’exploiter l’image religieuse. Mais ce n’est pas pour autant qu’on est chrétiens et pratiquants. On voulait simplement travailler ces symboles et ces métaphores. Ce n’est pas tant la crucifixion du Christ mais l’accident inéluctable, le côté destin qui vient brouiller tous tes plans, quelque chose comme ça. C’est une grosse thématique prise de tête (rires).

ANR: Une première au Motocultor ?
Jérôme/Stéphane/Rodolphe:Oui c’est la première fois qu’on joue au Motocultor. En fait la Bretagne est le département où on joue le plus avec un peu le Pays de La Loire. On a fait le warm up au Venom Fest à Nantes par exemple. On joue régulièrement au Mondo Bizarro aussi. C’est une région bien rock’n’roll !

ANR: Ce n’est pas forcément évident de faire du doom avec des textes en français, vous avez su comment concilier cet aspect franchouillard avec des riffs qui sonnent à la Saint Vitus, Pentagram ou encore Cathedral.. qu’on a plus l’habitude d’entendre avec des voix bien ricaines. Est-ce que c’était un parti pris pour tout le groupe ou surtout la volonté de Saint Rodolphe (chant) ?
Rodolphe:C’est Stéphane qui est à l’origine du groupe, c’est lui qui amène les riffs et les paroles. Ce n’est pas moi qui écris les textes. Je suis arrivé sur le tas, le groupe existait déjà et la majorité des morceaux étaient créés et c’était Stéphane qui chantait à l’époque.
Stéphane:Et je chantais tellement bien qu’en fait il nous fallait un chanteur ! (rires)
En fait le groupe a vraiment pris forme quand Rodolphe est arrivé donc on peut dire qu’on a réellement démarré en 2009. Et maintenant c’est devenu vraiment un effort collectif au niveau de la composition ect…
Jérôme/Stéphane/Rodolphe:Sinon concernant la langue et bien on est français, on pense français et on respire français!(rires)
Il y a tellement de groupes qui chantent déjà en anglais. L’idée et l’envie qu’on souhaite
faire passer à travers nos textes ne correspondraient par forcément si on employait cette
langue. On aurait des difficultés pour la compréhension vis-à-vis à du public et déjà à commencer par nous (rires).
Et on n’est pas tout jeune donc nous on a pas mal écouté du métal 80 français, que ce soient des groupes de punk ou de rockabilly, tout était chanté en français avec un côté plus urbain avec Trust par exemple. On est toujours étonné quand des gens nous disent que le français ça ne peut pas le faire sur du rock ! C’est un vrai blocage ! Ils associent ça à la variété, Téléphone ect..

ANR: Pouvez-vous m’expliquer pourquoi « Judas est une femme » l’un des titres du dernier album. En plus de l’écoute du morceau, nous souhaitons un justificatif détaillé.
Rodolphe:C’est l’explication du petit garçon qui espère énormément de choses et qui crois que vous nous dites (vous les femmes) et c’est des mensonges ! (rires).
Jérôme:Un soir ma femme m’a promis un repas japonais et quand je suis rentrée elle avait fait de simples nouilles, voilà. (rires). Non en fait on se réfère surtout à l’image car la femme est souvent assimilée au diable, à un esprit mauvais donc c’était un petit clin d’œil à cette tradition mais après c’est tout simplement presque le sentiment d’un enfant par rapport à sa mère qui va lui dire que tout ira bien dans la vie, qu’il est le meilleur. Elle va tenter de le rassurer et c’est d’une certaine manière plutôt mensonger. C’est vrai qu’à priori ce n’est pas une chanson très féministe (rires) on espérait en fait que le femens viennent protester à notre concert, on attend, on attend ! (rires).

ANR: Avant ce projet, quel genre de son faisiez-vous chacun ?
Jérôme/Stéphane:On faisait pratiquement la même chose, on a conservé le même style avec les groupes comme Sabbat, Cathedral et Saint Vitus. Ces influences nous réunissaient tous les cinq. Comme on ne sait pas jouer on voulait faire des choses simples (rires).
Rodolphe:Après dans le groupe tous les musiciens ont un passé dans le métal. Thomas est arrivé pour l’album Messe pour Chien et il a été là pour apporter un plus en live avec les claviers, travailler une certaine ambiance. Il a vraiment un passé doom.

ANR: Est-ce qu’il y a un pays en particulier que vous aimeriez faire pour une tournée ?
Stéphane/Rodolphe/Jérôme:On aimerait bien mais on est tous vieux (rires), on est des quadra, quinqua, les enfants et la vie de la famille et je ronfle fort ! (Rodolphe/rires) Et on n’a pas encore de tourneur ni de label, honnêtement on n’a aucun plan de carrière. On cherche avant tout à se faire plaisir, après si on a une opportunité de faire dix dates dans un cadre sympa même s’il faut dormir par terre chez les gens, on le fait ! On a déjà fait ça durant quatre à cinq jours avec Goatess. L’expérience reste toujours positive ! Sinon n a joué en Hollande, en Allemagne. On part jouer à Malte dans un festival qui existe depuis deux ans en octobre et en novembre on refait des dates avec Apostle of Solitude en Allemagne et en Belgique.

ANR: D’après vos dates européennes, avez-vous eu des retours concernant le public étranger ? Sont-ils justement séduits par le chant en français ?
Rodolphe/Stéphane/Jérôme:Par exemple quand on a jouait à Tillburg donc la ville du Roadburn, quand on a commencé à communiquer en anglais, les gens nous ont dit stop pour que justement on s’exprime avec notre langue maternelle. Ils voulaient un show complétement en français, c’est un petit peu un côté exotique pour eux (rires). Rammstein en allemand c’est génial mais Rammstein en anglais ça serait peut-être moins évocateur, tu vois ce que je veux dire ! C’est idiot le fait qu’un certain public pense que c’est ringard de chanter en français alors que d’autres langues comme le norvégien sont très appréciés et les gens aiment justement ce côté authentique dans les textes.
En plus on a la chance d’avoir une belle langue ! Si la chanson est bonne ça passe toujours ! Tu as des groupes qui reprennent un peu cette vague de métal 80 comme Hurlement ou Sanctuaire, c’est une bonne chose. C’est reminescent un peu de cette époque-là. Ce n’est pas une mode rétro, c’est curieux mais après peut-être qu’on est des ringards en fait (rires).

ANR: Quelle optique avez-vous pour le prochain album ? Que ce soit niveau technique ou un thème précis dans la Bible qui vous anime.
Rodolphe:On espère que le prochain album sorte à la deuxième partie de 2017. On a commencé à bosser dessus et le titre qu’on a joué ce matin « Je suis Mort » c’est un nouveau morceau par exemple. C’est le troisième titre qui a été joué.
Il y a un thème qui se dessine un peu c’est le temps, la mort (intérieure) les remords, les spectres familiers, l’homme qui n’existait pas, les notions d’absence de sa propre vie, la disparition, la valse macabre. C’est un clin d’œil aux auteurs décadents du 19ème siècle. De toute manière cela ne deviendra jamais un thème tourné vers les Pokémon (rires) on fait du doom à la base donc… Quoi que des Pokémorts, pourquoi pas !(rires). Après ça ne sera pas un thème aussi marqué que « Messe pour un chien ».

ANR: Que pensez-vous de la scène doom en France ? Y at-il un groupe qui est représentatif de ce mouvement ?
Jérôme:C’est plus le stoner j’ai l’impression qui a la côte en ce moment. On trouve que le public est plus réceptif à ce son. En revanche il y a pas mal de petits groupes qui diffusent les divers styles de doom, on pense notamment à Rising Dust. Il y a une scène vivace mais ce n’est pas évident de monter des dates que de doom. On y avait songé avec un groupe italien une année sur Paris mais sans succès… Difficile de trouver réellement une orga qui fasse jouer des groupes dans ce style là. On s’aperçoit que c’est plus des orga de métal comme Les Acteurs de L’Ombre qui nous font souvent tourner.

ANR: Vu comment le domaine religieux vous exalte, avez-vous déjà songé à jouer avec un costume ? (On va se croire en plein jeu de rôles) Je me réfère par exemple à Sunno, Ghost et pour citer un groupe français comme The Great Old Ones avec leur capuche et leur sculpture en guise d’autel.
Rodolphe:Non car cela a déjà été exploité auparavant, on préfère se concentrer sur l’étude des thèmes religieux et le retranscrire simplement dans les textes.

ANR: Un petit mot ou un versé pour conclure cette interview ?
Jérôme/Rodolphe/Stéphane:Merci beaucoup à toi ! c’était super de jouer au Motocultor !

Merci d’avoir répondu aux questions, on viendra se purifier de nos pêchés à vos côtés lors de votre prochain show !

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